‹ Nouvelles recherches sur les feux d'artificeChapitre 2 sur 35 · MATIÈRES QUI ENTRENT DANS LA COMPOSITION DES FEUX D'ARTIFICE · texte numérisé non relu

MATIÈRES QUI ENTRENT DANS LA COMPOSITION DES FEUX D'ARTIFICE

J'ai classé toutes ces substances par ordre alphabétique, afin d'en faciliter la recherche; j'ai parlé brièvement de la plupart des ingrédients connus, ou qui ont peu d'importance ; je me suis étendu davantage sur la description de quelques substances nouvelles, ou sur celles qui ont des propriétés remarquables. Je me borne, à regard des matières qu'on peut se procurer facilement, à donner la manière de les purifier. Pour celles qu'on ne trouve pas toujours, ou qui sont d'un prix élevé, j'indique les moyens de fabrication, afin qu'on puisse les obtenir soi-même.

Acétate de plomb.

Ce sel n'est employé dans la pyrotechnie que pour préparer la corde à feu.

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Alcool ou esprit-de-vin.

On le trouve, dans le commerce, sous le nom de trois-six ; il est bien peu employé dans l'artifice. On s'en sert particulièrement pour humecter les compositions destinées à brûler dans des cassolettes ou urnes dont on fait usage dans les cérémonies funèbres; il peut servir aussi pour humecter des compositions qui contiennent de la gomme laque dont on veut faire des étoiles. On met dans un mortier la gomiïie laque qui doit faire partie de la composition; on verse de l'alcool en petite quantité; on triture avec le pilon, afin que la gomme laque se dissolve; on met ensuite dans le mortier le restant des ingrédients que Ton mêle avec le pilon. Les étoiles, que Ton comprime dans une douille, quoique peu humectées, sont suffisamment liées et sèchent promptement.

Alun.

Ce sel est très-connu; on en fait rarement usage dans l'artifice. Les Allemands ont cependant, il y a quelque temps, trouvé un feu bleu assez éclatant, dans lequel cet ingrédient entre en assez grande quantité. Cette composition est hygrométrique et ne se conserve pas; on en

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trouvera la formule au chapitre des compositions bleues.

Amidon.

On fait d'excellente colle avec cet ingrédient; on pourrait aussi l'introduire, comme divisant, dans quelques compositions; mais la fécule de pommes de terre et la dextrine sont préférables.

Ammoniaque liquide (Alcali volatil).

Ce produit chimique s'emploie dans la préparation de plusieurs sels de cuivre; j'indiquerai en son temps la manière de s'en servir.

Arséniate de cuivre.

Cet ingrédient, avec lequel on peut faire d'assez beau bleu , est rarement de bonne qualité ; je conseille de le faire soi-même. On procède de la manière suivante.

On fait fondre, dans une capsule de porcelaine ou <fens une terrine de grès vernissée, sur un feu doux, dans le moins d'eau possible (il faut toujours se servir d'eau distillée pour toutes les opérations chimiques) , du sulfate de cuivre. On fait dissoudre séparément, de la même manière à peu près, la même quantité d'arséniate de po-

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tasse. Lorsque les deux substances sont fondues, on verse doucement sur le sulfate de cuivre la dissolution d'arséniate de potasse , en remuant avec une stapule , jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence. Lorsque les deux liqueurs sont très-concentrées» le précipité ressemble à de la gelée, et a à peu près l'aspect de la colle d'amidon lorsqu'elle est refroidie; d'autres fois il se dépose en forme de boue épaisse. On fait égoutter ce précipité, on le lave à grande eau au moins deux ou trois fois, afin de le purger complètement de l'arséniate de potasse qu'il peut contenir; lorsque le lavage est terminé, on le fait égoutter dans un linge ou sur un filtre en papier; ensuite on le met sécher à l'étuve, ou au soleil s'il fait un temps favorable. Il ne faudrait pas remplacer l'arséniate de potasse par l'arséniate de soude. Quoique ces deux sels aient beaucoup d'analogie entre eux , ils ne sont pas entièrement identiques. Le précipité qu'on obtiendrait avec l'arséniate de soude serait beaucoup plus abondant, mais ne produirait pas» à beaucoup près , un aussi beau bleu.

Arséniate de potasse.

Il sert seulement pour faire l'arséniate de cuivre. On se le procure chez les fabricants de produits chimiques.

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Bi-carbonate de soude.

Je l'avais presque abandonné , parce qu'il fallait beaucoup de chlorate pour l'enflammer, ce qui rendait la couleur un peu pâle; mais j'ai trouvé depuis de nouvelles combinaisons qui produisent de très-beaux jaunes avec le bi-carbonate de soude. J'en donne deux formules.

Bromate de baryte.

Ce sel n'est pas hygrométique. Il n'absorbe pas l'humidité de l'air; il produit un assez beau vert; mais il est d'un prix si excessif qu'il ne peut être considéré que connue un objet de curiosité et qu'on doit renoncer à l'employer. Le vert qu'on obtient avec cette substance n'est pas d'ailleurs aussi beau que celui que produit le chlorate de baryte, qui est aussi très-cher, mais beaucoup moins cependant que le bromate.

Calomel ou Mercure doux , préparé à la vapeur.

Cette substance n'attire pas l'humidité de l'air ; elle brûle difficilement ; on parvient cependant à l'enflammer en l'amalgamant, dans des proportions convenables, avec du chlorate de potasse et du soufre ; elle ne donne qu'une couleur vague, d'un blanc sale un peu azuré, accompagné de

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beaucoup de fumée. Il serait difficile, au premier abord, de soupçonner l'effet presque miraculeux qu'elle produit lorsqu'elle est combinée avec des substances colorantes; c'est sans contredit une des plus heureuses découvertes que le hasard m'ait fournies. Son influence dans les amalgames est pour ainsi dire négative. Elle atténue et modère la combustion , ce qui conserve plus longtemps à la flamme le caractère d'une combustion commençante, qui la fait paraître plus foncée. Il est à remarquer que, lorsqu'une flamme acquiert de la vivacité, la couleur s'affaiblit, et à son maximum d'intensité elle est presque blanche. Cet ingrédient possède encore d'autres propriétés, qu'on expliquerait difficilement. Par exemple, si on l'introduit dans une composition d'un rouge ponceau , elle en change la teinte, qui devient alors d'un pourpre presque amaranthe. Certaines compositions qui, avant de contenir cet ingrédient, ne donnent qu'une flamme verdâtre, produisent , aussitôt qu'on l'y a introduite , une flamme d'un beau bleu.

Les compositions vertes, sans cet ingrédient, n'ont qu'une teinte verdâtre presque blanche ; on pourrait presque dire que le calomel crée cette couleur. Il est d'un effet admirable dans les violets ; il est fâcheux que cette substance soit d'un prix un peu élevé. Le mercure doux entier, qui

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est le même sel non pulvérisé et non lavé, est moins cher et produit le même effet ; depuis longtemps je n'en emploie pas d'autre. Cet ingrédient n'agit d'une manière remarquable , dans les compositions, que lorsqu'on peut l'y introduire en assez forte dose; j'ai eu beaucoup de peine à trouver des divisants qui permissent d'en mettre une assez grande quantité sans que la combustion fût arrêtée. C'était réellement une difficqlté que j'ai eu beaucoup de peine à vaincre.

J'ai aussi cherché s'il ne serait pas possible de trouver des substances qui possédassent les mêmes propriétés. J'ai d'abord essayé des sels de borax d'alumine ; ce sont bien des atténuants , mais ils ne fonçaient presque pas la couleur, et le plus souvent ils arrêtaient complètement la combustion. J'ai cependant fini par rencontrer un ingrédient qui possède une partie des propriétés du calomel, mais pas précisément au même degré : c'est le sel d'ammoniac (hydrochlorate d'ammoniaque) ; il attire un peu l'humidité de l'air ; on peut cependant l'employer avec avantage ; il n'est pas cher; il figure dans quelques compositions dont je donne les formules.

Carbonate de cuivre.

Le moyen d'obtenir cet ingrédient étant très-

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simple , on pourra le préparer soi-même ; on sera d'ailleurs plus certain de l'avoir de bonne qualité; car il est assez rare d'en trouver de bon chez les fabricants de produits chimiques. Le procédé ci-dessous m'a presque toujours réussi. Je dois prévenir cependant, afin que Ton soit sur ses gardes, que deux fois seulement j'ai manqué l'opération , c'est-à-dire que je n'ai presque pas obtenu de précipité : cela provenait de la mauvaise qualité de la potasse. Il est essentiel de faire des essais en petit, afin de s'assurer de la qualité de la potasse que l'on doit employer. Revenons au procédé. Dans une terrine de grès vernissée , ou dans une capsule de porcelaine, on fait fondre , sur un feu doux, dans le moins d'eau possible, du sulfate de cuivre.

On fera fondre à part, dans un autre vase, trois fois au moins autant de potasse perlasse ; on verse doucement cette eau de potasse sur la dissolution de sulfate de cuivre, en remuant avec une spatule ou un morceau de bois quelconque, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence. Pour réussir dans l'opération , il est nécessaire que les deux solutions soient très-concentrées. On laisse reposer un moment, et on décante la première eau avec précaution, afin de ne pas verser le dépôt; on lave ce dépôt à grande eau au moins trois ou quatre fois, en observant chaque fois de laisser

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reposer et de ne verser que l'eau claire ; on connaît que l'opération est terminée lorsque l'eau n'est plus colorée. On verse le dépôt sur des filtres, et, lorsqu'il est entièrement égoutté, on le met sécher à l'étuve, ou a l'air s'il fait beau.

Le lavage a pour but de purger le carbonate de cuivre de toute la potasse qu'il peut contenir. La potasse, même en quantité imperceptible, affaiblirait la couleur. On pourrait, à la place de potasse, se servir de carbonate de soude; on obtient avec ce sel une plus grande quantité de précipité (carbonate de cuivre) qu'avec la potasse; mais il donne une flamme d'un bleu plus pâle. Le meilleur carbonate de cuivre ne produit pas un bleu très-intense; ce serait une ressource, cependant, si on manquait des autres sels de cuivre.

Cendres bleues anglaises.

Cette substance est presque la seule employée par les artificiers pour faire le bleu. Elle mérite en partie la préférence qu'ils lui accordent, car elle produit un assez beau bleu. Je ne l'emploie que rarement; elle entre cependant dans quelques compositions dont je donne les formules. Cet ingrédient nous vient d'Angleterre. On a essayé d'en faire en France, mais on n'a obtenu que des qualité médiocres; les fabricants anglais gar-

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dent le secret sur sa préparation. Il y en a de plusieurs qualités ; c'est la plus foncée qu'on doit employer pour faire les feux bleus.

Charbon.

Je dirai peu de chose sur cet ingrédient, qui est connu de tout le monde ; la plupart des auteurs ont mis beaucoup de soins à décrire les procédés les meilleurs pour l'obtenir de bonne qualité; suivant moi, c'était mettre beaucoup d'importance à une chose secondaire. Si on s'était proposé de Caire de bonne poudre, on aurait eu raison alors de choisir le bois le plus léger, coupé, écorcé dans le temps le plus opportun, et brûlé en vase clos. Mais, premièrement, la fa* brication de la poudre est interdite; puis, pour les compositions des feux d'artifices, on peut employer n'importe quelle qualité de charbon. Il y en a cependant de deux espèces : le charbon dur, et le charbon tendre ou léger ; le dur provient du chêne, du charme ou du hêtre; le léger est fait avec le tremble, le saule, le peuplier, et avec tous les bois tendres. La braise de boulanger peut servir comme charbon léger; mais il faut prendre garde qu'elle ne contienne du charbon de sapin, qui prodoit un mauvais effet, et le charbon ordinaire de cuisine, comme charbon dur. Le charbon

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dur pilé doit être divisé en deux ou trois numéros de grosseurs différentes. Le n° 1 , passé au tamis de soie, est le plus fin; le n° 2, charbon moyen, passé au tamis de crin dont le tissu est un peu serré; et le n° 3 , charbon gros, passé au tamis de crin dont les mailles sont plus grosses. Ce qui restera sur le dernier tamis doit être pilé de nouveau. J'indiquerai l'emploi de ces différentes grosseurs de charbon a l'article compositions. Où pile le charbon dans un sac de cuir (voir plus loin) ou dans un grand mortier, que Ton couvre avec une peau qui doit être liée avec une corde sur le haut du mortier. Le pilon doit être placé sous la peau et être lié dans le haut, afin qu'il soit maintenu nu milieu ; la peau doit avoir assez d'ampleur pour que le pilon puisse monter et descendre facilement. On conçoit que Ton couvre le mortier afin que la poussière du charbon n'incommode pas la personne qui le pile.

Chlorate de potasse.

Ce sel, dont la découverte remonte à près de quarante ans, n'a été employé par les artificiers que depuis peu de temps ; il était destiné cependant à opérer une révolution dans les feux d'artifice , et devait servir a faire reculer les limites de cet art. C'est à l'aide de cette substance qu'on

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est parvenu à faire ces belles couleurs rouges et bleues qui ont excité l'admiration du public.

