CHAPITRE VI
APPAREIL CHROMATOCGÈNE , OU ORGANES DE SÉCRÉTION ET D'EXCRÉTION DE LA MATIÈRE COLORANTE.
Le réseau muqueux de Malpighi a aussi été désigné comme le siège unique de la matière colorante, laquelle serait sécrétée … par le prétendu réseau vasculaire, et conservée en dépôt semidiffluent; mais l'analyse du tissu corné et la connaissance de son mode de production, nous permettent de présenter, d'après les faits, une théorie de la coloration de la peau beaucoup plus satisfaisante que celle qui règne dans les écoles. Nous avons remarqué que si la peau est noire ou blanche, le bord libre des écailles est tacheté de noir ou de blanc. Le pédicule de Pécailie | et le canevas cellulaire où il s'implante conservent toujours la couleur blanche , ainsi que les parties qui entrent accidenteliement dans la composition de l’épiderme, telles que les tiges nerveuses, les tubes sudorifères, les canaux inhalans. Les écailles sont donc les seuls organes en qui réside le siège de la colo: ration. Naturellement nous avons düû comparer. cette disposition du tissu corné avec les aïles si connues des Lépidoptères , et nous avons trouvé une ressemblance d’autant plus frappante que les ailes sont ellesmêmes une sécrétion épidermique. Les écailles des papillons, colorées, pédiculées, sont implantées sur une espèce de nervure centrale, ce qui nous permet de penser que le réseau délié auquel adhèrent les écailles de la peau humaine est aussi une trame contenant des canaux propres aux | écailles ; ce qui est évident sur la baleine.
Ayant examiné par curiosité quelques fleurs au microscope,
(1) Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique, traduit de Vallemand par À. TJ. L. Jourdan et G. Breschet, t. 1,p. 470, $ 380.
Sur les appareils légumentaires des animaux. Of
nous vimes que ces tableaux naturels, si riches et si variés, étaient le résultat d'une marqueterie de petits utricules de forme et de couleurs différentes suivant les espèces : ainsi un pétale de rose est composé de petits utricules en pavé, unicolores; la primevère a des écailles polygonales irrégulières, la violette les a relevées en saillie; la giroflée, imbriquées comme des écailles de poisson , etc.
Autant qu’il est permis de comparer le règne animal au végétal, nous pouvons dire que le siège et le mode de coloration ont des analogies dans les deux règnes.
Il nous paraissait piquant de poursuivre cette comparaison entre la coloration des végétaux, et surtout la coloration des fleurs et les teintes variées des enveloppes tégumentaires des animaux. Déjà nous avions senti qu’il existait quelque analogie entre les canaux hidrophores disposés en spirale et certaines fibres végétales, ce qui nous portait à penser qu’à mesure qu'on descend dans l’organisation animale des tissus les plus sensibles ou les plus vivans, aux tissus de moins en moins organisés, on arrive à des dispositions de structure qui établissent un point de contact entre les deux grandes sections des êtres organisés, et l’on trouve entre certaines parties de l'animal le plus élevé dans l'échelle zoologique et les végétaux, une analogie comparable à celle qu'on à tant de fois signalée entre les animaux les plus simples et les végétaux.
Mais comment s'opère la coloration?
1° Il est présumable que la forme de l’écaille où de l’utricule
joue un rôle quelconque dans la production de ce phénomène. Le nègre et les cétacés, qui ont la peau noire, auraient-ils une écaille de forme identique (en spatule)? Celle de l’homme européen a la forme d’un trapèze. De plus, nous venons de remarquer: que les petites pièces articulées qui composent les pétales, différent suivant la couleur qu’ils représentent et l’espèce de flèur dont ils font partie. Cette forme a peut-être une action spéciale pour décomposer la lumière à la manière d’un prisme.
