‹ Nouvelles recherches sur les feux d'artificeChapitre 32 sur 35 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES FEUX D'ARTIFICE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES FEUX D'ARTIFICE

La pyrotechnie a, depuis une vingtaine d'années, fait de notables progrès; elle s'est enrichie de plusieurs nouveaux effets, du mode de fusées sans baguettes (avec ailes en carton) , d'un nouveau genre de cartouches à bouts coniques sans étranglement, etc. ; mais l'innovation la plus remarquable, celle qui a, pour ainsi dire, créé une nouvelle physionomie aux anciennes pièces, en fournissant les moyens de les varier à l'infini, ce sont les flammes colorées. Cette précieuse découverte a produit une sorte de révolution dans la science pyrotechnique ; elle est probablement des-

Digiti

zedby G00gle

tinée à en faire encore reculer les limites. Malgré ces progrès incontestables, le goût des feux d artifice, on ne peut se le dissimuler, va en s'aflaiblissant. Quelle peut être la cause de l'indifférence du public pour un genre de spectacle qui, dans les temps les plus anciens, et pour tous les peuples, a eu le don d émouvoir ou au moins d'exciter la plus vive curiosité? Il serait difficile de le dire, si ce n'est qu'on se fatigue des plus belles choses, et qu'on a, depuis une certaine période de temps, assisté à un si «grand nombre de solennités qui se terminaient par un feu d'artifice que ce goût a fini par s'user ; mais on peut prédire d'avance que l'insouciance du public ne sera pas de longue durée, et que ce goût se ranimera probablement avant peu.

Ce qui me donne cette espérance, c'est que la pyrotechnie est une très-jolie chose, et que ce qui est réellement beau finit toujours par être apprécié.

On dit que les feux d'artifice coûtent beaucoup et durent peu. Cela est vrai; mais il serait fort difficile d'indiquer le spectacle qui , même avec une dépense égale, pourrait les remplacer en produisant autant d'effet, et auquel pourrait assister un aussi grand nombre de spectateurs.

Je terminerai cet ouvrage par un résumé des conseils que j'ai donnés et qui sont épars dans les différents chapitres; je signalerai de nouveau

Digiti

zedby G00gle

OAUTIFICE. #91

les soins et toutes les précautions qu'il est essentiel d'apporter dans la confection des pièces , et même dans les opérations préparatoires. En pyrotechnie , toutes les conditions doivent être rigoureusement remplies ; une omission ou la plus petite négligence peut faire tout manquer.

La première chose dont on doit s'occuper, c'est de s'assurer que les ingrédients qu'on se propose d'employer sont de bonne qualité. S'ils ne l'étaient pas, il faudrait, sans hésitation, les changer ou les purifier. (Je donne à la fin de la description de chaque substance la manière de faire cette opération.) Le poussier de tonneau doit être employé de préférence au poussier qu'on obtient en écrasant la poudre grainée. Ce dernier, quoique passé au tamis de soie le plus fin , contient encore des parcelles de grains non complètement écrasées, ce qui est sujet à faire crever les tubes ou les cartouches.

Les amalgames des i ngrédients forman tles compositions destinées à charger les jets ou cartouches, soit de fusées volantes ou autres, doivent s'opérer en passant ces ingrédients au moins trois fois dans un tamis de crin. On ne doit pas imprimer de mouvement au tamis (j'en ai dit plus haut la raison), mais frotter avec la main. Les ingrédients les plus gros, qui ne pourraient pas passer dans le tamis, tels que le charbon du plus fort

Digit

zedby G00gle

numéro ou le sable de grosse fonte, seraient, après que l'amalgame des autres ingrédients serait opéré, mélangés avec un morceau de carton, en retournant la composition jusqu'à ce que l'aspect de ce mélange fût d'une teinte uniforme et homogène. On doit, pour faire le carton, n'employer que du papier bien lié, en bon chiffon (le papier d'office est très-convenable). On trouve dans le commerce beaucoup de papier d'une belle apparence d'un grain très-fin; il faut s'en méfier; le plus souvent on a mélangé, dans la pâte, du sulfate de baryte, qui le fait paraître superbe, mais qui le rend cassant. Les cartouches faits avec ce carton , lorsqu'on les charge , sont sujets à crever. Il est nécessaire, lorsqu'on roule les jets, que le carton soit enduit de colle sur toute sa surface intérieure, excepté le commencement ou bord sur lequel pose la baguette. Ce carton doit être serré le plus possible avec la varlope, afin qu'il n'y ait aucun vide entre chaque circonvolution.

Il faut que les cartouches aient plutôt un peu plus d'épaisseur que moins. (Voyez la proportion indiquée à l'article Cartouche. ) Les trous des fusées volantes, ou des autres jets étranglés, ne doivent pas avoir moins des deux cinquièmes, un peu forts, du diamètre intérieur; s'ils étaient plus petits, ils seraient sujets à crever.

Digiti

zedby G00gle

H est utile, pour bien charger les jets, que les baguettes entrent juste dans les cartouches. On laisse ordinairement un peu de jeu, dans la crainte que la compression de l'air n'enflamme la corn* position; mais j'ai imaginé un moyen qui empêche que cet accident n'ait lieu. (Voir l'article Baguettes àcharger, p. 107.) Il ne faut jamais négliger de mettre dans chaque conduit de communication deux brins d'étoupille; un seul brin pourrait suffire à la rigueur, mais avec deux brins la transmission du feu s'opère avec beaucoup plus de certitude.

