CHAPITRE IT
DE L'APPAREIL NÉVROTHÈLE (1), OU CORPS PAPILLAIRES.
Il y a une telle complication dans la structure de la peau, que pour être compris, nous sommes forcés de décomposer ce système pièce par pièce, et d'étudier chaque partie indépendamment du milieu qui l’environne. Après avoir ainsi considéré les divers orsanes d’une manière isolée, nous reconstruirons le tout, pour l’examiner dans son ensemble. Nous procéderons d’abord par l'analyse puis d’après la méthode synthétique. |
Il faut, dans la préparation et l’étude de l'appareil névrothèle, suivre le même procédé que pour le derme. On sait que les filets provenant de divers troncs nerveux disséminés dans le tissu cellulaire sous-cutané, se subdivisent à l'infini en approchant du derme. Avec quelque persévérance on peut les disséquer jusqu'à cette membrane, où on les perd le plus souvent à cause de leur finesse et de l’opacité du tissu. 11 serait impossible de distinguer les nerfs au milieu du lacis vasculaire dermique, si on ne voyait pas clairement le point où ils entrent et celui auquel ils aboutissent, car leur direction oblique fait qu’on ne peut
(1) De vevccy nerf, el Br mamelon, lissu nerveux mamelonne,
Sur les appareils tégumentaires des animaux. II
éviter, même dans les coupes les plus heureuses, une ou plusieurs solutions de continuité. Cependant, avec un peu d’habitude, on parvient à distinguer et à isoler , d'entre les canaux excréteurs de la surface du derme, en approchant de la matière cornée, des faisceaux de filets nerveux très minces, comme pulpeux qui se dirigent vers la base des papilles, et y pénetrent. Fig. 34.
Ces tiges (1) sont rangées en séries continues, ordinairement bifides ou trifides, séparées transversalement par l'intervalle destiné au passage des canaux sudorifères, et suivant leur lon-! gueur par les sillons d’où sort la matière cornée; leur forme est celle d'un petit cône dont la base s'épanouit dans le derme, et le sommet se termine en pointe mousse. Chaque tige pénètre dans la matière cornée, comme une épée dans son fourreau, ce qui fait que la face interne de l'épiderme représente exactement par ses dépressions symétriques, le nombre et la disposition des papilles. (2)
Lorsqu'on sépare de vive force ces deux parties de la peau (3), les papilles tiennent toujours beaucoup au derme par leur base, tandis que l'enveloppe épidermique s’en détache avec facilité.
La direction des papilles, dans l’épiderme, est oblique et légerement inclinée. Outre le névrilème qu’elles empruntent au derme (4), la matière cornée leur fournit une gaine propre qui les couvre en forme de capuchon, fig. 14, les papilles du talon sont placées sous une couche très épaisse de matière cornée, qui a pour usage d’amortir les chocs et de résister à la pression du poids du corps; leur sommet n’est percé d’aucune ouverture pour former un canal.
Avant d'examiner la structure et la nature des papilles de la peau de l'homme, nous jetterons un coup-d’œil sur la peau de la baleine, où elles se présentent avec un développement remar-
(x) Pl. fig. 2-£, pl, ro. fig. 30-6, fig, 33-A, is, 36—e.
(2) PL 9. fig. 2-f, fig. 9-8. °
(3) PL 9. fig. 2-2.
(4) Si on coupe un feuillet très mince de la surface papillaire du derme et si l’on le retourne, on voitlesouvertures par où pénètre la pulpe nerveuse, et l’on reconnaît que l'enveloppe extérieure de la papille , qui lui donne sa forme, est un névrilème fourni par le derme. Foyes pl. to, fig. 34.
12 Rec eic::es
quable. Cette peau composée d’un derme blanc et d’un épiderme noir, est très épaisse, fig. 17 a-c-d. Lorsqu'on cherche à séparer de vive force ces deux parties l’une de l’autre, ou, ce quiest la même chose, là matière noire de la matière blanche, on est surpris de voir la quantité de corps blancs, minces, nacrés qui se déboîitent avec facilité des gaines de matière noire dans lesquelles ils sont contenus; ces corps blancs sont les papilles, fig. 8 a-b-c. Tout ce que nous dirons des papilles, des cétacés, s'applique exactement à celles de l’homme, qui n’en diffèrent que par une légère modification dans la forme.