2° Il y a une autre considération, qui probablement n'est pas étrangère à la création de la couleur, e’est que lécaille se trouve par son pédicule en communication plus où moins
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rapprochée avec son organe sécréteur et alimentée par une véritable circulation de fluide. Cela est évident pour les fleurs dont les utricules contiennent un liquide, et se prouve, chez les” animaux, par cette observation, que Îes cheveux, les poils, etc. se ternissent et changent quand l'animal est malade. Or, dans ce cas, les écailles pourraient être considérées comme des organes agissant d’une manière spéciale sur le fluide qui est en contact avec leur pédicule par le moyen de la trame aréolaire sur laquelle il s'implante.
Ces organes auraient la faculté, inhérente à leur tissu, de nuancer les couleurs et d’en assimiler certaines combinaisons qui leur sont propres.
Quoi qu’il en soit, les couleurs sont rangées avec art dans de petits compartimens , de manière à produire une véritable illusion d'optique. Si on regarde un pétale de primevère rouge, le soir au microscope, éclairé par une lampe, cette fleur ressemble à ces illuminations en verres de diverses couleurs, chaque utricule a l'aspect brillant d’un petit godet coloré.
En résumé, les fleurs, comme les papillons et les animaux en général, doivent les nuances des couleurs dont ils brillent à la forme et à la disposition des paillettes qui ornent leur épiderme. Les plumes du paon, les ailes dorées du colibri, peuvent être considérées comme des fleurs animales, puisque le système de coloration est le même dans les deux règnes organiques. On ne doit pas dire que la nature a des pinceaux et une palette; elle ne peint pas, elle compose des mosaiques artistement combinées pour produire les plus merveilleux effets.
Si, comme nous le présumons, les écailles de la peau du nègre diffèrent de celles du blanc, et si la différence de forme en produit une dans la couleur, ce point d'organisation expliquerait, peut-être, dans les deux races, la dissemblance de coloration sans avoir besoin de recourir à l'influence si contestée du soleil. Cet astre peut bien basaner plus ou moins la peau, mais il n'a pas la puissance de changer le type primitif des êtres; le nègre est noir d’une manière absolue, par la même raison que V Pinces est blanc.
Il y aurait donc dans les races humaines des différences dans
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la forme des écailles comme on en voit dans celles des poissons et des reptiles, circonstance qui n'avait pas encore été indiquée, et qui n'est pas sans intérêt pour le physiologiste comme pour le zoologiste.
Mais cet arrangement des petites écailles ne pourrait constituer que des différences de formes, il faudrait toujours admettre une matière colorante particulière, et c'est cette matiere que nous croyons être sécrétée par le parenchyme glanduleux superficiel dont nous avons donné la description.
Au-dessous de cet organe et de ses canaux excréteurs , il n'existe pas de matière colorante. Le derme est blanc ou n’est coloré en dessous que par le réseau vasculaire dont nous avons parlé ; et qui ressemble à du tissu érectile. Tous les organes qui näissent du derme ou qui le traversent sont incolores et restent incolores. Mais à partir du second organe de sécrétion avec Îlequel communiquent les canaux excréteurs des glandes profondes, que nous considérons comme sécrétant la matière muqueuse, on remarque la production d’une matière colorante, et nous avons plusieurs fois aperçu des globules colorés dans quelques-uns des canaux qui sortent de cet organe glanduleux, canaux que nous considérons comme des conduits excréteurs * de la matière colorante. Il s’opère donc une modification particulière de la substance muqueuse dans ces corps glanduleux de la couche supérieure par l’adjonction d’une matière colorante, granuleuse, qu'elle soit noire ou cuivrée ou de toute autre couleur, ce qui démontre que la matiere muqueuse et la substance colorante sont, en principe, deux choses distinctes, quoiqu’elles ne soient jamais isolées l’une de l’autre, lorsqu'elles constituent le tissu corné épidermique.
Chez certains animaux, le tissu corné se charge de matière calcaire, se soude, et forme une espèce de prison solide, dans laquelle animal est renfermé. Il est facile de concevoir comment le mucus corné sous-jacent, développé en couches successives et poussé par l'accroissement du corps, peut occasioner la rupture de l'enveloppe cornée ancienne et se trouver prêt à la remplacer chez l’homme et chez beaucoup d'animaux. La mue a
lieu en tout temps au moven du détritus de lépiderme, qui se \ P » 4
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détache, et surtout au printemps , par des exfoliations farineuses.
