Caisse placée sur ses tréteaux
( Voyez la planche page suivante. )
Des bouquets ou girandes.
Un bouquet termine ordinairement un feu d'artifice ; c'est aussi le plus bel effet que puisse produire la pyrotechnie. Qu'on se figure cinq ou six mille fusées (on fait des bouquets qui sont composés de vingt mille fusées) partant à la fois d'un seul point, lancées dans les airs comme par une puissance magique , formant une gerbe immense qui embrase tout l'horizon, et déploie un rideau éblouissant de lumière diaprée de toutes les couleurs. Ce spectacle, qui étonne l'imagination, est vraiment magnifique. Dans cette circonstance, l'art égale au moins la nature; car une éruption de volcan, qui seule peut être com-
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parée à une girande, ne produirait pas un effet plus grandiose!
On forme une girande ou bouquet avec des
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boites semblables à celles dont j'ai donné la description à l'article Caisses réglées. (Voir l'article précédent.)
On pose les fusées dans les caisses de la même manière; mais on ne met pas de son, puisque les fusées doivent s'élever presque en même temps. On sème dans le fond des caisses des morceaux de mèche, afin que le feu prenne plus promptement à toutes les fusées. On fait communiquer les caisses entre elles comme je l'indique à l'article précédent. Il est très- important que les conduits qui contiennent les mèches qui doivent transmettre le feu d'une caisse à une autre soient en papier fort, ayant au moins trois circonvolutions, afin que le feu qui s'échappe des autres pièces ne puisse pas y mettre le feu avant le temps voulu , ce qui arrive quelquefois et fait perdre tout le mérite du feu le mieux ordonné. Les conduits trop forts ont aussi leur inconvénient; ils sont sujets à détoner, et la force de l'explosion peut arracher violemment un conduit d'une caisse avant qu'il n'y ait communiqué le feu. On évite ces accidents en perçant un rang très -rapproché de petits trous sur la surface des conduits qui doit être placée en dessous; l'air que dilate la combustion de la mèche, trouvant à s'échapper par les trous, les conduits ne font plus explosion, l^e conduit qui pend de la première caisse, et auquel
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on met le feu avec une lance de service, doit être fermé du bout; on lui donne assez de longueur pour que l'artificier ne soit pas obligé d'approcher trop près de la caisse.
Les fusées dont se compose une girande sont de différents calibres, depuis 14 jusqu'à 20 millimètres de diamètre; on met les plus petites aux premiers rangs, et les grosses aux derniers. Les girandes ne se composent pas toujours de quatre à cinq mille fusées ; on fait des bouquets avec une seule caisse et suivant l'importance du feu; il y a même des localités dans lesquelles on ne pourrait, sans imprudence, terminer un feu d'artifice avec des fusées volantes.
Des ballons auxquels on peut faire enlever des pièces d'artifice.
Les aérostats figurent rarement dans les feux d'artifice; ils sont dispendieux à établir, et ils n'ont pas produit (au moins jusqu'à présent) des effets proportionnés à l'embarras et à la dépense qu'ils occasionnent. Il faut un aérostat d' un volume encore assez considérable pour qu'il puisse porter 30 ou 40 kilogrammes d'artifice ; il doit avoir au moins 8 à 9 mètres de diamètre; si on le faisait plus petit, l'artifice qu'il pourrait enlever ne pro:
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(luirait pas plus d'effet qu'une bombe de 297 à 324 millimètres.
On fait les aéorostats de forme sphérique , en taffetas gommé ; on les remplit de gaz hydrogène ; ils doivent être revêtus d'un filet. (Voyez dans un ouvrage de physique, ou dans l'Encyclopédie, les articles Ballon et Gaz hydrogène , dans lesquels on trouve la manière de construire un aérostat et le procédé pour obtenir le gaz hydrogène.)
On peut se servir aussi des montgolfières, qui s'enlèvent en chauffant l'air de l'intérieur du ballon, ce qui le rend plus léger que l'air atmosphérique. Une montgolfière peut se construire en toile légère, rendue incombustible dans le bas, à partir de l'orifice jusqu'à peu près à la hauteur d'un mètre. Cette précaution est très-utile; elle empêche que la flamme du réchaud destiné à entretenir la chaleur de l'air de l'intérieur du ballon ne puisse mettre le feu à cette toile.
Afin que l'air raréfié ne pût pas sortir par lès pores de la toile, on revêtirait toute la surface extérieure du ballon avec du papier serpente, que l'on collerait; il serait prudent de rendre aussi ce papier incombustible, au moins les feuilles qui doivent couvrir la partie de la toile rendue incombustible; les bords de la toile qui forment l'ouverture du ballon seraient cousus solidement à un cerceau en bois, de 324 h 378 millimètres
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de diamètre, suivant la grandeur du ballon; ce cerceau devrait être imprégné de phosphate d'ammoniaque. Le réchaud, qu'on mettrait en tôle ou en cuivre, serait suspendu au milieu de l'orifice du ballon avec de petites chaînes en ûl de fer, qui seraient attachées au cerceau; l'artifice serait placé à un mètre au-dessous de l'ouverture du ballon , et serait suspendu au milieu par trois brins de petites chaînes fixés aussi au cerceau. Il serait utile de mettre, un peu au-dessous du réchaud, une espèce de boîte ou plateau à rebords en carton incombustible, afin que le feu qui pourrait s'échapper du réchaud ne tombât pas sur l'artifice. La raréfaction de l'air de l'intérieur du ballon serait entretenue par la flamme de grosses éponges imprégnées d'alcool, attachées au fond du réchaud avec du fil de fer, et auxquelles on mettrait le feu au moment du départ du ballon.
