‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 1 sur 36 · CHEVALIER DE L'ORDRE ROYAL DE SAINT -LODIS · texte numérisé non relu

CHEVALIER DE L'ORDRE ROYAL DE SAINT -LODIS

MEMBRE DE LA LÊGION-D'HGNNEUR , ,

SOUS-DIRECTEÜR DE LA CAISSE d’ AMORTISSEMENT,

A celui à qui je suis uni depuis long-temps par les liens de la plus sincère ami-^ tié et par çeuoc d^une double alliance ^

Comme un gage d^ estime^ de reconnais-sance et dhin attachement inviolable.

J. PoiLROÜX.

DISCOURS PRELIMINAIRE

Parmi le grand nombre de maladies qui pè-« sent sur riiumanité , les unes sont remarquables par leur attaque subite , la rapidité de leur marche 5 leur danger prochain et la variation de leurs symptômes ; les autres frappent, au contraire, par leur développement insensible , une marche lente , des symptômes peu efïVayans et peu dangereux , et une moindre variété dans les phénomènes morbides. Cette différence a donné lieu à la division des maladies en aiguës et en chroniques.

Les médecins de Tantiquité , mais surtout le père de la médecine , s'occupèrent spécialement des premières. En observant les influences des constitutions médicales , de la température de Tair, du changement des saisons et de la direction des vents sur le développement des maladies , Hippocrate légua à ses descendans des faits précieux et des observations nombreuses, qui jetèrent un grand jour sur la nature et les différentes espèces

DISCOURS PEELIMliyAIflE.

Vlîj

de maladies aiguës. Les plus îiabiles médecins de tous les siècles , en suivant cette marclie, nous ont laissé beaucoup de descriptions d'épidémies ou d'autres maladies produites par les influences de î^air^ dont la iTiarclie est également active.

L'étude des maladies dépendant de l'influence des marais ^ de la réunion d'tio grand nombre d'individus ^ ou des matières végétales et animales en putréfaction ^ a augmenté le tableau des affections aiguës et les cbfférences qui existent enCre elles. De là de nouvelles descriptions épidémiques sur cette classe de maux. Ajoutons à cela les travaux des médecins instruits elirigés par Fimpulsion des Sociétés médicales^ et surtout de Faociemie Société royale de Médecine de Paris , vers les topographies médicales les constitutions atmospliériqiies et Finflueiice des saisons *5 la circonstance des dernières guerres qui ont désoi^FEurope , et qui ont produit beaucoup d'épidémies de divers caractères; toutes ces causes réunies font que les maladies aiguës ont été étudiées sous toutes les formes possibles ^ que leur doctrine est assez bien établie ^ et que nos connaissances sur cette classe de maux sont assez étendues.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Nous*ne pouvons en dire autant des maladies chroniques : plus rares et tenant moins à Finfluence des constitutions médicales 5 elles furent plus négligées par les anciens. D ailleurs^ les affections vives excitaient plus leur intérêt à raison des phéno mènes varia» Lies et intéressans qu'elles présentent. Dans la suite des siècles ^ les affections lentes s'étant multipliées à cause de la dépravation des mœurs 9 de rintroduction en Europe du virus ^syphilitique , de la population toujours croissante des grandes villes ; à cause des grandes richesses qui ouvrent la porte à tous les agens qui détériorent la constitution , de l'excessive pauvreté qui s'entoure de tous ceux qui entravent les ressorts «de la vie 9 des arts sédentaires si propres à favoriser les maladies lentes 9 de rabaridon de l'art salutaire de la gymnastique 5 mais surtout des passions tristes de l'âme 9 suite d'une révolution étonnante qui a bouleversé le globe et multiplié par conséquent les maladies nerveuses et les affections organiques ; les médecins ont

senti la nécessité d'étudier d'une manière particulière ces affections afin de remédier -aux ravages qu’elles produisent dans tous les

pays.

ÏDISCOtîRS IPB ÉLIMINA IRE.

Cependant les auteurs qui Oui; traité Je ces maladies , si on en excepte un très-petit nom-* bre, tels que Sydenham, Stabl, Bo'rdeu , etc., se sont plus occupés de descriptions individuelles, de monographies sur la plupart de ces maux , que des rapports qui existent entre les maladies longues et les affections aiguës , des causes qui fomentent en général les premières^ de leur nature considérée dans leur ensemble , des analogies et des différences qui existent entre elles , enfin de leur doctrine générale.

