Les poils, les cheveux, les plumes, les cornes, les
sabots, etc.
5 Appareil blennogène.
À la base du derme(r) ,on aperçoit de petites glandes rougeitres qui, examinées au microscope ou à laloupesimple, paraissent bosselées, inégales, sillonnées par des vaisseaux sanguins (2). Elles sont enveloppées d’une membrane celluleuse assez lâche, dans une atmosphère de petites vésicules adipeuses, transparentes, entassées comme de petites perles. Du sommet de chacune de ces glandes part un canal ou tube qui traverse toute l’épaisseur du derme, et va s'ouvrir dans la profondeur des sillons qu’on y remarque, Ce canal est enveloppé par une membrane celluleuse, diaphane, qui se prolonge des contours de la glande, On voit des vaisseaux ou filamens capillaires adhérer au tube et à l'organe glanduleux dans lequel nous avons remarqué souvent qu'un vaisseau assez considérable entrait par la base. Les canaux forment le plus souvent une colonnade régulière
(2) Fig. 36, pl. ro.
(2) Fig. 25, pl ro.
74 | Recherches dans l'épaisseur du derme. Quelquefois les glandes sont placées à » des hauteurs fort inégales, et paraissent communiquer entre elles \ par des canaux intermédiaires (1). Les rangées de canaux excré- | teurs correspondent à la longueur des sillons, c’est-à-dire qu'elles : sont perpendiculaires au plan du parenchyme sécréteur de la» matière colorante ou organe chromatogène dont nous allons parler.
° Appareil Chromatogène. (2)
Il est situé à la partie extérieure du derme, dans la profondeur des sillons, au-dessous et entre les lignes saillantes papillaires (3). Sa partie supérieure est surmontée (4) d’une grande w quantité de tubes excréteurs assez courts, qui aboutissent au … fond des sillons, où des tubes nombreux excrètent une matière particulière. Sa face inférieure est hérissée de vaisseaux capillaires et en rapport avec les tubes excréteurs des glandes blen- è nogènes.
Sa structure est aréolaire, spongieuse , résistante. Ce parenchyme et ses canaux excréteurs rougissent avec une grande facilité, parce qu'ils sont essentiellement vasculaires ; ils forment une limite que dans l’état régulier le système artériel ne franchit jamais et où il cesse d'exister en y apportant son dernier tribut.
Nous faisons abstraction des vaisseaux nourriciers des papilles qui s'élèvent un peu plus haut. Lorsqu'on déchire ce tissu , on y trouve une infinité de petits filamens d’où s'échappent des écailles ou corpuscules incolores en très grande quantité. Ce réservoir des écailles n'existe nulle part ailleurs dans le derme. On peut donc regarder ce tissu parenchymato-glanduleux comme un organe particulier formé d’une substance propre, dans laquelle pénètrent des vaisseaux capillaires artériels et veineux, et duquel sortent des canaux excréteurs qui aboutissant au même point que ceux de la glande blennogène, versent dans le mucus de cette glande les granulations du pigment ou la matière colorante proprement dite. |
F4 (r) Fig. 36, pl. 107 (2) De xooux, couleur, et de yewao, j'engendre. (3) Fig. 15, 31, 32, 36, pl, 10.
(4) Fig. 32,533, pl. 10.
Sur les appareils tésumentaires des animaux. Ph
3° Produits excrétés.
Ces produits sont l’épiderme ou la matière cornée. Nous allons d’abord l’examiner dans son ensemble, telle qu’elle se présente dans la peau du talon, ensuite nous en ferons l’analyse. On isole du derme la couche épidermique par l'immersion dans l’eau chaude ou par la macération.
La face inférieure de cette couche, qui constitue la totalité de l’épiderme, se montre avec des inégalités qui représentent
la forme du plan extérieur du derme, de la même manière
quun masque en plâtre, moulé sur la figure d’une personne, porte l'empreinte de ses traits. Cette surface est désignée sous le nom de canevas réticulaire de Malpighi. Nous y distin-
guons deux cloisons : l’une plus en relief, ou dermique, remplit les sillons' du derme, et y adhère par des prolongemens
issus des tubes excréteurs des organes chromatogène et blennogène. C'est par elle que le tissu corné se produit et se renouvelle. En séparant la couche cornée, on éprouve toujours une résistance assez forte lorsqu'on extrait cette cloison des sillons du derme, à cause des racines qu’elle semble y projeter, quoiqu'il soit rare de les apercevoir , parce qu’elle se détache le plus
souvent d’une manière nette, comme si elle n’était que posée
dans la profondeur du sillon. Sur les parties latérales on voit de petits trous qui donnent passage aux vaisseaux lymphatiques. L'autre cloison, que nous nommons interpapillaire, occupe l'intervalle que laissent les papilles bifides, et se prolonge dans les enfoncemens infundibuliformes et les interstices autour des canaux sudorifères et inhalans. On remarque toujours sur les bords de cette cloison des espèces de déchirures produites par les fragmens flottans des canaux sudoriféres. A droite et à gauche de cette cloison se trouvent des trous ou espèces de gaînes, dans lesquels pénètrent obliquement les papilles nerveuses. La matière cornée qui circonscrit ces ouvertures, se fixe aux deux cloisons, lesquelles ressemblent à une charpente qui soutient cette curieuse structure.
