CHAPITRE IV
Appareil d’inhalation considéré dans les organes tégummentaires.
Pour étudier convenablement cet appareil, il faut enlever une couche mince de l’épiderme, le plus extérieur (1), le choisir mou, blanc, comme friable; mettre cette couche sur un morceau de verre avec ob gouttes ‘d'éau, et, aprés s'être bien assuré qu'il n’y a aucun corps étranger et qu on agit sur Lépis derme pur, en opérer la dilacération avec des instrumens à pointes courbes.
Les conduits inhalans paraissent alors situés sous la couche la plus superficielle de l’épiderme sous la forme de radicules isolées, répandus dans le tissu corné, et, après s'être anastomosés entre eux plusieurs fois, pénètrent dans le derme par lPinfundibulum des papilles, près des canaux sudorifères. Tous ces troncs vasculaires, symétriquement disposés dansles fissures interstitielles, qu'ils traversent, communiquent dans le derme, au-dessous des papilles, avec des canaux formant un plexus commun, couché à angle droit des sillons. Nous déclarons que, malgré
plus simples; par cette idée, ou plutôt par cette présomption, il se rapproche de l’opinion que nous avons émise sur l’origine de la sueur ; mais il ne paraît pas avoir connu le renflement ou corps glanduleux auquel aboutit chaque canal , et qui est pour nous la glande sudoripare. Ces savans se taisent sur tous les autres points de la composition de la peau qui ont fait l'objet de nos études,
Dans un voyage que nous avons fait tout récemment en Allemagne, nous avons eu l'avantage d'exposer, à Stuttgart ( septembre 1834 ), devant le congrès des médecins et des naturalistes, et particulièrement devant un grand nombre des principaux anatomistes de l'Europe , tels que MM. Tiedemann, Otto, Froriep, Strauss, Rapp, Arnold, Lauth, Lobstein, Duvernoy, Leuckart, Erhmann, etc., etc., les résultats de nos recherches sur la structure de la peau, et personne n'a contesté l'antériorité de nos travaux et de nos découvertes.
(x) Nous considérons ici comme épiderme toute l’épaisseur de la couche cornée qui est située au-dessus du derme et qui est traversée par plusieurs organes. Le feuillet le plus extérieur
de cette substance cornée constitue la cuticule ou l’épiderme proprement dit de beaucoup d’auteurs,
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 99
tous nos efforts, nous n'avons pu voir qu'un petit nombre de fois cet aboutissant des inhalans de l’épiderme; quoique nous ayons fa certitude de l'avoir bien vu, et assez distinctement ‘pour le dessiner, nous devons nous borner à indiquer notre observation, sauf erreur.
Ces vaisseaux, d’une ténuité extrême, ramifiés en formant des anses dans une substance dure, élastique, résistante, se brisent avec une grande facilité, et l’on n’en trouve guère que des frag” mens épars. Vus au microscope, la couieur en est blanche et argentine (1); à travers les paroïs de ces petits tubes, on aperçoit souvent des espèces de diaphragmes , qui prouvent, sinon une identité parfaite , du moins une analogie de structure avec les vaisseaux lymphatiques ou les veines; quelquefois ils sont noueux, d’autres fois lisses et unis, mais en général peu élastiques. On peut apercevoir avec une loupe très faible, et même à l'œil nu, ces vaisseaux, en grattant la surface de l’épiderme:; ils sont parfois fort longs et secs ;*et ressemblent à de petits poils très fins.
Pour apercevoir lentrée de ces vaisseaux dans le derme, il faut soulever légèrement l’épiderme, comme pour étudier les canaux sudoriferes; alors, avec le secours de la loupe, on voit que tous les canaux hidrophores sont accompagnés d’un vaisseau inhalant, et ces parties sont unies d’ane manière intime prés du derme. Le vaisseau inhalant s’en sépare-bientôt, de sorte que le canal sudorifère entre dans la matière cornée par la cloison inter-papillaire, tandis que le vaisseau inhalant diverge du côté de la cloison épidermique, plus en relief, laquelle correspond aux sillons du derme.
En examinant au microscope ces deux organes, on en voit aussitôt la différence : le canal sudorifère est plus gros, et couvert de petites lames imbriquées, mou, pelotonné, serpentant , élastique; le vaisseau inhalant est lisse, argentin, droit ou légèrement courbe, traversé par un canal central visible qu’interrompent imparfaitement de petites cloisons. Si l'on sépare avec trop de violence du derme la couche épidermique, les vaisseaux inhalans se brisent
(1) Figure 19; fig. 20; fig. 2r.
40 Recherches
etil ne reste plus queles canaux sudorifères qui peuvent s’allonger considérablement. Ce qui peut encore servir à distinguer ces deux ordres de conduits, si différens d’ailleurs, c’est que les tubes inhalans, diaphanes, ont des ramifications anastomotiques, parfois comme plexiformes; les canaux sudorifères n’en présentent
jamais.
Une expérience qui semblerait indiquer que ces canaux inha-
Jans ont une communication directe avec le système capillaire
sanguin artériel ou veineux, et qu’ils ne correspondent pas aux vaisseaux lymphatiques est la suivante :
Si l’on fait une injection fine dans l'artère principale d un mem bre, cette injection s'arrête au derme, comme cela nousest toujours arrivé; alors si lon coupe la peau en dédolant, et sil’'on presse avec un “pes de dedans en dehors la partie injectée, on voit les canaux inhalans du tissu corné se colorer en se ramifiant et s'anastomosant entre eux jusque sous la couche la plus superficielle de l’épiderme. Les canaux sudorifères et les inhalans ne peuvent se disséquer dans toute leur étendue, à cause de la résistance du tissu corné ; mais les uns se voient en fragmens sous la loupe, les autres en totalité par le moyen des injections.
Nous avons retrouvé ces vaisseaux inhalans avec leurs caractères distinctifs dans la peau du nègre et dans celle de l’éléphant. Nous avons constaté leur présence dans la peau de la baleine, du marsouin, des orvets, des tortues, de plusieurs poissons; ils existent même dans les tuyaux et les barbes des plumes, dans les piquans du hérisson, véritable épiderme transformé.
Quelles que soient les couleurs du tissu corné, les canaux absorbans, les nerfs et les canaux sudorifères sont toujours blancs.
Nous avons constamment rencontré ces canaux inhalans dans le tissu corné de toutes les peaux que nous avons observées, tissu dans lequel, jusqu’à ces derniers temps, la présence de vaisseaux quelconques avait été niée. Mais la nature de ces Canaux pourra être contestée. Si ce ne sont pas des canaux absorbans, que sontils? nous ne pensons pas qu’une différence de structure avec les vaisseaux lymphatiques du centre soit une raison de refuser à ces conduits du tissu corné la faculté absorbante. Tout ce qui est en dehors du derme présente un aspect particulier : les
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 4i
nerfs, par la manière dont ils se terminent, lés canaux sudorifères en spirale n’ont pas d’analogues dans les autres tissus animaux. La solidité apparente des vaisseaux absorbans, leurs contours, leur union entre eux et leurs ramifications semblent appropriés au tissu qu'ils doivent parcourir. Des lymphatiques mous et tremblotans auraient été en désaccord avec la matière cornée, dont la nature est éminemment dilatable et compressible. Cependant, ces caractères appartiennent bien plutôt à ces canaux considérés dans leur état de vacuité, que lorsqu'ils sont distendus par une injection. Alors ils ressemblent à des vaisseaux lymphatiques ou à des capillaires veineux.
Jusqu’à présent, nous savons comment s’opère le tact ; les nerfs sont connus. Nous savons que, dans le derme, le système vasculaire sanguin proprement dit ne va pas au-delà des organes sécréteurs et papillaires, et que la matière de la transpiration est sécrétée et exportée par l'appareil diapnogène. Nous verrons bientôt comment se sépare la matière cornée. En procédant ainsi par voie d'exclusion, nous arrivons à conclure que les canaux qui rampent dans le tissu corné ne peuvent être que des inbalans ; d’abord parce queleurs anses radicales prolongées jusque sous la couche la plus superficielle de l’'épiderme, et leur texture, les assimilent aux lymphatiques, ensuite parce que l’absorption étant une des propriétés manifestes de la peau, nous n’y trouvons pas d'autre organe qui puisse remplir cette fonction. (1)
N'ayant pu voir le commencement précis des radicules Iymphatiques dans la peau, nous pensons que labsorption a lieu par limbibition préalable du tissu corné. Si nous avons pu suivre les canaux hidrophores jusqu’au dehors, et découvrir leurs orifices à l'extérieur, il n’en a pas été de même pour les canaux dont nous parlons. Ces conduits, étudiés par nous avec le plus grand soin et l'attention la plus soutenue, se continuaient d’une
(1) L'existence de ces canaux absorbans est reconnue aussi par les anatomistes célèbres dont le nom fait depuis long-temps autorité. Nous avons reçu du professeur Tiedemann un morceau de tissu cutané pris sur un cadavre humain. On voit sur cette portion de peau, au-dessous de la cuticule, un lacis de vaisseaux très déliés, et que M. Tiedemann nous a assuré être des vaisseaux lymphatiques ; nous parlerons ailleurs de cetté préparation. î
42 Recherches
part avec un plexus inextricable de canaux semblables: à eux, et parfois ils ne paraissaient être qu'une anse plus saïllante que les autres flexuosités de ces conduits plexiformes; mais quant à leur terminaison à la surface extérieure de la peau, jamais nous n'avons pu les conduire jusque-là, et sur ceux dont nous apercevions l’extrémité dans l’épaisseur de la substance cornée constituant le corps muqueux, nous n'avons jamais pu nous assurer s'ils se terminaient par une ouvertureou s'ils étaient imperforés et en cul-de-sac. Leur disposition très fréquente en arcades anastomatiques semble démontrer qu'ils ne finissent pas en présentant une bouche-béante. 17: |
La terminaison des vaisseaux absorbans dans lintestin où ils pompent le chyle, n’a pas été mieux vue que celle des vaisseaux inbalans de la peau. Il y a certainement identité dans le mode de terminaison et de fonction des vaisseaux des deux tégumens: .