Il est essentiel v si on veut obtenir de bons résultats, de n'employer que du chlorate de bonne qualité et le plus pur possible; malheureusement il est souvent frelaté ou mal fabriqué; il faut, avant d'en faire provision, s'assurer, par des essais, de sa qualité. Pour le reconnaître, il suffît quelquefois de le toucher et de le sentir ; s'il est humide, ou qu'il exhale une odeur de chlore, c'est signe qu'il n'est pas pur; il faut alors le mettre dans une capsule de porcelaine, verser dessus la quantité d'eau nécessaire pour qu'il puisse fondre; on le fait macérer sur un feu doux jusqu'à ce qu'il se forme une pellicule à la surface de la solution. On le retire du feu ; il cristallise assez promptement. Après l'avoir laissé reposer et refroidir pendant quelques heures, on décante dans un autre vase l'eau de cristallisation, c'est-à-dire le liquide qui n'est pas cristallisé ; on verse sur les cristaux un peu d'eau froide , qu'on ne laisse qu'une seconde, pour les laver et entraîner le reste d'eau de cristallisation ; on se presse d'égoutter l'eau du lavage , afin que les cristaux n'aient pas le temps de fondre. On réunit l'eau du lavage et l'eau de cristallisation, qu'on met en réserve, pour, plus tard, en faisant évaporer, retirer les cristaux de chlorate que cette eau peut contenir. Le chlo-

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rate cristallisé, resté dans la capsule, doit être mis entre deux feuilles de papier Joseph et porté à l'étuve, ou à l'air, pour être séché. Si, après l'avoir purifié une fois, on trouvait qu'il ne fût pas sec au toucher , ou qu'il sentit encore le chlore, il faudrait lui faire subir une seconde opération.

Chlorate de cuivre.

Il est très-déliquescent; je l'avais presque abandonné, désespérant de pouvoir l'introduire dans les compositions de flammes bleues ; mais, à force d'essais, je suis cependant parvenu à le rendre solide. J'ai obtenu alors un bleu superbe , trop vif pour étoiles, mais bon pour lances. C'est en versant sur le chlorate de cuivre de l'ammoniaque liquide (ce qui a produit un sel double) que je suis parvenu à le solidifier; sans celte opération, il était impossible de s'en servir ; il restait toujours liquide, et, si on poussait trop loin l'évaporation, il s'enflammait dans la capsule. Dans son état de chlorate de cuivre simple, si on en impreigne un peu de papier et qu'on le présente à la flamme d'une chandelle , il produit une flamme d'un beau bleu barbeau , et non verte , comme le disent par erreur plusieurs chimistes. Il serait dangereux de mêler du soufre avec cette substance; quoique

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■liquide, elle s'enflamme soudainement sans le contact du feu.

Chlorate de cuivre et d'ammoniaque.

C'est en cherchant à solidifier le chlorate de cuivre que j'ai trouvé ce sel double; il n'est pas déliquescent; j'en ai gardé ôxposé à l'air pendant une année sans qu'il se soit altéré. Je dois cependant prévenir qu'il m'est arrivé une fois d'en préparer qui s'est décomposé au bout de douze à quinze jours. Il est probable que j'avais mal opéré , ou que je m'étais servi d'ingrédients de mauvaise qualité; cette substance, même en la préparant soi-même, revient assez cher. On l'obtient de la manière suivante.

On fait fondre, avec de l'eau distillée, dans une capsule de porcelaine, sur un feu doux, du chlorate de baryte. Il ne faut mettre que la quantité d'eau nécessaire à la solution du chlorate de baryte , parce qu'il est essentiel que la liqueur soit très-concentrée. On (ait fondre à part, dans un autre vase, avec le moins d'eau possible , une quantité au moins égale de sulfate de cuivre.. On met en réserve, dans un vase séparé , une petite partie (à peu près un dixième) de la solution du chlorate de baryte, dont on va bientôt voir l'usage. On verse dans la capsule qui contient le chlorate

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de baryte à peu près un tiers de la solution de sulfate de cuivre , en remuant avec un morceau de verre. La liqueur se trouble, et il se fait un précipite de sulfate de baryte. On laisse reposer, et, lorsque la liqueur est redevenue claire, on en met un peu dans un verre. On verse dans le verre, avec précaution, quelques gouttes d'eau de sulfate de cuivre; si la liqueur se trouble, c est qu'il n'y avait pas assez d'eau de sulfate de cuivre. On en remet avec réserve et en petite quantité sur la totalité du chlorate de baryte. On verse aussi dans la capsule l'eau qui était dans le verre et qui a servi à faire l'épreuve. On agite la liqueur avec le morceau de verre , et on laisse encore reposer. Lorsque l'eau est redevenue claire, on en remet une seconde fois dans le verre , dans lequel on verse encore quelques gouttes d'eau de sulfate de cuivre. Si la liqueur est troublée, c'est qu'il n'y avait pas encore assez d'eau de sulfate de cuivre ; on en remet une troisième fois. Enfin, on répète de la même manière les épreuves, jusqu'à ce que la liqueur qu'on met dans le verre d'essai ne soit plus troublée lorsqu'on y verse de l'eau de sulfate de cuivre. Si on a agi avec précaution, et qu'on ait mis graduellement et peu à la fois de l'eau de sulfate de cuivre dans la solution de chlorate de baryte, l'opération doit être bonne ; mais il arrive quelquefois

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qu'on a dépassé le degré voulu , en mettant un peu trop d'eau de sulfate de cuivre. Pour vérifier si les deux solutions sont en équilibre, et s'il n'y a pas trop de sulfate de cuivre , on met dans un verre d'essai un peu de la liqueur qui est dans la capsule et qu'on a laissé reposer, et qui doit être claire. On verse dans ce verre d'essai quelques gouttes de la dissolution de chlorate de baryte qu'on avait mise en réserve. Si la liqueur ne se trouble pas, l'opération est parfaite; si, au contraire, elle est troublée, c'est qu'il y avait un peu trop d'eau de sulfate de cuivre. On rétablit l'équilibre en mettant sur la masse un peu de solution de chlorate de baryte. Cette opération n'est pas difficile; elle exige seulement de la patience et beaucoup d'attention. Lorsqu'on est certain quelesdeux solutions sont neutralisées ou en équilibre , on fait filtrer au papier sans colle ; ce qui reste sur le filtre est du sulfate de baryte qui ne peut pas servir.

La liqueur filtrée doit être mise dans une capsule de porcelaine ; on la fait évaporer sur un feu doux jusqu'à consistance de sirop; on retire la capsule du feu , et , lorsqu'elle est refroidie , on verse dessus de l'ammoniaque liquide (alcali volatil). La liqueur devient alors très-épaisse et prend une teinte d'un bleu très-foncé ; on remue avec un morceau de verre, et on verse de l'ammoniaque jusqu'à ce que la liqueur, qui s'était

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beaucoup épaissie , redevienne liquide. On met sécher tà l'air, dans des vases qui aient beaucoup de surface, afin que l'évaporation se fasse promptement. Lorsque cette substance est sèche, elle doit être d'un bleu foncé, d'une teinte un peu cuivrée; si elle était d'une couleur verdâtre, il faudrait verser dessus un peu d'ammoniaque et la remettre sécher.

Chlorate de coivre et de potasse.

La disette où nous sommes de substances qui, dans la combustion, produisent de beau bleu , m'a déterminé à faire des recherches dans des voies inconnues , à tenter de nouvelles combinaisons inusitées dans les laboratoires de chimie. J'ai rarement été heureux dans ces excursions aventureuses; deux ou trois fois seulement le hasard m'a été favorable. D'abord j'ai obtenu le chlorate de cuivre et d'ammoniaque , dont je viens de parler dans l'article précédent; mais ce sel est d'un prix si élevé qu'il est presque inaccessible; on ne pourrait guère l'employer en grand dans les feux d'artifice.

Le chlorate de cuivre et de potasse , que j'ai trouvé ensuite, est un peu moins beau; mais il est très-bon marché, et peut remplacer à la rigueur le chlorate de cuivre et d'ammoniaque. Le

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nom que je donne à celte prépartîon n'est pas précisément exact; car ce n'est pas réellement du chlorate de cuivre et de potasse. Le chlorate de potasse est, il est vrai, en partie, décomposé; mais le liquide, même en le séparant du sulfate de potasse qui s'est précipité, en contient encore beaucoup, et il faudrait, pour séparer complètement le chlorate de cuivre du sulfate de potasse, répéter plusieurs fois l'opération , c'està-dire décanter le liquide, ôter le sulfate de potasse, faire bouillir de nouveau le liquide, duquel il se précipite encore du sulfate de potasse, recommencer à décanter le liquide et faire bouillir plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus de sulfate de potasse. Cette opération, comme on voit, serait très-longue, et on n'obtiendrait pas du chlorate de cuivre très-pur; il serait d'ailleurs déliquescent, tandis que la préparation que je donne est très-simple et n'est pas du tout hygrométrique. On peut la conserver indéfiniment en la mettant simplement dans des sacs de papier. La propriété qu'a ce sel, ou plutôt cet amalgame, de se conserver, est due à la présence du sulfate de potasse, qui se combine assez heureusement avec le chlorate de potasse incomplètement décomposé. On réussit à faire de très-beaux bleus avec ce produit. On obtient cet ingrédient de la manière suivante. On fait fondre dans une capsule de porcelaine du

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chlorate de potasse dans le moins d'eau possible ; on met dans la même capsule du sulfate de cuivre, en quantité égale à celle du chlorate de potasse; il doit fondre dans la solution de chlorate de potasse. S'il ne fondait pas entièrement, il faudrait ajouter un peu d'eau. On fait bouillir ce mélange, en le remuant continuellement avec un morceau de bois , jusqu'à ce qu'il soit évaporé a la consistance de sirop; on le retire du feu, et on le met sécher. On peut le faire entièrement sécher dans la capsule , en laissant très-peu de feu dans le réchaud et en remuant sans cesse; on doit même Fêter de temps en temps de dessus le feu et le remettre, afin que la capsule ne s'échauffe pas au point d'enflammer le chlorate. Lorsqu'il est entièrement sec , on se presse de l'êter de la capsule et de l'étendre sur des feuilles de papier; car, si on le laissait dans la capsule qu'on aurait retirée du feu, il se produirait une grande chaleur et une fumée épaisse qui ferait craindre que l'amalgame ne s'enflammât.

Chlorate de soude.

Il produit un jaune magnifique, d'un éclat, d'une fraîcheur et d'une teinte admirables, particulièrement si on y adjoint un peu de chlorate de baryte. Les jaunes qu'on obtient avec les autres sels n'ap-

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prochent pas de celui que produit le mélange des chlorates de soude et de baryte. Ce jaune revient très cher et a l'inconvénient d'être hygrométrique; on peut cependant l'employer l'été, lorsqu'il (ait sec. Les lances chargées avec une composition dans laquelle entre le chlorate de soude, qu'on met au centre des roues tournantes, produisent un effet qu'on n'obtiendrait pas avec d'autres substances. On trouvera, au chapitre des feux jaunes, plusieurs formules de jaunes au chlorate de soude.

Chlorate de strontiane.

Très- déliquescent, ce sel ne pourrait servir que pour brûler dans des cassolettes avec de l'esprit-de-vin, en y mettant une grosse mèche en coton; il produit alors une belle flamme purpurine, mais un peu vague et terne; c'est en général l'aspect de toutes les flammes à l'alcool. Comme on peut obtenir un effet presque aussi beau avec du muriate de strontiane, on doit préférer ce dernier ingrédient, qui est beaucoup moins cher.

Chlorate de baryte.

Cette substance, une des plus précieuses et des plus remarquables parmi celles employées

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dans les feux d'artifice, a été une heureuse acquisition pour la pyrotechnie; j'ai commencé le premier, je crois, à l'introduire dans les fenx colorés. Ce sel n'attire pas l'humidité de l'air ; combiné avec certains ingrédients, il produit le plus beau vert émeraude qu'on puisse imaginer; il est à regretter qu'il soit aussi cher, et qu'on ait tant de peine à s'en procurer. On ne doit l'employer que lorsqu'il est parfaitement pur. Le caractère principal qui indique sa bonne qualité, c'est la pesanteur et la dureté des cristaux. Lorsqu'il n'est pas pur, il ne produit qu'une flamme d'un vert jaunâtre, et il serait dangereux alors d'en garder dans lequel on aurait mêlé du soufre ou une autre substance combustible, car il pourrait s'enflammer soudainement sans le contact du feu. Quelquefois aussi il exhale une odeur de chlore assez forte; cela annonce un commencement de décomposition, et qu'il n'est pas de bonne qualité.