À la face supérieure de l’épiderme on remarque des lignes saillantes légèrement concentriques ou parallèles, que séparent
7 6 Recherches
les sillons (1). Examinées à la loupe, ces lignes présentent alternativement de petites éminences papillatres, et des fissures ou légères dépressions qui contiennent les orifices des canaux hidrophores. Il y en a ordinairement de quatre à six par ligne; il est facile de voir que les lignes saillantes ont une disposition. imbriquée, de manière que dans les mouvemens de conÿraction, à la main surtout, elles avancent les unes sur les autres comme les écailles de poisson ou de serpent, tandis que par |
mouvement d'extension, elles s’écartent et laissent à découvert le fond des sillons. |
La peau présente cette disposition manifestement imbriquée dans les endroits qui forment des plis comme à lavant-bras, au pli du jarret, à laine, etc. |
La matière cornée chez l’homme est d'un blanc mat, élas-. tique, essentiellement hygrométrique et transparente. L'étude. de cette matière présente des difficultés presque insurmonta-. bles qui exigent la patience la plus opiniâtre. Elle rebondit sous le scalpel comme le caoutchouc. Molle, elle se gonfle et ne laisse rien apercevoir; sèche, elle s’écaille et blanchit, au moindre contact, sous la plus faible pression.
L’épiderme de la baleine, formé sur de plus grandes propertions, devient par conséquent plus facile à analyser ; nous allons le décrire d’abord, afin d’en tirer des lumières propres à éclairer l’histoire de la peau humaine.
La matière cornée est sécrétée par un appareil spécial et paraît s'organiser comme les fausses membranes; c’est pourquoi, à limitation de Bichat, qui a donné le nom de tissu à l’'épiderme, nous croyons pouvoir lui conserver cette dénomination. |
Le tissu épidermique (2) de la peau de la baleine(3), vu dans son ensembie, est lisse, uni, spongieux, et ordinairement de couleur d’ardoise foncée. Considéré à l'œil nu , et de dehors en. dedans, on y reconnait deux couches, l’une externe, parallèle
(1) Fig. 2, pl. 9.
(2) Fig. 6, pl. 9.
(3) Sous ce nom de tissu épidermique ou tissu situé au-dessus du derme, nous comprenons
et l’épiderme lui-même et les couches de matière cornée qui reposent sur le derme. La cuticule proprement dite n’est que la couche la plus superficielle de ce tissu épidermique.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 77 au plan du derme ; l’autre composée de fibres droites, perpendiculairement placées entre le derme et la couche extérieure. On voit aussi paraître à travers l'épaisseur diaphane de ce tissu noir, les sommets des tiges blanchâtres des papilles nerveuses, enveloppées de leurs gaines. La face inférieure est criblée d’ouvertures pour le passage des petits cônes papillaires.(1)
Les deux couches ont en épaisseur :
1° Couche horizontale. . . . . . r ligne.
2° Couche perpendiculaire. in LUI Nid:
dd... . . Role
Le derme ayant 10 lignes, la (2) peau prise sur la tête de l'animal, près des évents, a 14 lignes d'épaisseur. Voilà tout ce que présente à l'œil nu cet épiderme sans le secours des loupes et du scalpel.
Pour analyser le corps épidermique il faut prendre une fibre perpendiculaire, tres fine, et la placer, au foyer de la loupe, sur un verre légèrement humecté.
On voit alors que ce tissu est composé de petits corps squam-
miformes imbriqués , sur une trame celluleuse très fine (3). Ces.
écaiiles se détachent avec une grande facilité, et ce sont elles qui teignent l’eau en noir sous l'apparence de granulations. (4) Considérée isolément, l’écaille à pour ainsi dire la forme d’une raquette ou d’une spatule à bords mousses. On y distingue deux faces colorées en noir dans le tiers supérieur de leur étendue; un bord libre légèrement arrondi, et un pédicule rétréci et blanchitre. Pour bien les étudier, il faut prendre un peu de matière noire à la base des fibres près du derme, et la remuer dans quelques gouttes d'eau sur un verre. Une fibre de matière cornée, réduite par la dissection à son état le plus simple et vue au microscope, est formée d’une série d’écailles, ou cônes aplatis, insérés les uns dans les autres. Chaque pièce squammeuse, (1) Fig.8, pl. 0.