Si l’on consulte les auteurs, on tombe dans un chaos de con- Jectures et d’hypothèses, et l'or reconnaît que toutes nos notions sur les voies de l'inhalation sont aussi obscures que celles que nous avions sur l’exhalation cutanée. On suppose en général que labsorption se fait à la surface du derme,; et qu’elle se continue dans les réseaux capillaires, veineux et lymphatiques, soit avec Îles vaisseaux lymphatiques seuls, soit avec les veines dont ils seraient ainsi l’origine. Haase (1) a observé que quand on a injecté un vaisseau lymphatique de la peau, si on repousse le mercure vers la racine du vaisseau, on le fait sourdre à la surface libre. Les canaux que nous avons observés dans lé: piderme sont-ils les capillaires séreux que Bichat admettait au-delà des capillaires sanguins? mais ils ne nous ont pas paru provenir, manifestement de ces vaisseaux. | &es
Nous avons long-temps cherché la terminaison des canaux inhalans pour pouvoir en connaître tous les caractères, et pour acquérir, la certitude que nous ne les confondions pas avec les canaux sudorifères; mais nos investigations, variées sous
(r° De vasis cutis et intestinorum absorbentibüus: Plexibus Iymphat belvis hum: annot. anotom, ; Lips. 1786. -chap. z ep. 4
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 43.
toutes les formes, n’ont jamais pu nous amener à la découverte dé prétendues bouches terminales dé ces canaux absorbans, comme nous étions parvenus à voir lés orifices extérieurs des conduits sudorifères. Nous avons donc été forcément amenés à douter que les canaux inhalans eussent des ouvertures à l'extérieur, des suçoirs ou orifices béans au-dehors, comme en présentent les conduits lacrymaux. Cette circonstance dans la disposition de ces canaux paraît d’abord peu importante, et cependant elle se rattache à la doctrine de toutes les absorptions. En réfléchissant à ce que nous disent les physiologistes sur le
mécanisme de l'absorption, nous voyons qu’en faisant résulter cette fonction d’une action de prendre ou de pomper les molécules des corps par des orifices ouverts, ils ne sont jamais partis de notions anatomiques exactes et rigoureuses. Aselli, le premier, vit les vaisseaux lymphatiques des intestins, et pensa qu’ils y pompaient le chyle par une succion comparable à celle des sangsues (1). Bartholin (2) et Olaüs Rudbeck (3), qui découvrirent les absorbans des autres parties du corps, partagèrent l’opinion d’Aselli sur le mode d’action de ces vaisseaux. Malpighi(4)pensait que les vaisseaux inhalans avaient pour orifices les follicules intestinaux. .G. Haase (5) a cru que les ouvertures de ces vaisseaux se trouvent dans les pores où se fait aussi l’exhalation, et que l’obliquité de l'insertion de ces pertuis les rend difficilement apercevables. Après avoir fait une injection dans les vaisseaux absorbans, il fit passer par une marche rétrograde, le mercure dans ces vaisseaux, en les comprimant avec le manche du scalpel. | à C’est aussi le moyen que nous avons employé pour réndre visibles les ramifications des canauxinhalans dans le tissu corné: après avoir injecté l’artère principale d’un membre, nous avons pressé
(x) De lactibus, sive de venis lacteis, dissert. Mediol, 1627. « Ad intestina instar hirudinum orificia horum vasorum hiant, spongiosis capitulis. »
(2) Vasor. Lymph. hist. nova. — Cap. vr.
(3) Nova exercitatio exhibens ductus hepaticos aquosos, et vasa glandularum serosa.: — Cap: va.
(4) De glandulis conglobatis, etc.
(5) De vasiscutis et intestinorum absorbentibus plexibusque lymph: pelvis hum. Annotat. analomicæ. —- Lips, 1786, éhap. 11, p. 4.
Vs 7 hall + di
44 Recherches
de proche en proche le tissu pour faire parvenir la matière colorée jusque dans les canaux de l’épiderme. Si véritablement nous n'avons pas produit de solution de continuité, cette expérience, nous le répétons, prouve que les canaux inhalans ne communiquent pas avec le système lymphatique général , mais bien avec le système capillaire, et elle devient favorable à l’opinion de M. Magendie qui considère les veines comme les agens principaux de l'absorption. Ou bien si l'on veut faire de ces canaux inhalans des organes distincts du système sanguin et les rapprocher des vaisseaux lymphatiques, il faut admettre que l'absorption, bien qu’elle soit exécutée par un ordre particulier de vaisseaux, ces organes ne sont réellement qu'une variété du système veineux avec lequel ils sont toujours en commuuication, soit qu'ils aient parcouru, séparément dans ce système, un espace assez considérable, soit qu’ils n'aient fait qu'un chemin très court, comme les canaux exhalans de la peau ou même encore les vaisseaux, admis par M. Lauth, entre l'utérus et le placenta, vaisseaux contre l'existence desquels M. Carus a exercé sa critique. |
J. N. Lieberkühn (1), ayant étudié les lactés dans les villosités
intestinales, pensait que, dans chacune de ces villosités, il entre un rameau lacté garni de valvules, plusieurs artérioles, une ou plusieurs veinules, et probablement un nerf, vu la sensibilité exquise de ces villosités. Ce vaisseau lacté se renfle pour former une petite ampoule ovalaire (2), au sommet de laquelle on aperçoit au microscope, une ouverture et quelquefois plusieurs pertuis (3). Les artères et les veines se ramifient en serpentant autour de cette ampoule, et quelques rameaux de ces vaisseaux paraissent la perforer. Lieberkühn injectait les vaisseaux sanguins avec soin pour faire ses recherches, mais il ne faisait par-
(1) Joannis Nathanael Lieberkuhn. — Dissert. anat. physiolog. De fabricà et actione villorum intestinorum tenuium hominis. Amstelodami, 1760.
(2) Ramusculus vasis lactei (6 2, n. r ) extenditur in ampullulam vel vesiculam ovulo haud absimilem, in cujus apice foraminulum quoddam exiguum microscopio detegitur. — $ xx, p. 4.
(3) Quod autem unum saltem adsit foraminulum in cujusvis ampullulæ apice, certo examine
mihi constat : interdum tamen , licet rarissimè, plura, ut in papillis mammarum, vidisse memini, p. 5.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 45
venir artificiellement aucune matiere dans les vaisseaux lactés, se contentant de nourrir les animaux avec du lait, ou de faire boire de cette liqueur à des personnes mourantes. (1)
Les expériences de Haase (2) portent à croire qu'il avait, par la pression, fait rompre les vaisseaux lymphatiques cutanés, injectés avec du mercure, et que ce métal avait passé dans les canaux sudoriferes. Il faisait en effet avancer le mercure injecté dans les lymphatiques sous-cutanés, en le poussant avec le manche du scalpel, et l’on en voyait sortir les globules par les pores extérieurs de la surface de la peau. Ce qui semble démontrer la justesse de notre observation critique, c’est que Haase dit que ces orifices se voient dans les pores où se font en même temps les exhalations, et que la disposition de ces orifices est oblique. Tout ce que rapporte ici notre auteur est applicable parfaitement aux canaux hidrophores, comme on peut s’en assurer en lisant notre description de ces conduits. Haller ne considérait pas les paroles de Lieberkühn, comme démonstratives, et il doute de l'existence des orifices (3). Rom. Adolph Hedwig (4) représente ces villosités d’une manière analogue à l’idée qu'en avait Lieberkühn; mais une autorité que nous pouvons opposer à l’opinion de Hedwig, est celle de Rudolphi (5) qui a examiné les villosités intestinales sur un grand nombre d'animaux, et qui affirme n’y avoir jamais découvert de vaisseaux sanguins, ni de canal, ni d’orifices à l'extrémité, et qui rejette ces derniers comme inutiles. Il ne paraît pas avoir observé les villosités pleines de chyle, car il n’en parle pas.
Rudolphi a suivi le même procédé quei Hedwig, pour examiner les villosités, et il a obtenu des résultats tout contraires.
(1) Moribundis aliquoties, ubi hæ conditiones aderant, lac copiose potandum dedi, et feré semper successit experimentum, p. 3. — Vidi separata tunica vasculosa, in sede villosæ hanc respiciente , lacteum abire in ampullulam caseo plenam, p. 5.
(2) De vasis cutis, ete. — Loc. cit.
(3) Elementa physiologiæ, t. vir.
(4) Disquisitio ampullarum Lieberkuhniüi physico-microscopica. Lipsiæ 179%.
(5) Anatomisch-physiologische abhandlungen ;Berlin 1802. Uber die Darmzotten.
« Je n’ai jamais trouvé d’orifice sur les villosités intestinales de l’homme , quoique je les aïe examinées sur un grand nombre de sujets différens.»— Des villosités intestinales , troisième mémoire de Rudolphi.
46 Recherches
Hedwig a représenté les villosités de neuf animaux différens savoir : celles de l’homme, du cheval, du chien, de la poule, de loie, de la carpe, du chat, de la souris et du veau. De ces neuf figures, trois seulement présentent les prétendus orifices, et c’est sur les flocons intestinaux de l’homme, du cheval et de l'oie, Sur quarante-quatre villosités de Le dont il donne la figure, il n’y en a que cinq ou six sur lesquelles on aperçoive les sos Pourquoi les autres villosités représentées dans la même direction, n’offrent-elles pas: aussi ces pertuis? Nous pouvons en dire autant pour les figures des villosités du cheval et de l’oie, et celles des grandes villosités de l'intestin de la poule et du chien n’en indiquent aucune !. Ces singuiarités signalées par Rudolphi, lui font élever des doutes sur l’exactitude des observations d'Hedwig. Lieberkühn aussi, tout en admettant des orifices aux villosités intestinales, a fait figurer ces franges sans indiquer d'ouverture. Rien jusqu'ici, suivant les paroles de Rudolphi, ne démontre l'existence d’un orifice au sommet des villosités. Ces. prétendus orifices neseraient-ils pas une erreur d'optique, et ne savons-nous point que Della Torre a considéré les globules du sang comme des anneaux!