Les montgolfières sont peut-être un peu plus faciles à confectionner et coûtent moins cher que les aérostats ; mais il faut qu'elles aient presque le double de grandeur pour porter un poids égal à celui que peut enlever un aérostat au gaz.
Les artifices qu'on adapte aux ballons se composent ordinairement d'un châssis en bois léger, placé horizontalement au-dessous du ballon ; on orne ce châssis de lances en feu coloré, en traçant
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des dessins suivant son goût. Le châssis doit être entouré d'un cercle en bois, sur lequel on attacherait un rang de jets chargés en brillant, ce qui formerait une espèce de soleil fixe horizontal; on pourrait , en outre , placer entre chaque jet une chandelle romaine, ce qui composerait une galerie circulaire qui lancerait des étoiles dont les couleurs changeraient successivement; au-dessous du châssis serait suspendue une grosse bombe de 486 millimètres de diamètre. (On doit s'assurer par des essais quel poids peut enlever le ballon.)
La fin d'un jet mettrait le feu à cette bombe , qui pourrait être remplie d'étoiles rouges, vertes ou violettes, etc. L'explosion de cette bombe terminerait cet artifice aérien.
Le feu serait communiqué aux jets par une mèche lente, formée par une corde en coton imprégnée d'une solution concentrée de salpêtre et séchée ensuite; on introduirait un bout de cette corde dans un conduit garni d'étoupilles , qui poserait sur la tête des jets ou sur les lances. On calculerait la longueur qu'on devrait donner à cette corde pour que le feu n'arrivât à l'artifice que lorsque le ballon serait à une hauteur convenable. On allumerait cette corde au moment du départ du ballon.
On a, dans quelques circonstances, fait communiquer par la bombe le feu au gaz hydrogène
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de l'intérieur de l'aérostat, ce qui faisait uue assez forte détonation et produisait une flamme d'un très-gros volume.
Je crois qu'il serait prudent de renoncer à ce dernier effet; l'explosion d'un aérostat peut occasionner de graves accidents; le châssis auquel sont attachés les cartouches vides des chandelles romaines et des jets est encore assez pesant pour que sa chute puisse tuer ou blesser plusieurs personnes, au lieu qu'il n'y a aucun inconvénient à laisser s'éloigner l'aérostat qui emporte le châssis et tout l'appareil, et dont la chute s'opère doucement par la déperdition insensible du gaz.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ce qui concerne les aréostats ; je n'ai pas été en position de faire des essais sur cet objet. Je dirai seulement qu'il me semble que la découverte des ballons devait offrir de grandes ressources à la pyrotechnie, et qu'on n'en a pas encore tiré tout le parti qu'on pouvait en espérer.
Ne serait-il pas possible, par exemple, de faire enlever en même temps plusieurs ballons placés à une certaine distance les uns des autres ? Chaque ballon serait tenu par une corde qui serait attachée à un poteau posé sur pivot, en forme de tour^ niquet; ces poteaux seraient à égale distance les uns des autres; les ballons, avant leur ascension, seraient réunis presque sur un même point; les
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cordes, dont un des bouts est fixé a un tourniquet, seraient toutes ramenées auprès des bal- Ions, posant à terre et traçant des lignes horizontales convergeant toutes au même centre; chaque bout de ces cordes serait attaché à un des ballons. L'artifice destiné à être enlevé serait établi sur des cordes incombustibles, attachées à chaque bout des cordes qui sont fixées aux ballons, au moment de l'ascension. Les ballons s'éloigneraient nécessairement les uns des autres, et les cordes sur lesquelles sont établis les dessins, en lances ou autres artifices, se trouveraient tendues et formeraient un réseau presque horizontal, abaissé cependant au milieu. On pourrait, outre les dessins en lances colorées, placer de distance en en distance des bombes remplies d'étoiles ; par exemple, les bombes placées le plus près du centre, lorsqu'elles s'épanouiraient, formeraient un cercle pourpre ; celles qui seraient plus éloignées formeraient un plus grand cercle, qui pourrait être bleu, et ainsi de suite. Les bombes formeraient des cercles de plus en plus grands, de différentes couleurs, et devraient prendre feu toutes en même temps. La quantité de bombes et autres artifices serait subordonnée à la grosseur des ballons et à leur nombre. Il y aurait des hommes placés auprès de chaque tourniquet, afin que, si le vent portait un ou plusieurs des ballons plus
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au centre les uns que les autres, on pût les ramener à une distance à peu près égale, en roulant de la corde sur les tourniquets, ce qui en diminuerait la longueur et ramènerait les ballons en arrière.
On trouvera peut-être cette idée un peu gigantesque; je cfrois cependant qu'elle est dans les limites du possible. Je n'indique que vaguement les moyens d'exécution, n'ayant pas, à cet égard, de plan arrêté; je lègue à l'avenir le soin de réaliser cette espèce de rêve, qui sera un jour probablement exécuté; car ce qui est possible finit presque toujours par arriver.