. (2) Sur d’autres parties du corps, les proportions ne sont pas les mêmes.
(3) Fig. 23, 24,25, 26 » pl. 10.
(4) Fig, 27.28, 3x, pl 10.
78 Recherches
pyriforme, s'applique sur celle qui suit, et se trouve recouverte un peu par celle qui précède, à la manière d’un cône ou pomme de pin. Cette fibre est élastique, assez résistante; néanmoins les pièces articulées qui la composent, s’en détachent, et, comme nous lavons vu déjà, peuvent être étudiées isolément.
On voit très bien sur de la peau de baleine le point d’origine de la matière cornée, à cause de la couleur noire de l’épiderme; qui tranche sur la blancheur du derme(1). Elle remplit tout l'espace qui n’est pas occupé par les papilles. La matière noire est excrétée un peu avant de paraître hors du derme, c’est-à-dire qu’une demi-ligne environ avant sa sortie nous la trouvons enfermée dans une capsule où membrane dermique, au fond de. laquelle se remarquent de petits mamelons blanchâtres et filamenteux qu'elle embrasse étroitement; ce sont les canaux excréteurs du parenchyme chromätogène.
Le développement se fait de dedans en dehors. La matière qui vient de se former presque à l’état muqueux, chasse devant elle les couches supérieures qui se solidifient peu-à-peu. |
Ce phénomène a lieu par une expulsion successive d’écailles et de mucus, dont les couches les plus extérieures sont toujours les plus anciennes, les plus compactes et les moins distinctes.
Actuellement que nous connaissons lorigine, le développement et la structure de la fibre cornée élémentaire, il nous sera facile d'en faire dériver toutes les variétés de formes que présente le tissu épidermique. Supposons plusieurs de ces fibres sortant du derme en ligne droite, serrées l’une contre l’autre à la manière d’une claie, nous aurons une membrane; disposonsles en cercle, nous aurons un cylindre, une gaine de papilles, un fourreau pour les garantir. Que les fibres surgissent du derme en masse (denso agimine), il en résultera un tissu épais, compacte, qui remplira l’intervalle des papilles. Si, arrivées à une certaine hauteur, ces fibres se courbent à angle plus ou moins ouvert, on aura le corps stratifié, parallèle au derme, car la dissection démontre que ces couches sont produites par
(x) Fig. 26, pl. 10:
Sur les appareils lésumentaires des animaux. 79
l'inflexion des fibres perpendiculaires (1). La dissection démontre aussi que toutes les formes épidermiques indiquées ci-dessus, sont engendrées par la fibre élémentaire, base primitive et invariable du tissu corné. La gaine que cette matière fournit aux papilles est formée d’un tissu moins blanc que les tiges nerveuses. Il est grisâtre et l’on y voit au microscope des écailles beaucoup moins nombreuses et moins colorées que dans le tissu corné proprement dit; il y a prédominance de Ja trame celluleuse ou muqueuse. Cette gaine se moule parfaitement sur les contours des papilles cylindriques, striée vers le haut, cannelée vers Îa base, telle que se présente la disposition des tiges nerveuses, et c'est ce qui détermine aussi la forme des canaux creusés dans l'épaisseur du tissu corné. Dans la couche horizontale, les fibres étant d'autant plus pressées qu’elles s'éloignent davantage de leur point d'origine, les écailles sont moins distinctes ettres diffciles, pour ne pas dire impossibles à détacher (2); c’est pourquoi cette partie, quoique fort noire, ne communique à l’eau aucune teinte, parce qu’elle n’y est pas dissoute en squammules. L'adhérence croissante et toujours plus intime des couches extérieures les unes avec les autres, explique la formation des feuillets épidermiques assez nombreux que la macération fait détacher successivement, et dans lesquels la forme imbriquée se dessine d’une manière assez manifeste. La pression du milieu dans lequel vit l'animal, celle de l'air ou de l'eau n’est probablement pas étrangère à la formation de ces membranes. Elles
sont percées pour le passage des matières qui doivent être excrétées.
Après avoir parlé précédemment des organes producteurs
de la matière cornée chez l’homme, nous avons décrit les formes extérieures de l'épiderme ou produit excrété ; maïs lorsqu'il s’est agi de sa structure, partie obscure et difficile à observer, nous avons cru devoir intervertir l’ordre et analyser d’abord l'épiderme de la peau de la baleine, qui, par son développement extraordinaire , est un acheminement naturel à la connaissance du tissu épidermique chez tous les vertébrés.
(1) Fig. 26 , pl. 10.
(2) Fig. 26, pl. ro.
an
8 Recherches
Ayant accompli cette tâche et l'esprit étant mieux préparé, nous allons reprendre l'étude de la peau humaine.