Dans un autre endroit, Rudolphi dit:«J’ai déjà fait remarquer dans un premier mémoire. que je n’ayais pas trouvé d’orifices dansles villosités intestinales, je neles ai pas rencontrés davantage depuis cette époque. » En voyant maintenant que les villosités manquentsur beaucoup d'animaux, peut-être sur la plupart d’entre eux, et qu'au Jieu de ces villosités, il existe des éminences légères, de petits plis , il faut avouer que ces prétendus orifices ne sont pas nécessaires; car chez tous les animaux qui n’ont pas ces villosités, l'absorption se fait pourtant aussi bien sans orifices sensibles; pourquoi donc cela n’aurait-il pas lieu pour les villosités ? Si la tunique interne de l'intestin forme ici d’autres prolongemens, cela n'exige pas non plus des changemens aussi considérables, et nous avons toujours pour nous-lanalogie de l'absorption qui s'opère sur toute la surface du Corps Sans orifices * manifestes. (1)
(x) Quelques observations sur les villosités intestinales par Ch. Asmond.Rudol phi.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 47
- Les observations de notre célèbre ami le professeur Rudolphi nous paraissent rigoureusement exactes sous le rapport de l'absence de tout orifice à l'extrémité des villosités, et sur ce point nos observations, déjà très nombreuses et très variées, sont d'accord avec les siennes; mais quant à ce qu’il dit de l’absence de vaisseaux sanguins artériels et veineuxsur les villosités, nos injections nous ont démontré qu'il s’est trompé. C’est ce que nous prouverons dans un autre mémoire en traitant de la structure des membranes muqueuses. Nous sommes sur ce point en parfaite harmonie avec MM. Doellinger et E. A. Lauth, etnos dessins faits d'après nos préparations, confirment pleinement ce . qu'ils ont observé.
Une opinion qui se rapproche beaucoup de la présomption que nous avons sur l’origine des canaux inbhalans, est celle de Blumenbach (1), qui pense que le commerce ou la communication qui peut exister entre les villosités intestinales et Les vaisseaux lactés se fait par l'intermédiaire du tissu-lamineux , et, suivant nous, c'est par l'intermédiaire de la mucositéou du tissu épidermique que l'absorption s'exécute, et que la matière arrive au contact avec les canaux lyhpbatiques
Hewson (2) n'admet pas les ampoules des iles comme l’a entendu Lieberkühn, mais il ne dit rien de bien clair et de bien satisfaisant sur les orifices des inhalans. Une fois il a cru reconnaître sur un iléon, les artères et les veines étant injectées, que les villosités étaient cylindriques, spongieuses et poreuses à leur extrémité. Ces porcsités sont regardées par lui comme les orifices des :absorbans. Une autre fois il vit ces orifices très distincts et vides. Hewson, dans ces diversés recherches, n'avait d'injectées que les veines et les artères, tandis que les vaisseaux lactés étaient vides, ce qui fait dire avec raison à Cruikshank età ME. A. Lauth, que ce n’est que par conjecture que Hewson a pu considérer les pores comme les orifices des vaisseaux chyliféres. Cependant il raconte ailleurs que, sur des poissons, il
(x) Instit. physiol., $ 426.
(2) Experimental inquiries. — P. 2. Containning a description of lymph. , syst. in the hum. subj. and in other animals. Foy. aussi Guilielmi Hewsoni opera omnia. Latinè vertit ét notas addidit. S, T, van Wynpersse. Lugduni Batav. 1795.
48 Recherches
était parvenu à faire passer du mercure dans les petits vaisseaux lactés des villosités intestinales, et que même, il fit arriver ce métal jusque dans la cavité des intestins. Dans cette circonstance, il ne put pas reconnaître si ces orifices étaient garnis de valvules où non. Pour faire cheminer le mercure de cette sorte, il à fallu le pousser dans un sens contraire au cours du chyle, et nous pouvons appliquer ici à Hewson, ce que nous avons dit du procédé de Haase. M. Fohmann (1) ne croit pas non plus qu'on puisse regarder les expériences de Hewson, comme des preuves à l'appui de l'opinion que les vaisseaux lymphatiques sont pourvus d'orifices béans à leur origine, car le mercure que l’anatomiste anglais vit couler dans l'intestin, avait été chassé violemment par la pression des parois vasculaires.
Une femme, après ses couches, mourut subitement à la suite de convulsions, vers cinq heures du matin, bien qu’elle fût en parfaite santé le soir précédent, car elle avait mangé de bon appétit à son souper. Leslactés furent trouvés gonflés d’un chyle formant un coagulum solide; plusieurs des villosités en étaient également remplies et ressemblaient à autant de vésicules blanchâtres. Cruikshank, qui rapporte ce fait, dit qu'il fit, dans cette occasion, les observations suivantes (2): 1° Les villosités étaient si pleines de chyle, qu’on ne put rien voir des ramifications artérielles et veineuses; le tout paru comme une vésicule blanche, sans aucune ligne rouge, aucun pore ou orifice quelconque. 2° D'autres villosités contenaïent aussi du chyle, mais en petite. quantité; les ramifications des veines étaient nombreuses, et prévalaient par leur rougeur sur la blancheur des villosités. 3° Dans quelques centaines de villosités, on vit un tronc de lactés formant des branches radiées ou commençant par elles. Les orifices de ces vaisseaux étaient tres distincts sur la surface de la villosité, aussi bien que les vaisseaux eux-mêmes. Les lactés étaient pleins d’un fluide blanc, et il n'y avait qu'un seul de ces troncs pour chaque villosité. 4° La cavité spongieuse
(x) Sur le mécanisme de l'absorption, d’après la disposition anatomique du système lymphatique des poissons.
(2) Anatomie des vaisseaux absorbans du corps humain, ete. traduit de l'anglais par Petit- Radel, p. 123. Paris, 1787.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 49
dont parle Lieberkühn, paraît n’être évidemment que la membrane celluleuse commune qui lie les artères, les nerfs et les lactés ensemble. 5 Les orifices sur les villosités du jéjunum étaient au nombre de quinze ou vingt pour chaque villosité, ainsi que le constata W. Hunter. Les lactés paraissaient naïtre par de petits orifices qui appartenaient aux branches radiées, lesquelles s'unissent pour former un vaisseau. (1)
Il faut suivant M. E. A. Lauth, que Cruikshank ait fait ses observations sur des intestins affectés de quelque maladie, parce qu’elles sont contraires à tout ce qu’ont vu les anatomistes qui depuis lui se sont occupés du même genre d'étude, et le * langage, etle caractère bien connu de Cruikshank, ne permettent pas d'élever le moindre soupçon sur sa véracité.
Scheldon a cru voir les villosités sous des formes très variées, mais le plus souvent bulbeuses; il lui a semblé quelquefois distinguer les orifices au sommet des ampoules, mais ilne les a plus aperçus lorsqu'il a examiné chaque villosité séparément, de sorte qu'il élève des doutes sur l'existence de ces orifices. (2)
A. Meckel représente les villosités intestinales par une languette étroite, dépourvue d’artères ; l'injection les colore par simple transsudation ou imbibition; les orifices n’existent pas et 1ls sont incompatibles avec la disposition foliacée des villosités. (3)
Alb. Meckel a représenté les villosités pourvus de vaisseaux à leur base, et si les injections paraissent imparfaites ou irréguhières, 1l faut attribuer cette apparence à l’imperfection de l’injection, ou à ce que les vaisseaux se sont vidés en partie après l'opération faite et lors du déplacement de la pièce et des mouvemens imprimés à la préparation.
Les deux anatomistes de notre époque qui sont universelle ment considérés comme les plus habiles dans l’art d’injecter les vaisseaux capillaires, Prochaska et Dœllinger s'expriment d’une
(1) Anatomie des vaisseaux absorbans du corps humain, traduit de l'anglais par Petit-Rade!, p- 123, London 1787.
(2) The history of the absorbent system. , London 1784. (3) Uber die Villosa des Menschen und ciniger Thiere, von A. Meckel, Deutsches Archiv, für die physiologie, p. 163, 1819.
50 Recherches
manière claire et positive sur l'existence et le mode de terminaison des vaisseaux des villosités intestinales, mais il ne font aucune mention d’orifices béans sur ces éminences qui ont mérité à la membrane muqueuse le titre de membrane veloutée. G. Prochaska dit que les plus petits vaisseaux se terminent les uns dans les autres, sans que le microscope puisse permettre d’aperce-
voir aucune interruption. (1)
3. Doellinger a portédesinjections dans les vaisseaux intestinaux de plusieurs animaux, et il a examiné au microscope les villosités ; il a toujours parfaitement distingué les veines et lesartères qui se distribuaient sur les flocons intestinaux, et, sur tous les points, il a vu ces deux ordres de vaisseaux s’anastomoser entre eux un grand nombre de fois par leurs rameaux les plus déliés, en formant ,sur la villosité, un réseau admirable , sans qu'aucune radicule, se terminât isolément sans s’anastomoser avec une autre, et sans constituer une arcade ou une maille. Nulle part notre célèbreanatomiste ne fait mention d’orifices sur ces villosités, etses excellentes figures, n’indiquent aucune espèce d'ouverture. (2)
Si nous en croyons Mascagni, les tissus ne seraient que des plexus de vaisseaux lymphatiques et la trame elle-même du corps animal consisterait en un réseau de vaisseaux absorbans; mais nulle part il ne s'explique clairement sur le mode d’origine et sur les orifices de ces vaisseaux. Mascagni est trop exclusif pour que son opinion soit une autorité aussi puissante qu'elle le serait sans cette circonstance, surtout s'il faisait reposer sa manière de voir sur des observations matérielles (3). Il pré-
(x) Fines arteriarum apertiin internâ tunicà ventriculi et intestinorum nulli quoque confirmantur, quia vasa minima continuo tractu et sive interruptione ibidem procedentia per microscopium observare licet, neque injectiones per arterias factæ, in cavum ventriculi et intestinorum , sine vasorum læsione penetrant, nisi nimis tenues fuerint , et per vasa transsudaverint; quare humorum in ventriculum et intestina secretionem transsudalione per vasorum poros peragi, multum probabile est, quod ob parietum vasorum tenuitatem el nuditatem facile.et abunde fieri potest. Eadem via, quà humores ex vasis in intestinorum et ventrieuli cavum pénetrant, etiam quidquam ex cavo ventriculi et intestinorum vi aflinitatum ad sanguinem pervenire posse experimenta suadent. — Disquisitio anat. physiol. organis eorporis humani ejusque processus vitalis, p. 106 et r07, Viennæ, 18r2,
(2) De vasis sanguiferis quæ villis intestinorum tenuium hominis brutorumque insunt, Monachu, 1828,
(3) Prodroma della grande anatomia, chap. r. Voÿez aussi Fodera. Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalation, ete. Paris, 1 824, p. 15.