La surface de la peau est sillonnée de lignes affectant des figures géométriques, fixes pour chaque partie du corps et relatives aux mouvemens qui doivent s’y opérer : ainsi on les voit formant des cercles concentriques à la pulpe des doigts, sinueuses dans la paume des mains, en losange au poignet, imbriquées au pli du bas, etc. Il faudrait observer ces lignes et les éminences qu'elles circonscrivent dans toute la surperficie du corps de l’homme et des autres animaux, en établir linvariabilité suivant les parties, et convertir ces observations en lois , de maniere qu'une forme et un mouvement étant donnés, on sut, & priort, la disposition qu'y doit affecter la peau. Cette enveloppe étant moulée en relief sur Je derme, on pourrait y lire exactement la situation relative de chaque partie constituante de la peau, et en tirer des conséquences utiles à la physiologie humaine et comparée, ainsi qu’à la pathoïogie.
Tous les organes placés à la surface du derme ayant une direction oblique, la disposition de tous les épidermes est nécessairement imbriquée. Il suffit, pour s’en assurer, de considérer l’implantation des poils. |
On voit, d’après la structure bien connue de l'épiderme, que ce n'est pas une matière inorganique, ou un mucus expulsé mécaniquement; cest, au contraire, un tissu d’une organisation assez compliquée, lié aux importantes fonctions de l'exhalation et de l’absorption, par la faculté qu'il a de se laisser pénétrer par les liquides, et cette imbibition ou ÆZndosmose semblerait être le premier degré ou le point de départ de l'absorption sur les surfaces cutanées et muqueuses, servant d’enveloppe protectrice au système nerveux et à tout le reste du corps; mais la vie dont il jouit est pourainsi dire végétative. L'absence de nerfs propres le rend insensible; il se colore, exhale et absorbe à la manière des végétaux.
Si on a pu dire impunément que l’épiderme était une matière
morte, c’est le remettre en honneur que de l'élever an rang des tissus végétaux.
En consultant l’histoire de la science relativement à la structure de la peau et particulièrement à la nature de l spi-
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derme et aux causes de sa coloration, nous voyons une telle divergence d'opinions, des idées si vagues, plutôt spéculatives que déduites de l'observation, qu'il est impossible d’en tirer aucun parti. C'est ainsi que les anciens et principalement Vésale (1) ont désigné l’épiderme sous le nom d’efflorescence de la peau: Morgagni le considérant comme la surface extérieure du corps, en fait une famelle comprimée par l'air (2). Suivant Boerhaave il résulte de la réunion des vaisseaux exhalans (5); enfin Ruysch veut qu’il soit l'efflorescence des papilles nerveuses (/). Ant. de Leceuwenhoek (5) se borne à indiquer la disposition squammeuse de la peau et à parler de la sécrétion plus ou moins abondante qui se fait sous ses écailles, sans chercher à déterminer la nature de l'épiderme.
Considérant le réseau Malpighien comme une liqueur muqueuse épaissie en forme de membrane, par l’exposition à l’air, c’est par son épaississement, et son durcissement que la même
liqueur produit l’'épiderme selon A. Haller (6). Cette opinion a aussiété celle de Garengeot.
Meckel l’ancien affitme que la couleur de l’épiderme des nègres est cendrée, tirant un peu sur le noir. Quelques auteurs comme Malpighi et Littre, ont avancé qu'il était blanc; Meckel a de la peine à comprendre ce qui a pu leur donner cette idée: car cet épiderme mis dans de Pesprit de nitre neblanchit pas, il y devient jaune; cette opinion avait déjà été détruite par les expériences de Ruysch, Albinus, Winslow et Haller (7) qui déclarent tous que l’épiderine des nègres est cendré, comme
il l'est en effet. Néanmoins Santorini(8) et Morgagni (9), d’après
(1) De humani corporis fabric à, liv, zr, cap. 5
(2) Adversar. 1r. Animadvers. 3.