Ces papilles surgissent du derme en quantité innombrable; aussi-le tissu corné est-il percé comme un crible, ou plutôt il se présente sous la forme de tuyau d’orgues pour leurilivrer passage. Fig. 19. /. Ces papilles sont disposées comme celles de homme, à la surface du derme , en séries régulières, séparées par la matière cornée.
Leur longueur varie comme l'épaisseur de la peau dans les diverses régions du même animal, ou dans les animaux d'espèces différentes. Ainsi dans la baleine elles ont plusieurs lignes de long, une base et un sommet. La base confondue avec le derme par un faisceau de radicules , est marquée de stries ou de cannelures qui disparaissent insensiblement à mesure que Île corps des tiges, ordinairement bifide, s’effile et s’arrondit pour se terminer par un sommet renflé en bouton olivaire comme une baguette de tambour. Les papilles, après avoir traversé presque tout le tissu corné épidermique, s'arrêtent non loin de la superficie, en subissant une légère inclinaison.
Les tiges nerveuses, quoique réunies deux ou trois sur une base commune, sont toujours contenues et isolées dans une gaine particulière fournie par le tissu corné qui se moule fidelement sur leurs contours. (1)
l'apparence extérieure est blanche, perlée, opaque .Vu au pius fort grossissement (2), le corps du nerf présente à travers le névrilème, des stries légères, ondulées, qui partent de la base, deviennent moins marquées, et pour ainsi dire vaporeuses
Gr) PT 9. Gg. 13,6, 5, 143 pliro. fg.30 et D.
L } Lo ‘ = 2 (2) PL, d. fig. 12,5, ro, 13-#
Sur les appareils tegumentaires des animaux. 15
ou confuses, à mesure qu'elles serpentent vers le renflement terminal où elles paraissent se réunir en demi-cercles concentriques. Cette surface est lisse et unie. Aucun prolongement ne s'en détache pour communiquer avec les tissus voisins. Nous l'avons disséquée, dilacérée, soumise à l’action des réactifs, ete. Quelle qu'ait été notre attention à observer ces fragmens au microscope, nous n’avons pu y voir autre chose qu’un tissu blanc, dense, résistant, plus facile à déchirer qu’à rompre, en un mot tout-à-fait analogue au tissu nerveux. Il nous a été long-temps impossible de séparer en faisceaux , les stries ou corps ondulés apparens à l’extérieur. Nous avons reconnu ‘avec beaucoup de peine, dans l’intérieur, l'ouverture d’un vaisseau nourricier, et sans doute ce ne doit pas être le seul (1). Dans les papilles de l’homme, il y a au moins deux vaisseaux qui paraissent se réunir en arcade, et qui s’aperçoivent tres bien lorsque étant injectés, l’on fait une coupe transversale sur une papille; il semble qu'on distingue en outre au centre du névrilème une matière pulpeuse blanchître.
L’anatomie des papilles de la peau de la baleine comparées à celles de l’homme qui, jusqu’à présent, ont été mal observées, à cause de leur petitesse, ne permet plus de révoquer en doute la structure de ces corps et les fonctions sensoriales qu'ils remplissent. La nature et la forme des papilles du nègre ne different pas de celles du blanc.
La trompe de l'éléphant offre cette singulière disposition que la peau y est hérissée de petits prolongemens cornés à la base desquels se trouve une papille qui n’est perforée au sommet d'aucune ouverture, et qui est coiffée librement par des calottes épidermiques emboîtées les unes dans les autres.
Cette trompe, organe essentiel du toucher, comme la main de l’homme, est munie de papilles saillantes assez protégées par la matière épidermique, pour n'être pas lésées par l’action des corps extérieurs. On voit de même sur la main de l'homme, à l’aide d’une loupe, de petits mamelons qui correspondent au sommet des papilles.
(1) PL 9. fig. 14-a-b.