Sur les appareils tegumentaires des animaux. bi
tend aussi, et contradictoirement à Bichat, que les artères aboutissent constamment aux veines et qu'il n'y a pas de vaisseaux exhalans.
Comme Cruikshank, M. Ern. Alex. Lauth a eu l’occasion d'examiner peu d'instans après la mort, le corps d’une femme qu'une rupture d’un sac anévrysmal, de la crosse de l'aorte, fit périr peu d'heures après avoir fait un repas. Il trouva les villosités intestinales distendues par le chyle, ayant la forme d’un ovoide pointu , un peu recourbé à son sommet. Ces villosités, soumises aux plus forts grossissemens des lentilles du microscope, ù offrirent leur extrémité libre, rugueuse, mais jamais on ne put parvenir à y distinguer d’orifices. (1)
Depuis la publication de son Æssai sur les vaisseaux lymphatiques , en 1824, M. Lauth a continué ses recherches sur les villosités intestinales, pour y apercevoir les orifices décrits par Lieberkühn, Cruikshank, Bleuland et autres, mais sans succès. Il n’a jamais pu voir que des rugosités, ou des granulations à leurs extrémités, sans orifices libres. « Cependant, j'ai examiné ( c’est M. Lauth qui parle) des viilosités dans différens états, sur l’homme et le chien, les unes vides, les autres à moitié remplies de chyle, d’autres gorgées de ce fluide, et comparativement j'ai examiné des villosités injectées, tant sur l’homme que sur divers animaux. Je ne sais donc comment expliquer cette contradiction ; à moins qu’on ne veuille admettre que les intestins, examinés par les anatomistes nommés ci-dessus, n’aient été dans une condition pathologique ; car les recherches de Cruikshank, surtout, sont exposées avec candeur. Je pense en conséquence que le résultat de mes recherches ne peut servir qu’à établir la présomption de la non-existence des'orifices en question, parce qu’une observation positive ne saurait être renversée par des observations négatives. » (2)
La plus grande incertitude règne donc encore sur le mode d’origine des vaisseaux lactés et sur l'existence ou la non-exis-
(x) Essai sur les vaisseaux lymphatiques, etc., p. 18, Strasbourg, 1824. (2) Mémoire sur divers po'nts d'anatomie, par E. A. Lauth, p. 15.— Voyez Mémoires de la société d'histoire naturelle de Strasbourg, t. +. |
EN LEE ANSE ns
ES
5 Recherches
où tence d’orifices sur les villosités, communiquant avec un canal qui aboutirait à un vaisseau lacté. Bichat aurait mieux fait de descendre à la simple observation, que de déclamer contre l'anatomie de structure, la seule qui puisse nous guider en physiologie et en anatomie pathologique.
Nos connaissances sont bien moins claires et bien moins précises encore à l'égard du mode d’origine des vaisseaux lymphatiques de la peau; car tout ce que disent les anciens et les modernes n’est pas fondé sur une observation rigoureuse , et le plus souvent on a cherché à deviner et non à découvrir par tous les moyens que l'anatomie met à notre disposition. Ces recherches sont, il est vrai, difficiles et lon peut aisément se tromper ; aussi, dans cette ébauche des premiers résultats de nos études, nous exposons simplement ce que nous croyons avoir vu, mais nous ne prétendons pas avoir toujours été exempts d'erreur.
Nous citerons, à l'appui de notre présomption de l'absence d’orifice des vaisseaux lymphatiques à la surface extérieure de la peau, ce que dit un des anatomistes modernes des plus habiles et des plus profonds, qui fait, depuis bien des années, une étude toute spéciale de la disposition du système lymphatique, c'est M. Fohman.
«Si les vaisseaux lymphatiques avaient des orifices béans, le mercure, lorsqu'on l'injecte dans les vaisseaux des valvules des intestins de la raie et du loup marin, devrait s’en écoule: par le seul fait de sa propre pesanteur ; mais c’est ce qui n’a pas Malgré les nombreuses injections que M. Fohmann a
lieu », lorsque les vaisseaux n'avaient pas
faites sur ces parties, jamais , éprouvé de déchirures, il n'a vu un seul giobule mercuriel se
montrer à la surface interne de lintestin. Il n’a jamais été pos-
sible à ce célèbre anatomiste de découvrir les orifices béans des
lymphatiques dans les raies, etc., où l'on peut cependant ob-
server parfaitement les lymphatiques de la membrane muqueuse à l'œil nu, ce quon ne peut faire sur d’autres poissons. C’est pourquoi M. Fohmann pense que ces orifices
n’existent pas. À l'égard de l'origine ou des terminaisons des
vaisseaux lymphatiques des poissons qu'il a examinés, ils se
Sur Les appareils tésumentaires des animaux. 53
comportent de la même manière, quelques différences qu'ils présentent d’ailleurs dans leur trajet. //s finissent en cul de-sac, formant des vaisseaux d’un plus grand calibre qu'on ne les trouve plus loin, à quelque distance de leur origine, dans lesquels on distingue une face externe, couverte d'un tissu analogue au cellulaire, par le moyen duquel ils tiennent aux parties environnantes. (1)
Il résulterait des observations anatomiques de M. Fohmann, que les vaisseaux lymphatiques, dans tous les tissus, ne sont pas pourvus d’orifices béans à leur origine, mais qu'ils se terminent en cul-de-sac représentant , dans la plupart des parties du corps, des poches ou dilatations qui offrent une surface interne lisse, et une autre plus ou moins semblable à du tissu cellulaire, laquelle est différente dans les diverses parties du corps. Le tissa lâche et semblable au cellulaire qui couvre la face externe des origines des vaisseaux lymphatiques, établit une connexion entr’elles et les autres systèmes qui entrent dans la composition des organes. Ce tissu forme, en quelque sorte, une éponge qui couvre l'extérieur des lymphatiques, exerce l'absorption sur les matériaux susceptibles d’être résorbés et les conduit aux parois minces du système vasculaire.
Cette manière de considérer les vaisseaux lymphatiques et l'espèce de gangue, au milieu de laquelle ils sont plongés, vient à l'appui des idées de M. Magendie (2) et de M. Fodera {5), sur le mode d'exécution de l’absorption, qu'ils considèrent comme une véritable imbibition.
On a dit contre cette opinion, qu’en admettant ce mécanisme pour l'absorption, il faut accorder à tous les vaisseaux la facuité absorbante ou la faculté de limbibition. Les veines, les artères et les vaisseaux Iymphatiques seraient donc indistinctement des vaisseaux absorbans,et qui plus est l'imbibition n'aurait plus de terme, car de proche en proche, les fluides, en imbibant
(x) Fohmann. Du Mécanisme de l'absorption, d’après la disposition anatomique du sys: tème lymphatique des poissons. Heidelberg, 1827. (2) Mémoure sur le mécanisme de l'absorption dans les animaux à sang rouge et chaud, bulle . tin de la Soc. philom. , t. 1, n° x.
(3) Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalation, Paris, 1824.
54 | Recherches
nos tissus, pénétreraient tout le corps, et dés-lors , il ne serait plus nécessaire d’avoir des conduits spéciaux pour le sang, pour la lymphe, etc. Ce mode de circulation peut exister dans lesanimaux dont l’organisation est très simple ou rudimentaire; mais dans les animaux supérieurs, cette imbibition doit avoir des limites, etc.; il faudrait alors admettre une sorte de faculté élective ou une facilité d’imbibition plus grande dans les lymphatiques et les veines que dans les autres tissus. Raisonner ainsi ne serait-ce pas retomber dans les suppositions, les hypothèses, et procéder comme le faisaient les anciens physiologistes? 1l vaut mieux s'en tenir aux faits et surtout à ceux dont l'anatomie nous donne connaissance ?
Ces objections contre la théorie de l'inbibition sont plus spécieuses que solides, et nous pourrions aisément en faire sentir la faiblesse, si nous traitions ici de l’histoire de absorption. Nous laissons à M. Magendie le plaisir de réfuter ce raisonnement. L'on pourrait, en considérant l’imbibition comme un phénomène de capillarité, dire que l’ascension des liquides au-dessus du niveau du milieu, dans lequel plonge le tube capillaire, est fort bornée. Le liquide que doit prendre le vaisseau lymphatique ou veineux, par son extrémité en cul-de-sac doit être dans la sphère d'activité du tube capillaire, <’est-à-dire qu'il faut que l'ascension du liquide, par le tube capillaire ou par le tissu organique représentant, par son imbibition, ce tube capillaire, arrive jusqu’au vaisseau lymphatique ou véineux et ne puisse pas dépasser ce niveau.