Structure de la matière cornée chez l’homme.
De même que nous avons découvert dans le derme les organes sécréteurs servant à la production de cette matiere, de, même en la décomposant nous distinguerons les élémens PAPE, par chacun de ces organes l’appareil blennogène et l'appareil chromatogène. |
Pourétudier cette matière, ilfautl’examineràälaloupe, en plaçant dans un peu d’eauune partie tobte del’épidermeleplusextérieur, ou le gluten muqueux qui se trouve à la surface du derme. En dissociant ces fragmens avec la pointe d’un scalpel, on voit flotter,au milieu des débris des vaisseaux inhalans et des canaux sudoriféres, | une infinité de corpuscules amorphes(1) en apparence, parce que la violence qu'on a employée pour les extraire les à souvent. divisés, ou bien les a laissés réunis deux à deux, ou deux moitiés adhérentes ensemble. Mais on peut rapporter à u n drapèze irrégulier la forme générale de ces écailles : elles ont une certaine épaisseur, et sont plus ou moins striées, bianches et transparentes, imbriquées les unes à côté des autres; elles sont placées sur un canevas aréolaire très mince. On reconnait facilement dans les écailles de la matière cornée le produit de l'organe chromatogène , et dans la trame pellucide qui les supporte, le mucus de l'organe glanduleux blennogène n’est plus amorphe.
Pour voir l’origine du tissu corné dans les sillons du derme, il faut préparer une tranche fine du derme injecté en rouge, et l'on apercevra que là où s’arrête le sang dans les tubes excréteurs , là commence le dépôt de fa matière cornée. Cette séparation est très manifeste sur la peau de la baleine, comme nous l'avons déjà remarqué, à cause de la couleur blanche et noire du derme et de son produit. La matière cornée , d’abord excrétée muqueuse, fluide, se moule, couche par couche, autour des papilles, enveloppe ct protège les canaux sudoriferes, les
(1) Fig. 31, pl ro.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 81
vaisseaux inhalans, après avoir contracté une densité d’autant plus grande qu'elle devient plus extérieure. Pour en bien connaître le développement, il faut prendre un morceau de peau du talon, la faire macérer dans de l’eau, et en couper une tranche en travers des sillons. Si la macération a été suffisante , on voit des feuillets de matière cornée partir du centre du sillon comme d’une tige commune, et se développer à droite et à gauche sur les saillies papillaires qu'ils enveloppent (r). La tige centrale de ces sillons représente les stries linéaires et les feuillets latéraux, les couches d'accroissement qu’on remarque si bien sur les coquilles de mollusques, les écailles de poisson, les ongles, etc. Il est inutile d’insister davantage sur ces choses, . qui sont une répétition de ce que nous avons vu sur la baleine. Ces deux tissus se développent d’après les mêmes principes ; les différences consistent uniquement dans la variété des formes.
Le tissu corné chez le nègre est partout noir, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Cette de partie présente cependant quelques nuances légères de coloration, sur lesquelles Gaultier a établi ses divisions futiles. Sa structure est la même que chez la race humaine blanche, dans la partie noire de la peau; les écailles sont en spatules colorées sur le bord libre, comme chez la baleine. Au talon, qui est blanc, la forme en est polygonale irrégulière : ces écailles sont incolores.
Vue à la loupe, la peau du reste du corps, chez le nègre, ne parait pas entièrement noire comme à l’œil nu ; on aperçoit que la matière colorante, née autour des papilles, “ps les sillons, les dessine en noue des aréoles dont le milieu semble être blanc, parce que le tissu nerveux blanc paraît à travers la transparence de l’épiderme. La trame aréolaire qui supporte les écailles est toujours blanche.
Sa structure est la même dans le marsouin, le dauphin, que chez la baleine. Sur un morceau de peau qui présentait alternativement des raies noires et des raies blanches, les écailles étaient noires dans un cas et incolores dans l'autre.
Nous avons examiné la peau de la trompe de l'éléphant, et
(r) Fig. 36, pl. ro
"89 Recherches
nous avons reconnu les couches successives et imbriquées de J’épiderme issu des sillons, et coiffant les tubercules papillaires.
La peau des serpens, formée par des prolongemens imbriqués du derme, est revêtue par une couche mince de tissu corné épidermique. Ce tissu est visiblement perforé de pores exhalans, | -et composés de squammules plus ou moins colorées suivant l’es- pèce de serpent, et suivant la partie du corps qu’on examine.
En divisant la carapace des tortues en deux parties, on voit que la peau ossifiée recouvre la colonne vertébrale, et que ces deux organes, peau et système osseux, quoique unis, sont par-. faitement distincts (Il y a une couche mince de derme qui sépare les os de la peau). L'épiderme est composé des mêmes élémens que déjà nous avons signalés ailleurs.