Pour le purifier, on le met dans une capsule de porcelaine, sur un feu doux; on le fait fondre dans le moins d'eau possible. Il est essentiel de se servir d'eau distillée; l'eau ordinaire contient des sels étrangers qui pourraient décomposer le chlorate. On fait réduire la solution jusqu'à ce qu'il se forme .une pellicule à sa surface ; on retire la capsule de dessus le feu , on laisse refroi-

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dir et cristalliser ; on décante dans un autre vase l'eau qui n'est pas cristallisée; on verse sur les cristaux un peu d'eau froide (toujours distillée) , qu'on ne laisse que le moins de temps possible, seulement pour laver les cristaux et entraîner le restant d'eau de cristallisation. On mêle ensemble l'eau du lavage et l'eau de cristallisation, que plus tard on fait évaporer pour en retirer les cristaux qu'elle peut contenir; il est rare qu'une première opération suffise; on est le plus souvent obligé de recommencer deux ou trois fois avant de l'obtenir parfaitement pur. On procède toujours de la manière indiquée pour la première opération.

Lorsqu'on n'a pas besoin sur-le-champ de cet ingrédient, et qu'on peut attendre plusieurs jours , il y a un moyen plus certain de l'obtenir de bonne qualité : c'est, lorsque ce sel est fondu et que la pellicule commence à se former, de verser dans la capsule un tiers en sus de la quantité d'eau distillée qu'elle contient déjà, et de laisser cristalliser doucement. Il faut quelquefois quinze jours pour obtenir, par cette méthode, une certaine quantité de chlorate ; mais les cristaux qui sont formés au fond du vase sont d'une dureté extrême. Après avoir retiré les premiers cristaux, l'eau , s'évaporant tout doucement h l'air, se concentre, et il se forme de nouveaux cris-

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taux qui sont aussi durs et d'aussi bonne qualité que les premiers, mais en moindre quantité. On obtient plusieurs fois le même résultat, jusqu'à ce que, l'eau devenant très-concentrée, le sel qu'elle contient encore se forme en une espèce de neige qui n'est plus du chlorate de baryte, et qui ne peut pas servir,

La fabrication de cette substance exige quelques soins; mais, comme il est souvent difficile de s'en procurer et qu'elle se vend, chez la plupart des fabricants de produits chimiques, un prix excessif, je vais indiquer la manière de l'obtenir.

Préparation du chlorate de baryte.

La préparation de ce sel se compose de plusieurs opérations dont les détails suivent.

Première opération.

On commence par se procurer un vase en grès prépané au plomb, appelé matras, ayant deux tubulures (ouvertures), l'une située à la partie supérieure» et l'autre sur le côté. On ajuste à la première un gros bouchon de liège , percé de part en part, pour recevoir un tube en verre recourbé de 10 à 12 millimètres de diamètre intérieur ; on enduit les jointures d'un lut fait

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avec de la farine de lin el de la colle d'amidon, et on entoure ce lut avec de la vessie mouillée, qu'on assujettit avec du gros fil. Le tube de verre va plonger dans une terrine en grès , dans laquelle on aura mis une quantité de mercure suffisante, pour que le fond de la terrine en soit recouvert d'une épaisseur de 30 à 50 millimètres. Cette terrine doit être étroite à sa base, car, si elle était large, il faudrait une trop grande quantité de mercure (qui du reste n'est pas perdu). Il est essentiel que le tube plonge dans le mercure; s'il était en contact avec l'eau, le gaz qui sortirait, en se combinant avec l'eau, formerait une bouillie épaisse qui obstruerait le tube. On verse dans la terrine 64 parties d'eau distillée ou de pluie. Le matras doit être placé solidement sur un fourneau.

Deuxième opération.

Ensuite on prend 16 parties de fluate de chaux et 12 parties de grès; on réduit en poudre ces deux ingrédients , on les mêle intimement dans un mortier, en les triturant avec le pilon; on met le mélange dans un vase de porcelaine, et on le délaie en versant dessus 24 parties d'acide sulfurique concentré, dont on forme une bouillie claire, en remuant avec

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une spatule de verre. On introduit le tout dans le matras par la seconde tubulure, à l'aide d'un entonnoir en verre; on bouche hermétiquement, avec du lut, qu'on enveloppe avec de la vessie, comme il a été dit plus haut.

Les choses ainsi disposées, on chauffe légèrement, au moyen de quelques charbons enflammés qu'on introduit dans le fourneau, sous le matras. Bientôt il se dégage de l'intérieur de l'appareil une vapeur blanche (c'est du gaz fluosilicique) qui, après avoir passé dans le tube de verre, vient se dissoudre dans l'eau, en laissant déposer une grande quantité de matière blanche (de la silice). On continue de chauffer modérément, jusqu'à ce qu'il ne se fasse plus de bouillonnement; on abandonne alors l'opération, puis on démonte l'appareil lorsqu'il est refroidi.

Le liquide contenu dans la terrine ressemble à de la bouillie d'amidon épaisse; on transvase celte bouillie dans une seconde terrine; on prend garde de verser le mercure, que l'on met en réserve, pour s'en servir plus tard dans une semblable opération. On remue avec une spatule en verre la bouillie, afin de la diviser; on la met égoutter sur une toile d'un tissu serré, fixée par les quatre coins sur un châssis en bois que Ton place au-dessus d'un vase en faïence ou

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en porcelaine (on a eu le soin de mouiller la toile avec de l'eau distillée); on finit par exprimer assez fortement, afin d'obtenir tout le liquide; qui est de Y acide fluo-silicique.

Troisième opération.

On fait fondre dans une capsule de porcelaine, sur un feu doux, 7 parties de chlorate de potasse dans 28 parties d'eau distillée. Quand la solution est complète, on verse dedans, peu à peu, tout Y acide fluo-silicique, en remuant le mélange avec la spatule en verre. On chauffe pendant quelques minutes, on retire du feu, et on laisse reposer pendant six heures. Il s'est précipité au fond de la capsule une masse blanche gélatineuse, qu'on fait égoutter et qu'on exprime comme dans l'opération précédente. Le liquide obtenu est de Yacide chlorique.

Quatrième opération

On fait dissoudra 6 parties de muriate de baryte dans 24 parties d'eau chaude distillée; on se sert pour cela d'un vase de faïence.

Dans un autre vase, on fait fondre également à chaud 8 parties de carbonate de soude dans 24 parties d'eau distillée ou de pluie. On verse de cette dernière solution, par petites

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parties, dans la solution de muriate de baryte, en remuant avec une spatule jusqu'à ce qu'il ne se fasse plus d'effervescence ; il se forme à l'instant un précipité blanc très- abondant. On laisse reposer, puis on décante le liquide surnageant, qu'on jette comme inutile. On met sur le précipité de nouvelle eau, en remuant la masse, qu'on laisse reposer ; on opère ensuite comme la première fois. Cette manipulation s'appelle lavage et doit être réitérée cinq ou six fois. On met égoutter sur une toile, on exprime et on fait sécher la masse blanche ; c'est du carbonate de baryte.

Cinquième opération.

On met tout Y acide chlorique produit par la troisième opération dans une capsule de porcelaine, qu'on fait chauffer doucement et sans faire bouillir; on projette dedans, par petites portions, du carbonate de baryte en poudre, en remuant sans cesse avec la spatule en verre. Il se produit une vive effervescence chaque fois qu'on met du carbonate de baryte. On cesse d'en mettre lorsque l'effervescence n'a plus lieu. On laisse refroidir, puis on filtre au papier blanc non collé, et dans un entonnoir de verre. Le liquide qui passera clair est du chlorate de baryte en solution ( ce qui reste sur le filtre n'est pas utile et

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doit être jeté). On fait évaporer ce liquide dans une capsule de porcelaine, sur un feu doux, jusqu'à réduction de moitié; puis on met le vase à la cave ou dans un endroit obscur; le lendemain on trouvera au fond de la capsule des cristaux blancs, qui sont du chlorate de baryte. Le liquide surnageant sera évaporé de nouveau, afin d'obtenir de nouveaux cristaux; on continuera de même tant qu'on en obtiendra. Le chlorate de baryte produit par une première cristallisation n'est jamais bien pur; il contient presque toujours une petite portion de chlorate de potasse qui rend la flamme d'une teinte pâle. On le ferait fondre pour le faire cristalliser une seconde fois ; on agirait comme il est indiqué à l'article chlorate de baryte (voir la manière de purifier ce sel).

Craie (carbonate de chaux).

Elle produit un rouge pale. Son seul mérite était de ne pas attirer l'humidité de l'air. Ayant trouvé des substances qui possèdent le même avantage et qui donnent de plus belles couleurs, j'ai renoncé à employer la craie.

Carbonate de strontiane.

Cette substance n'est pas hygrométrique ; elle

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produit un rouge magnifique, d'une teinte carminée; elle n'est inférieure au nitrate de slrontiane que parce qu'elle a un peu moins d'éclat; mais elle a sur le nitrate l'avantage de se conserver complètement. Mes premiers essais sur cet ingrédient n'avaient pas été heureux ; on m'avait yendu du carbonate de strontiane précipité avec du carbonate de soude, qui ne donnait qu'une flamme d'un rouge jaunâtre. J'avais renoncé à l'employer; mais j'y suis revenu depuis, et j'ai fait moi-même les préparations. Je me suis d'abord servi de potasse perlasse, qui m'a donné des résultats passables ; puis enfin j'ai employé le carbonate d'ammoniaque , qui m'a donné du carbonate de strontiane d'une qualité supérieure à celle que j'avais espéréobtenir. Je conseille de préparer cet ingrédient soi-même ; il reviendra moins cher, et on sera plus certain de l'avoir d'une qualité convenable. On l'obtient en procédant de la manière suivante. On met dans une terrine du nitrate de strontiane entier (sans être desséché); on verse dessus une quantité d'eau suffisante pour le dissoudre complètement, en le faisant chauffer sur un feu modéré, jusqu'à ce que l'eau soit prête à bouillir. On prend du carbonate d'ammoniaque, qu'on projette dans la solution de nitrate de strontiane, en remuant continuellement avec une spatule ; on continue à mettre peu à peu du

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carbonate d'ammoniaque, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus d'effervescence. Il faut pour 1 kilogr. de nitrate de strontiane à peu près 500 grammes de carbonate d'ammoniaque. On laisse reposer le dépôt qui se trouve au fond de la terrine, sous forme de pâte blanche; on ôte l'eau qui est claire, eh prenant garde de ne pas verser le dépôt, qui est du carbonate de strontiane. Celte eau ne peut pas servir, on peut la jeter; elle ne pourrait être utile que si on faisait l'opération en grand ; on en retirerait alors du nitrate d'ammoniaque qui s'emploie dans les arts. On mettrait le dépôt dans une terrine d'une plus grande capacité, afin de pouvoir laver a grande eau ; on remuerait avec une spatule ou une latte; on laisserait reposer, et, lorsque l'eau serait claire « on la décanterait en la versant toujours avec précaution. On remettrait de nouvelle eau; on remuerait et on continuerait la même opération cinq ou six fois. On s'assure que le lavage est terminé en mettant sur la langue une goutte d'eau de la terrine ; si Veau n'est pas acide et n'a pas de saveur, c'est qu'elle ne contient plus d'acide nitrique, et le lavage est complet. On verse sur un linge, après avoir ôté l'eau, la pâte qui est au fond de la terrine; on rassemble les quatre coins du linge, on les lie, et on suspend à un clou ce linge, qu'on laisse égoutter ; puis on le met sécher à l'air ou au

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soleil ; si c'était l'hiver, on le ferait sécher à Tétuve. Je De saurais trop recommander le carbonate de strontiane précipité avec le carbonate d'ammoniaque; il produit des rouges et des violets incomparablement plus beaux que ceux qu'on obtenait avec les autres substances non hygrométriques.

Cuivre en poudre impalpable précipité par le fer.

