COMPOSITIONS
Les compositions sont les éléments essentiels et forment la base principale des feux d'artifice. Je les diviserai en deux catégories : la première comprendra toutes les compositions qui ont une puissance d'impulsion et qui produisent des étincelles; la seconde espèce se composera de tous les amalgames avec lesquels on fait les pâtes, les étoiles et toutes les flammes brillantes, blanches ou colorées.
Je vais d'abord indiquer la manière de préparer les compositions qui impriment le mouvement et qui servent à charger les fusées , les jets tournants ou fixes, etc.
On commence d'abord par s'assurer de la
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bonne qualité des ingrédients , puis on les pulvérise. Le salpêtre se pile dans un mortier de fonte ou de marbre ; on le passe dans le tamis de soie le plus fin ; on remet dans le mortier ce qui n'était pas assez fin , et on le broie de nouveau, jusqu'à ce que la totalité puisse passer au travers du tamis. Le charbon se pile aussi dans un mortier de fonte; mais, afin que la poussière n'incommode pas, on le couvre d'une peau ou d'une toile serrée qu'on lie sur le bord du mortier, en ayant la précaution de laisser à la peau ou à la toile assez d'ampleur pour que l'on puisse mouvoir facilement le pilon, qui doit être enfermé sous la peau.
On forme trois grosseurs de charbon : le premier numéro est la partie qui a pu passer au travers du tamis de soie le plus fin; le deuxième numéro est ce qui passe au travers du tamis de crin à tissu serré ; et le troisième numéro, ce qui passe dans le tamis de crin le plus gros. On obtient le numéro le plus fin en mettant la totalité de charbon broyé dans un tamis de soie a tambour, ayant deux espèces de couvercles dont l'un sert de récipient, et dans lequel tombe le charbon le plus fin ; l'autre couverde se met lorsqu'on a verse la masse du charbon sur le tamis, et empêche que le mouvement qu'on imprime au tamis ne fasse sortir la poussière la
plus fine. On trouve cette espèce de tamis, dit à tambour, chez les boisseliers.
Les deux autres numéros de charbon s'obtiennent en le passant dans le moyen et le gros tamis de crin. II est inutile de couvrir les tamis pour ces deux dernières grosseurs, puisque le charbon est purgé de la partie volatile , qui , seule, pouvait incommoder.
Il est essentiel de se servir du tamis couvert lorsque Ton passe des substances vénéneuses, telles que le sulfure d'arsenic, les sels de baryte, les sels de cuivre et de mercure, etc.
Le soufre, s'il est en canon, se pulvérise dans le mortier de fonte ou de marbre. Il doit être broyé très-fin et être passé au tamis de soie. Si on employait de la fleur de soufre, il faudrait la laver à plusieurs reprises dans une assez grande quantité d'eau chaude, afin de la purger complètement des acides sulfureux ou sulfurique qu'elle pourrait contenir. Lorsqu'elle serait sèche, il suffirait de la passer dans le tamis de soie, et même, à la rigueur, on pourrait se dispenser de la passer; elle est ordinairement assez fine.
On réduit la poudre grainée en pulvérin (poussière) en la mettant dans un sac en peau de veau assez forte, mais souple. On lui donne la forme d'une poire, afin que, l'ouverture étant petite, il y ait pen de plis, et qu'on puisse facilement, en
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liant avec une petite ficelle, empêcher le poussier de sortir. On coud ce sac avec une bordure de la même peau le plus serré possible ; on le remplit, à peu près aux deux tiers, de poudre grainée; on presse la partie vide du sac avec la main, afin de faire sortir l'air, et on lie. On pose le sac sur une dalle ou un autre corps dur et uni, et on frappe avec une batte , morceau de bois long cylindrique, plus gros du bout qui doit porter; ce bout sera arrondi, afin de ne pas crever le sac. On passe la poudre écrasée dans le tamis de soie couvert, on remet dans le sac les grains non écrasés, et on les bat de nouveau jusqu'à ce que la presque totalité puisse passer. Il reste toujours à la fin des grains à moitié écrasés, mêlés avec des débris détachés du sac ; cette portion se nomme relien. On la met dans la flamboyure, pour lui donner de la vivacité. Les limailles d'acier, la tournure dite filière, de Lyon, sont généralement employées entières. Après les avoir purgées des ordures qu'elles peuvent contenir, on les passe aussi dans un tamis de soie, afin d'ôter la poussière la plus fiue, qui ne peut pas servir. On peut cependant, pour de très-petits car touches , faire un numéro plus fin.
La fonte se pile dans un mortier de fonte; on en fait trois numéros dont j'indiquerai remploi en donnant les formules des compositions.
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Le premier numéro est la partie qui passe dans un tamis de soie ou de cuivre d'un tissu un peu moins serré que le tamis le plus fin, et qui reste sur ce dernier, c'est-à-dire entre les deux tamis. Le deuxième numéro est la portion qui passe au travers du tamis de crin le plus serré, et qui reste sur le tamis de soie le moins fin. Le troisième numéro est ce qui passe dans le tamis de crin le plus gros, et qui reste sur le tamis de crin à tissu serré.
Lorsque toutes les substances sont pulvérisées, tamisées et mises dans des vases séparés, on calcule la quantité dont on a besoin , et on pèse, suivant les formules, avec le plus de justesse possible. On met les ingrédients les plus fins, ceux qui ont été passés au tamis de soie, sur une grande feuille de parchemin ou de carton; on les mélange avec une molette en bois (d'une forme analogue aux molettes dont se servent les peintres pour broyer les couleurs) ayant une surface de 8 à 11 centimètres, dont on arrondit les angles ou arêtes ; on achève d'opérer l'amalgame en passant le mélange trois fois dans le tamis de crin le plus gros. Si on s'apercevait que le mélange ne fût pas homogène, ce que Ton reconnaîtrait à l'aspect de la composition qui aurait différentes teintes, on la passerait une fois de plus dans le tamis de crin le plus serré.
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Lorsque l'on mélange les ingrédients, on ne doit pas agiter le tamis; il faut qu'il soit immobile. On fait passer les substances en les remuant arec la main ou une carte. Si on imprimait un mouvement au tamis, les parties les moins fines, ayant plus de surface , monteraient toujours en dessus , passeraient les dernières , et le mélange ne serait pas intime. Les ingrédients les plus gros qui ont été passés dans les tamis de crin , et qui doivent faire partie des compositions déjà amalgamées, sont mis peu à peu sur ces compositions, et mêlés avec un morceau de carton avec lequel on retourne plusieurs fois le tout, jusqu'à ce que l'amalgame paraisse d'une teinte uniforme. Je vais maintenant donner les formules des compositions qui possèdent une puissance d'impulsion , et qui en même temps produisent des étincelles et forment des auréoles.
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