Dans les poissons, le derme mince et uni, très adhérent aux muscles, ne s'élève pas en cônes inclinés comme chez lessserpeus; le canevas épidermique dessine chez quelques-uris les contours d’un parallélogramme ou d’un losange, d’où sortent les grandes écailles proprement dites et le mucus coloré. (Les écailles solides des poissons faisant partie des organes de la peau, nous en ferons l'histoire avec celle des poils, des plumes, -des cornes, des sabots, etc.)
Le tissu épidermique des poissons est mou et comme pulpeux, né de la base de l’écaille qu’il couvre dans la moitié de son étendue ; il est parsemé de points noirs ou peints de couleurs très variées; l’eau dans laquelle on l’agite se.couvre bientôt de petites paillettes brillantes : ce sont les écailles colorées qui se -détachent.
De plus grands développemens seraient inutiles; ce que nous venons de dire suffit pour démontrer que l’épiderme de ces animaux est composé des mêmes élémens que celui de l’homme.
Ici se termine cet aperçu rapide et succinct de l’histoire de la peau, telle que nous l'avons comprise par nos dissections et nos recherches avec le microscope. Après en avoir décomposé une à une les parties constituantes, il est facile de remettre chaque chose à sa place, et d’embrasser d’un coup-d’œil tous les compartimens de cette machine complexe.
1° Le sang versé par les capillaires artériels dans le paren-
Sur Les appareils tégumentaires des animaux. 85
chyme sécréteur de ja sueur et repris par les veinules, abandonne comme produit la matière de la transpiration sensible ou insensible ; 2° les inhalans s'imbibant, à la surface du derme ou dans l'intérieur de l’épiderme des fluides étrangers, des molécules de décomposition, pour les verser dans les canaux lymphatiques et dans les veines ; 5° les nerfs, placés à la périphérie du corps comme des sentinelles avancées, recevant les impressions tactiles ; 4° la matière cornée, sécrétée et moulée autour des papilles et des canaux inhalans et sudorifères , étant elle-même un organe du toucher, de défense et d'ornement, et surtout un corps hygrométrique qui se pénètre plus ou moins, selon sa densité, des fluides avec lesquels il est en contact, et devenant ainsi un des premiers organes de l'appareil de l'absorption ou de l’imbibition, dont il règle l’exercice; bo le derme, dont il est possible actuellement de se faire une juste idée, soutenant, isolant et protégeant les insitrumens fragiles de ces fonctions multiples.
Ainsi l'anatomie de la peau est une introduction nécessaire à Vhistoire des fonctions complexes de l’appareil cutané. Par elle on comprend le mécanisme de ces fonctions, et la physiologie procède d'une-manière rigoureuse et positive, tandis que sans connaissances anatomiques exactes, l'histoire des fonctions de la peau n'était qu'une série d'hypothèses ou de suppositions querien ne venait infirmer ou confirmer. Lorsqu'on lit dans les ouvrages classiques les plus estimés le chapitre relatif aux fonctions de la peau, on reconnait l'insuffisance de nos connaissances et l’incertitude de tout ce qu'on considère comme constituant la
science. Mais pouvons-nous affirmer que nous n’ayons pas
commis d'erreur, et que tout ce que nous croyons avoir reconnu est bien réel et bien exact? Nous savons que le microscope prête aux illusions des sens et de l'esprit; nous savons que le sujet est ardu, et que l'analyse anatomique du derme offre d'immenses difficultés; c’est pourquoi nous ne donnons nos recherches que comme un aperçu, et nous sentons l'indispensable nécessité de soumettre cette matière à un nouvel examen, avant d'admettre définitivement notre opinion et de la donner comme immuable.
Les organes accessoires de la peau, tels que les plumes, les poils,
les cornes, les sabots , ete., n’ont pas été examinés ici, parce que
8/4 Recherches
nous poursuivons encore nos recherches sur ce sujet. Nous ignorons si le poil, par exemple, naît, comme on ledit, dans un repli de la peau, où s il n’est pas SEE sécrété par les organes olanduleux qui existent à la base du derme. Deux raisons nous feraient pencher vers cette dernière opinion.
1° Nous avons cru remarquer queles cheveux ontleurs bulbes logés dans des gaines symétriquement disposés au commencement du derme; 2° la peau du talon est dépourvue de production pileuse; mais les organes olanduleux sécréteurs y existent en grand nombre. N’est-il pas probable que la matière cornée, qui ailleurs se convertit en cheveux ou en corne, est employée ici au développement extraordinaire de la couche épidermique? Ge qui vient à l'appui de cette idée, c’est l'observation générale faite depuis long-temps que le corps épidermique est d'autant plus mince que le système pileux est plus abondant, et vice
Vers.