(3) Instit. rei medieæ, cum comment. Halleri— Vol. ur. p. 537.
(4) Thes. anat. 11 et thes. 1x. N° 37.
(5) De Squamis in ore; cute decidente, etc. Arcana naturæ detecta. t. 11. p. 50.— Lugd. Batav, 1722.
(6) Ant. Leeuwenhoek, dès l’année 1683, avait décrit cette nature écailleuse de la peau.
« In literis meis, datis pridie LUS septembris 1683 , dixi, quo modo cutis nostra squamis sit obsita. » etc.
(7) Comment. in instit. Boerhaavii, vol. tr, p. 555. N. D. : {8) Obs. anat. cap. p. 2.
(9; Anim, tv.
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une expérience ancienne, et Ruysch (1) lui-même décrivent l’épiderme comme noirâtre. Ces savans ont peut-être considéré l'épiderme, lorsque la membrane muqueuse y était encore adhérente. Mais quand on a fait dissoudre cette membrane par une longue macération et qu'on l’a raclée et détachée de l'épiderme, celui-ci manifeste-sa couleur cendrée. il y a donc une différence essentielle entre la substance de la peau, celle de l’épiderme, et de la membrane muqueuse; ce que démontre suffisamment la diversité de leur couleur et de leur nature. Peut-on dire avec Leeuwenhoek, que l’épiderme soit d’une structure écailleuse? cet habile homme paraît avoir été trompé par des portions d’épidermes détachées des diverses parties du corps. On ne saurait voir d’écailles à l’épiderme le plus épais de la plante du pied et de la paume des mains, qui est seulement . formé de couches posées les unes sur les autres d’un épiderme durci et pareil à de la corne. (2)
J. Fr. Meckel l’ancien prétend aussi que la couleur de l’épiderme des nègres, démontre au premier coup-d’œil, qu'il est entièrement distinct de la peau et qu'on ne saurait le prendre pour la surface cutanée durcie, car on voit une peau parfaitement blanche, sous la mucosité noire et sous l’épiderme qui est une substance particulière, tout-à-fait différente de la peau. Son insensibilité est une preuve, suivant Meckel, qu’il ne doit pas être pris pour une production des papilles nerveuses, car l'accroissement d'épaisseur de l’épiderme n’augmente pas sa sensibilité. D’ailleurs la couleur des nerfs est blanche chez les nègres comme chez les autres hommes, tandis que leur épiderme est noir. Il n’est pas non plus la réunion de petits vaisseaux exha- Jans, car c’est un tissu continu, et sans aucune ouverture. (3)
J. Fr. Meckel (4) partage l'opinion de son aïeul sur linsensi-
(1) Thes. anat, 11, ap. v. n. 12.
(2) Rech. anat, sur la nature de l’'épiderme et du réseau qu’on appelle Malpighien, par Meckel. Mém. de l’Acad. roy. des Sciences de Berlin, 1. 1x, année 1753.
(3) Recherches anatomiques sur la nature de l’épiderme et du réseau de Malpighi. etc. Mém. de l’Académie roy. de Berlin, t. 1x, année 1753.
(4) Manuel d'Anatomie générale, descriptive et pathologique par J. F. Meckel, traduit de l'allemand par A. J. L, Jourdan et G. Breschet. — T, 1, p. 470, 380, 38r, Paris, 1825.
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bilité de l’épiderme, et il le regarde comme dépourvu de vaisseaux et de uerfs; il le distingue du réseau muqueux vasculaire.