On fait de très-beau bleu avec cette substance, qui ne revient pas cher lorsqu'on la fait soi-même. Je l'emploie dans différentes compositions comme divisant, particulièrement dans certains jaunes dans lesquels elle produit un excellent effet. La manière de l'obtenir est très-facile. On fait fondre, dans suffisamment d'eau bouillante pour le dissoudre complètement, du sulfate de cuivre ; lorsqu'il est entièrement fondu, on verse dans le vase, qui doit avoir une capacité surabondante, des pointes en fer, sans têtes, d'une moyenne grosseur et peu longues, un poids égal à celui du sulfate de cuivre ; on remue assez vivement, en retournant les pointes avec une spatule ou un morceau de bois quelconque. Cette opération dure à peu près une heure. Si on ne remuait pas continuellement, le cuivre s'attacherait aux pointes, en les enveloppant, formerait de petits tubes qu'il

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serait difficile d'ôter de dessus les pointes; au lieu qu'en agitant sans cesse on obtient du cuivre en poudre impalpable. Le signe auquel on reconnaît que l'opération est terminée, c'est lorsque les pointes cessent d'avoir une couleur métallique de cuivre et n'ont plus qu'une teinte noirâtre. On ôte les pointes du vase avec une écumoire; on verse sur le dépôt autant d'eau que le vase peut en contenir; on remue avec un morceau de bois ; on laisse reposer quelques minutes, puis on verse l'eau doucement, avec précaution, afin de ne rien perdre du cuivre qui est déposé au fond du vase. On remet de nouvelle eau , et on recommence à remuer : laisser déposer et verser l'eau quatre ou cinq fois au moins. On est sûr que le lavage est terminé lorsque l'eau cesse d'être jaunâtre; cela indique qu'il n'y a plus de sulfate de fer en dissolution. On décante l'eau une dernière fois, et on verse le dépôt sur un filtre en papier sans colle. Lorsque l'eau est entièrement égouttée, on étend le dépôt, par petites parties (afin qu'il sèche promptement), sur une planche, et on le met sécher au soleil ou à l'étuve. Le cuivre en poudre qu'on obtient par ce procédé ne revient pas à plus de cinq francs le kilogramme. Les pointes sans têtes en fer, qui ont précipité le cuivre, peuvent resservir un très-grand nombre de fois. Il s'agit simplement, lorsqu'on veut faire une nouvelle

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opération, de mettre les pointes dans un vase assez grand, dans lequel on met de l'eau suffisamment pour que les pointes en soient entièrement couvertes. On verse dans cette eau à peu près 10 grammes d'acide sulfurique par litre d'eau; on remue vivement pendant un quart d'heure avec une spatule en bois, afin que le frottement, aidé de l'action de l'acide sulfurique, détache la rouille qui est aux pointes. On décante l'eau; on en remet de nouvelle (sans mettre d'acide); on lave de cette manière jusqu'à ce que l'eau soit claire ; puis on met ces pointes dans la nouvelle solution de sulfate de cuivre, et on opère comme on a fait la première fois. S'il avait fallu de nouvelles pointes chaque fois qu'on au* rait opéré de nouveau, cela aurait augmenté le prix de revient de plus d'un tiers.

Dextrine.

Cette substance est extraite de la fécule de pommes de terre; elle est soluble dans l'eau froide ; elle fait d'excellente colle ; il ne s'agit que de la délayer avec de l'eau froide que l'on met peu à peu. Elle pourrait remplacer la gomme arabique; elle a même un avantage sur cette dernière : c'est que, si épaisse qu'elle soit, elle s'étend facilement avec le pinceau, au lieu

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que la gomme arabique, lorsqu'elle est trop épaisse, se sépare et laisse des parties sans être enduites. La gomme arabique, à son tour, possède une propriété précieuse : elle est presque incorruptible, au lieu que la dextrine se moisit en très-peu de temps.

On peut employer la dextrine comme divisant dans plusieurs compositions; elle remplace alors le sucre ou le soufre; elle est très-combustible.

Eau-de-vie.

On s'en sert ordinairement pour faire les mèches de communication; on l'emploie aussi pour humecter les compositions dont on forme des

étoiles.

Fécule de pommes de terre.

Elle est employée comme divisant dans quelques compositions.

Gomme arabique.

Elle est soluble dans l'eau froide. On en met un peu dans la pâte avec laquelle on fait les mèches de communication, afin de leur donner de la consistance ; plusieurs artificiers en mettent dans la pâte qu'ils destinent à faire des étoiles.

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Je pense que c'est une mauvaise méthode. La gomme est très-peu combustible; on obtiendrait autant de fermeté en humectant avec de la colle faite avec de l'amidon ; cette dernière substance brûle très-bien. J'ai fait des mèches dans la pâte desquelles j'ai introduit la colle d'amidon à la place de la gomme ; elles étaient fermes et brûlaient très- bien.

La gomme est utile cependant dans quelques circonstances que j'indiquerai plus loin.

Gomme laque.

C'est à tort qu'on lui donne le nom de gomme, car c'est une résine qui se dissout facilement dans l'esprit-de-vin , et qui est insoluble dans l'eau. C'est le meilleur divisant que je connaisse; je le fais entrer dans un grand nombre de compositions, à des doses assez fortes. Il y a certaines combinaisons où aucune autre substance ne pourrait la remplacer. 11 y a cependant quelques compositions dans lesquelles le sucre lui est préférable. Il faut l'employer en poudre très-flne.

Elle est très-difïicile à réduire en poudre; j'ai imaginé un moyen qui facilite beaucoup sa pulvérisation. On se procure du beau nitre bien blanc en poudre, que Ton fait sécher à l'étuve, afin de faire évaporer toute l'humidité qu'il peut

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contenir. On pourrait, à la rigueur, se servir, au lieu de nitre, de beau sel blanc (muriate de sonde). On met dans un vase qui peut résister au feu, soit en cuivre, soit en grès, une couche de nitre qui doit couvrir toute la surface du fond du vase, et avoir une épaisseur à peu près de 4 millimètres. On pose sur cette première couche des morceaux de gomme laque en feuilles (la blonde opaque est la meilleure), de manière à ce que ces feuilles couvrent entièrement la couche de nitre, en laissant le moins d'intervalle possible. Il faut éviter que les feuilles soient superposées les unes aux autres. On met une* seconde couche de nitre sur les feuilles de laque, et alternativement une couche de nitre et une couche de gomme laque. Lorsque le vase est plein, on le pose sur un bain de sable, c'està-dire que Ton met, dans un vase plus grand que celui qui contient le nitre et la laque , du sable ou du grès; on le place sur un feu vif d'abord, et, lorsque le sable est bien chaud sur un feu doux, on met le premier vase sur le second, en faisant un trou dans le sable, que l'on relève sur les côtés du vase, afin qu'il en soit bien entouré. La chaleur du sable fait fondre la laque sans la brûler; lorsqu'elle est fondue, on ôte le vase du sable, et on remue avec une spatule. Le nitre et la laque forment une pâte que

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Ion divise en morceaux et qu'on laisse refroidir. Cette pâte, ainsi préparée, se réduit facilement en poudre très-fine, en la pilant dans un mortier. On sépare le nitre d'avec la laque en délayant la pâte pulvérisée dans beaucoup d'eau froide. Lorsque Ton présume que le nitre est fondu , on décante l'eau avec précaution pour ne pas verser la laque, on remet de nouvelle eau, on remue avec la spatule, afin de laver et de séparer entièrement la laque du nitre. On laisse reposer et on décante Peau comme la première fois. On met en réserve cette eau, dont pins tard on retire le nitre, en la faisant évaporer. Si on soupçonnait que la laque contint encore du nitre , on s'en assurerait en mettant sur le bout de la langue un peu de laque humide ; on reconnaîtrait facilement la présence du nitre à sa saveur fraîche et acre ; on verserait alors une troisième fois de l'eau, qui emporterait le reste du nitre. On décanterait, mais sans garder cette dernière eau , qui contiendrait trop peu de nitre, et qui ne vaudrait pas la peine qu'on la fît évaporer. On ferait égoutter la laque sur un filtre en papier, et on la mettrait sécher à l'ombre , sur de grandes feuilles de papier.

On peut, dans plusieurs circonstances, s'éviter l'embarras du lavage, ce qui simplifie beaucoup l'opération. Par exemple, on remplacerait le nitre

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par un des ingrédients qui fait partie d'une composition dans laquelle entre aussi la laque. On choisit la substance qui y entre en plus grande quantité, excepté cependant le chlorate, le sucre et le soufre, qui pourraient s'enflammer dans l'opération. On pourrait mettre le nitrate de strontiane, le nitrate de baryte, le sulfate de strontiane, etc. On mettrait de la laque et l'ingrédient qu'on voudrait lui adjoindre, en les pesant séparément dans leurs proportions relatives indiquées dans la formule. On commencerait par mettre une couche de l'ingrédient, ensuite une couche de laque; on procéderait, enfin comme on a fait avec le nitre; on pulvériserait et on passerait au tamis de soie ; on mettrait en réserve cette poudre , qu'on étiqueterait, afin de se rappeler à quelle composition elle appartient; et, lorsqu'on ferait la pesée, on saurait qu'il faut que le poids de cette poudre forme le poids total des deux ingrédients dont elle est composée.

Karabé, succin ou ambre jaune.

Quelques artificiers se servent encore de cette substance pour faire des lances jaunes, et même des étoiles pour garnitures de fusées volantes. Cet ingrédient ne produit cependant qu'une flamme terne, plutôt rousse que jaune, et qui ressemble

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beaucoup à la flamme d'une chandelle. Avant qu'on ne connût le chlorate de potasse , on n'osait pas faire du jaune avec les sels de soude, parce qu'effectivement ces sels, même ceux qui, lorsqu'ils sont seuls, n'attirent pas l'humidité de l'air, combinés avec le salpêtre ou la poudre, devenaient déliquescents, et les compositions ne voulaient pas brûler. Maintenant que Ton possède un autre véhicule que le nitre9 et que certains sels de soude, unis au chlorate de potasse, se conservent parfaitement et produisent des jaunes d'un éclat et d'une teinte admirables, on devrait abandonner entièrement le karabé. On peut cependant l'introduire dans quelques compositions, non pour produire une flamme jaune, mais comme divisant. Il faut l'acheter entier; car, en poudre, il est souvent frelaté. On le pulvérise dans un mortier de fonte.

Litharge (oxyde de plomb).

On l'emploie particulièrement dans les petits soleils dits pastilles, pour les faire rayonner. On pourrait s'en servir dans les jets des soleils tournants ; elle remplacerait avantageusement le sable jaune dans le rayonnant. Elle s'enflamme plus facilement, et les rayons qu'elle produit ont plus d'éclat.

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Lycopode.

Cette poudre n'est guère employée que dans les feux de théâtre. J'ai essayé de l'introduire dans plusieurs compositions ; mais je lai abandonnée, ayant reconnu que la gomme laque lui est bien supérieure.

Limailles.

Elles servent à varier les feux des jets, soit tournants ou fixes, sans le secours des limailles. Les cartouches qui impriment le mouvement aux roues tournantes ne produiraient que des auréoles uniformes, formées d'étincelles rougeâtres plus ou moins grosses, suivant le numéro ou la grosseur du charBon qu'on aurait employé. Non-seulement les limailles donnent des étincelles de couleurs différentes; mais ces étincelles, en jaillissant, sont de formes variées. Nous sommes bien pauvres cependant en substances métalliques suscepbles de produire des étincelles; cela se borne premièrement à la limaille de fer, la limaille d'acier, la fonte en copeaux (tournure) ou pilée, le sable jaune et la litharge.

Les trois premières s'oxydent promptement, et les compositions dans lesquelles elles entrent ne peuvent se conserver généralement que huit

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ou dix jours. La litbarge se conserve longtemps, et le sable jaune est à peu près inaltérable; on n'emploie ces deux dernières substances que dans les feux rayonnants. J'omets à dessein la limaille de cuivre, qui est très-difficile à enflammer, et qui ne produit que des étincelles d'une couleur terne. Je ne mets pas non plus la limaille de zinc sur la liste des trois premières. Cette substance n'étincelle pas; elle est destinée à produire un effet bien différent, que j'indiquerai plus tard.

Limaille de fer.

On ne doit employer que celle obtenue nouvellement avec la grosse lime. Afin qu'elle ne soit pas rouillée , on divise ordinairement les limailles en trois numéros ou grosseurs différentes. J'indiquerai l'emploi de ces différentes grosseurs au chapitre des Compositions. La limaille de fer produit des étincelles blanches, parmi lesquelles il y en a de rougeâtres ; ces dernières proviennent des parcelles de fer qui ne sont pas complètement enflammées.

Limaille d'acier.

Elle produit des étincelles plus brillantes que celles de fer; elle est employée dans le feu nommé

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brillant. On doit aussi la diviser en grosseurs différentes.

Limaille de fonte.

On trouve peu de fonte en limaille; on emploie plus ordinairement la tournure, qui est en petits copeaux ayant l'aspect d'aiguilles; on pulvérise aussi la fonte dans un mortier; on prend pour cela des débris de marmites cassées, delà fonte la plus mince.

Il y a une autre espèce de tournure de fonte , dite filière; on la fait venir de Lyon; elle produit un plus bel effet que la fonte ordinaire ; elle est très-estimée des artificiers et des amateurs. Les étincelles que produit la fonte ressemblent aux fleurs de jasmin ; on l'emploie particulièrement dans les compositions dites feux chinois. On la divise aussi en trois grosseurs différentes.

Limaille d'étain.

Obtenue avec la grosse lime, elle produit des rayons (plus blancs que ceux produits par la )itharge.

Conservation des limailles.

J'ai travaillé pendant plusieurs années à cher-

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cher à résoudre ce problème, mais toujours sans succès. Je savais cependant que les Chinois possédaient le moyen de les conserver complètement ; cela m'a encouragé à continuer mes recherches, et j'ai fini par trouver des substances qui empêchent l'oxydation des limailles, mais pas indéfiniment, seulement pendant deux ou trois ans. Le procédé des Chinois est bien supérieur au mien ; car j'ai vu brûler des jets chargés avec des compositions qui contenaient des limailles. Ces jets étaient restés oubliés pendant trente ans dans une caisse qui était restée au fond d'un magasin ; les étincelles étaient aussi belles et aussi blanches que si ces jets avaient été chargés nouvellement. Les Chinois sont, au reste, favorisés par leur climat et leur sol, qui produisent des vernis naturels d'une qualité bien supérieure à ceux que nous avons. Nos meilleurs proviennent de résines fossiles (gomme copale dure), dissoutes dans des huiles essentielles, au lieu que les leurs sont naturels et sans aucun mélange. En attendant que les habitants du Céleste-Empire sedécidentà nous livrer leur secret et à nous vendre de leurs vernis, il faut nous contenter de ce que nous possédons et tâcher d'améliorer nos procédés.