1/ | Recherches
Les papilles de la langue sont considérées en général comme propres à la perception des saveurs, c’est-à-dire qu'on les croit essentiellement nerveuses. En examinant avec soin, celles de la langue du bœuf, on réconnait qu’elles sont renfermées dans un étui corné plus ou moins épais qui s'oppose à l'exercice des fonctions qu’on leur attribue; mais dans les interstices qui les séparent, la dissection fait découvrir, au-dessous d'un épiderme ou épithélion assez mince, de vraies tiges nerveuses semblables à celles que nous avons vues partout ailleurs, ou très peu.différentes, ayant les mêmes rapports avec les autres parties constituantes de la peau déjà observées. Le nombre en est considérable. C’est en.elles que réside exclusivement le sens du goût. Les autres aspérités nommées communément. papilles, n'en sont que des parties accessoires; et semblent plutôt constituer un organe de tact ou de toucher, d’abord dispersées çà et là sur la langue. La quantité en est trop limitée pour constituer le système nerveux d’un sens tel que le goût; ensuite leur étui plus ou moins corné les assimile aux cornes, aux sabots, aux piquans, etc. Leur direction, en général, rebroussée d’avarit en arrière, indique une disposition propre à attirer le bol alimentaire dans le pharynx et peut-être à triturer, à atténuer les plus fines molécules de la matière, pour en multiplier les contacts avec la langue, et les rendre plus perceptibles aux papilles sensitives des interstices. Nous pensons de plus, que ces papilles cornées peuvent servir à un toucher spécial combiné avec le sens du. goût, et à préserver l'animal de l’action délétère de certaines substances. Il serait possible aussi que jes deux ordres de papilles de la langue ne différassent que par la disposition de l'enveloppe. Celles qui sont coiffées d’un capuchon corné, à lamelles multiples, appartiennent peut-être exclusivement au act, tandis que celles des interstices dont le sommet est caché sous des couches moins épaisses de matière cornée, servent plus spécialement au got. Lorsque nous nous occuperons de ce sens, comme l’un de nous l’a fait déjà de celui de l’ouie, nous chercherons à déterminer si le même ordre ou la même paire de nerfs se distribue dans ces deux genres de papilles.
Nous pouvons jusqu’à un certain point conclure, par l’ana-
Sur des apparerls tégumentaires des animaux. 1
logie de la nature des papilles gustatives du bœuf, à celles de l’homme, que nous n’avons pas encore suffisamment observées.
Dans le dauphin ( Delph. delphis) etle marsouin (D. phocæna), les papilles sont courtes, d’un blanc mat, terminées en bouton, et solidement encapuchonnées par une gaine de couleur grise. En résumé, même caractère que pour les papilles de la baleine, mais sous de plus petites proportions. La membrane muqueuse olfactive et gutturale appuyée sur un derme très extensible nous à aussi présenté le même système que celui de la peau.
À l’époque où nous avons étudié l'enveloppe extérieure sur divers animaux, nous n’avions pas encore dirigé notre attention d’une manière assez suivie sur la structure des papilles; mais nous pouvions déjà, d’après les faits que nous possédions, établir en principe général, que les papilles se trouvent toujours à la surface du derme dans une aire que circonscrivent les organes sécréteurs de la matière muqueuse ou cornée.
S'il pouvait élever quelques doutes sur la nature purement nerveuse des filets que nous avons désignés comme étant des nerfs, l'examen de la partie du derme où ils aboutissent ne laisserait aucune incertitude à cet égard; le même ordre règne dans l’intérieur du dermequ’asasurface, où chaque partie constituante de la peau vient occuper la place qui lui convient. Les inégalités du derme ressemblent aux sillons d'un champ, les lignes saillantes correspondent aux nerfs, leurs interstices aux canaux sudorifères et aux filets des vaisseaux inhalans; dans le fond des sillons se trouve la source de la matière cornée. Si l’on refuse aux tiges papillaires le sens tactile, nous ne pensons pas qu'on parvienne à désigner dans la peau une autre partie qui puisse être considérée comme l'organe de cette fonction.
Ge qu'il y a d'assez remarquable, ce sont les trois états sous lesquels on peut envisager les nerfs qui se rendent à la peau : 1°dans la couche sous-cutanée où ils ne différent pas des nerfs provenant de la moelle; 2° dans la profondeur du derme, où ils deviennent mous, flexueux, capillaires; 3° enfin, à la surface externe du derme otuils sont transformés en tiges papillaires symétriques. Lorsqu'on réfléchit à la liaison de ces trois états, en on conçoit la raison et la nécessité. Il était impossible que les
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filets nerveux, ramifiés à l'infini sous le derme, pussent devenir organe d’un sens en contact avec la matière cornée, sans éprouver un changement quelconque dans leurs dispositions premières. Le derme est comme le sanctuaire où s'opère cette métamorphose. C’est donc au-delà qu’on les voit surgir sous une apparence nouvelle, parfaitement appropriée aux fonctions qu’ils doivent remplir.