Sur un négriilon, Camper (1) a reconnu 1° que la peau par elle-même est parfaitement blanche; 2° qu’ensuite vient une seconde membrane appelée ‘tissu réticulaire, et que celleci est noire, brune, rouge de cuivre ou jaune. Cette membrane est couverte d’une autre couche qui est la sur-peau, que W. Hunter (2) a comparée à un émail ou à un vernis légèrement étendu sur le feuillet coloré, et destiné à le con: server. Cette membrane colorée est formée de l’entrelace-
ment des vaisseaux capillaires de la peau, et il est facile d’en
apercevoir distinctement les fibres à la main et au pied, en sou levant avec attention l’épiderme après une longue putréfaction de la peau, ou après qu’on la fait bien tremper dans de l’eau chaude. On n’y a jamais découvert de vaisseaux sanguins qu’on puisse remplir par injection; quoiqu’on ait prétendu le contraire. Ruysch à nié l'existence de ces vaisseaux et Hunter ne les a Jamais trouvés, quoiqu'il ait vu les fibres dont l’entrelacement forme en courant.de la peau à l’épiderme, un réseau qui ressemblé à une toile d’araignée, dont il a même donné la figure dans son mémoire (77ed. observ. and. ing. t. 2. pl. x. fig. 1 p. 52). Gaultier (3) distingue la cuticuledu corps muqueuxréticulaire, auquel elle adhère. Elle est formée de plusieurs couches superposées. La couche qui correspond aux bourgeons est dense et brunûâtre; celle qui correspond aux sillons, résiste moins aux instrumens ; elle est plus blanche. I ne dit rien de sa nature. G. Prochaska n’a jamais pu faire parvenir de l'injection dans les ongles, les poils et l’épiderme (4), dans la peau il n'a pas non plus pu injecter le corps muqueux de Malpighi, et cela devait être ainsi, puisque ce corps n’est pas vasculaire. (à)
(x) OEuvres de Pierre Camper qui ont pour objet l’hist, natur., la physiol. et l'anatom. comparée. T, t1.
(2) Med. observ. and inq. t. 2. p-. 48.
(3) Recherches anatomiques sur le système cutané de l’homme, etc., p. r4. Paris, 18rr. (4) In ungues, pilos et epidermidem nunquam injectio penetrat, qua de causà nullum . unquam ruborem suscipiunt.
(5) Disquisitiones anat. physiol. organismi. — p. 97. Viennæ, 1812.
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On voit sous l'épiderme, suivant Béclard, des filamens très bien décrits et représentés par W. Hunter qui les regardait comme des vaisseaux de la sueur; ils avaient été notés par Kaau qui en avait la même opinion. Bichat et Chaussier les considèrent aussi comme des vaisseaux exhalans et absorbans. Mais on n’est pas encore parvenu à les injecter, et l’inflammation qui rendla peau si vasculaire, ne les colore pas sensiblement. Cruikshank pense que ce ne sont pas des vaisseaux , mais des prolongemens excessivement fins de l'épiderme qui tapissent les plus petits pores du derme. Suivant Seiler ce sont des rudimens defollicules sébacés et de bulbes de poils. On a dit que l’épiderme était composé
d’écailles imbriquées, mais c'est une apparence trompeuse
d’après Béclard : il consiste en une membrane plane et continue. Il est transparent et d’une couleur légèrement grisâtre. Dans les races colorées, il participe à la couleur de la peau, mais il est moins foncé que le corps muqueux. Ni irritable ni sensible, il est de toutes les parties du corps, celle qui est douée de la force de formation la plus active, et résulte dela concrétion d’un fluide exhalé à la surface de la peau ; continuellement renouvelé, jamais résorbé, mais détruit à l'extérieur à mesure qu'il est produit à la surface interne. Produit, suivant Béclard d'une exsudation ou excrétion du derme, c’est la surface endurcie du corps muqueux; de sorte que depuis le derme jusqu’à la surface libre de l’épiderme, il y a une dégradation successive d'organisation et de vitalité qui fait de l’épiderme une sorte de vernis. (1) k
M. de Blainville (2) regarde Yépiderme comme une matière cornée, rejetée à la surface de la peau, assez souvent lisse ou formant des amas dans certains endroits, d’où résulte ce qu’on nomme des écailles, etc. Il ne lui accorde ni vaisseaux ni nerfs; produit par une exsudation de matière cornée, il est une sorte d’excrétion. M. de Blainville dit ‘avec grande justesse que l'épiderme ne se reproduit plus lorsque le derme a été détruit. Nous donnerons ailleurs la raison de cette particularité.