Le moyen que j'emploie maintenant est simple : je me sers de vernis anglais , que j'ai vérifié être beaucoup meilleur que les vernis de nos fabriques.

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Le dépôt est chez un carrossier, rue Montmartre, vis-à-vis l'entrée des Messageries impériales ; on demanderait du vernis pour caisses. Je mets par kilogr. de limailles ou de ûlière de Lyon une cuillerée à bouche de ce vernis, que je triture dans un mortier avec un pilon de bois. Lorsqu'on Ta trituré suffisamment pour que toutes les mollécules soient enduites, on étend la limaille sur des feuilles de carton , et une journée suffit ordinairement pour sécher cette première couche. On remet la limaille dans le mortier ; on verse encore une cuillerée de vernis, et on triture avec le pilon de bois; mais on appuie moins fort, aûn de ne pas altérer l'enduit de la première couche. On met sécher une seconde fois, et on verse la limaille dans le mortier, aûn de lui donner une troisième et dernière couche. Ces trois couches suffisent ; si on en donnait davantage, la limaille produirait des étincelles moins brillantes et donnerait plus de fumée. On conserve ces limailles, sans beaucoup de précaution, en les mettant simplement dans des sacs de papier.

II ne faudrait pas mettre plus de vernis que je n'indique (une cuillerée à bouche pour un kilogr., ou une cuillée a café pour un demi-kilogr.). Si on en mettait davantage, les parcelles de limailles s'aggloméreraient et ne pourraient plus se diviser.

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Voici une autre méthode qui m'a été communiquée par un de mes amis, et qui me paraît aussi bonne que celle que je viens de décrire. Elle consiste à faire bouillir pendant six heures de l'huile de lin , afin de faire évaporer sa partie aqueuse. On mettrait la limaille dans un vase à grande surface, par exemple une poêle en fer battu; on verserait sur la limaille un dixième de son poids d'huile de lin cuite; on placerait la poêle sur un feu assez vif; on remuerait continuellement avec une spatule de fer, jusqu'à siccité. On juge que l'opération est terminée lorsque la limaille a pris une belle couleur d'un noir luisant. Cette méthode est plus prompte que l'autre; mais l'opération a l'inconvénient d'exhaler une odeur infecte; il faut se mettre en plein air et tourner le dos au vent. L'aspect de la limaille ainsi préparée plaît davantage à la vue que celle préparée au vernis anglais; cependant je les crois aussi bonnes l'une que l'autre.

Malachite.

Mine de cuivre de couleur verdâtre. Elle produit un bleu passable ; mais elle est difficile à enflammer.

Mine de cuivre carbonatée en cristaux bleus. Elle donne un bleu un peu plus foncé que la mala-

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chite ; mais il faut aussi beaucoup de chlorate pour l'enflammer. Ou ne trouve cet ingrédient, ainsi que la malachite, que chez les marchands de curiosités, qui vendent ces objets très-cher. Comme on se procure facilement d'autres substances de cuivre qui produisent un meilleur effet, je conseille d'abandonner l'emploi des mines de cuivre.

Muriate (hydrochlorate) de strontiane.

Ce sel est très-déliquescent; on ne s'en sert que dans les flammes rouges à l'esprit-de-vin. Le rouge est assez beau, quoique terne; la flamme varie et change de ton alternativement, tantôt rouge pourpre ou jaune aurore. On n'emploie guère ces sortes de flammes que dans les cérémonies funèbres; lorsqu'elles sont accompagnées de flammes vertes, aussi à 1 esprit-de-vin, elles produisent un assez bon effet.

Nitrate de baryte.

Cet ingrédient ne s'altère pas a l'humidité de l'air ; les compositions dans lesquelles il entre se conservent aussi longtemps qu'on peut le désirer. Avec les combinaison ordinaires, ce sel produit une flamme verdâtre assez brillante, mais d'un ton si faible qu'on est souvent dans l'incertitude

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si c'est* du vert ou du blanc qu'on a voulu faire. La cherté du chlorate de baryte et la difficulté de s'en procurer m'ont engagé à faire de nouveaux essais avec le nitrate de baryte; j'y ai mis beaucoup de persévérance, je pourrais presque dire d'obstination ; car j'ai travaillé à ces recherches des mois entiers et à plusieurs reprises. Enfin le succès m'a dédommagé de mes fatigues ; j'ai obtenu un vert qui a été trouvé beau par toutes les personnes à qui je l'ai montré. Il n'est pas aussi foncé que celui au chlorate de baryte, mais il est bien et a beaucoup d'éclat. Maintenant les artificiers ne pourront plus se plaindre qu'ils n'ont pas de vert. Je donne des formules pour étoiles, grains, lances et flammes.

Nitrate de cuivre.

Très-déliquescent; si on l'expose à l'air, il devient en très-peu de temps entièrement liquide; on peut le solidifier en versant dessus de l'ammoniaque liquide (alcali volatil) ; une partie de la liqueur s'épaissit, et l'autre partie prend une couleur d'un bleu très-foncé. Si on met à part la partie liquide , et qu'on la laisse évaporer doucement à lair, il se .forme des cristaux d'un bleu d'une beauté incomparable ; mais ces cristaux, si on les laisse exposés à Fair, finissent par devenir un peu

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humides. On met sécher à part la portion qui s'était épaissie; elle se conserve beaucoup plus longtemps. Ce sel est très-combustible. Je donne le dosage d'une composition bleue dans laquelle il entre. On pourrait considérer ce sel comme une espèce de nitrate ammoniacal de cuivre.

Nitrate de soude.

Ce sel produit un jaune passable ; il est trèshygrométrique ; cependant, lorsqu'il est entièrement pur, il se maintient sec assez longtemps. L'oxalate de soude donnant un plus beau jaune et pouvant se conserver complètement, je conseille d'abandonner le nitrate de soude.

Noir de fumée.

11 figure dans plusieurs compositions dont je donne les formules ; il est employé comme divisant. On doit choisir le plus léger.

Nitrate de strontiane.

Ce sel, découvert en Angleterre il y a une trentaine d'années, a, dans l'origine, excité l'admiration générale. Cette substance est réellement d'un effet prodigieux; les flammes rouges qu'elle produit sont d'une beauté et ont surtout un éclat ex-

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lraordinaire. Il est fâcheux que ce sel attire l'humidité de l'air, et que les compositions dans lesquelles il entre comme base ne puissent pas se conserver. 11 est indispensable , avant de l'amalgamer avec d'autres ingrédients, qu'il soit parfaitement desséché, c'est-à-dire privé complètement de son eau de cristallisation. La manière de faire cette opération est simple. On met le nitrate de strontiane dans une terrine de grès vernissée, que Ton pose sur un feu doux ; on remue de temps en temps avec une spatule de bois. Bientôt le nitrate se met en pâte , sur laquelle il surnage une assez grande quantité d'eau claire. On continue a faire évaporer, sans cesser de remuer, jusqu'à ce qu'il soit réduit en une espèce de farine très-sèche. On le pulvérise, et on se presse de le passer au tamis de soie, afin qu'il ne prenne pas d'humidité avant d'être passé ; ce qui reste sur le tamis doit être pilé et repassé dans le tamis. On remet le tout dans la terrine, qu'on replace un moment sur le feu, afin de faire évaporer l'humidité que le nitrate aurait absorbée pendant qu'on le tamisait; on le met dans des bocaux en verre, que l'on doit bien boucher, afin que l'humidité n'y pénètre pas.

Préoccupé du défaut qu'a le nitrate de stronliate d'attirer l'humidité de l'air, j'ai fait de nombreuses tentatives pour tâcher de le rendre non

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hygrométrique ; j'avoue que j'ai cru un moment avoir trouvé un moyen efficace ; mais c'était une illusion : l'hiver est venu me révéler que j'étais dans l'erreur. Les compositions que j'avais préparées se sont conservées intactes jusqu'au mois de décembre; mais, arrivées à cette époque, elles ont subi le sort de tous les amalgames qui contiennent du nitrate de strontiane, elles se sont humectées. Désespérant d'atteindre, par des préparations chimiques, le but que je m'étais proposé, j'ai abandonné cette voie; j'ai cherché dans un autre sens, et j'ai enûn trouvé un procédé qui donne à peu près les résultats que je désirais, mais seulement par des moyens purement mécaniques. J'indiquerai cet expédient à l'article Chandelles romaines et garniture de fusées.

Le nitrate de strontiane du commerce est quelquefois de si mauvaise qualité que les compositions que l'on met en pâte pour faire des étoiles ne veulent pas sécher; on a beau les mettre à l'air, à l'étuve, elles restent toujours humides. Il faut alors faire fondre le nitrate de strontiane dans une quantité d'eau suffisante, en mettant la terrine sur un feu modéré ; on fait réduire l'eau jusqu'à ce qu'il se forme une légère pellicule à la surface du liquide. Lorsque l'eau est trop concentrée, elle se trouble, et il se dépose au fond du vas un sédiment blanc. Il faut encore verser de

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l'eau, jusqu'à ce que tout soit entièrement lîmr pide. On retire du feu, et on laisse cristalliser. Il vaut mieux qu'il y ait surabondance d'eau; la cristallisation s'opère plus lentement, mais les cristaux qui se forment sont plus purs. On décante les eaux mères qui n'ont pas cristallisé, et on foit dessécher le nitrate. Si une première purification ne suffit pas, on lui en fait subir une seconde. II y a plusieurs manières de purifier le nitrate de strontiane; j'indique la plus simple et la moins dispendieuse.

En voici une autre qui est préférable, mais plus coûteuse cependant; les amateurs qui désirent avoir de bonnes substances ne doivent pas hésitera s'en servir. Par ce procédé, le nitrate de strontiane est plus combustible et se conserve beaucoup plus longtemps sans s'altérer.

On opère de la manière suivante. On fait des* sécher le nitrate de strontiane, on le pulvérise simplement sans le passer au tamis de soie; seulement, pour diviser les parties qui se seraient agglomérées , on le met dans un flacon ; on verse dessus de l'alcool ordinaire ( à 32 degrés) ; on en met à peu près 800 grammes par kilogramme de strontiane ; on agite le flacon fortement, et on le place dans une pièce qui soit à une température de 15 à 18 degrés. On doit agiter le flacon toutes les deux ou trois heures. Au bout de vingt-quatre

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heures , on décante l'alcool , que l'on garde dans une bouteille en réserve; on remet dans le flacon la même quantité de nouvel alcool ; on agite fortement le flacon comme la première fois; on continue à agiter toutes les deux ou trois heures, et, au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures, on ôte l'alcool que Ton met dans la bouteille. On verse sur un filtre le nitrate qui achève de s'égoutter ; on le met ensuite sécher à l'étuve dans des vases à grande surface, par exemple des plats en porcelaineou en faïence. Lorsqu'il est sec, on le met dans un flacon que l'on bouche avec un bon bouchon de liège. L'alcool dissout les muriates de chaux, de magnésie et de strontiane que contient généralement le nitrate de strontiane. Purgé de ces sels déliquescents, il est de meilleure qualité et brûle beaucoup mieux. On peut tirer parti de l'alcool qui a servi à purifier le nitrate, en le faisant redistiller dans un petit alambic.

Nitrate de plomb.

Le nitrate de plomb n'était employé dans l'artifice que pour préparer la corde a feu ; le hasard m'a fourni le moyen de lui reconnaître des propriétés assez remarquables. Yoici à quelle occasion. Je désirais trouver, pour charger les pastilles, des compositions rayonnantes qui pussent

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se mettre en grains , afin que ces grains, projetés assez loin par le mouvement de rotation, changeassent l'aspect de l'auréole produite par les compositions rayonnantes que donnent le charbon et la litharge dont sont chargés ordinairement les tubes tournants des pastilles. Mais j'avais beau ralentir les compositions ; lorsque les grains étaient secs , ils avaient une combustion brusque et saccadée ; mêlés avec une composition même assez vive et chargés dans des tubes , ils étaient consumés avant d'en sortir et ne produisaient aucun effet.

Ces tentatives infructueuses ne m'ont cependant pas déconcerté ; de nouveaux essais m'ont enfin fait atteindre le but que je cherchais. La combinaison que j'ai trouvée est assez heureuse ; les grains faits avec celte composition sortent bien enflammés des tubes, ont une durée convenable, et produisent des touffes de petits rayons d'un effet particulier et nouveau. C'est en employant le nitrate de plomb que j'ai obtenu l'effet que je désirais. Ce succès m'a encouragé ; j'ai fait de nouveaux essais avec cette substance, et en introduisant, dans une composition au nitrate de plomb, de la filière de Lyon assez fine, j'ai été émerveillé de l'effet qu'a produit cette combinaison. J'en ai chargé un petit tube, duquel il a jailli des étincelles presque aussi grosses que des noix.