Les nerfs, à leur entrée dans le derme, se dépouillent-ils de leur névrilème ? Sans pouvoir affirmer que cela soit, nous le pensons. Chaque nerf paraît entrer dans le derme en s’épanouissant. On peut supposer avec vraisemblance que cet épanouissement est produit par le névrilème qui se répand sur le derme et le renforce, tandis que le nerf pénètre dans l’intérieur du derme, où il se trouve suffisamment protégé : ce qui est certain, c’est que la membrane externe du derme, blanche, et comme fibreuse, recouvre la substance nerveuse papillaire qui probablement était arrivée là sans névrilème.
À leur entrée sous les enveloppes cornées des papilles, les nerfs paraissent donc s’être préalablement dépouillés de leur gaîne fibreuse : il semble pourtant que la substance nerveuse n’est pas entièrement à nu, car la forme cylindrique qu’elle conserve, et que nous lui voyons encore après avoir arraché les filets de dessous leurs capuchons épidermiques, fait voir qu'ils sont enveloppés par une toile quelconque. Serait-ce un tissu analogue à celui des membranes qui, placées sous la dure-mère, ont des connexions plus immédiates avec l’encéphale ?
De même le nerf optique, en entrant dans l'œil, abandonne son névrilème à la sclérotique. Si l’on supposait qu’aprèsavoirtraversé l’œil à l’état pulpeux, ce nerf vint faire saillie au-dehors, la sclérotique lui fournirait nécessairement une enveloppe protectrice et névrilématique. Nous pensons qu’il en est ainsi pour les papilles. Nous ne savons pas d’une manière certaine comment se comporte la pulpe nerveuse sous la tige papillaire considérée comme organe essentiel du toucher, mais cependant elle ne le constitue pas à elle seule. Le sens du toucher est pourvu, comme les sens de l’ouie et de la vue, d’un appareil particulier, moins compliqué il est vrai, mais qu'on ne peut méconnaître.
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On y trouve un nerf provenant du foyer commun, l’encéphale et le cordon rachidien, lequel traverse la filière du derme, pour se terminer en une tige papillaire. Cette tige est renfermée dans une enveloppe propre, couverte à son tour d’une couche plus ou moins épaisse de matière cornée. Ainsi, l’organe du tact est formé : À. D'une partie principale; 1° Nerf tactile terminé en pointe mousse.
B. De parties accessoires et de protection;
2° Du derme renfermant le nerf dans son intérieur;
3° Du névrilème papillaire fourni par le derme;
4 D'une gaine propre modifiée et du tissu corné, organe de protection. (1)
5° D’une couche mince d’épiderme recouvrant la gaine de la papille, et indispensable à l’exercice du tact.
Si l’une de ces choses vient à manquer ou à subir certaines modifications, le tact ne peut plus s'exercer. Il est évident que le derme , le névrilème, la gaine propre de l’épiderme, sont aux nerfs tactiles ce que les appareils compliqués de la vue et de l’ouie sont aux nerfs optiques et acoustiques.
On voit que le nerf tactile, subit dans le derme des changemens de structure, des métamorphoses analogues à celles qu'éprouvent les nerfs optiques et acoustiques en entrant dans les appareils de l’œil et de l'oreille, avec cette différence, que ces deux derniers nerfs résident dans des cavités profondes, où pénétrent spontanément la lumière et le son, tandis que le nerf tactile fait une saillie en dehors, comme pour aller au-devant des impressions.
Ce fa prouve que le nerf monte jusque dans la papille, c'est qu’ on peut couper impunément le tissu corné, mais une vive douleur se fait sentir lorsqu’on intéresse la tige “Hapéte On sait combien, l’épiderme enlevé, la seule action de Pair sur les papilles est pénible à supporter.
Le tact s'exerce par ces milliers d'organes communiquant tous entre eux au moyen du réseau ou du plexus nerveux tendu sur toute la surface du corps, d’une papille à l’autre. Cette
(1) Pl 0. fig. 14:8 c-d-a
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chaîne harmonique explique très bien les phénomènes généraux et sympathiques dont la peau est le siège. C’est ce lacis nerveux sous - dermique, cette correspondance latérale de toutes les papilles entre elles, en un mot, c'est l'organe du tact, établi dans la peau, qui la rend la partie la plus sensible de tout le corps.