Quoi qu'il en soit, les faits observés par M. Fohmann sont en opposition avec ce que disent Monro et Hewson, qui veulent que les vaisseaux lymphatiques soient pourvus dans les endroits où ils prennent naissance, d'ouvertures béantes par lesquelles ils absorbent. La description que donne Monro de ces oùvertures sur la tête des raies, démontre suffisamment qu'il s’est trompé et qu'il à pris les bouches extérieures des conduits muqueux, pour des orifices de vaisseaux absorbans. Nous partageons à cet égard l'opinion de MM. Cuvier, Fohmann et Lauth. Quant aux expériences de Hewson, nous sommes aussi de l'avis de M. Fohmann. On ne peut pas les regarder comme des
Sur les appareils légumentaires des animaux. 52
preuves à l'appui de l'opinion que les vaisseaux lymphatiques sont pourvus d’orifices béans à leur origine, car le mercure que Hewson vit couler dans l'intestin, avait été chassé violemment par la compression des parois du vaisseau. (1)
Le paragraphe où Béclard (2) parle de l’origine des vaisseaux lymphatiques, est plein de candeur et de cette philosophie du véritable savant :
« L'origine des vaisseaux lymphatiques est invisible et inconnue ;.... Cette origine, par des orifices béans à la surface des deux tégumens et des membranes séreuses , dans les aréoles du tissu cellulaire et dans la substance des organes, admise d’après des considérations et des expériences du même genre, n’est pas mieux constatée. Il faut savoir douter. » (3)
Jusqu’à M. Fohmann (4;, les vaisseaux lymphatiques n’avaient été reconnus dans la peaude l'homme que par Haase (5), mais par un procédé considéré comme défectueux. M. E. A. Lauth (6), en injectant les vaisseaux lymphatiques de l’extrémité inférieure droite d'un homme mort d'anasarque, fut assez heureux pour remplir de mercure les ganglions de l’aine du même côté, desquels ganglions partaient et des branches de communication avec les vaisseaux absorbans du pénis, et d’autres vaisseaux anastomotiques, se dirigeant en travers, immédiatement au-dessous de la peau de laine, etc. Plusieurs rameaux se remplirent par voie rétrograde dans la peau de laine et dans celle de la partie supérieure et interne de la cuisse gauche. — A l’aine et à la partie interne de
Ja cuisse où les lymphatiques s'étaient ramifiés jusque dans le tissu même de la peau, on voyait au premier abord des taches grises qui, examinées avec soin, n'étaient qu’un réseau de vaisseaux lymphatiques de la plus grande ténuité. Par la macération
(x) Fohmann. — Loc, cit.
(2) Élémens d'anätomie générale ou description de tous les genres d'organes qui composent le corps humain. Paris, 1823.
(4) Mémoires sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, des membranes muqueuses, séreuses, du tissu nerveux et musculaire, etc., p. 13, Liège, 1833.
(5) De vasis cutis et intestinorum absorb., plexib. lÿmph. pelvis humanæ annot. amat, Lips.
(6) Essai sur les vaisseaux lymphatiques. Strab. 1824.
5G Recherches
de la peau, on parvint à enlever Pépiderme ; alors les Iymphati- | ques, mis à nu, se présenterent en tel nombre qu'on n'aurait pas pu y placer la pointe d'une aiguille sans en intéresser quelques-uns. | ñ Cette injection faite par M. E. A. Lauth, prouve deux cho- 5 Ve A ses : 1° l'existence des vaisseaux lymphatiques dans le tissu cuta- | CA né ; 2° la possibilité de les injecter par voie rétrograde sans recou- M: rir au procédé suivi par Haase on par M. Fohmann, procédé par | lequel on peut justement présumer que les'vaisseaux Iymphatiques sont lésés, et M. Fohmann ne conteste pas la possibilité du fait (1). Enfin, on peut dire encore que l'injection obtenue par M. Lauth tend à démontrer l'absence de toute valvule dans les réseaux des vaisseaux lymphatiques les plus déliés ou que ces valvules ont peu de résistance. M. Lauth ne vit aussi qu'un réseau anastomotique sans aucune branche isolée, terminale, présentant un orifice ou bouche absorbante.
La description donnée par Mascagni (2) des vaisseaux Iyÿmphatiques de la peau parait résulter bien plutôt d'idées générales et spéculatives que de la simple observation anatomique ,et, en regardant les vaisseaux Ilvmphatiques comme l'élément constitutif de tous les tissus, Mascagni à Ôté à l'autorité de son nom une . grande partie de sa valeur. Les idées trop exclusives ne pouvant jamais être lexpression rigoureuse de la vérité. |
M. V. Fohmann (5) admet six parties distinctes dans la peau :
lo la couche sous-jacente du derme, ou le panicule adipeux ;
2° la couche interne du derme caractérisée par les mailles fi-
breuses; 3° la couche du réseau vasculaire, qui se compose de
vaisseaux lympathiques, de la derniere distribution des vais-
seaux sanguins et des nerfs, réunis par un peu de matière ani-
male ; 4° la couche de ce réseau uniquement formée des der-
| nières ramifications des vaisseaux lympathiques; 5° le mucus | de Malpighi; 6° l’épiderme.
(1) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, des membranes muqueuses , séreuses, du tissu nerveux et musculaire, p. 6. Liège, 1833.
(2) Prodromo della grande anatomie, cap. r.
(3) Mémoire sur les vaisseaux lvmphatiques dela peau, ete. p. £.
Sur les appareils tégumentaires des animaux. 215
. Les mailles fibreuses occupent la partie interne du derme, . tandis que les vaisseaux et les nerfs s’'épanouissent à la face externe pour y former un réseau vasculaire qui se confond avec la matière animale , et donne naissance aux saillies décrites par les auteurs sous lenom de tissu papillaire , mais que M. Fohmann regarde, avec Gaultier, comme de simples prolongemens du réseau vasculaire, à l'instar des villosités des membranes muqueuses. Car ce réseau sécrète le mucus de Malpighi, la condensation produit Pépiderme.
Lorsque l'injection des vaisseaux lymphatiques de la peau a été heureuse, les vaisseaux se présentent, selon M. Fohmann, en quantité si considérable qu’il semble que le derme en soit formé
entierement. Ces vaisseaux en s’anastomosant entreeux, forment.
un lacis, s'étendent des deux côtés du derme, percent en tous sens. cet organe, et en recouvrent les deux faces de telle sorte qu'on ne peut y enfoncer la pointe d’une aiguille sans léser un ramuscule d’une ténuité extrême à la face externe du derme; ils augmentent en dimension à mesure qu'ils se rapprochent de sa face interne. Ce plexus lymphatique n’est pas pourvu de valvules semblables à celles que l’on observe dans les branches de ces vaisseaux en dehors des organes. On ne trouve à leur place que des rétrécissemens, ou des valvules d'une forme irrégulière et si peu développées qu'elles ne peuvent empêcher le mercure de se répandre en tous sens, lorsqu'on le fait parvenir dans un de ces rameaux. Les valvules régulières n'appartiennent qu'aux branches et aux troncules. Outre ces valvules imparfaites, le lacis vasculaire contient çà et là de pe-
tites poches quisont des dilatations de vaisseaux, correspondant.
le plus souvent à leurs points de jonction (1). Les fuides renfermés dans ce lacis peuvent être transportés, selon les circonstances, dans des directions très variées. On n’aperçoit point de radicules pourvus de bouches à la manière des points lacrymaux et nulle part des racines à extrémités libres n’ont été constatées.
Quoique les vaisseaux lymphatiques aient dans leurs disposi-
(x) Fohmann, loc. cit. p.2.
à Ve Pat î
58 Recherches
tions anastomotiques les plus grandes analogies avec les vaisseaux sanguins de la peau, car comme eux ils forment des réseaux , il arrive un point où les lymphatiques dépassent les artères et les veines, et constituent seuls la derniere couche du réseau (1). Jamais M. Fohmann n’a pu parvenir à faire sortir le mercure contenu dans les vaisseaux lymphatiques jusqu’à la face externe de l’épiderme , ou si cette sortie était produite c’est qu’alors le derme avait été lésé.
M. Fohmann pense que siles vaisseaux lymphatiques pompent par des bouches absorbantes les fluides dont le transport leur
est confié, ces orifices d'absorption ne peuvent exister que sur les parois latérales, et ils doivent avoir une bien grande capillarité, puisqu'ils refusent passage au mercure. (2)
M.B. Panizza, qui a comme M. Fohmann, publié dans ces derniers temps (3) de beaux travaux sur le système lymphatique, professe des opinions sur le mode d'origine de ces vaisseaux , qui s'accordent avec ce que nos études anatomiques nous ont démontré. M. Panizza parle d'un fait anatomique plusieurs fois constaté, et qui prouve que l'épiderme n’est pas formé de vaisseaux lymphatiques comme l'avait prétendu Mascagni, entrainé à admettre cette hypothèse d’après des observations microscopiques fallacieuses, ou par une préoccupation qui le portait à voir partout des vaisseaux absorbans. Une injection très fine ayant été faite par M. Panizza, dans le réseau lymphatique superficiel du gland , puis l’épiderme ayant été enlevé, on vit que cette membrane ne présentait aucune trace de vaisseaux lymphatiques. Il ne s’écoula aucune goutte demercure lors de la ! séparation de cet épithélion ; ce qui serait arrivé, si les vaisseaux ! lymphatiques de la peau se fussent étendus jusque dans: l'épiderme. Les vaisseaux lymphatiques des membres abdominaux de l’homme ont été plusieurs fois injectés, et l'injection
(r) Fohmann, loc. cit. p. 3.
(2) Fohmann, loc. cit. p. 3. (3) Osservazioni antropo-zootomico-fisiologiche, di Bartolomeo Panizza. Pavia 1830. Voyez particulièrement le mémoire intitulé : Ricerche anatomico-fisiologiche sulla cuticola e sulle membrane mucose. p. 83, capitolo vr. Voyez aussi : Sopra il Sistema linfatico dei Rettili, Ricerche zootomiche, Pavia, 1833.
. Sur Les appareils légumentaires des animaux. 59
était si heureuse que ces vaisseaux formaient un réseau très fin dans le chorion , sans que le mercure soit jamais parvenu dans l'épiderme , même dans celui de la plante du pied qui, en raison de son épaisseur, devrait offrir un plus grand nombre de vaisseaux que partout ailleurs. Nous ne trouvons pas ces expériences aussi concluantes que le pense M. Panizza. D'abord l’épiderme et toute la couche cornée sus-dermique, quel’on nomme corpsmu-
queux de Malpighi, réseau muqueux, etc., sont d’une structure parfaitement identique. Comme Haase, MM. Lauth, Tiedemann |
et Fohmann, nous avons observé des vaisseaux dans ce corps muqueux sans nous aider de l'injection, et nous croyons pouvoir les rapporter à l’ordre des lymphatiques. Kous dirons seulement que la couche la plus superficielle du corps muqueux ou tissu corné, constituant l’épiderme , est dépourvue de ces vaisseaux qui ne s'étendent pas jusqu’à cette couche. Ils sont plus profondément situés dans une substance parfaitement semblable à celle de lépiderme. Cette disposition est une preuve que ces vaisseaux ne s'ouvrent pas au dehors, mais elle ne dit rien quant à la nature de l'épiderme. Suivant M. Panizza l'opinion d’après laquelie on admet des orifices béans à l'extrémité des vaisseaux lymphatiques n’est fondée, ni sur l'injection des cadavres, ni sur les observations faites avec le microscope des parties transparentes des animaux vivans, telles que les poumons de la grenouille et du lézard, la membrane des ailes de la chauve-souris, les viscères de la salamandre , etc. Ici, notre sentiment est en parfait accord avec celui du sävant professeur de Pavie.