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Ayant trouvé le moyen de conserver pendant plusieurs années les limailles, que je suis parvenu a rendre presque inoxydables, on obtiendra, à l'aide du nitrate de plomb, particulièrement dans les pastilles, des effets charmants et on ne peut plus variés. Je donne, au chapitre des compositions, plusieurs formules propres à charger des pastilles et de grosses lances pour cascades d'un effet extraordinaire.

Avant d'employer le nitrate de plomb, il faut le pulvériser grossièrement et le faire dessécher sur un feu assez vif en le remuant continuellement avec une spatule. Le nitrate de plomb contient un excès d'acide utile pour sa cristallisation, mais qui diminue sa combustibilité et lui fait produire beaucoup de fumée; en le desséchant, il s'exhale une forte odeur d'acide nitrique qui le purge de sa surabondance d'acide; alors il est moins sujet à corroder les limailles avec lesquelles il est en contact, et produit aussi moins de fumée. Le signe qui indique qup la dessiccation du nitrate de plomb est arrivée au degré convenable, c'est lorsqu'il n'exhale presque plus d'odeur, et qu'il a acquis une teinte couleur noisette claire.

Oxalate de soude.

C'^st l'ingrédient par excellence pour faire le

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jaune. Ce sel réunit tous les avantages; il est trèscombustible, ne s'altère pas à l'humidité de l'air, et produit un jaune très-intense , dont la flamme a beaucoup d'expansion. Il est bien préférable à tous les ingrédients qui ont servi jusqu'à présent à faire le jaune ; il est supérieur aux autres sels de soude, sans même en excepter le chlorate de soude, qui est beaucoup plus cher. Il y a cependant quelques combinaisons dans lesquelles il ne produit pas un effet très-heureux; par exemple, si, lorsqu'il est uni au chlorate de potasse , qui est le véhicule destiné à l'enflammer, on y introtroduit du soufre , qui, dans la plupart des compositions, est un bon divisant, la flamme que cette combinaison produit n'est pas homogène; elle rayonne; ce qui serait un défaut si on voulait l'employer pour lances ou étoiles. J'avais essayé, pour obvier à cet inconvénient, de mêler à la composition un peu de nitrate de baryte, qui n'est cependant pas hygrométrique; mais il s'est formé du nitrate de soude, qui est. déliquescent, et la composition est devenue humide. Les nitrates, même lorsqu'ils ne contiennent pas d'eau de cristallisation, comme les nitrates de baryte jou de potasse (salpêtre), qui, par conséquent, n'attirent pas l'humidité de l'air, deviennent cependant hygrométriques aussitôt qu'ils sont mêlés à un sel de soude quelconque; c'est une re-

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marque qu'il serait utile de se rappeler. Je reviens à l'oxalate de soude. J'ai dit que, lorsqu'il était mêlé au soufre, la flamme qu'il produit rayonnait; mais je le combine avec d'autres divisants, et il donne alors une flamme pure d'un jaune d'une beauté remarquable.

On peut facilement obtenir ce sel soi-même. On procède de la manière suivante. On met dans une capsule de porcelaine une quantité d'acide oxalique égale à celle qu'on désire obtenir d'oxalate de soude; on place la capsule sur le feu, et on fait fondre l'acide oxalique dans le moins d'eau possible. Il est nécessaire que l'eau bouille; on fait fondre à part, dans peu d'eau et en faisant bouillir, trois fois au moins autant de sel de soude desséché (carbonate de soude). 11 est essentiel que les deux solutions soient très-concentrées ; sans cela il b'y aurait pas de précipité, et l'opération serait manquée. Lorsque les sels sont fondus, on retire les deux vases de dessus le feu, et on verse doucement la solution de soude dans la capsule qui contient l'acide oxalique, en remuant avec un morceau de bois. Il faut que le vase dans lequel est contenue la solution d'acide oxalique ait une capacité surabondante, afin que l'effervescence produite par le mélange ne fasse pas sortir la liqueur du vase; on verse doucement, et avec précaution , de l'eau de soude jusqu'à ce

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que la liqueur ne fasse plus de bruit. On s'assure % si l'opération est au degré convenable, c'est-àdire si l'acide est entièrement neutralisé, en plongeant dans le mélange un petit morceau de papier bleu coloré avec de la teinture de tournesol. Si le papier devient rouge, il faut verser encore un peu d'eau de soude ; on en verse jusqu'à ce que le papier de tournesol ne rougisse plus; alors on décante l'eau, on fait égoutter le dépôt, qui doit être blanc, sur un filtre, et on lait sécher à l'étuve ou au soleil. L'eau ne peut plus servir. L'oxalate de soude est de bonne qualité lorsqu'il est parfaitement neutre, c'est-à-dire lorsqu'il n'est ni acide ni alcalin.

Oxalate de cuivre.

•Il ne produit qu'un bleu médiocre; il ne vaut pas, à beaucoup près, l'arséniate de cuivre, avec lequel il a un peu d'analogie sous le rapport de la couleur de la flamme seulement. On ne devrait se servir de cet ingrédient que si on manquait des autres sels de cuivre.

Plâtre (sulfate de chaux).

Il n'attire pas l'humidité de l'air; on obtient avec cette substance un rose passable. Il ne faut

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9 se servir que de plâtre qui* ait été mouillé, c'està-dire qui ait servi; les débris de bustes cassés, par exemple, sont ce qui convient le mieux. Ayant trouvé une substance plus combustible qui possède les mêmes propriétés, j'ai abandonné entièrement le plâtre.

Phosphate de cuivre.

La flamme bleue qu'il produit est très-faible* Dans mes premiers essais sur cette substance, j'avais obtenu d'assez bons résultats; mais probablement que l'ingrédient dont je m'étais servi, qu'on m'avait donné cependant comme du phosphate de cuivre, n'en était pas. J'ai fait depuis beaucoup d'essais sur divers échantillons de phosphate de cuivre, et je n'ai rien obtenu de satisfaisant.

Phosphate d'ammoniaque.

Cette substance est hygrométrique. En impreignant d'une solution concentrée de ce sel des corps poreux, tels que linge ou papier, etc., ils deviennent presque incombustibles; l'action du feu les charbonne seulement sans qu'il paraisse ni flamme ni feu. Cette propriété peut être très-utile, et servir à préparer du papier pour

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foire des cartouches qui contiendraient de l'artifice destiné à être brûlé dans les théâtres.

Poudre k canon.

Cette composition est la base principale des feux d'artifice; c'est avec cet ingrédient, ou plutôt avec les éléments qui le composent, que Ton charge toutes les pièces qui ont besoin d'impulsion; c'est à l'aide de la poudre ou des différents amalgames qui lui sont analogues que Ton parvient k projeter les bombes, à donner une puissance ascensionnelle aux fusées volantes et à imprimer un mouvement de rotation aux soleils tournants. Je m'abstiendrai de décrire les différents procédés que l'on emploie pour faire la poudre, puisque sa fabrication est interdite; on s'en procure d'ailleurs facilement; puis la quantité dont on a rigoureusement besoin est peu considérable, puisque, dans la plupart des circonstances, le poussier de tonneau , que l'on peut faire soi-même , a les mêmes propriétés que la poudre a canon écrasée. Je vais seulement indiquer la manière de faire le poussier de tonneau.

On pulvérise séparément, dans un mortier de fonte ou de marbre, du salpêtre purifié, que l'on passe au tamis de soie; on prend du charbon

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léger , ou tout simplement de la braise de boulanger, que l'on pulvérise également à part, en couvrant le mortier, afin que la poussière n'incommode pas. On le passe au tamis de soie. Puis on pulvérise de la même manière du soufre en canon, le plus beau qu'on puisse se procurer; on le passe aussi au tamis de soie. Cette opération préparatoire étant terminée, on pèse du

salpêtre pulvérisé 6 parties

du charbon léger ou braise id. . . . i —

du soufre id 1 —

C'est le dosage que je conseille pour poussier de tonneau. On mélange ces trois ingrédients, en les passant deux ou trois fois dans un tamis de crin; on remue avec la main, car si on agitait le tamis, le charbon, qui est le plus léger, se trouverait dessus, et le mélange serait mal (ait. On met cet amalgame dans le tonneau dont je donne la description ( voyez l'article Tonneau); on fait tourner le tonneau dix à douze heures.

J'ai pensé à une autre méthode, qui est à peu près la même ; elle a l'avantage d'éloigner les chances d'accidents ; c'est, après que les trois ingrédients sont passés au tamis de soie, de les triturer séparément dans le tonneau, d'abord avec les gobilles, pendant le même temps que Ton aurait trituré le mélange; on les mettrait à part dans des boîtes, ou dans de petits tonneaux ; on ne

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craindrait pas d'en faire provision , puisqu'il n'y aurait aucun danger d'explosion. Lorsqu'on aurait besoin de poussier, on pèserait, de chaque ingrédient dans la proportion indiquée, la quantité dont le total ferait précisément le poids que l'on désirerait de poussier. Par exemple, si on voulait 4 kilogrammes de poussier, on pèserait

du salpêtre 3 kilogr.

du charbon 500 gr.

du soufre 500 gr.

Total 4 kilogr.

On serait quelquefois obligé de mettre le salpêtre dans le mortier, et d'écraser, avec le pilon, les parties qui se seraient agglomérées; mais cela demanderait peu de temps. On réunirait les trois substances, que l'on passerait deux ou trois fois dans le tamis de crin, afin d'en opérer le mélange ; puis on verserait le tout dans le tonneau à triturer, dans lequel on aurait mis, à la place des gobilles, le même poids de moyen plomb de chasse; en tournant le tonneau pendant une demi-heure, l'amalgame devrait être complet.

Les tonneaux dans lesquels on triture les ingrédients pour faire le poussier sont de différentes dimensions; les plus gros ont, au plus, le volume d'un quart ou d'une feuillette de Bordeaux. Les amateurs qui ne font que 4 à 5 kilogr.

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de poussier à la fois peuvent se servir d'un tonneau beaucoup plus petit. Ce qui d'ailleurs pourra guider pour la proportion , c'est que la quantité d'ingrédients que Ton veut triturer, réunie aux balles ou gobilles, ne doit pas occuper plus du tiers de la capacité du tonneau. Ce tonneau doit être en bois très-sec, cerclé en fer; on colle sur toutes les jointures des bandes de papier, afin qu'il ne puisse pas s'échapper de poussier. On peut, au milieu de chaque fond du tonneau, pratiquer un trou carré, dans lequel on ferait entrer de force un arbre ou essieu en bois, qui traverserait toute sa longueur ; mais plus généralement on ne met point d'arbre dans l'intérieur du tonneau. On a une plaque en fer percée de plusieurs trous destinés à recevoir des vis à bois; du milieu de cette plaque sort un bout cylindrique , qui fait partie de la plaque et qui a été forgé du même morceau de fer ; ce bout cylindrique est destiné à servir d'axe au tonneau. On fixe solidement la plaque, en mettant dans chaque trou une visa bois, que l'on serre le plus possible. Il est essentiel que le bout de fer cylindrique soit placé précisément au milieu du fond du tonneau ; il faut que les vis soient un peu moins longues que l'épaisseur des douves; il serait dangereux qu'elles traversassent l'épaisseur du bois du tonneau ; les balles, si elles frottaient

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sur du fer, pourraient enflammer le poussier. On visse de la même manière, et avec les mêmes4 précautions, au milieu du second fond du tonneau, une plaque semblable à la première, du milieu de laquelle il sort aussi une tige en fer; mais cette tige doit être un peu plus longue et carrée dans le bout, afin de recevoir une manivelle. On pratique une ouverture carrée d'à peu près 81 millimètres de diamètre à un des fonds du tonneau, au-dessous de la manivelle ou du bout qui sert d'axe; on fait une feuillure dans la moitié de l'épaisseur du bois de cette ouverture, et on met un couvercle qui entre juste et qui porte sur la feuillure; on peut coller de petites bandes de drap mince dans la feuillure, afin que le couvercle bouche l'ouverture plus hermétiquement ; on ferait tenir ce couvercle avec quatre tourniquets. Cette ouverture sert à introduire dans le tonneau et à ôter ensuite les ingrédients et les gobilles. On fait ordinairement cette ouverture au milieu de la partie bombée du tonneau ; on est effectivement moins gêné pour la place ; mais je trouve que le mouvement et le poids des gobilles tendent à ébranler le couvercle et à le faire disjoindre , tandis que, placé dans un des bouts, il n'éprouve aucun effort.