En examinant la terminaison des nerfs, dans les organes des sens, on voit que les nerfs optiques et les nerfs acoustiques paraissent s'épanouir en pinceaux ou en gâteaux pulpeux. Quant au tact et au toucher, ils s’exercent par le moyen de tiges nerveuses qu'enveloppe une couche isolante, plus ou moins épaisse, de matière cornée. Dans le goût et l’odorat, touchers plus délicats, le tissu corné épidermique disparaît en partie et met les nerfs papillaires presque en contact avec les molécules sapides et odorantes. Il suit de là que les nerfs optique et acoustique paraissent avoir une terminaison différente de celles des autres; mais cette particularité n’est réellement qu'apparente, car nous espérons parvenir à démontrer bientôt que les épanouissemens pulpeux de ces organes sont formés par des tiges nerveuses très rapprochées qui, à partir d'un centre commun (le corps du nerf), rayonnent en étoile ou en éventail, dans une matière mixte interposée entre les tiges. Nous pensons qu'il en est ainsi, parce que nous avons déjà entrevu cet arrangement, mais d’une manière vague. De plusles yeux composés des insectes sont le résultat d’un rayonnement du nerf optique en une infinité de tiges surmontées d’un appareil oculaire. Quant à la sensation, il est certain, pour les organes du toucher, du goût, de l’odorat, et pour la vue des insectes, qu’elle s’opère à l'extrémité de la tige.
Dans ce petit renflement, le nerf se termine-t-il en une pulpe homogène ou en un filet faisant arcade sur lui-même, de manière à établir un courant ascendant et descendant ? C’est un problème non encore résolu. Ge que nous avons observé conduit en partie à sa solution ; mais pour répondre complétement à la question, il ne faut pas se borner à considérer la terminaison des nerfs sur un seul tissu, il convient de l’examiner dans les divers organes des sens et en général dans toutes les parties qui doivent aux nerfs leur sensibilité et leur motilité.
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Si le nerf optique de l'homme, par exemple, n'offre pas, dans sa pulpe, une disposition rayonnée, commme l'œil composé de l'insecte, mais une toute autre terminaison, on pourrait, en le considérant comme un organe simple ou comme une papille exagérée, en inférer une disposition analogue à celle de la structure de la peau.
Gaultier considère les papilles comme essentiellement vasculaires ; il, les désigne sous le nom de bourseons sanguins. Aussi ne sait-il où placer le système nerveux. Il avoue qu’il ne peut indiquer la partie de la peau chargée plus particulièrement des fonctions tactiles. Il a figuré sur les parties latérales des papilles, des productions blanches qui vont dans la couche albide ; nous®ne les avons pas vues.
M. de Blainville admet, par analogie, une couche mince, nerveuse sur le sommet des papilles : c’est aussi par analogie qu'il les regarde comme organes du toucher, opinion admise par un grand nombre d’anatomistes, révoquée en doute par quelques-autres. De tous les auteurs que nous avons consultés, Malpighi est celui qui, selon nous, a le mieux vu et le mieux décrit. :
Le mode de terminaison des nerfs reste donc encore à reconnaitre, et la science ne présente aux esprits rigoureux, au lieu de faits bien démontrés, que des aperçus, des présomptions, des hypothèses.
Les opinions qui partagent les physiologistes sur ce point, peuvent être rangées sous trois titres :
Sous le premier, on prétend que les nerfs se perdent dans le tissu ou trame des organes et s’identifient avec leur propre substance; dès-lors il est impossible d'en étudier la désinence.
Sous le second titre, le nerf ne pouvant se répandre dans toutes les parties d’un même tissu et dans tous les systèmes sans exception, il est entouré d’une atmosphère nerveuse par laquelle il étend son action à distance, à-peu-près comme on le voit pour le fluide SRI et pour les forces d'attraction et de répulsion. 3
Mais cette hypothèse : ne répond pas directement à la question, car, tout en pan: que les parties dépourvues de
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nerfs sont cependant sous l'influence de ces agens organiques, | on ne ditpas comment se terminent les cordons nerveux dans Îles parties où ilsse ramifient.Éluder une question n’est pas y répondre et y satisfaire. Enfin , sous le dernier titre, on accorde aux nerfs une terminaison anastomotique par arcade et l’on assimile les centres nerveux et les cordons qui en émanerit ou qui s’y terminent à un appareil galvanique. Des hommes graves, d’une grande sagacité en observation et d’un esprit scientifique peu ordinaire ont soutenu cette opinion qui demande encore de nouveaux faits pour être définitivement admise. L’incertitude règne donc sur ce point comme sur tant d’autres, et Tenon avait raison d'affirmer que l'anatomie est loin de son terme de perfection.