Avant de terminer ces considérations sur les vaisseaux lymphatiques de la peau , il ne sera peut-être pas sans intérêt d’indiquer la manière dont nous avons procédé pour les injecter Tantôt ces injections ont été faites en introduisant le tube dans un vaisseau lymphatique de la jambe, et le mercure est successivement parvenu jusque dans le réseau cutané de l’aine, comme
lont obtenu Haase et M. E. A. Lauth, mais il ne faut pas comp-
ter sur une réussite constante par ce mode de procéder. Tantôt le tube rempli de mercure a été porté directement dans le tissu cutané sur le point même où nous desirions étudier les vaisseaux
\ ss
PA
6o Recherthes
lymphatiques, et pour être plus sûrs d'arriver dans ces vaisseaux et non dans les capillaires sanguins, nous avions préalablement poussé une matière colorée très fine dans les artères, afin de la faire parvenir jusque dans les réseaux vasculaires sanguins les plus déliés. (Voyez PI. 12.) (
La méthode d’injecter les vaisseaux lymphatiques employéepar M. Fohmann, celle dont les anatomistes se servent assez généralement aujourd’hui, est la suivante : Ils détachent en partie un morceau de peau, et, le saisissant entre le pouce et l’index, ils y enfoncent une lancette bien affilée, de manière à percer horizontalement le tissu, puis ils introduisent dans cette petite ouverture un tube mince de l’appareil de Sœmmerring pour les injections mercurielles, et avec le manche d’un scalpel ils exercent des pressions légères pour faire passer le mercure dans les diverses ramifications du vaisseau traversé par l'instrument. M. Fohmann a injecté par ce procédé la peau du scrotum, du pénis, dugland, du sein , et le mercure s’est répandu non-seulement dans le lacis du derme, mais aussi dans Îes troncules qui s’en détachent pour se jeter dans les glandes du cou, de l’aisselle et de la région inguinale.
Nous avons déjà vu que Haase, le premier, avait injecté les lymphatiques de la peau , et que par des circonstances heureuses notre ami M. E. A. Lauth avait été le second à réussir dans ces injections (1). Haase procédait par voie rétrograde, et le mercure pénétrait dans la peau de la partie supérieure et interne de la cuisse et de l’aine. Le réseau injecté par M. JLauth était beaucoup plus riche, et les vaisseaux plus serrés que celui dont Haase a donné l’image, car son dessin ne s montre en effet qu’une espèce d’arborisation, tandis que sur la pièce préparée par M. Lauth on voit un véritable plexus situé sous l'épiderme, et tellement abondant en vaisseaux qu'on ne peut distinguer aucun point qui ne soit occupé par ces canaux d'apparence métallique.
Depuis l'indication de Fohmann sur la manière d’injecter les lymphatiques, M. Lauth a, dans diverses circonstances, injecté les vaisseaux absorbans de ja peau du scrotum, du pénis, etc. en
(1} Essai sur les vaisseaux lymphatiques. Strasbourg, 1824, p. 13.
Sur les appareils tégumeniaires des animaux. br
introduisant directement et au hasard le tube dans les vaisseaux les plus superficiels du derme, et c'est ce qu'il a fait plusieurs fois devant nous pendant l'automne de 1833 lorsqu'il était à Paris. Depuis lors nous avons fréquemment répété ce mode de préparation dans notre laboratoire de la Faculté de médecine, et nous l’avons montré à nos élèves. Nous venons d'apprendre de M. le professeur Cruveilhier, que depuis long-temps il emploie un procédé analogue. Ces injections ontété pratiquées sur diverses parties de la peau de la surface du corps de l’homme, et comme Fohmann, nous les avons toujours faites heureusement sur la peau de plusieurs familles de vertébrés. Elles réussissent parfaitement et produisent un très bel effet.
M. Lauth dit avec justesse (1) que sur la peau du scrotum on remarque un plexus de vaisseaux lymphatiques d’origine uniforme, duquel partent d'espace en espace des troncs valvuleux qui vont s'unir aux vaisseaux lymphatiques plus profonds et de telle façon qu’on finit par parvenir aisément à injecter une grande étendue de la surface du scrotum par une injection pratiquée par un seul point, en ayant la précaution de lier les vaisseaux qui se portent dans la profondeur des tissus à mesure qu'ils se remplissent de mercure. On remarque au contraire sur les autres parties de la surface de la peau qu’on ne réussit à distendre qu'une portion trés circonscrite du réseau d’où part un vaisseau efférent. Celui-ci étant lié, si l’on s’obstine à vouloir forcer le mercure dans le même lieu pour parvenir à injecter des portions des réseaux voisins , on produit le plus souvent des déchirures.
Sur les points de la périphérie du corps , autres que le scrotum,
les vaisseaux lymphatiques forment des réseaux plus fins et plus serrés. À des espaces très rapprochés (3 ou 4 lignes), ces réseaux se terminent dans un troncule valvuleux efférent. Nulle part l’on ne voit de terminaison par un vaisseau unique, et comme nous, M. Lauth ne paraît pas avoir jamais observé dés bouches où orifices à ces vaisseaux lymphatiques.
Nous devons à la générosité de M. le professeur Tiedemann de posséder des échantillons d'injections au mercure de tous les
(1)iCorrespondance particulière.
62 Recherches
organes que M. Fohmann a représentés sur ses planches (1), et bien que par la dessiccation les vaisseaux lymphatiques s’altèrent
at perdent plus ou moins de leurs formes et de leurs apparences
naturelles, il est cependant facile de reconnaitre l'exactitude que M. Fohmann a apportée dans la confection de ses dessins. (2) C’est d’après les procédés indiqués que nous avons injecté les pièces qui ont servi de modèle à M. Chazal pour représenter la disposition des vaisseaux lymphatiques de la peau de la région de l’aine, du scrotum, du prépuce et du gland sur un très Jeune enfant dans les vaisseaux artériels duquel nous avions préalablement poussé une matière colorante. (Voy. pl. 12, fig. 37-38-30.) Sur d’autres sujets nous avons injecté les vaisseaux lymphatiques du scrotum, de là mamelle, etc. Enfin , nous avons fait représenter sur lamême planche (Voy.pl. 12) une petite portion de la peau d’un enfant qui était mort.de la petite-vérole. Une injection artificielle des plus heureuses existait dans le réseau capillaire san gvi et nous devonsla pièce qui a servi de modèle au dessinateur, à notre illustre ami le professeur Tiedemann. Dans nos injections directes du réseau lymphatique cutané’; nous pouvions parfois faire parvenir sans difficulté et par une douce pression le mercure sur une étendue assez grande du la: cis vasculaire, mais d’autres fois le passage au-delà de certaines limites était difficile et même impossible. Alors, sinous augmentions l'effort de pression , il se faisait un épanchement du métal, sans doute par une rupture de quelque point du réseau vascus laire lymphatique. Cette circonstance tend à prouver que Île lacis de vaisseaux si déliés n’est pas dépourvu de valvules, mais qu’elles sont inésalement répandues, rares dans quelques poinis, nulles, ou incomplètes ou peu résistantes dans d’autres; et qu'enfin, sur certaines parties, elles forment des barrières insurmontables et ne permettent pas aux fluides de ‘circuler en sens'divers et surtout en sens rétrograde: L’enlèvement de l’épiderme après l'injection mercurielle n’a jamais donné lieu à lécoulement du mercure , et l'examen des parties a permis de reconnaitre que les voies distendues par le mereure étaient distinctes
(x) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, ete. Liége, 1833. (2} Nous avons déposé ces échantillons dans le Museum de la Faculté de médecine.
Sur les appareils técumentaires des animaux. 63
de celles dans lesquelles la matière colorée était parvenue. On peut d’ailleurs , à l'œil nu comme à la loupe, reconnaitre qu'il existe dans la disposition du réseau vasculaire sanguin et dans le réseau des vaisseaux lymphatiques des différences qui ne permettent pas de confondre ces deux ordres de canaux. Ces vaisseaux paraissent former des plans distincts situés dans l’épaisseur du corps muqueux, autour des papilles , des tiges lamelleuses de la substance cornée et des canaux sudorifères ; c’est à travers les mailles de ces lacis que passent tous ces organes. Les canaux inhalans que nous avons découverts et isolés dans leur état de vacuité entre le derme et le dernier feuillet épider- mique, paraissent être les mêmes organes que ceux dans lesquels sur d’autres pièces nous avons pu faire parvenir du mercure. Si dans cet état de vacuité et de dessiccation nous mavons pas pu reconnaître aussi bien la disposition rétiforme de ces vaisseaux, c'est que nous ne pouvions faire nos observations avec le microscope que sur un fragment de peau très petit et sur lequel chaque tige vasculaire avait été isolée par la rupture de ses branches latérales anastomotiques, dont on pouvait quelquefois reconnaitre encore des vestiges.
Un médecin italien, qui a publié plusieurs mémoires importans sur les sciences anatomique et physiologique, M. Mojon, à qui nous avions fait connaître les principaux résultats de nos investigations sur la structure de la peau etsur la disposition des villosités et des origines des vaisseaux lymphatiques, rédigea pour nous une note dans laquelle il déposa son opinion sur ce point important d'anatomie. Sous plusieurs rapports ses idées diffèrent tellement de ce qui est généralement admis, et de ce que nous avons observé que nous croyons devoir consigner ici les renseignemens que nous devons à son obligeance.