La grosseur des balles ou gobilles peut être modifiée à volonté ; on les fait ordinairement un

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tiers plus grosses que les balles de fusil de munition; elles sont en cuivre fondu, et on les unit sur le tour; on en fait aussi avec un mélange de cinq parties de plomb et une partie de régule d'antimoine, que Ton fait fondre ensemble et que Ton coule dans un moule. Ces balles sont trèsbonnes, moins chères que celles en cuivre et durent presque aussi longtemps. La quantité des gobilles qu'on doit mettre dans le tonneau est proportionnée à celle des ingrédients que Ton veut triturer. Il faut à peu près le double pesant de gobilles; ainsi, si on veut triturer 6 kilogr. de poussier, il faudra 10 kilogr. de balles. On place le tonneau sur un châssis carré, espèce de tréteau. On fait deux entailles pour recevoir les deux tiges de fer qui sont au milieu de chaque fond du tonneau, et qui servent d'axe. Pour que le poussier soit bon, il faut faire tourner le tonneau a peu près douze heures. On peut adapter un volant à la manivelle; cela rend le travail moins pénible. Lorsque le poussier est entièrement trituré, on ôte le couvercle et on pose le bout du tonneau surfine boîte sans fond et sans couvercle, au milieu de laquelle il y a plusieurs rangs de petites tringles en fer. On pose cette boîte sur de grandes feuilles de papier, on frappe avec un maillet ou un morceau de bois sur toute la surface du tonneau, aûn de

foire tomber tout le poussier ; les balles restent sur l'espèce de grille que forment les tringles de fer.

Si on voulait triturer, dans un tonneau qui eût servi à faire du poussier, des substances blanches, dont on voudrait conserver la pureté de couleur, on mettrait dans le tonneau, avec les balles, de la mie de pain, qui absorberait ou happerait toute la poussière noire qui serait attachée aux parois du tonneau et à la surface des gobilles. On changerait la mie de pain après avoir fait tourner le tonneau pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que la mie de pain ne fût plus colorée.

Pal vérin.

C'est la poudre à canon pulvérisée et passée au tamis de soie. On réduit les grains de poudre en poussière fine , en la mettant dans un sac en cuir assez fort, mais souple. On peut aussi écraser la poudre sur une table unie ayant des rebords, en se servant d'une grosse molette en bois dur, ayant la forme de celles dont se servent les peintres pour broyer les couleurs. Lorsque la poudre paraît assez écrasée, on la passe au (amis de soie ; ce qui n'a pas pu passer et est resté sur le tamis doit être remis sur la table et

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broyé de nouveau avec la molette. Le pulvérin entre dans la plupart des compositions avec lesquelles on charge les jets ; on peut le remplacer par le poussier de tonneau dont j'indique les moyens de fabrication dans l'article précédent ( Voyez Poudre à canon, p. 59.)

Régule d'antimoine.

Métal d'un blanc grisâtre, cassant, pouvant se réduire facilement en poudre; il est plus dur cependant que le sulfure d'antimoine, avec lequel il ne faut pas le confondre. Cet ingrédient entre dans la composition des flammes blanches et est bien préférable au sulfure d'antimoine, que les artificiers emploient généralement. 11 faut qu'il soit pulvérisé et passé au tamis de soie le plus fin. Il ne s'oxyde pas, et les compositions dans lesquelles il entre ne sont pas sujettes à s'altérer.

Sable jaune ou poudre d'or.

Cet ingrédient est d'un assez bon effet dans le feu que l'on nomme rayonnant; on ne doit s'en servir que dans les pièces tournantes ; malgré le mouvement de rotation , les rayons qu'il forme sont d'une régularité parfaite; ce sont des lignes droites, dont la direction va du centre aux extré-

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mîtes. La litharge produit un effet à peu près semblable. On se procure le sable jaune chez les marchands papetiers. 11 s'emploie pour mettre sur le papier dont récriture n'est pas sèche, afin d'empêcher l'encre de s'effacer. Pour s'en servir dans l'artifice, il suffit de le purger de sa poussière trop fine, en la passant au tamis de soie.

Salpêtre (nitrate de potasse).

Ce sel , qui est la base de la poudre, entre dans la plupart des amalgames qui possèdent une puissance d'impulsion. C'est aussi la substance principale employée dans la composition des flammes blanches et de quelques autres flamme» colorées. Ce sel , lorsqu'on le brûle seul, produit une flamme d'un rose foncé, et non blanche, comme le disent quelques auteurs ; ce qui aura pu tromper sur sa couleur, c'est que, pour l'enflammer, on l'aura mélangé avec du soufre, qui aide la combustion , mais dont l'action décompose ou affaiblit toutes les couleurs. On peut s'assurer de la vraie nuance qu'il donne lorsqu'il est en ignition , en le mélangeant avec de la gomme laque, qui seule donne une flamme jaunâtre, avec le lycopode, avec le suif, dont la flamme a aussi un ton jaunâtre. Mélangé séparément avec une de ces substances , il produit constamment

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une llanime d'un rose très-prononcé. Il est essentiel , si on veut obtenir tout l'effet que l'on peut attendre de cet ingrédient, de ne l'employer que lorsqu'il est à peu près pur. On s'assure de sa qualité en en mettant une pincée en poudre sur un morceau de bois uni ; on pose sur cette pincée un charbon bien enflammé. Si le salpêtre brûle vivement, sans laisser de résidu et peu de trace sur le bois, c'est une preuve qu'il est de bonne qualité. Si, au contraire, il se boursouffle et creuse le bois sur lequel il est posé , c'est signe qu'il n'est pas pur. Il faut alors le mettre dans une casserole ou un chaudron, d'une capacité proportionnée à la quantité de salpêtre que l'on veut puriûer;on le met sur le feu en versant dessus une quantité d'eau suffisante pour qu'il puisse se dissoudre complètement; on le laisse évaporer sur le feu jusqu'à ce qu'il se forme une pellicule à la surface du liquide. On le verse dans une terrine dans laquelle on le laisse refroidir et cristalliser, pour éviter que les cristaux ne se prennent en masse, ce qui arrive lorsque l'on fait trop concentrer l'eau dans laquelle le nitre est en dissolution. On met dans la terrine, avant de verser la solution contenue dans la casserole, un sixième d'eau froide; on est certain alors qu'il restera de l'eau non cristallisée au fond de la terrine. Cette eau lient en

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solution des sels étrangers , qui , cristallisant plus difficilement que le salpêtre, peuvent en être séparés. C'est le but de l'opération. Lorsque le salpêtre n'est pas d'une très-mauvaise qualité , une première purification peut suffire; mais quelquefois on est obligé de lui en faire subir une seconde; on garde les eaux mères, desquelles on peut retirer encore un peu de salpêtre.

On emploie un procédé plus simple pour purifier le salpêtre. On le pulvérise grossièrement et on le met dans une terrine ; on verse de l'eau froide en quantité à peine suffisante pour qu'il ait l'aspect de la neige lorsqu'elle commence à fondre ; on remue avec une spatule ; on laisse reposer; puis, en frappant avec les deux mains sur les bords de la terrine, on lui imprime un mouvement de vibration qui fait surnager un peu d'eau que l'on décante dans un autre vase ; on remet une quantité d'eau équivalente à celle que l'on a ôtée, et on recommence la même opération cinq ou six fois. L'eau versée sur le salpêtre, étant en trop petite quantité pour le dissoudre , ne fond que les sels les plus déliquescents ; le salpêtre, purgé de ces substances étrangères, devient de meilleure qualité. La première méthode est cependant préférable. On fait sécher le salpêtre à l'étuve, on le pulvérise et on le passe au tamis de soie. Je me suis borné à indiquer seulement

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les moyens de purifier le salpêtre; j'ai pensé qu'il serait inutile d'entrer dans des développements sur les procédés qu'on emploie pour sa fabrication; peu de personnes voudraient se donner l'embarras d'un travail long et fatiguant, qui d ailleurs ne peut bien se (aire qu'en grand.

Sandaraque.

C'est une résine blanche, qui a presque les mêmes propriétés que la gomme laque; mais elle brûle moins bien ; on doit par conséquent préférer la gomme laque. Elle figure cependant dans une composition rouge dont je donne la formule. C'est seulement comme objet de curiosité que je l'ai mise , et pour montrer que Ton peut faire des compositions entièrement incolores.

Sel ammoniac {hydrochlorate d'ammoniaque).

J'ai introduit cet ingrédient dans quelques compositions; il agit comme modérateur ou atténuant; dans les rouges il fonce la couleur, en leur donnant en outre une teinte carminée; il double au moins l'intensité de la couleur du bleu et du vert. Il possède a peu près les mêmes propriétés que le calomel, mais à un degré plus faible; il a l'inconvénient d'attirer un peu l'humi-

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dite de l'air; mais, comme il entre en petite quantité dans les compositions, ce défaut est peu grave. J'ai gardé pendant plusieurs mois exposées à l'air des étoiles dans lesquelles cet ingrédient remplaçait le calomel ; elles ne se sont pas humectées. Cependant il est hors de doute que le calomel lui est bien supérieur. En résumé, le sel ammoniac serait une heureuse ressource si on manquait de calomel.

Soufre.

Cette substance , généralement connue , entre dans la plupart des compositions qu'on emploie dans les feux d'artifice; c'est un des trois ingrédients dont se compose la poudre à canon. Il serait difficile de se passer entièrement de cette matière. J'ai cependant un assez grand nombre de compositions dans lesquelles elle n'entre pas. J'évite de l'employer dans les feux de lances de toutes couleurs, dans lesquels le soufre est une des causes principales, d'obstruction ou d'engorgement; il a aussi le défaut d'affaiblir les couleurs. Cependant il est presque indispensable dans les feux d'impulsion, auxquels il donne plus de vivacité, tout en prolongeant leur durée. 11 est très-utile dans les compositions que l'on destine à faire des étoiles; il leur donne beaucoup d'é-

clat. Sans cet ingrédient, elles auraient une teinte plus foncée, mais terne.

Les artificiers n'emploient généralement que le soufre en canon ; c'est probablement par économie. Dans tous les cas, ils sont assez heureusement inspirés ; car le soufre en canon ne pré* sente pas les mêmes dangers que la fleur de soufre. On transforme le soufre en fleur en le mettant dans un appareil qui ressemble à un alambic ; on le fait chauffer et il se sublime, c'està-dire qu'il se vaporise; le gaz, en refroidissant, se condense, et la fleur se trouve toute formée dans le chapiteau. Dans cette opération, il y a presque toujours un commencement de décomposition du soufre et formation d'acide sulfureux; la présence de cet acide rend l'emploi de la fleur de soufre extrêmement dangereux.

Par exemple, si on introduit de la fleur de soufre contenant un peu d'acide dans une composition dans laquelle il entre du chlorate de potasse, il y a danger de combustion soudaine; cela produit le même effet que l'allumette oxygénée que l'on plonge dans la petite bouteille dans laquelle il y a un peu d'acide sulfurique , et qui s'enflamme instantanément. L'effet n'est pas toujours aussi subit dans les compositions ; elles ne s'enflamment quelquefois que quelques heures après. 11 arrive même que l'accident n'a lieu

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qu au bout de plusieurs jours. On peut, il est vrai , purger la fleur de soufre de l'acide qu'elle contient en la lavant avec soin à plusieurs reprises dans beaucoup d'eau ; alors il n'y a plus de danger; mais il faut être certain que l'opération soit bien faite. Je conseille néanmoins, pour plus grande sécurité, d'employer de préférence le soufre en canon. Il est maintenant généralement de belle qualité; on le reconnaît d'ailleurs à sa couleur d'un jaune vif citrin et à la finesse de son grain.

Sucre.

Cette substance est très-combustible; mêlée avec du chlorate de potasse, elle donne une flamme jaunâtre, saccadée avec bruit. Sous ce rapport, elle ressemble beaucoup au lycopode. Employée comme divisant dans les bleus , elle produit un excellent effet; aucune autre substance ne se combine aussi bien avec les sels de cuivre. Elle est légèrement hygrométrique. Le sucre ordinaire bien blanc est celui qui convient le mieux; le sucre candi contient plus d'eau de cristallisation et ne le vaudrait pas.

Suif.

Employé comme divisant, il a, dans quelques

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combinaisons, un effet qui participe de la gomme laque et du sucre. Dans certains amalgames, il peut remplacer le soufre; dans ce cas, il eu faut une très-petite quantité. Cet ingrédient figure dans quelques compositions vertes ,• dans deux ou trois blanches, et dans plusieurs bleues, dans lesquelles il produit un excellent effet.

Sulfate de cuivre.

Ce sel est hygrométrique; lorsqu'on le fait sécher, il produit un bleu passable. Il faut beaucoup de chlorate pour l'enflammer. Il serait dangereux de garder des compositions dans lesquelles il serait amalgamé avec du chlorate et du soufre. Il contient généralement un excès d'acide sulfurique, ce qui pourrait occasionner une combustion soudaine. On s'en sert pour faire d'autres préparations de cuivre.

Sulfate d'ammoniaque.