Les anatomistes qui n’ont étudié la structure d€ l'animal que superficiellement et qui se sont attachés bien plus aux formes et aux connexions qu'à la composition intime, ont pu croire que les nerfs se confondaient dans la propre substance des organes, lorsque ces nerfs échappaient à la vue simple, ils ont cru pouvoir se borner aux apparences, sans chercher plus loin la vérité, en variant les moyens d'investigation.
L’explication de Reil (1), de l'atmosphère nerveuse, est toute spéculative et ne repose sur aucun fait physiologique déduit de l’expérience (2), carlon ne peut pas considérer comme telle la piqüre faite à la peau avec une aiguille très fine, et la douleur sentie, quel que soit le point de la surface cutanée où l'on porte l'instrument, quoique ni le scalpel, ni les divers menstrus n'aient pu faire découvrir des nerfs partout (3). En démontrant que le corps papillaire est nerveux et que les papillés sont drues, nous répondons à l’objection de Reïl. Les autres exemples donnés par lui, ne sont pas plus concluans.
Quant à l'opinion de la terminaison des nerfs, en formant
(x) Joannis Christ-Reil, exercitationes anatomicæ , de structurà nervorum. Halæ, 1796.
(2) Omni loco, quo sensationem et stimulum ad motum voluntarium observemus, etiam nervum ipsum ejusque medullam quoad materiem adesse, probari posse, vix credo. Mihi potiüs verisimile videtur , efficaciam nervorum ultra ipsorum materiem extensam, extremitatesque eorum irritabili quasi orbe efficientiæ esse circumdatos , p. 28.
(3) Quodvis cutis punctum ferè mathematieum, cuspide subtilissimæ acus tactum sentit. Sed cutis sanè lamina medullæ continua foret, si illi in oemni puncto sentiente nervis opus
esset, quos neque cultro, neque corrosione unquam detegimus. Gap. vur. /
Sur les appareils tegumentaires des animaux. 21
des anses, elle a été présentée et soutenue par MM. Prévost et Dumas. (1)
Sans pouvoir affirmer que cette disposition soit générale, plusieurs de nos recherches semblent être favorables à ce mode de désinence. Nous avons à cet effet commencé une série de préparations, et nous poursuivrons ces études jusqu'à ce que nous ayons pu arriver à Jeter quelque lumière sur ce point d'anatomie.
Pour ne parler que de la peau , on voit dans les papilles, que si les filets nerveux ne présentent pas toujours une anse bien dis-
tincte, ils paraissent se dépouiller de leur enveloppe; la substance
propre de tous les cordons ne forment, dans l'intérieur du derme, qu'une seule et même masse où l’on ne peut plus apercevoir isolément ce qui appartient à chacun. Ce genre de terminaison n'est-il pas un nouveau mode d’anastomose et diffère-t-il réellement de l’anse nerveuse où l’on admet le filet afferent et le filet efférent ?
Cette espèce de fusion de la substance nerveuse, en une masse commune sous les enveloppes cornées, après que les cordons nerveux se sont dépouillés de leurs gaines névritématiques, a été pendant long-temps tout ce que nous avons pu apercevoir; mais en variant nos procédés, en multipliant nos observations avec des verres de force successivement croissante, nous sommes parvenu à apercevoir que, sous cette calotte cornée, les nerfs conservaient leur disposition filamenteuse et qu’arrivés au sommet de cette coiffe cornée, ils représentaient des anses concentriques les unes aux autres. C’est ce que nous avons voulu exprimer par les fig. 10 — 12, pl. 9. N'est-ce point une illusion d'optique ? Nous laissons aux expérimentateurs, qui viendront après nous, de le décider; mais nous avons obtenu trop souvent les mêmes résultats pour ne pas avoir une grande confiance dans nos observations et pour ne pas penser avoir découvert la vérité. (2) |
(1) Voyez l’appendice de l'ouvrage de M. W. F. Edwards : De l'Influence des agens phystques sur la vie, p. 565. Paris, 1824. M (2) Mémoires sur les phénomènes qui accompagnent le contraction de la fibre museulaire.
Jour. de Physiologie cxpérim., tr 301:3 30.