(x) Béclard, p. 280 et suiv.
(2) De l’organisation des animaux, ete.
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Le docteur Mojon (1) soutient que l’épiderme est de nature organique, et qu'il a des propriétés vitales quoiqu’on n'ait jamais pu y découvrir de vaisseaux sanguins, et bien que Ruysch n'ait pu en pénétrer le tissu avec son injection. Cette membrane est le résultat d’une opération organique et nutritive, comme tous les autres tissus. Si l’épiderme était insensible, pourrait-il absorber certains liquides et en repousser d’autres, sans être doué d’une sensibilité élective particulière ? comment sans lui accorder une organisation et une sensibilité, expliquer les diverses altérations morbides auxquelles il est sujet, quoique parfois sa sensibilité soit très obtuse; n’en donne-t-il pas des marques non équivoques, dans quelques circonstances de maladie ? Il est lié au Corps muqueux par de petits filamens cellulaires, par les dernières ramifications des vaisseaux exhalans et par les racines des absorbans. Ces parties entrelacées de mille manières diffé- rentes, et uniespar une matière albumineuse, forment le tissu de l’épiderme dont la face externe est écailleuse. L'importance de l'épiderme est telle que tous les êtres organisés sont pourvus de cette pellicule.(2)
Les raisons de M. Mojon sont plus spécieuses que solides, et il n'en est pas une qui puisse résister à un sérieux examen.
M. Delle Chiaje (3) fait dériver l’épiderme d’une origine à laquelle avant lui personne n’avait songé; mais si la pensée peut paraître ingénieuse, les raisons données par le physiologiste napolitain ne sont pas démonstratives et conséquemment peu convainquantes. Notre célèbre naturaliste pense que l’épiderme est formé par l’agglomération des globules du sang privés de fibrine et desséchés. Dans une nouvelle édition de son mémoire sur l’épiderme, où M. Delle Chiaje cite notre travail sur la structure de la peau, présenté à l'académie royale des sciences, ce savant donne plus de développemens à son opinion sur la nature de l’épiderne,
(x) Osservazioni notomico-fisiologiche sull’epidermide. Genova, 1815. Seconda edizione. Genova, 1820.
(2) E tale l’importanza dell’epidermide che tutti gli esseri organici tanto animali, che vegetabili ne sono dotati, elc. p. 2r.
(3) Osservazioni su la struttura dell’ epidermide umana, ete, Napoli, 1827.
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100 Recherches
L'épiderme placé sous la lentille du microscope de Dollond, a paru à M. Delle Chiaje, de même qu'il avait paru à M. de Humboldt, formé d’une membrane simple continue, avec des traces de porosités, à cause des éminences et des dépressions produites par les papilles. Cette membrane serait composée de mailles plus ou moins rapprochées, de forme à-peu-près orbiculaire, ou d’une série de petits espaces limités par des filets entre lesquel on observe les globules du sang, qui paraissent comme autant de petites vésicules presque transparentes et jaunâtres, et qui, ayant entre elles beaucoup d’affinité, s’attirent pour former des anneaux, chacun desquels , selon Popinion de Poli, résulte de la réunion de 5 ou 6 follicules ou vésicules. L’épiderme, à la vérité, n’est pas poreux, mais seulement dans certains poiuts il est plus distendu et plus diaphane à cause des papilles , ce qui pourrait faire croire à l'existence des porosités. Les mailles de l’épiderme sont ordinairement de forme orbiculaire, mais quelquefois aussi trapézoides ou carrées : leur circonférence est formée par les filets ou plexus innombrables diversement ramifiés. | je
Voilà la disposition de l’épiderme dans les points où existent les papilles qui le soulèvent, mais il ÿy a quelque différence de structure dans les autres parties du corps. En effet, une partie de l’épiderme du bras qu’on a enlevée avec la pommade de tartre stibié, et placée sous la lentille n° r du microscope de Dollond, s’est présentée composée d'une membrane très mince, diaphane, parsemée de globules sanguins de la circonférence desquels on voyait partir, en forme de rayons, plusieurs filets courts ét flexueux. M. Delle Chiaje nie tout-à-fait l’existence de toute espèce d'organes vasculaires dans l’épiderme, les