Les brins de mèche que Ton introduit dans les cartouches ou dans les tubes qui portent a nu sur la composition doivent être courbés, c'est-à-dire former un petit crochet, afin que, lorsque la chemise du jet est liée sur le conduit, là mèche ne puisse pas s'échapper.

Les ingrédients destinés à former les compositions des feux colorés, soit pour étoiles, flammes, grains ou lances, doivent être pulvérisés séparément et passés dans le tamis de soie le plus fin.

Si on veut avoir une petite provision de ces substances toutes pulvérisées, il faut les garder dans des flacons en verre bien bouchés. Si on le» laisse exposées à l'air, celles même qui ne sont pas hygrométriques absorbent de l'humidité de

Digiti

zedby G00gle

l'air, comme tous les corps poreux; par conséquent , le. poids de chaque ingrédient ne serait pas dans une juste proportion , puisque chacune de ces substances n'attire pas au même degré l'humidité de l'air , et les compositions seraient moins belles.

Ces précautions paraîtront minutieuses, mais elles ont plus d'influence qu'on ne pourrait le croire. Il y a une différence très-prononcée entre des compositions faites avec des substances renfermées et sèches, et celles faites avec des ingrédients laissés en contact avec l'air humide; les premières sont vives et ont une teinte fraîche ; les secondes, au contraire , brûlent mal , et ne produisent qu'une flamme terne et jaunâtre.

Pour mouler les étoiles, il faut humecter le moins possible les compositions ; les amalgames mis en pâte sèchent très-difficilement, et ne produisent jamais un bon effet. (Voir la manière de comprimer les étoiles à l'article Chandelles romaines, page 232.)

Lorsque les compositions sont lentes, et qu'on pourrait craindre que les étoiles qui garnissent les fusées ou les bombes ne retombassent à terre avant d'être entièrement consumées , ce qui est dangereux, on leur donnerait d'abord moins d'épaisseur; puis, lorsqu'elles seraient sèches, on les enduirait, sur toute leur surface, d'une

Digiti

zedby G00gle

D ÀhTIFICE. Mtf

couche légère de colle d'amidon un peu claire, et on les roulerait immédiatement dans du poussier de poudre. Si, au contraire, elles étaient trop vives (il y a des compositions qu'on ne pourrait ralentir sans leur faire perdre toute leur beauté), on enduirait toute la surface des étoiles, excepté un des bouts qui serait amorcé, et par lequel prendrait le feu; on enduirait, dis-je, ces étoiles d'une couche de dextrine très «épaisse ou de gomme arabique. Ne brûlant que par un bout, ces étoiles dureraient beaucoup plus longtemps. On pourrait d'ailleurs les faire un peu plus longues.

Il faut s'assurer avec la plus grande attention que tous les jets d'une même pièce sont bien en communication entre eux; il est essentiel de faire une seconde revue lorsque les artifices sont placés ; on doit imprimer avec la main un mouvement aux roues, afin d'essayer si elles tournent librement.

La pose des pièces est aussi une chose trèsimportante ; on ne saurait fixer trop solidement les poteaux sur lesquels on doit placer les pièces tournantes. S'ils n'étaient pas bien assujettis , la rotation des roues ferait vibrer le poteau ; il se produirait un double mouvement qui paralyserait celui de la roue ; elle s'arrêterait ou tournerait mal.

zedby G00gle

ta

J'ai eu, pendant un moment, l'intention de tracer le plan d'un feu d'artifice, mais j'ai réfléchi que ces espèces de modèles étaient peu utileâ ; en fait de choses de goût, on admet rarement les idées des autres ; on ne trouve bien ordinairement que ce qu'on ordonne ou ce qu'on imagine soi-même. J'ai donc renoncé à ce projet ; je me bornerai simplement à quelques réflexions générales. Je conseillerai , par exemple, de régler la succession des pièces de manière que la surprise ou l'admiration aille toujours en augmentant, sans cependant avancer par une progression trop insensible, ce qui serait un

Digiti

zedby G00gle

défaut. On verrait alors sans émotion les pièces susceptibles de produire le plus d'effet. Il faut que la pièce qui succède à la première tirée soit, sinon beaucoup plus belle, au moins assez différente pour qu'il soit impossible d'en confondre l'effet avec celui de la première. On peut fixer l'attention en faisant se succéder deux ou trois pièces qui, par leur nature, ne peuvent pas produire plus d'effet les uns que les autres, mais qui doivent être très -dissemblables; c'est une espèce de temps d'arrêt qui tient en haleine l'attention des spectateurs , sans cependant l'affaiblir ; puis il faut arriver d'un seul bond à une pièce d'un plus grand effet. On peut tirer ensuite d'autres pièces d'un genre différent et varié, sans être cependant d'un effet moins saillant que la pièce qui les a précédées. On agirait de la même manière jusqu'au départ du bouquet, qui doit faire arriver à son paroxysme l'émotion des spectateurs. Il est assez rare que toutes les pièces d'un feu d'artifice réussissent complètement; les lacunes que cela occasionne dans l'ordonnance du feu sont très -nuisibles; le public, qui ne se doute pas de la grande difficulté de tout prévoir dans des détails aussi nombreux que l'arrangement d'un feu d'artifice, même composé de peu de pièces, attribue à l'impéritie de l'artificier ce qui le plus

Digiti

zedby G00gle

Page 1