Il possède à peu près les mêmes propriétés que le phosphate d'ammoniaque, c'est-à-dire que les corps poreux, comme bois mince, linge ou papier, imprégnés d'une dissolution concentrée de ce sel, deviennent presque incombustibles;

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néanmoins il laisse encore beaucoup à désirer. Les corps trempés dans une solution de ce sel brûlent difficilement, il est vrai, mais il apparaît encore une flamme qui laisse quelques petits points rouges sur la partie charbonnée , au lieu qu'avec le phosphate on ne voit ni flamme ni feu. Ce dernier sel étant très-cher (il coûte dix fois plus que le sulfate), j'ai cherché s'il ne serait pas possible de combiner le sulfate avec quelque autre ingrédient qui lui ferait produire précisément le même effet que le phosphate d'ammoniaque. J'ai fait plusieurs essais, infructueux d'abord, mais j'ai enûn atteint le but que je me proposais. Les expériences que j'ai répétées plusieurs fois ont complètement réussi. Voilà le procédé que j'emploie. On se procure de la terre glaise (terre à potier), la plus belle que l'on puisse trouver, c'est-à-dire qui soit homogène, sans mélange de sable, et onctueuse au toucher; on la réduit en poudre impalpable. Plus elle est fine, meilleure elle est. On fait dissoudre à chaud, dans le moins d'eau possible, du sulfate d'ammoniaque; on verse peu à peu de cette solution sur la terre glaise en poudre, en remuant avec une spatule, afin qu'il n'y ait pas de grumeau; on verse de la solution jusqu'à ce que la terre glaise ait l'aspect d'une bouillie claire. On étend sur une table le papier que l'on veut rendre

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incombustible, et, avec un gros pinceau, on donne sur les deux faces de chaque feuille une couche de cette espèce de peinture; on étend les feuilles pour les faire sécher.

Si on voulait faire du carton incombustible, on mettrait dans de la colle forte très -épaisse une quantité égale de la bouillie faite avec la solution de sulfate d'ammoniaque et de terre glaise; on maintiendrait chaude la mixtion, en la mettant dans un bain-marie qu'on laisserait sur le feu pendant tout le temps de l'opération. Si la mixtion était trop épaisse, on l'éclairciraiten versant delà solution d'ammoniaque. On prendrait du papier qui a subi la préparation ci -dessus indiquée, et qui serait sec, on le collerait avec la mixtion , et on procéderait , pour le restant de l'opération, de la même manière que pour le carton ordinaire. On se sert de préférence de colle forte ou de gélatine, parce qu'elle est moins combustible que la colle d'amidon ou de farine. Des cartouches ainsi préparés peuvent servir plusieurs fois.

Sulfate de strontiane.

Cette matière est inaltérable à l'humidité de l'air. Celui que Ton trouve dans les carrières de Montmartre a la réputation d'être d'une très-

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bonne qualité. C'est avec cet ingrédient que Ton fait le nitrate de strontiane.

J'avais abandonné cette substance, qui, dans mes premiers essais , ne m'avait pas donné de bons résultats; je n'avais pu obtenir qu'un rose médiocre. J'avais donné la préférence à la craie, parce qu'avec les mêmes combinaisons elle produisait un rouge cramoisi assez prononcé; mais, depuis deux ou trois ans, ayant essayé de nouvelles combinaisons et introduit des divisants d'une autre nature, je suis parvenu à faire, avec le sulfate de strontiane, des violets et des rouges bien supérieurs à ceux que j'obtenais avec la craie. Il a, comme cette dernière substance, la propriété de ne pas attirer l'humidité de l'air; il possède en outre l'avantage d'être beaucoup plus combustible, et de pouvoir s'enflammer avec moitié moins de chlorate de potasse. On doit se procurer cet ingrédient en morceaux; on le pulvérise et on le passe au tamis le plus fin. Il ne faudrait pas se servir de sulfate de strontiane pulvérisé qui aurait été lavé avec de l'acide hydrochlorique; il ne produirait pas un aussi bon effet.

Sulfure rouge d'arsenic , ou ofpin rouge. Cet ingrédient est très-vénéneux ; on doit pren-

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dre des précautions lorsqu'on remploie. Il entre dans la plupart des blancs dont je donne les formules, et produit un très-bel effet. Je donne la préférence au sulfure rouge parce qu'il est généralement et plus constamment de bonne qualité que l'orpin jaune. On ne doit s'en servir qu'en poudre très-fine.

Sulfure d'antimoine, ou antimoine cru.

Cet ingrédient, avec lequel généralement les artificiers composent les flammes blanches, ne vaut pas, à beaucoup près, le régule d'antimoine, qui produit un plus beau blanc avec moins de fumée. Le motif de leur préférence provient peut-être de ce que le sulfure est beaucoup plus combustible. Effectivement, dans les combinaisons ordinaires avec lesquelles on fait le blanc , si on met du régule à la place du sulfure, la composition s'enflamme difficilement et est toujours trop lente. Il est facile de corriger ce défaut, en ajoutant d'autres divisants qui donnent à la composition toute la vivacité désirable.

J'ai cependant introduit le sulfure d'antimoine dans quelques blancs azurés, dans la composition desquels il n'entre pas de soufre. On pulvérise et on passe au tamis de soie.

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Sulfure de cuivre.

Cette substance possède deux propriétés : elle est colorante , et est aussi un très-bon divisant. Elle ne produit une couleur intense qu'employée à forte dose et avec le secours du calomel ou du sel ammoniac ; seule elle ne donne qu'une flamme indécise, sans caractère déterminé. Elle est d'un bon effet dans les rouges, auxquels elle donne un ton carminé, lorsque toutefois ils contiennent du calomel ou du sel ammoniac; car s'ils n'en contenaient pas, au lieu de les carminer, elle leur donnerait un ton jaunâtre peu agréable; son action principale se bornerait alors à augmenter la vivacité de la composition. Je suis parvenu, par des combinaisons nouvelles, et en introduisant des divisants non employés jusqu'à ce jour, à obtenir de très -beaux bleus avec cet ingrédient. Ma meilleure composition bleue ne contient pas d'autre substance colorante. Le sulfure de cuivre est d'un effet admirable dans les violets, dans lesquels il entre pour une très-forte proportion sans affaiblir la couleur; les autres sels de cuivre ont l'inconvénient de ralentir les compositions et de donner au violet une teinte pâle.

-La manière d'obtenir cet ingrédient est si sim-

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pie que je conseille de le faire soi-même. Il coûtera trois fois moins, et on sera plus certain de l'obtenir de bonne qualité.

On prendra de la tournure de cuivre rouge, ou des rognures de capsules, la quantité que Ton désirera avoir de sulfure de cuivre; on mêlera avec le cuivre la moitié de son poids de soufre pulvérisé ; on mettra ce mélange dans un creuset ; on le comprimera avec un morceau de bois, et, après avoir couvert le creuset, on le mettra sur un fourneau avec un feu vif, en entourant le creuset de beaucoup de charbon. Il faut que le creuset rougisse à blanc et garde cette chaleur au moins une demi -heure. Lorsque le feu est très-vif, la matière fond et forme un lingot au fond du creuset; mais, le plus souvent, le cuivre se combine avec le soufre, sans fusion , et a l'aspect de scories ou de mâche-fer. Dans cet état, le sulfure de cuivre est d'aussi bonne qualité que s'il était en lingot On le pulvérise et on le passe au tamis de soie.

Terre glaise ou argile.

Elle sert à fabriquer la faïence et toute sorte de poterie. Dans les feux d'artifice, on remploie pour fermer les jets lorsqu'ils sont chargés. Quelques personnes s'en servent encore pour

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garnir la gorge des cartouches destinés à foire des jets, afin que l'ouverture ou le trou dé l'étranglement du jet ne puisse pas s'agrandir, et que le feu qui s'échappe ait jusqu'à la fin la même force , et lance les rayons ou étincelles toujours a la même distance. Mais on a abandonné généralement cette méthode , parce qu'il arrivait sonvent que, lorsqu'on chargeait des cartouches dont la gorge était terrée, un coup frappé à faux dégradait la terre, qui, se mêlant à la composition, obstruait l'ouverture, et le dégorgement se faisait mal.

On irouve de la terre glaise presque partout; la meilleure est celle qui est douce et onctueuse au toucher ; on la pulvérise et on la passe au tamis de soie. Si elle était mêlée de gravier ou de sable, on la mettrait dans un grand vase, un tonneau, par exemple, avec beaucoup d'eau ; on la délayerait avec un grand morceau de bois plus gros d'un bout, pouvant servir de pilon ; on laisserait reposer l'eau quelques secondes, et on la tirerait par un robinet qui serait placé au milieu du tonneau. Cette eau serait versée dans un second tonneau. On remettrait de l'eau dans le premier tonneau, on remuerait la terre glaise comme la première fois, et, après avoir laissé reposer de même quelques secondes, on tirerait l'eau une deuxième fois, et on la verserait

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toujours dans le second tonneau. On pourrait répéter cette opération jusqu'à ce qu'il n'y ait que du gravier dans le premier tonneau. On sent qu'alors il faudrait avoir plusieurs tonneaux, ou attendre que l'eau du second tonneau fût entièrement claire pour la remettre sur le premier, etc. Lorsque l'eau du second tonneau serait reposée et entièrement limpide, on percerait un trou un peu au-dessus delà place occupée par la terre, et on ferait égoutter l'eau ; on mettrait sécher la terre, qu'on pulvériserait ensuite. C'est un moyen d'avoir de la terre extrêmement fine. Lorsque l'on terre la gorge des cartouches, il est essentiel que la terre soit parfaitement sèche ; car, si elle contenait un peu d'humidité, elle perdrait de son volume en séchant dans le cartouche, et le feu pourrait pénétrer entre la terre et les parois du cartouche. Je ne me suis appesanti sur les moyens d'obtenir de la terre glaise très-fine que parce que, si on veut s'en servir pour préparer du papier incombustible , il faut qu'elle soit excessivement ténue. J'indique la manière de préparer le papier et de faire le carton incombustible. ( Voir l'article Sulfate d'ammoniaque. )

Zinc.

Ce métal, réduit en poudre ou en limaille fine,

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D AIITIFICE. 85

produit , lorsqu'il est amalgamé avec de la poudre ou du salpêtre, une flamme assez brillante, dont la couleur incertaine participe du bleu et du vert. Celait, il y a trente ans, la plus grande ressource des artificiers pour faire des lances colorées. C'est avec cet ingrédient qu'ils obtetenaient leur bleuet leur vert.

Depuis qu'on est parvenu à enflammer certains sels de cuivre, qui donnent une teinte réellement bleue, on a abandonné ou au moins beaucoup négligé le zinc; il a, d'ailleurs, le défaut de s'oxyder prompteraent; les compositions alors se durcissent et ne veulent plus brûler; il a, en outre, l'inconvénient de produire beaucoup de fumée. Cependant, comme cette substance est trèsbon marché, on peut, par économie, l'employer dans quelques circonstances. Je donne plusieurs formules dans lesquelles elle entre comme base. J'ai trouvé, il y a trois ou quatre ans, une composition qui mérite d'être mentionnée particulièrement; elle est réellement d'un effet extraordinaire. Quoique le zinc qui entre dans l'amalgame soit très-fin, passé au tamis de soie , les tubes ou les jets chargés avec cette composition lancent une pluie de grosses perles bleues du plus bel effet. On se procure quelquefois de la limaille de zinc chez les ouvriers qui travaillent ce métal; mais il est rarement pur, et presque toujours

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mêlé avec des substances étrangères. La présence de poussières et de corps étrangers est peu nuisible dans la plupart des compositions ordinaires; mais dans celle dont je parle ci-dessus, si le zinc n'est pas entièrement sans mélange, l'effet est absolument nul; il ne paraît pas de perles. On obtient du zinc très-fin et sans mélange par le moyen suivant On fait fondre dans une cuiller en fer à peu près 800 grammes de zinc; je dis un demi-kilogramme, parce que, si on en mettait beaucoup à la fois, l'opération se ferait difficilement et mal. On verse le zinc fondu dans un grand mortier en fonte, qu'on a eu auparavant la précaution de chauffer en mettant dedans de la braise ou du charbon allumé; bien entendu qu'on ne verse le zinc que lorsque le charbon est été du mortier. Aussitôt que le zinc est dans le mortier, on remue vivement avec le pilon, et, lorsqu'on s'aperçoit que le métal commence à se coaguler, on frappe , en élevant trèspeu le pilon, à petits coups répétés avec le plus de vitesse possible. Lorsque l'opération est bien faite, on obtient à peu près un tiers de zinc trèsfin ; ou laisse refroidir , on passé au tamis de soie. La portion qui n'a pas pu passer est remise dans la cuiller et fondue, afin de recommencer une seconde opération. Lorsque te zinc a été fondu plusieurs fois , il s'oxyde , ressemble à de la terre

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et ne se met plus en fusion. On le fait revenir à son état métallique en le mélangeant avec du suif ou de la résine, et en le faisant fondre dans un creuset sur lequel on met un couvercle.

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