Nous avons vu que la matière cornée épidermique est sécrétée fluide ; que ce fluide est, par sa constitution, LACRPUUE au üssu corné le plus dur, et qu'il se solidifie peu-à-peu à mesure qu'il s'éloigne, couche par couche, de son point d’origine. Les ailes scarieuses des papillons commencent par n'être, dans la chrysalide, que de petits points muqueux : c'est le passage de l’état fluide à l’état solide, qui, chez l’homme, a été considéré comme un corps particulier, le pigmentum-et le réseau muqueux: de Malpighi; mais ce réseau n'existe pas par lui-même ; il n’exprime que la transition de la matière cornée à la forme solide, et l'empreinte qu’elle recoit des inégalités de la surface
dermique; on pourrait comparer le corps muqueux dans ses
rapports avec l’épiderme à de la cire récemment fondue, dont une moitié serait encore liquéfiée par la chaleur, et l’autre déjà condensée par le froid extérieur.
De plus, cette observation est contraire à l’idée de Gall, qui considère le mucus épidermique comme une couche ‘de substance grise étendue sur le derme, et nécessaire à l’innervation tactile. Nous pensons que cette prétendue substance cérébrale ne serait pas placée dans des conditions très favorables, puisqu'elle agirait en dehors du névrilème et seulement à la base
& mi D M À
Cr
{ Sur les appareils tésumentaures des arimaux. 85
des papilles, dont le corps et le sommet s'élèvent toujours plus ou moins haut dans le tissu corné. Si le corps muqueux a êté considéré comme sensible et vasculaire, c'est qu'une lésion de la peau, si petite qu’elle soit, ne peut latteindre sans blesser les tiges nerveuses, leurs vaisseaux propres, ou ceux du derme, d'ou effusion de sang et production de douleur; mais par luimême le corps muqueux est insensible, et n’admet ni nerfs ni vaisseaux sanguins propres.
On a attribué à Malpighi la découverte de la véritable composition du tissu corné. Ce micrographe célébre a désigné, sous . Je nom de Corpus reticulare (1), ce que d'autres, depuis lui, ont appelé Rete glutinosum Malpighianum, et ce mot de Rete a tellement trompé la plupart des anatomistes et des physiologistes, qu'ils ont cru que le Corpus reticulare était un réseau vasculaire, un lacis de veines, d’artères et de lymphatiques. Bichat lui-même est tombé dans cette erreur, et il s'exprime sur ce point plus explicitement encore que ses prédécesseurs. Cependant Malpighi n’a jamaisdit que le corps réticulaire fût formé par des vaisseaux : il parle en plusieurs endroits de son livre Sur l’orsane du tact (2) d’une substance muqueuse dont la densité varie, et qui est appliquée sur les corps papillaires, dont elle est pénétrée et traversée ; ce sont ces perforations indiquées par Malpighi qui ont fait croire à l’existence d’un réseau (3). Malpighi disserte sur la matière cornée de maniere à démontrer qu’il la connaissait bien; il compare avec raison Îles éminences cornées de la langue du bœuf aux sabots du même animal et à ceux des solipèdes. Enfin il avait pressenti plutôt que constaté l'existence des canaux sudorifères. (4)
(x) Marcelli Malpighii, etc. opera omnia. In-folio. Londini, 1687. (2) De externo tactus organo, exercilatio Epistotica, p. 23.
(3) Undè valdè congruiiest censere, fibras perforatas, quibus nerveæ papillæ sensim solidiores redditæ ad extimarï usque superficiem feruniur, unà cum mucosa , el nervea exsiccata materia , qua enata inter fistuias spatia replentur, ungulæ compositionem constituere, p. 23.