« Ayant (1) placé des vaisseaux lymphatiques sur une plaque de verre, et les ayant incisés dans toute leur longueur, j'ai reconnu à l’aide du microscope, que ce que les anatomistes regardent comme des valvules, n’est autre chose que des sphincters, lesquels sont formés par des fibres circulaires qui
(x) De la structure des vaisseaux lymphatiques , par B. Mojon, professeur de physiologie et de médecine à Gênes. (Note manuscrite) Paris, 1833.
64 Recherches
diminuant d'espace en espace le calibre des tubes iymphatiques, donnent ainsi lieu aux nodosités que l’on remarque à leur extérieur. Ces rétrécissemens sont surtout très visibles, lorsqu'on injecte les vaisseaux lymphatiques avec un liquide quelconque; on les aperçoit aussi très distinctement, quand ce système est dans un état variqueux, comme dans la leucophlegmatie. Si l’on tiraille les deux bouts d’un vaisseau lymphatique variqueux, les nodosités extérieures disparaissent presque entièrement, ainsi que les prétendus replis valvuleux internes.
« La mernbrane fibreuse des vaisseaux lymphatiques dont parle assez exactement Mascagni, m'a paru formée par un plus grand nombre de fibres qui vont en ligne directe d’un étranglement à l’autre, que par celles dont la direction est plus ou moins oblique; cet entre-croisement fibrillaire forme un tissu particulier. | |
« Les fibres longitudinales ont leurs deux bouts attachés aux fibres transversales, lesquelles constituent, selon ma manière de voir, les sphincters ou rétrécissemens d'espace en espace des vaisseaux lymphatiques. Ainsi les fibres longitudinales, en se contractant, rapprochent un sphincter de l’autre, tandis queles fibres obliques en diminuent le diamètre.
« Au moyen de ce mécanisme physico-vital, le fluide qui pé: nêtre un vaisseau lymphatique, irrite la portion du vaisseau qu’il remplit. Cette portion se contracte sur elle-même, diminue l'étendue de sa cavité, et le fluide qu’elle contient est obligé d'avancer, en traversant le sphincter ouvert, et ainsi successivement. Ce mouvement péristaltique se fait à l’instar de celui des intestins.
« On observe ce mouvement vermiculaire tres distinctement dans les vaisseaux lactés mésentériques des animaux, qu’on examine anatomiquement deux ou trois heures après leuravoir donné de la nourriture.
«En admettant cette organisation des lymphatiques | on peut aisément expliquer lé mouvement rétrograde, admis par Darwin et autres physiologistes, des fluides contenus dans le système absorbant, ce qui serait incompatible avec un appareil vasculaire pourvu de valvules.
Sur les appareils légumentaires des animaux. 65
« Si le système des vaisseaux lymphatiques était valvuleux, en ouvrant dans toute sa longueur un de ces vaisseaux, il présenterait parfois plus de deux croissans parallèles, d'espace en espace, l’un à droite, l’autre à gauche, comme il arrive lors de la section des veines, parce que cette section ne tombe pas toujours dans l’intervalle séparant les deux valvules, Ces prétendus croissans valvulaires, s'ils étaient de véritables valvules à l’instar de celles des veines, ne se comporteraient pas d’une manière différente de celle de ces vaisseaux, et c’est ce qu'on ne voit pas. :
«La difficulté qu’on rencontre quelquefois à injecter les vaisseaux lymphatiques dans une direction contraire à celle du fluide qui les parcourt, est due à ce que les espaces vasculaires situés entre les sphincters et le relâchement des parois de ces vaisseaux lorsqu'ils se remplissent de la matière de l'injection, se distendent et ferment ainsi l'ouverture du vaisseau.
« J'ai injecté mille et mille fois le système lymphatique avec des liquides différemment colorés, et je n'ai jamais vu aucun épanchement de ces liquides, ni dans le tissu cellulaire, ni dans le parenchyme des viscères, à moins qu'il ne se füt opéré quelque rupture d’un.vaisseau. Cela me porterait à croire que les lymphatiques n’ont aucun orifice béant à leur origine, et que l’action absorbante se fait par imbibition à travers la porosité de leurs rameaux les plus déliés, à l'instar d’une éponge.
« Une fois que le liquide a pénétré par ce moyen dans la cavité des branches les plus déliées de ces vaisseaux, il s’avance dans les troncs plus gros par le moyen du mouvement péristaltique.
« Je crois aussi que toutes les sécrétions se font par exsudation à travers les parois des vaisseaux capillaires, qui, en pénétrant dans les glandes, forment une grande partie de leur parenchyme. |
« Ainsi l’on peut dire que les matériaux des différens fluides qui circulent dans toute la machine animale, n’y pénètrent et n'en sortent que par mbibition et par exsudation.
« Cette doctrine me parait avoir quelque analogie avec l'opinion des pores inorganiques admis par Mascagni. Peut-être l'6-
66 Recherches
lectricité animale joue-t-elle un grand rôle dans ce mouvement centripète et centrifuge des fluides à travers tout notre COrps. C'est peut-être aussi l'électricité qui rend plus perméables les tissus membraneux dont sont formés les capillaires lymphatiques et sanguins, et qui donne lieu à leur action absorbante et exhalante. »
Voilà une série de propositions tellement -contraires à tout ce que les anatomistes ont dit jusqu’à présent, qu'il nous a paru important de confirmer ou d’infirmer par un nouvel examen, ce qu'avance M. le professeur Mojon.
Les valvules des vaisseaux absorbans découvertes par Rudbeck (1) et par Bartholin (2), décrites et représentées par Ruvsch (3), ont été examinées par un si grand nombre d’anatomistes célèbres, tels que Nuck (4), Cruikshank (5), Hewson (6), Mascagni (7), Fohmann , Lauth, Panizza, etc., que ce point d'anatomie semblait ne laisser ni lacune, ni incertitude
-dans la science.
Bien que Th. Bartholin (8) eût observé et décrit les valvules des vaisseaux lactés, c’est cependant à Ruysch (9) qu'on doit la premiére bonne description de ces replis. Avant lui, Pecquet (10) les avait entrevues sur le canal thoracique, et il en parle dans son livre publié en 1651; mais la découverte des valvules des waisseaux lymphatiques appartient à Olaüs Rudbeck; illes fit représenter avec les vaisseaux eux-mêmes sur deux planches qui
parurent en 1655, et trois ans auparavant, il les avait vues
(2) Insid. Struct., p. 91-128.
(2) Vasa lymphat. Brutor., p. 46, etc.
(3) Dilucidatio valvul. in vasis Iymph. et Lacteis, etc. Hagæ. Comit. 1665 in-4° cum figuris.
(4) Adenographia, ete, cap. 6; pag. 67.
(5) Anat. des vaisseaux absorb. du corps humain ; p. 136,
(6) Experimental inquiries, containing a description of the lymph. Syst. in the human subj., etc.
(7) Vasorum lymphat. corp. humani historia et iconographia. Senis 1787.
(8) De vasis lymphaticis. Cap. V. Methodica vasorum lymphaticor. descriptio. Lugd, Batav. 1660.
(9) Dilucidatio valvul, in vas, lymphaticis. Hagæ comitis. 1665.
(10) Experimenta nova anatomica. Joan. Pecqueti Diepæi.Parisiis, 1681, in-4°. Sur la prém. fig.. de la prem. pl. Il indique les valvules du canal thoracique du chien; m, m, m.
Sur les appareils tegumentaires des animaux. 6;
pour la première fois en Hollande, et en 1662, il les montra à la reine de Suède. En vain, Bartholin prétendit-il à Ja gloire de cette découverte, Van Horne fit reconnaître les droits de Rudbeck. (1)
Ces mêmes parties, vues et revues par tous les anatomistes qui ont cherché à perfectionner l’histoire des vaisseaux lymphatiques, surtout par Mascagni, ont été représentées constamment de la même manière, et les valvules comme dépendantes du repli de la membrane interne (2). Il était bien étonnant que tous les anatomistes s’accordassent sur un fait matériel M. Mojon füt le seul à avoir vu différemment. Nous c pouvoir répondre à son appel qu'en faisant l'injection de ces
vaisseaux et en disséquant ces organes. C’est ce que nous avons
exécuté et répété plusieurs fois avec MM. Robecchi et Kubn jeune, qui nous aident depuis long-temps dans nos recherches anatomiques. Nous leur en adressons ici de publics remercimens.
Ayant introduit le tube chargé de mercure dans un vaisseau lymphatique entre le premier et le second os du métatarse , nous avons obtenu non-seulement l'injection des vaisseaux lymphatiques de la jambe et de la cuisse, mais encore celle des ganglions du pli de laine, de Ja région iliaque, et des troncs nombreux, considérables, placés dans la même région, en connexion avec l'artère et la veine iliaques externes. Enfin le mercure est parvenu jusque dans le canal thoracique.
Pendant linjection, nous avons voulu à plusieurs reprises nous assurer s’il était possible, soit avec le doigt, soit avec le | manche du scalpel, de faire descendre le mercure dans une direction opposée à celle du sens des valvules, et nous avons reconnu qu'à la jambe et à la cuisse, on pouvait faire revenir le mercure de haut en bas, c’est-à-dire dans une direction contraire à celle qu'il avait suivie, mais dans une étendue fort bornée. On rencontrait bientôt un obstacle
10E que rümes ne
à ce mouvement
(:) Barth. Epist. medicinal. cent, 2. Epist, 48.
(2) Prodromo della grande anatomia, seconda opera postuma di Paolo Mascagni. Firenze. 1819, p. 8. Voyez aussi J. Fr. Meckel. — Manuel d’anat. génér. et patholog, Traduit de l’alfemand par À. J. L. Jourdan et G. Breschet, t. r. Paris 189%. /
Béclara. Élémens d’anat, gén, p. 410. Paris 1823.
68 Recherches
rétrograde du mercure, et cette résistance ne pouvait pas être surmontée sans un she tel que parfois le vaisseau n’en füt rompu. Ces obstacles à tout mouvement rétrograde du métal . liquide existaient à une distance d’environ un pouce les uns des autres.
