DERME
Pour étudier le derme à l’œil nu et dans tous ses rapports, il faut couper un morceau carré de la peau du talon, le séparer des bourses graisseuses et du tissu fibrenx sur lequel il repose du côté interne, puis le plonger dans l’eau chaude, ou le faire macérer pour enlever plus facilement la couche cornée épidermique adhérente à sa face externe.
Le derme-est situé (2) dans la partie la plus profonde de la peau, entre la matière cornée épidermique (3) et une couche de graisse entrelacée de fibres ligamenteuses. Il est blanc quoiqu'il se colore facilement par les injections et les transsudations cadavériques. Cependant la teinte rosée de la peau sur Île vivant annonce que chez certains individus et sur certaines parties du corps, le derme est habituellement le siège d’une coloration plus onu moins foncée, toujours TIRE par la réplétion des vaisseaux sanguins ; car ül ne participe Jamais aux couleurs variées du tissu corné épidermique. Dense, élastique, résistant, il est difficile, pour ne pas dire impossible, à déchirer. Sa forme est celle d’une membrane moulée sur toute la surface du corps, sa face interne (4) est formée par un lacis de lamelles ou de filamens fibreux et ligamenteux, d’abord grossièrement entrelacés, se serrant davantage à mesure qu’ils deviennent plus extérieurs, au point de former une trame ferme et solide qui constitue le derme proprement dit. Lorsqu'on est parvenu à enlever la graisse
(x) La peau présente, selon nous, deux couches principales : 1° le derme; 2° une seconde couche qui est superposée au derme , que nous appellerons indifféremment épiderme, matière cornée, Ussu cornê, couches épidermiques.
(2) Pi 10, fig. 15-a, fig. 30-a, fig. 35-a.
(3) Pl, fig. 2-5, fig. 30+c, 35-b, 36-k (4) PL 9, fig. 2-W,
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et les fibres ligamenteuses, on peut voir très bien les nerfs et les vaisseaux qui pénètrent, en s'épanouissant, dans les mailles du tissu dermique, ou dans les petites ouvertures obliques dont il est perforé. Ces ouvertures donnent aussi passage à des organes glanduleux dont le canal excréteur se dirige à travers l’épaisseur du derme. On y trouve un grand nombre de vésicules adipeuses réunies en grappes, autour des globules dont nous venons de parler. Les vaisseaux absorbans en sortent, et il est facile de le voir par les injections au mercure faites de dehors en dedans, à travers l’'épiderme.
La face externe (1 )est relevée en saillies coniques, symétriquement disposées sur des lignes droites (4) ou légèrement courbées et séparées par des sillons {7) ou rigoles qui affectent la même direction. Chaque ligne saillante est divisée transversalement par de petites fissures au fond desquelles on aperçoit un trou (t).
Cette surface est tapissée d’une membrane mince et très adhérente qui parait identique au névrilème des papilles coniques. La matière cornée sécrétée dans les sillons, se moule autour de ces inégalités, dont la forme est exactement empreinte sur toutes les couches de l'épiderme.
L’opacité du derme et sa ténacité rendent très difficile d’y porter le scalpel et d'en étudier la structure. Voici le moyen que nous avons employé pour surmonter ces obstacles : |
Toutes les fois qu'il s’agira de faire l'anatomie fine du derme, on devra choisir une peau injectée en rouge par le sang, que cette injection soit un effet cadavérique ou qu'elle soit un procédé de l’art; car, lorsque le derme est blanc naturellement, ou par le séjour prolongé de la peau dans un liquide aqueux ou alcoolique, il devient impossible de distinguer le système vasculaire des autres tissus.
On prendra un morceau de peau du talon, on y fera une incision suivant la longueur, ou à angle droit des sillons, avecun scalpel bien affilé, pour détacher ensuite par une coupe nette, un feuillet transparent, le plus mince possible. Ce résultat étant
(1) PI D, fig. 2-J.
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obtenu, on étend ce feuillet sur un verre préalablement humecté, et on le soumet au foyer d’une lentille qu’on éclaire avec une lampe et un miroir réflecteur. Cette préparation qui est très délicate, quoique simple et qui convient pour étudier toutes les parties de la peau, exige quelques précautions. Il faut que le derme soit un peu séché à l'air, de manière à faire corps avec le tissu corné; car, s’il est mou et frais, il est impossible de le couper, il cède au tranchant du scalpel, se laisse déprimer et il s'ensuit des déchirures, des sections inégales ou des coupes trop épaisses pour devenir transparentes et pour permettre de distinguer les parties dont elles sont composées.