vaisseaux de Hunter et de Boerhaave,les vaisseaux exhalans
et absorbans de Bichat et de Chaussier, les prolongemens minces de Cruikshank que Mascagni avait pris pour des vaisseaux lymphatiques. Notre auteur cite, à l'appui de son opinion contre l'existence des vaisseaux sanguins, Haller, Meckel et
Panizza. Il a fait des recherches sur l’épiderme qui recouvre la
morsure des cousins ou des punaises, de même que sur l'épiderme des enfans affectés de rougeole ou de scarlatine, et il n’a
Sur les appareils tégumentaires des animaux. ICI
jamais pu y découvrir ni rongeur, ni anastomose des vaisseaux, ni aucune communication avec le réseau de Malpighi ou avec les vaisseaux des papilles cutanées. Ni le scalpel, ni lemicroscope, n’ont jamais pu démontrer l'existence des nerfs dans l’épiderme qui est par conséquent tout-à-fait insensible, Quant aux canaux exhalans et absorbans et aux pores épidermiques, l'observation exacte, suivant Delle Chiaje, en dément l'existence, et probablement ces organes ont été confondues avec les espaces que présentent les mailles à travers lesquelles passe la lumière. Ayant examiné l'endroit dans lequel pénètre le poil à travers l’épiderme, j'ai toujours vu, dit M. Delle Chiaje , une espèce d’entonnoir qui démontre que l’épiderme est dans ce point soulevé par le sommet du poil, qui en est recouvert dans toute sa longueur. L’épiderme, indépendamment du réseau de Malpighi, doit être considéré comme divisé en deux lames dont l’externe est plus mince que l’interne. La génération de lépiderme dépend tout-à-fait du réseau de Malpighi : de sorte qu'il peut être considéré comme un produit actif de l’économie animale, formant le premier degré de l’organisation, et ayant, de même que les liquides, les seuls élémens des parties organiques, c'est-à-dire les globules du sang et la substance albumineuse très coagulab'e qui forme ses mailles. (1)
Nous avons déjà vu que dans ces derniers temps, M. le professeur Rapp avait attribué la production de la matière cornée à des corps qu'il considère comme des canaux excréteurs, et qui pour nous sont des tiges nerveuses.
Notre pensée en apercevant pour la première fois ces filamens nombreux situés dans l'épaisseur du corps épidermique ou tissu corné de la peau des cétacés, fut de les considérer comme des organes sécréteurs; leur apparence granuleuse sous le microscope et les lames successives ou petites vésicules dont ils semblaient être formés, venaient encore fortifier notre présomption, qui a été partagée par quelques-üns de nos amis qui ont fait le même examen. Mais une dissection plus attentive nous fit connaître que toutes ces petites tiges
(x) Opuscoli fisico-medici di G. Delle Chiaje. Napoli 183$. p. 113. — Osserv su la struttura della epiderme umana. . |
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102 = Recherches
étaient des fourreaux de substance cornée, et que nous avions pris l'enveloppe pour l'organe lui-même. Les tiges renfermées dans ces étuis sont blanches, elles tirent leur origine de lépaisseur du derme lui-même et s'élèvent à la hauteur de plusieurs lignes dans le tissu corné de la peau de la baleine. On voit des nerfs les pénétrer; elles ne sont percées à leur centre d’aucun canal, n’offrent aucun pertuis à leur extrémité, paraissent striées dans toute leur longueur et composées d’un faisceau de très petits filameï.s; enfin elles ne tirent leur origine d’aucun renflement, d'aucun organe glanduleux. Si c'étaient des canaux excréteurs, pourquoi ne se termineraient-ils pas à la face extérieure du derme; pourquoi les verrait-on coiffés d’un capuchon corné, dense, résistant? Cette première enveloppe, la plus immédiate, devrait être la plus molle, diffluente, et c’est ce qui n'existe pas. Si l’excrétion du corps muqueux ou matière cornée liquide, se faisait par l'extrémité de ces tiges, le tissu corné ne serait pas d'autant plus dur qu'il s'éloigne davantage du derme pour se rapprocher du dernier feuillet épidermique.