(4, Post banc evellendum sese obtulit reticulare corpus , ejusdem altitudinis, ac aïiàs in lin gua observavimus, cujus crebris foraminibus continentur, non solum sudoris vascula, sed innumeræ pesè pyramidales papillæ : hæ autem emergunt à subjecta cute, sub protractis enim singulis rugis, quæ in culicula, et rete protuberant , bini papillarum ordines parallel per lungutn dueunqur lu quorum medio dispersa locantur sudoris vasa, ete,, p. 29,
86 Recherches
Les paroles de Ruysch sont trop peu précises, et ses figures trop imaginaires, pour donner une idée exacte du corps réticulaire; cependant on voit qu’il le considère comme une matière que les papilles nerveuses traversent et perforent. (x)
Meckel l'ancien a étudié avec soin le corps réticulaire sur le cadavre d’un Nègre : il pense que partout où lépiderme est étendu sur la peau, on trouve au-dessous une membrane muqueuse, qui, dans les Nègres, est noire ou d’un brun très foncé ; c’est cette membrane à laquelle Malpighi a donné le nom de réseau, estimant que c'était une véritable membrane, et que les nerfs et les autres vaisseaux en perçaient les mailles. Par la macération, cette mucosité située entre la peau et l'épiderme le ramollit, puis se dissout; elle ressemble, en se ramollissant, à la mucosité pituitaire. Cette matière muqueuse, brune ou noire dans les Nègres, n'existe pas partout en même quantité. Elle est parfois si molle qu'on peut l’enlever avec un couteau. Elle s'épaissit dans l'alcool, et prend alors la forme d’une membrane; mais considérée ainsi au microscope, ce n'est point une membrane d’un tissu continu : en se desséchant, la matière s’est réunie en lames noires plus ou moins épaisses. Miscible à l’eau, la macération finit par la détruire, et alors l’épiderme se détache. Cette matière muqueuse couvre partout les petits mamelons de la peau; les poils quien sortent passent à travers, et il est assez probäble que les vaisseaux exhalans se terminent au-dessous , et au-dedans d’elle; l'injection cependant ne laisse apercevoir aucun vaisseau qui la traverse. Cette mucosité noire, située audessous d’une peau blanche, ne paraît pas à Meckel l’ancien être sortie des vaisseaux cutanés, par sécrétion; mais il est plus probable qu'elle y a d’abord été jetée jaune, et par son séjour sous l’épiderme elle y est devenue noire. H repousse l’idée de Santo-
(1) Vix ac ne vix quidem in conspectum venit dictum hoc corpus Reticulare, nisi post macerationem in spiritu vini : vixque demonstrari potest vulgari encheiresi, et comimuni dissecandi modo, multo minus papillæ pyramidales, particulæ, quas anatomiæ professores sicco quasi pede in dissectionibus transire solent, quamvis studiosis medicinæ scilu et visu adeo necessariæ censendæ sint, propter earum usum, quem præstant, ut neutiquam in administrationi bus anatomicis præsertim privatis, sint negligendæ. Ruysch, opera omnia, t. 11, pag. 9. Responsio Fred. Ruysch. ad Joh. Gaubium. ”
Our les appareils tégumentaires des animaux. 87
rini (1), par laquelle il attribue au foie la sécrétion de la liqueur noire. Quant à la nature cribleuse de la membrane muqueuse, telle que Malpiohi l’a décrite, elle n’a, suivant Meckel,
d'autre fondement que les petites élévations qu'on observe dans.
les endroits où aboutissent les extrémités des mamelons, car
d’ailleurs la mucosité enduit partout la peau d’une manière uniforme. (2)
Les figures de B. S. Albinus, représentant le corps réticu-
laire (3), sont bien supérieures à celles de Ruysch; et les considérations dans lesquelles entre l’anatomiste hollandais démon-.
trent qu'ilavait étudié la structure de la peau avec plus de soin et desuccès que ne l'avait fait son compatriote, dont on a beaucoup
trop vanté les procédés anatomiques, et surtout ceux pour l'in-
jection des vaisseaux sanguins : il considère cependant comme distincts la cuticule et le corps réticulaire, et indique la plante
du pied de l’homme pour bien voir cette différence. Le corps.
réticulaire ne présente pas de véritables trous, mais des fossettes, des gaines qui contiennent les papilles, comme l'épée est renfermée dans son fourreau (4). Les orifices de ces cavités ne sont pas arrondis, mais anguleux, de grandeurs différentes entre eux, et leur arrangement ne présente rien de régulier ou en quinconce comme dans les figures de Ruysch. Lorsque le corps réticulaire est très coloré, les fossettes ou dépressions vaginales ressemblent beaucoup plus à des perforations, parc que dans ces points la teinte est moins foncée, l'épaisseur du tissu étant moins grande.
G. À. Gaultier (5) considère le corps muqueux réticulaire comme composé de quatre parties distinctes, en commençant
de dedans en dehors; ce sont : 1° les vaisseaux sanguins, unis
. (1) Observationes anatomicæ, cap. v. & 1.
(2) Recherches anatomiques sur la nature de l’épiderme et du réseau qu'on appelle malpighien ( Mémoire de l’Académie royale de Prusse, tome 1x, année 1703 ).
(3) B.S. Albini. Academicarum annotationum, ete. Leidæ,! 1754, vol. 1, lb. 1, Voy. pl.r, MUT:S)3, 4, 0.
(4) Cap. 1r. De cognitioneet distinctione cutieulæ et retieuli, ete. 1. 7, p.2 1.—"T. rx, fig.3.