27 Recherches
Notre sentiment, fondé sur ce que nous enseigne l'examen des papilles cutanées, ne différerait donc pas dans les deux cas de l'opinion émise par MM. Prévost et Dumas. (1)
Un examen trop rapide a fait croire à Steller que les corps papillaires de la peau des cétacés, n'étaient que des poils agglutinés. Ce médecin voyageur dit que lépiderme de la grande espèce du lamentin du nord, et celui de la baleine, qui est toutà-fait analogue, offrent une disposition remarquable: dans le premier de ces animaux, bien que le derme ou la peau r’ait que deux ou trois lignes d'épaisseur, l’épiderme a plus d’un pouce de hauteur, et forme autour de l'animal une sorte de croûte qui est si dure que l'on peut à peine la briser avec la coignée. Dans les manates (Xytina) du nord, de la couche dermique partent des tubes verticaux fortement attachés les uns aux autres. Chaque tube est fixé à la couche du derme par un renflement. La réunion de tous ces tubes constitue, selon Steller, une couche secondaire d’un pouce d'épaisseur, qu'il regarde comme épidermique. 1l ne dit pas quelle couche peut correspondre au tissu de Malpighi. En effet la déchirure par la traction ou la division par l'instrument tranchant de la substance susdermique, dans tous les cétacés (2), fait facilement reconnaître une forêt de filamens entremélés et qui tous sont verticaux. Les uns gris ou noirâtres sont ou tubuleux et ne vont pas jusqu’à la dernière couche épidermique, les autres de même nature, sont manifestement formés d’une succession de petites tiges écailleuses placées les unes au-dessus des autres comme des cornets ou des oublis. Les filamens tubuleux sont les gaines cornées ou épidermiques des papilles nerveuses et les autres appartiennent manifestement aux tiges papillaires enveloppées de la matière cornée. En tirant sur la couclie cornée ou épidermique de la peau de baleine de manière à la séparer du derme, on sort les tiges papillaires nerveuses de leurs gaines, comme on tirerait une épée de son fourreau, et l'extrémité libre de ces tiges nerveuses blanches est terminée par une petite olive, tandis que la base
(x) Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre méméire,.et nous y traiterons spécialement de late: ninaïson des nerfs dans les organes des sens.
(2) Pi. o, fig. 7, fig. 8.
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pénètre dans le derme sans former de renflement ou de bulbe (1). Les tiges de la substance cornée finissent au derme, mais sur la face épidermique du derme on voit qu’elles tiennent à une autre tige de forme cylindrique, droite, traversant le derme, et allant finir à un renflement ou bulbe, lequel est la glande blennogène surmontée de son canal excréteur. (2)
M. de Blainville semble avoir adopté quelques-unes des idées de Steller sur la texture de la peau des cétacés, car il dit que ces animaux ont un épiderme singulier qui parait remplacer les poils. H est composé de filets collés les uns aux autres, per- pendiculairement à la peau et s'enlevant avec la plus grande facilité. Cependant M. de Blainville est beaucoup plus porté à regarder cette partie comme appartenant aux poils qu’à l’épiderme. Nous pouvons assurer que ces filets sont tout-à-fait étrangers aux poils, car dans les parties de la peau des cétacés pourvues de quelques poils, on voit que ces corps sont bien distincts des tiges papillaires et des filets de substance cornée; qu'ils traversent l’épiderme et le derme pour aboutir à un bulbe situé au-delà. M. de Blainville a parfaitement bien reconnu cette différence, car il dit : j'ai vu, en effet, sur la peau d’une baleine, que couvrait une coronule, une grande quantité d'espèces de longs poils, cylindriques, blancs, mais ils n'étaient pas agglutinés. Nous ajouterons comme signes caractéristiques, propres aux papilles nerveuses, que ces tiges retirées de leur robe épidermique, sont blanches, que leur extrémité libre est olivaire et ne va pas jusqu'aux derniers feuillets du tissu épidermique (3); que la base de ces tiges pénètre le derme pour s'unir aux nerfs avec lesquels elles se continuent; que d’après cela cette extrémité dermique n’a pas de terminaison fixe, et que surtout elle ne présente pas de renflement bulbeux comme les poils. Enfin à l’aide du microscope on voit chaque tige nerveuse composée d’un faisceau de filamens nerveux très déliés qui, parvenus vers
(OeL 9,fis. 9,9, fis. .d.
Pi Efig. 15, 26,32, 33, 36 2) PI. xo;ffig. 15, 26, 32, 33, 36.
(3) Voyez la deseription du tissu papillaire on névrothe'e el celle des organes Blennogenes, Voyer'anssr pl o,fig. 2,4, Mo ro, ro, 15.
