‹ Nouvelles recherches sur la structure de la peauChapitre 13 sur 19 · PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE

Cette partie importante, que nous n'avons pas eu le temps, d'étudier suffisamment, devra compléter l'histoire de la peau, et nos hôpitaux nous fourniront de nombreuses occasions pour ces recherches. Ne |

Nous avons dit qu'a au- détà du derme dans l'épaisseur du tissu corné, il n’y a point de réseau vasculaire sanguin; ce qui le prouve, c'est que dans les ampoules des vésicatoires , qui soulèvent tout le tissu corné, on netrouve qu’une sérosité albumineuse produite par la rupture des vaisseaux lymphatiques, des canaux sudorifères et des canaux excréteurs du mucus; nous pensons que les cantharides agissant sur les organes sécréteurs de la peau d’une

(x) Hist. natur. des poissons. Liv. 2°, chap, 6, p. 483.

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manière spéciale, analogue à celle qu’elles opèrent sur les voies: urinaires, en activant la sécrétion au point d’occasioner la: rupture des vaisseaux, mais elles ne produisent aucun effet sur l'épiderme; elles attirent le sang dans le canevas érectile du derme, qui s’en débarrasse par une sécrétion abondante.

La rougeur de la peau dans l’inflammation ordinaire est le résultat #6 la transparence du tissu corné. En effet, on ne la voit rougir que dans les parties où ce tissu est fort mince; Pinflammation ne colore jamais en rouge les couches épaisses de la plante des pieds, ni les callosités accidentelles, si ce n'est par ecchymose ou extravasation du sang.

D’après la structure connue de la peau, il est certain que le derme ne reste étranger àaucune maladie cutanée, quelque légère qu’elle soit, et que tous les organes dont il se compose peuvent être affectés isolément, c'est-à-dire que l’un d'eux prédominetoujours dans le développement dessymptômes. Ainsi les desquammations furfuracées des exanthèmes et les diverses espèces d'ichthioses pourraient être envisagées comme ayant principalement leur siège dans les organes sécréteurs de la matière cornée, car l'épiderme se détache écailles par écailles ou quelquefois par plaques; parce qu’un nombre plus ou moins considérable d'écailles est agelutiné par le dessèchement de la matière.

Les affections de la matière cornée proprement dite doivent présenter des formes squammeuses différentes, suivant les diverses parties où elles établissent leur siège, sans pour cela changer de nature; car la forme et les usages de certaines régions du corps detre dans l’arrangement des écailies, dans la disposition des lignes, etc., des modifications pour ainsi dire locales, qui n’influent en rien sur la nature des organes sécréteurs et du produit sécrété. Dans la dartre squammeuse humide du docteur Alibert, on voit une sécrétion plus abondante de la matière cornée qui conserve son caractère diffluent, son apparence muqueuse, qui parfois devient puriforme. C’est cette matière qui, condensée, constitue les larges squammes appartenant à une période de cette maladie, dont le siège semblerait être dans les corps glanduleux sécrétant la matière muqueuse qui plus tard devient la matière cornée.

Sur les appareils tégumentaires des animaux. ET

Il faudrait donc, avant d'examiner une affection cutanée circonscrite, connaître parfaitement la structure de la peau saine en cet endroit même, afin de découvrir, s’il est possible, au milieu du détritus des croûtes, l’organe principalement affecté.

Nous avons trouvé, dans nos recherches, des canaux sudorifères dont l’orifice extérieur était élargi et corrodé; nous avons vu les organes glanduleuxsitués dans le derme, endurcis etcomme squirrheux. Les canaux inhalans doivent présenter aussi des symp-

tômes propres aux maladies lymphatiques. Le derme est-il en-

vahi en partie ou en totalité, alors sans doute on doit voir se développer des ulcères d’un aspect plus ou moins repoussant, etc., etc., etc.

Si on parvenaït à localiser les maladies de la peau, et nous en concevons la possibilité, c’est-à-dire si l’on pouvait, prenant pour guide l’anatomie, indiquer le siège de chaque maladie cutanée, ce serait un véritable progrès pour la médecine et pour anatomie pathologique.

Dans les plaies superficielles, la pellicule cicatrisante marche presque toujours de la circonférence au centre, et les bourgeons dits charnus sont insensibles à la cautérisation. En voyant comment l’épiderme s’avance progressivement sur le test d’un coronule implanté dans la peau d’une baleine, on peut se faire une idée de la manière dont marche la cicatrice, de la circonférence vers le centre de la plaie, lorsqu'elle trouve un point d'appui sur les bourgeons cornés qui s'organisent avec elle. Cette cicatrice part de tous les points des couches les plus inférieures de l’épiderme voisin, en se rapprochant; à ces couches s’en ajoutent successivement d’autres, jusqu’à ce que la pellicule nouvelle ait atteint le niveau de l’épiderme environnant. Les bourgeons dits sanguins sont insensibles parce qu'ils appartiennent à la matière muqueuse épidermique. Dans les plaies avec perte de substance, lorsque le derme est détruit, on voit néanmoins se former une cicatrice aux seuls dépens du tissu corné environnant resté intact. Aussitôt que la pellicule cicatrisante peut trouver un point d'appui sur les bourgeons vasculaires qui remplissent le fond de la plaie, ou même sur une surface osseuse, elle s'étend d'un bord à l’autre par le même procédé que l'épiderme qui

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couvre les écailles de tortue ou les coquilles de mollusques : c’est ce qui constitue les cicatrices de mauvaise nature et faciles à déchirer.