Le derme étant ainsi préparé et injecté, on peut étudier les diverses parties qui le constituent; la cohésion en est tellement diminuée, qu'il est possible d'isoler avec deux aiguilles à cataracte courbes et pointues, les vaisseaux capillaires, les organes sécrétoires et les nerfs (fig. 33),en surmontantla résistance légère qu'opposent à ces instrumens les fragmens du tissu dermique. De petits cylindres ou anneaux de tissus fibreux, résultat d’une coupe plus ou moins régulière, indiquent les porosités du derme et les gaines fournies par lui aux organes sécréteurs et aux vaisseaux capillaires. On extrait ces derniers de cette espèce de gangue, avec la pointe de l'instrument. Souvent on a beaucoup de peine à les isoler dans l’eau, parcequ'ils s’attirent etse pelotonnent.
Le derme s'épanouit vers la face externe en une membrane qui paraît se confondre avec le parenchyme des organes chromatogènes et papillaires. Cette face extérieure est perforée pour le passage des appareils sécrétoires et absorbans, mais ces ouvertures sont beaucoup moins visibles que celles de la face interne. Ainsi le derme est une membrane, dont les fibres, solidement entrelacées, laissent des interstices , des aréoles, des cellules qui protègent et isolent un grand nombre d’organes. Nous compléterons son histoire en faisant la description de ces organes auxquels il se trouve lié d’une manière si intime.
Le derme de la baleine étant constamment blanc et opaque, il nous à été impossible d'en étudier complétement la texture, mais la conformité qui existe ailleurs entre cette peau etcelle
Sur les appareils tézumentaires des animaux. (e
de l’homme, nous fait penser que, sous le rapport du derme, elle n’en diffère pas essentiellement. La faceinterne est unie à un tissu cellulaire abondamment fourni de graisse; l’externe présente, comme celle de l’homme, des séries de papilles (fig. 9), que séparent de légers enfoncemens remplis par le tissu corné, il en résulte que les nerfs étant blancs et l’épiderme noir, la surface du derme, coupée raz, est parcourue de lignes parallèles alternativement blanches et noires: les premières représentent la base des papilles et les secondes celles de la matiere cornée. Nous avons trouvé dans ce derme, par la dilacération des vaisseaux capillaires, du tissu fibreux et des fragmens de canaux dépendans des organes sécréteurs.
Chez les serpens, le derme a une disposition très remarquable: il se relève en saillies imbriquées, recouvertes par une couche mince d’épiderme: c’est ce qu’on nomme les écailles. Sur les poissons au contraire, la surface du derme est unie, et les écailles sont entièrement composées de matière cornée.
L'épithète srextricable attachée au derme par tous les anatomistes, cesse d’être vraie. Si nous ne nous sommes pas trompés dans l’interprétation des faits, ou dans les fonctions attribuées aux tissus, il sera désormais possible avec de la patience, de l'attention et un peu de sagacité, de rectifier les erreurs que nous aurons commises.
Gaultier, dont la thèse est toujours citée lorsqu'on parle de la peau, n’a rien dit de particulier sur le derme. M. de Blainville en a décrit avec beaucoup de détail et de méthode les propriétés physiques et les différences apparentes suivant les classes et les familles. Tous les auteurs, en général, l'ont représenté comme une trame aérolaire plus ou moins serrée, tissue d’une fibre qui lui est propre; tous y ont admis des vaisseaux sanguins, des lymphatiques, des filets nerveux; et, concluant des fonctions plus ou moins bien connues de la peau, aux organes qu'ils ne connaissaient pas, plusieurs ont supposé que dans le derme, les sécrétions s’opéraient directement par les artères. Chaussier admettait & priori que tous les élémens anatomiques de la peau existaient dans le derme; d’autres physiologistes ont pensé gril était seulement traversé par les vaisseaux, etc.; mais au-
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cune de ces opinions, dont les unes sont en partie vraies, les autres fausses, ne s’étaie d’une. preuve anatomique. En résumé, ce que nous avons observé dans le derme, considéré d’une manière absolue, comme tissu, est conforme à ce qu’en ont dit les auteurs. Le tannage et des procédés analogues avaient mis cette texture hors de doute. Cependant nous avons remarqué que le derme, émanation modifiée des tissus fibreux et ligamenteux, peut être isolé par la dissection, jusqu’à sa face externe, où | se confond tellement avec les parenchymes des appareils sensitifs et sécrétoires, qu'il est impossible de l’en distinguer. Aucune des parties constituantes de la peau n’est étrangère au derme qui peut être considéré comme la base et la matrice de l'enveloppe técumentaire. ?