24 Recherches l'extrémité renflée en olive, forment des arcades ou anses comparables à des anastomoses.
Les idées de Steller, et de M. de Blainville, ont été reproduites dans ces derniers temps par un habile anatomiste allemand, mais avec des changemens qui sembient leur donner un caractère de nouveauté. M. Rapp, professeur à Tubingen, d’après les observations de John Hunter et d’après ses propres recherches, considère ces tiges blanches, que nous croyons avoir démontré être de nature nerveuse, comme étant de véritables vaisseaux. La description qu’il fait de ces organes ne laisse pas de doute sur leur identité avec les tiges de nos papilles nerveuses et avec la gaine épidermique propre à ces mêmes tiges. M. Rapp considérant le derme comme charnu, dit que les fibres blanches qui forment la couche musculaire de la peau, s’entrecroisent dans tous les sens, et donnent naissance à un tissu lâche dont les intervalles sont remplis par une graisse fluide. Le réseau de Malpighin’acquiert dans aucun animal un développement aussi considérable que dans les cétacés. Cette conche épidermique a huit ou dix lignes d'épaisseur dans la baleine du Groënland, et dans les dauphins elle offre une épaisseur d’une ligne. La couleur de cette couche varie suivant les espèces et selon les régions du corps. Dans les baleines elle est ordinairement d’un gris d’ardoise, foncée vers le dos, et passant au noir pur lorsqu'on la fait sécher. En disant que les poils manquant à la peau des cétacés, on pouvait adrnettre, selon M. Rapp, que les prolongemens blancs et filiformes étaient de vrais poils modifiés, qui n’arrivaient pas jusqu'à la surface extérieure , et qui restaient confondus avec la couche épaisse du feuillet tégumentaire appelé réseau de Malpighi. Les recherches de M. Rapp lont conduit à considérer ces tiges filiformes comme des canaux excréteurs : Ces pro: longemens papillaires si nombreux, si fortement serrés, correspondant à la surface extérieure de la couche musculaire, viennent immédiatement de cette surface et n'ont jamais de racine ni de bulbe. is se distinguent par leur mollesse extrême, et l’on ne peut les bien apercevoir qu’après avoir enlevé le tissu de Malpighi et les avoir plongés dans l’eau. Hors de ce liquide ils s’effacent et ne forment plus qu'un velouté blanchâtre.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 25
Leur base, c’est-à-dire la partie de leur insertion, est large; leur extrémité libre s’'amincit et se termine en pointe,etils n’atteignent pas la surface externe du tissu de Malpighi. Leur longueur est proportionnelle à l'épaisseur de ce tissu. Aïnsi sur les baleines, leur plus grande longueur est d’un demi-pouce. Quand on enlève la couche de Malpighi, tous ces prolongemens restentfixés à la couche de tissu cellulaire sous-jacente. On remarque alors un grand nombre de petits canaux ou pertuis qui traversent ce tissu de Malpighi, indiquant les places qui étaient remplies par les prolongemens qui s'élèvent de la couche dermique. Ce n’est pas seulement dans les cétacés que M.Rapp a fait ses recherches, il les a étendues sur l’hippopotame où les mêmes faits se sont offerts à ses regards. On a pu voir que nous sommes sur ces points parfaitement d’accord avec lui, car nous avons aussi examiné la peau de lhippopotame, de l'éléphant et surtout celle de la trompe de cet animal où les papilles sont très développées; ainsi sous le sabot des ruminans; des solipèdes, des plantigrades, etc., constamment ces organes se sont montrés à nos yeux avec les mêmes caractères qne dans les cétacés. M. Rapp prétend que ces‘prolongemens, considérés chez les cétacés et chez l’hippopotame, ont beaucoup de ressemblance avec les franges ou flocons qui existent sur la surface muqueuse duodénale, d’un grand nombre d'oiseaux et de mammifères ; mais ces prolongemens ou flocons ne sont nullement des poils : et si lon voulait les considérer comme représentant les
corps papillaires, nous dirions que, pour nous, ils sont des orga- nes sécréteurs et qu'ils versent la matière constituant le réseau de Malpighi. Nous différons totalement de M. Rapp(1), car pour lui ces tiges filiformes de la peau sont des organes sécréteurs, tandis que pour nous elles appartiennent à l'appareil des sensations et constituent les papilles nerveuses.
(1) Beiträge zur Anatomie und Physiologie der Wallfische, ete. —Arch, Anat, und Physol. von J. Fr. Meckel, 1830, p. 358.
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