Nous avons ensuite détaché quelques troncs de ces vaisseaux bien remplis de mercure, soit à la jambe, à la cuisse, dans la région iliaque, soit même des portions du canal thoracique, et on les a soigneusement dépouillés de tout tissu cellulaire ambiant. Ces vaisseaux lymphatiques de calibres variés offraient des bosselures et des rétrécissemens, maïs sans régularité, et ne pouvaient donner aucune idée que le vaisseau était formé d’une suite de cônes empilés les uns sur les autres (Voy. PE r2 ). Ces bosselares et ces rétrécissemens étaient assez distincts quand les vaisseaux étaient frais; mais ils le devenaient bien plus encore, lorsque les vaisseaux avaient été desséchés.
Après avoir obtenu la dessiccation de plusieurs de ces troncs pris à la jambe, à la cuisse, à la région iliaque, ainsi que sur le canal thoracique ( Voy. pl. 12) nous les avons fendus Jlongitudinalement, puis ils ont été examinés avec soin à la loupe et sous le microscope. Sur tous les vaisseaux, nous avons reconnu distinctement des valvules comparables, sous le rapport -de leur forme et de leurs dispositions, aux valvules sygmoïdes de l’origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire; comme elles comparables à des paniers de pigeon, pour employer une expression vulgaire, et dépendantes d’un reph de la membrane intérieure du vaisseau. Sur les vaisseaux bien desséchés, le mercure était renfermé dans une poche profonde à orifice supérieur, et dont le fond arrondi était dirigé en bas.
Not n'avons constamment rencontré que deux valvules sur les points correspondans et occupant toute la circonférence interne du vaisseau. À la bifurcation du canal thoracique, sur le point d’origine des vaisseaux lymphatiques du plus grand diamètre, nous n'avons point reconnu de valvules véritables. La distance entre chaque paire de valvules n’est pas la même pour tous les vaisseaux et dans toutes les régions du “corps. En général, on peut affirmer qu’elles sont moins rap-
Sur les appareils tegumentaires des animaux. 69
prochées dans les petits vaisseaux que dans ceux dun plus gros calibre. Pour les premiers, la distance entre deux paires de valvules est d’un pouce environ. Ce qui correspond parfaitement à la résistance que nous avions éprouvée en vou-. lant faire rétrograder le mercure. Nous pouvons aussi inférer de cette disposition des valvules, que chaque rétrécissement qu'on voit à l'extérieur d’un vaisseau lymphatique, ne correspond pas à la présence de deux valvules, puisque le plus souvent les rétrécissemens sont très rapprochés. Peut-être sont-ils dus à la forme globulaire du mercure, plutôt qu’à la disposition et à la structure des vaisseaux.
Si l’on cherchait à séparer ces valvules du reste du vaisseau, on voyait qu'elles se continuaient avec la membrane interne, dont elles. n'étaient que des replis permanens, disposés comme une sorte de draperie, soulevée et retenue dans deux points de la circonférence du vaisseau, et abandonnée à elle-même dans le reste du contour de ce canal. Chaque valvule est formée de l’adossement de deux feuillets de la membrane interne, et ces replis ne sont point circulaires ou en anneau, comme il le faudrait si l'opinion de M. Mojon était déduite de Pobservation. Il en est de même des fibres sous-jacentes à ces replis valvulaires : ni la loupe, ni le microscope n'ont pu nous laisser apercevoir ces faisceaux de fibres si artistement disposés, d’après l’opinion de Mascagni ou d’après celle de M. Mojon. Il n'existe, en effet, aucun sphincter, aucun plan de fibres circulaires disposées de distance en distance pour faire contracter les vaisseaux lymphatiques et les fermer comme une bourse. Si l’on tirailie par ses deux extrémités un vaisseau lymphatique de plusieurs pouces d’étendue, on peut bien faire disparaitre les bosselures où les nodosités de sa surface, mais jamais l’on ne peut détruire les valvules, parce que ce sont des choses tout-à-fait différentes. les unes des autres,
Nous n’avons pu parvenir à distinguer rien de semblable à ce que dit M. Mojon, relativement aux fibres longitudinales dont les deux bouts seraient attachés aux fibres transversales constituant, suivant lui, des sphincters ou rétrécissemens d'espace en espace. |
70 KRecherches
Nous avons aussi exprimé comment fa marche rétrograde du mercure pouvait s’opérer dans les vaisseaux lymphatiques d’un certain calibre. Jamais cette rétrogradation ne peut s’étendre plus loin que l’espace limité par deux paires de valvules.
Cependant, si dans cet intervalle il existe des branches laté-
rales, alors le liquide passe dans les vaisseaux voisins ; mais là encore, il s'arrête dès qu’il rencontre des valvules. Toutefois nous avons vu que sur les réseaux les plus fins, les choses arrivaient un peu différemment : tantôt le mercure ne pouvait être chassé que dans des limites fort res-
treintes, et tantôt il pouvait parcourir, en divers sens, un espace assez considérable. Ici, sans donte, les valvules ont une
disposition différente de celle que nous avons observée sur des
vaisseaux d’un plus eros diamètre, ou bien les valvules sont | 8 Ù
plus rares ou elles sont moins complètes.
M. Mojon ne dit pas sur quels animaux il a entrepris sesrecherches et quel calibre avaient les vaisseaux sur lesquels il a fait ses observations et ses expériences. Pressés par les circonstances, nous nous sommes bornés à vérifier ses assertions sur les Iymphatiques du corps humain, et les résultats obtenus par nous sont contraires aux prétentions du professeur de Gênes. Cependant, nous avons déclaré que dans les réseaux les plus déliés des lymphatiques cutanés, on peut parfois imprimer au mercure des directions variées. Nous dirons aussi que les valvules étant placées à des distances inégales entre elles ou plus ou moins rapprochés suivant les parties, on peut dans certains cas imprimer en apparence au mercure une marche rétrograde dans une certaine étendue, laquelle est toujours fort limitée.
Ainsi, les valvules sont tres près les unes des autres dans les vaisseaux lymphatiques des tuniques intestinales. Elles le sont moins dans ceux du mésentère, et moins encore si on les examine sur les abscrbans des membres inférieurs. On sait aussi que les vaisseaux lymphatiques de plusieurs animaux sont dépourvus de valvules. C’est ce que M. Fohmann (1) a observé sur les
(1) Anatomische Untersuchungen über die Verbindung der Saugadern mit den Venen. — Heidelberg, p. 51-35-40.
À Le PT
Sur les appareils tézsumentaires des animaux. TI
vaisseaux des intestins grèles du lion et de plusieurs carnivores. Dans les tortues (1) et les poissons (2) ces valvules manquent entièrement ou sont tres faibles. Haller (3) put injecter les vaisseaux lymphatiques du poumon par la partie supérieure du ca- -nal thoracique, et Marchettis insuffla tous les vaisseaux absorbans d'un animal par le réceptacle du chyle (4). Il n’est pas très rare de rencontrer dans les troncs lymphatiques des valvules comme annulaires, formées par la réunion de deux valvules qui, ayant moins de hauteur que les valvules ordinaires, ne ferment pas totalement la lumière du canal (5). Cette disposition anormale paraît se rapprocher un peu de celle dont parle M. Mojon, et cependant elle en diffère essentiellement, car elle nest qu’un développement incomplet, un état irrégulier.
Enfin, la seule inspection de la direction des valvules prouve qu’elles servent à empêcher la rétrogradation vers les branches, des fluides contenus dans les vaisseaux lymplhatiques (6), comme le veut Darwin et après lui M. Mojon.
Si M. Mojon a fait ses recherches sur l'espèce humaine , nous sommes élonnés d'avoir obtenu des résultats entièrement opposés à ceux qu'il indique. Nos investigations viennent simplement confirmer tout ce qu'ont avancé les anatomistes qui ont le plus contribué à faire connaître la disposition du système Iymphatique (7). La spéculation anatomique créée par M. Mojon n'étant pas admissible , sa théorie physiologique de la circulation de la lymphe et du chyle, reste sans appui et croule d'elle-même.
L’anatomie étant essentiellement une science de faits, il faut s'attacher à les bien observer, à les bien connaitre, et se borner
à dire ce que nos sens nous ont appris. Etablir des systèmes phy siologiques sur des aperçus ou des suppositions anatomiques,
(x) Panizza.— Sopra il sistema linfatico dei rettili. Pavia 1833.— W. Hewson. An account of the lymph. Syst. in amphibious animals. philosoph. trans: 1769.
- (2) W. Hewson. An account of the lymph. Syst. in the fish.— Philosoph, transact. 1769, p- 204.
(3) Cruikshank.- anat. des vaiss. absorb. trad. de l'anglais par Petit-Radel. Paris, 1787,
page 144.
(4) Lauth. Le. Voyez Haller, W. Hunter et Cruikshank, p. 144 &) Ibid. L c.
(6) Ibid. 1, ce.
(7) Voy. la pl. 12, que nous avons donnée pour répondre à M. le professeur Mojon.
Ke ER
73 Recherches
c’est bâtir sur le sable et s exposer à voir son cb renversé par la première observation faite avec rigueur, par un *ne de vérité. |
Il résulte de ces considérations sur ne des vaisseaux inbalans, que ce point d'anatomie n’est pas encore suffisamment éclairci. Si l’on n’a pas pu facilement s'assurer du mode d’origine des lactés à la surface des intestins, il doit être bien plus
difficile encore de déterminer d’une manière rigoureuse com-
ment se comportent les vaisseaux absorbans dans le tissu corné de la peau. On nous pardonnera donc notre réserve. Nous parle-
rons peut-être plus positivement en traitant de la structure des membranes muqueuses, parce qu’à cette occasion, nous répéterons nos recherches, nous varierons nos expériences et nous par-
viendrons, il faut l’espérer, à trouver la solution de cette question d’un haut intérêt. Nous avons bien moins prétendu, par ces nouvelles recherches, à remplir la lacune présentée par la science, qu’à la signaler, afin d'engager les anatomistes qui s'occupent en ce moment de l'étude des vaisseaux lymphatiques, à
dissiper tous les doutes qui obscurcissent encore ce point de nos connaissances anatomo-physiologiques. Il faut tout attendre
de l’habileté de MM. Fohmann, Panizza, Lauth, etc.