(5) Recherches anatomiques sur le système cutané de l’homme, etc. Paris, 1811. iu-4 avec fig. |
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par un tissu blanc, contigus au derme, admettant une matière qui colore les tégumens; 2° un tissu blanc formant une couche universelle (couche albide ); 3° les gemmules, petits corps colorés en brun chez les Nègres, et d’un blanc opaque chez l'Européen. 4° une couche blanche contigué à la cuticule (couche albide superficielle). Gaultier avait entrevu certaines dispositions ; mais u’ayant pas pu faire ses recherches sur différens animaux, et principalement sur des cétacés, il n'avait pas pu donner à ses observations la rigueur et lexactitude desirables; de là est résultée la confusion. Ainsi sa première couche est composée des organes de sécrétion de la matière cornée, de la matière colorante et des vaisseaux sanguins qui servent à ces sécrétions; sa couche albide paraît être l'enveloppe propre des papilles nerveuses, et peut-être les filets nerveux eux-mêmes, dont ne parle pas Gaultier. Les gemmules ne sont que les couches fournies aux papilles par le corps muqueux réticulaire, et qui lui forment des enveloppes. Enfin la couche blanche, contiguë à la cuticule ou couche albide superficielle, n’est que cette matière muqueuse réticulaire moins colorée que dansles couches profondes. Gaultier aurait pu faire une cinquième couche, ou la couche épidermique, car il la distingue, sans doute à tort, du tissu muqueuxaveclequel il y a identité de nature, pour en faire un organe à part, la cuticule.On doit reconnaitre ici que Gaultier ne parle pas du système nerveux, que presque tous les anatomistes, et surtout Malpighi et Winslow ont vu dépasser le derme; il ne dit rien sur le mode de terminaison des nerfs, et ne s'explique pas sur leur mode de terminaison à la peau. Le principal organe des sens et le pius généralement répandu, le corps muqueux réticulaire, suivant Gaultier n’a pas d’orifice apparent pour donner passage à des mamelons ou papilles , lesquels, dans le sens que Malpighi les décrit, n’existent pas (1). ?l fait partir du sommet des bour- £geons sanguins de petits tubes qui viennent s'ouvrir dans les alvéoles des doigts, etil regarde ces tubes comme des canaux exhalans. Gaultier a encore ici été à côté du vrai; mais sil a eu
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Sur les appareils tégumentaires des animaux. 89
rdison d'admettre ces canaux, il s’est trompé en les faisant partir des bourgeons sanguins et en les représentant droits.
Le génie observateur de M. Dutrochet se retrouve dans le peu de lignes qu'il a écrites sur la structure de la peau, comme dans tous ses autres ouvrages, et nous devons regretter qu'il n'ait pas entrepris pour tout le système cutané ce qu'il a faitsur la structure et la génération des plumes (1). La peau des animaux vertébrés offre, suivant M. Dutrochet, de l'extérieur à l'intérieur, les couches suivantes :
1° L'épiderme, 2° les tégumens cornés des papilles, 5° la couche de matière colorée, et les deux dernières couches, quelquefois séparées, très souvent confondues, et parfois dans un état de mollesse qui ne permet pas de les distinguer l’une de Pautre; elles forment ce qu’on appelle le corps muqueux; 4° la membrane épidermique des papilles; 5° la couche papillaire, éminemment vasculaire et nerveuse; 6° le derme.
Nous n'avons aucune observation bien sérieuse à faire sur cette manière de considérer la structure de la peau ; nous ferons seulement remarquer que M. Dutrochet n'est pas entré assez profondément dans son sujet, parce que, si telle avait été son intention, il aurait certainement découvert les canaux hidrophores, le mode de terminaison des lymphatiques, la structure des corps papillaires, celle des glandes qui sécrètent la matiere cornée et la matière colorante, etc.
Il a judicieusement séparé la substance, cornée de la matière colorante, bien qu’elles soient le plus souvent mêlées ensemble.
L’enveloppe cornée reçoit ordinairement sa couleur de la matière
colorante avec laquelle elle est en contact; mais aussi, dans bien des circonstances, elle reste incolore, sans qu'il soit possihle d'en apercevoir la cause. (2)
La désignation sous laquelle J. F. Meckel décrit le réseau muqueux vasculaire démontre déjà qu'il le considère comme composé de vaisseaux; et en effet il dit que c'est une substance muqueuse à demi fluide, parsemée d’une innombrable quantité
* (x) Observations sur la structure et la régénération des plumes, avec des considérations gé— nérales sur la composition de la peau des animaux vertébrés. Paris, 1519. (2) Dutrochet, p. 544.
O0 : {Recherches
de vaisseaux capillaires sanguins (1). Nous ne pouvons pas partager l'opinion de ce savant anatomiste, s'il considère ces vaisseaux comme appartenant en propre au corps muqueux , et l’ex- « pression de réseau muqueux vasculaire semble le faire croire. ;