L’albinisme, les taches blanches de la peau, les colorations différentes du pélage, du plumage, et les changemens de teinte de toutes ces parties par l'effet de la mue, des maladiés ou de l’âge, ont beaucoup embarrassé les physiologistes. Comment les poils deviennent-ils blancs dans le lieu où il y a eu une plaie? pourquoi une plume a-t-elle des teintes différentes dans telle ou telle partie de son étendue? pourquoi Je piquant du porc-épic a-t-il alternativement des zones blanches et des zones brunes ou noires? pourquoi la fourrure de beaucoup de mammifères carnassiers, ruminans, solipèdes, etc., a-t-elle une coloration différente dans les diverses parties du corps ?"etc.;etc.

La connaissance de l'appareil sécréteur du pigment, et la situation de cet appareil, donne la raison de tous ces phénomènes.

La sécrétion peut dès l’origine ne pas se faire,et cette circonstance est un véritable arrêt de développement; alors il y a Æ/binisme. On sait que chez le fœtus la coloration n'existe pas encore, et qu’elle appartient aux dernières phases de la vie intra-utérine. Dans la race nègre, cette sécrétion du pigment cutané ne se fait qu'après la naissance. Le pigment de la choroïde n ‘existe pas non plus, et les yeux du fœtus sont alors rouges comme ceux d'un Albinos. Cette sécrétion est-elle peu abondante, les yeux, de roses qu’ils étaient, deviennent bleus, et les poilset les cheveux sont blonds; la sécrétion est-elle plus abondante, les yeux sont plus colorés, et la peau, ainsi que le système pileux , prennent une teinte plus foncée. L’âge, les pa ssions , l’état de gestation, les maladies peuvent diminuer, suspendre etc. cette sécrétion où la rendre plus abondante dar telle ou telle partie. De même, et par une disposition originelle, telle ou telle partie de la surface des tégumens extérieurs peut sécréter plus ou moins de ce pigment, lequel peut varier dans ses teintes. Gette sécrétion peut être intermittente, ce qui explique les zones des piquans du porc-épic, ou bien si dans les plaies et les ulcères les organes sécréteurs ont été détruits, les poils qui reviennent restent blancs, parce que le poil naît d’une couche

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‘bien plus profonde que celle qui fournit le pigment, et l’on sait

que la partie qui avoisine le bulbe n’est jamais colorée.

La reproduction du tissu corné se fait de dedans en dehors. Si on coupe une plume de l'aile d’un oiseau , elle repousse, mais conserve toujours son! extrémité tronquée; si au contraire la plime tombe; il s'en développe une autre, complète dans

toutes ses parties; c'est pourquoi, lorsque les écrevisses ont

perdu un fragment de patte, on dit qu’elles s’arrachent le moignon restant, afin qu'il repousse une patte entière. C’est ainsi que sont renouvelés les cornes, les sabots, les ongles, etc.

Delle Chiaje ‘a considéré les écailles de la peau comme des globules de sang desséché : céla peut être; mais ces globules ont passé par un organe qui les a façonnés et mis en place, après leur avoir donné un pédicule et imprimé une couleur.

Si nous ne sommes pas dans l'erreur, l'anatomie du système cu-

tané vient d’être refaite en entier par nous: le derme exploré avec

unerigoureuse et persévérante attention, nous à montré en grande partie son organisation, nous y avons découvert des organes Jusqu'alors inaperçus ; nous y avons vu la marche ét la terminaison des nerfs ; la fin ou le commencement des vaisseaux sanguins; les organes sécréteurs de la sueur ; Porigine des vaisseaux inhalans; nous avons étudié la nature et le développement d’une matiere d'abord muqueuse, devenant ensuite une matiere cornée; nous avons démontré la perméabilité de l’épiderme, et donné une nouvelle explication des couleurs naturelles des animaux. Il faudrait, pour compléter ce travail, étudier les parties accessoires de la peau (cryptes et phanères); examiner les membranes muqueuses et approfondir unie mfinité de questions qui n'ont été qu'ébauchées : ce sujet est immense. Il yaurait de plus une nomenclature à faire, et nous avons essayé de la créer, sans tenir beaucoup à son adoption. Condillac a eu raison en disant qu’une science doit se réduire àunelangue bien faite ; mais pour composer cette langue, il faut supposer que cette science est arrivée à sa dernière perfection, et ici nous ne faisons que des études, nous ne donnons

qu un aperçu de nos premières recherches; les mots que nous

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avons créés ne doivent donc servir qu’à nous faire mieux comprendre et à éviter l'ennui des périphrases.

La peau, considérée dans son ensemble, forme un tout comme enveloppe générale du corps (membrane tégumentaire); elle | n’est pas un organe, mais bien une série d'appareils, parce qu'elle renferme une multitude d'organes dont les actions sont distinctes les unes des autres. Cette circonstance de fonctions diverses doit lui faire refuser le titre d'appareil simple, parce que les organes qu’elle contient ne tendent pas tous à l’accomplissement de la même fonction; mais il ne faut peut-être pas pousser si loin la rigueur scolastique. Disons cependant que c’est une chose remarquable en anatomie que tant d'organes divers, et pour ainsi dire étrangers les uns aux autres, soient rassemblés dans le méme tissu, le derme, modification particulière des tissus fibreux ou albuginés. Cette modification n'appartient qu’à la peau, dans laquelle on pourrait ainsi ne voir qu’un tissu proprement dit, renfermant une partie .des appareils sensitif, circulatoire, :sécrétoire et absorbant.

Pour résumer tout ce que nous avons exposé dans cet essai (1), nous disons que l'enveloppe tégumentaire extérieure, considérée dans les animaux vertébrés, nous a représenté :

1. Un premier organe formant la trame et ls base de toutes les autres parties : Ze derme; |

2. Des organes de sensibilité, appareil reévrothèle (corps papillaires);

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