Ces tiges sont-elles des poils avortés? Nous avons déjà dit que les poils ont toujours une bulbe ou une extrémité dermique renflée, espèce d’organe de sécrétion, ce qu’on ne voit pas à l'origine de ces tiges. D'ailleurs, dans l’homme et les animaux, on voit à côté d'elles les poils avec leurs bulbes, et leur disposition est bien différente. Ce qui paraîtrait donner quelque force à l'opinion que ces tiges sont des poils avortés, c’est qu’on les trouve au maximum de leur développement chez les cétacés, dont la peau est presque glabre, ainsi que sous le sabot des solinèdes et des ruminans , et ne peut-on pas comparer cette peau des cétacés à l'enveloppe eornée très épaisse de l'extrémité des membres des herbivores? analogie déjà indiquée par Steller(r), comme nous l’avons déjà dit : « Au lieu d’épiderme, le Lamantin du nord porte une espèce d’écorce ou de croûte épaisse d’un pouce, composée de fibres ou de tubes serrés, perpendiculaires
(x) Acad. petropol. novi commentarii, t. xr, p. 294, ete. Voyez aussi G. Cuvier, ossemens fossiles, t. v, p. 1, art. 1v, p. 256.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 103
à la peau. Cette écorce singulière est si dure que l'acier peut à peine l’entamer, -et quand on est parvenu à la couper, elle
ressemble à l’ébène par son tissu compacte aussi bien que par
sa couleur. Ces fibres s’implantent dans la véritable peau par autant de petits bulbes, en sorte que lorsqu'on arrache l'écorce, la surface qui tenait à la peau est toute ctiagrinée, et celle de la
peau elle-même est réticulée par autant de fossettes que l'écorce .
offre de tubercules. La surface extérieure de l'écorce est inégale, raboteuse, fendillée, et ne porte aucun poil, comme il était aisé de s’y attendre; car on conçoit que les fibres quila composent ne sont que des poils soudés ensemble pour former une espèce de cuirasse. On peut dire en un mot que cet animal est complètement armé d’une substance semblable à celle des sabots du cheval ou du bœuf, ou de la semelle de l'éléphant et du chameau, armure qu'on voit aussi dans la grande baleine, etc. » C’est cette idée de Steller qui a, plas tard, été reproduite, développée.et généralisée, Nous nous bornerons à dire que les bulbes dont parle Steller n’existent pas, que la peau des cétacés n’est pas entièrement dépourvue de poils, car il en existe sur la tête, près des.évents et quelques-uns vers les lèvres, et que ces poils sont tout différens des tiges cachées dans l'épaisseur de la substance cornée de la peau. Dira-t-on aussi que sur la langue du bœuf et de beaucoup d’autres animaux, où ces tiges se. voient également, où elles se continuent avec les nerfs, et où elles sont, vers leur extrémité, bien recouvertes par des. couches cornées plus où moins épaisses,suivant que ces papilles sont destinées à servir au tact ou au goût, dira-t-on que ces tiges ne sont là encore que des poils avortés, parce que la langue est glabre comme la peau des cétacés? Dira-t-on que sur les membranes muqueuses où il n’y à pas de poils non plus, toute la matière muqueuse n’est formée que par des poils avortés? Car, avec un esprit peu rigoureux, si l’on donne carrière aux analogies, où borneront-elles leurs courses vagabondes ! Mais ue pourra-t-on pas dire encore : Si ces tiges sont de véritables nerfs produisant les papilles, à quoi peuvent-elles servir dans l'épaisseur du tissu corné de la peau des cétacés et sous le sabot des solipèdes, des ruminans, etc.? Nous répondrons à cette objection qne la re-