L’ancienne Société royale de Médecine de Paris , en stimulant le zèle des médecins pour Fétude des constitutions médicales, des topographies de*s différentes villes du royaume et des maladies aiguës qui y régnaient, embrassait aussi dans ses programmes un plan vaste qui tendait à éclairer les points les plus importans de la doctrine des maladies chro-r niques , et à diriger les recherches des médecins vers celles de ces maladies qui , par leur fréquence et leur gravité, réclament une étude particulière. C’est à l’impulsion donnée par cette savante Compagnie que nous devons la publication d’excellens traités sur l’utilité de ia fièvre dans les maladies chroniques, les ma^

DlSCOÜnS PLELLMINAÏRE-

ladies du système lymphatique , les inflammations chroniques des viscères , les maladies héréditaires 5 les scrophiiles , le rachitis 5 la phthisie pulmonaire , le carreau , et autres affections de cette nature qui ont jeté un grand jour sur le caractère de ces maladies.

La Société de Médecine- pratique de Montpellier 5 marchant sur les traces de ce corps académique, avait également conçu un vaste projet sur les moyens d'approfondir la doctrine de ces affections. Elle avait d'abord proposé des problèmes généraux pour en venir ensuite à de particuliers dont la solution aurait formé une doctrine complète des maladies chroniques ; mais « soit , comme celle » Société Va énoncé dans ses Annales ciini^ » ques (i) , qu'on ne puisse qu'avec de gran- » des difficultés s'élever jusqu'à la hauteur des propositions qui établissent les fondemens d'une doctrine, soit que dans l'état » actuel de la science on n'ait pas encore un )j nombre suffisant de faits pour eu établir solidement les principes , elle annonçait » que nous étions le seul auteur qidelle eût

(i) Tom. xxxr^ pag. 86„

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Xlj

)) couronne dans la carrière qu^elle avait )) ouverte ^ » et que notre ouvrage étant susceptible cFim développement plus rationnel ^ elle nous engageait à méditer encore notre sujet, et à faire part ensuite au public du résultat de nos recherches.

En nous rendant aux vœux de cette célèbre Compagnie , nous devions avoir égard aux travaux publiés à cette époque* ou postérieurement par des médecins savans , et ne point faire figurer dans notre ouvrage des objets essentiels concernant les maladies chroniques qui avaient déjà été traités avec succès par des auteurs recommandables.

Le travail le plus complet qui ait paru sur cette matière est, sans contredit^ la Doctrine générale des maladif chroniques par Dumas^ qui enseigna aVec éclat les principes de la médecine hippocratique à la Faculté de Montpellier , et qui a publié nombre d^’aulres ouvrages qui lui assurent une place distinguée parmi les médecins de son siècle.

Ce livre ne laisse rien à désirer sur Farlicle des crises , sur les élémens qui composent ces affections 5 les différens systèmes d'organes qu'elles attaquent, et les causes

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

XMJ

en general qui disposent , favorisent ou qui contribuent à leur développement. Mais l'auteur^ en montrant les rapports et les différences qui existent entre les aiguës et les chroniques 5 et en concluant qu'on peut les séparer , puisqu'il s'est occupé spécialement des dernières , n'a point déterminé d'une manière précise s'il est d'une grande utilité de séparer ces deux classes de maladies ^ ou si on peut les confondre sans inconvénient dans un traité général de médecine. En méditant sur la solution de ce problème , nous avons trouvé qu'il existe des maladies lentes qui peuvent 5 à la rigueur^ être confondues avec les affections vives , et d'autres dont la nature et les différences sont telles qu'elles ne peuvent être rangées dans le même ordre que les aiguës.

Cette découverte nous a suggéré l'idée de diviser les maladies chroniques en plusieurs .classes 5 et chaque classe en groupes ou. familles j dont les rapports avec les aiguës^ trèsprononcés dans les premières ^ vont toujours en diminuant dans la classe et familles subséquentes. Nous n'avons pas eu d'autre objet en vue dans celte espèce de classification : aussi y loin de nous l'idée d'avoir voiilii faire

xIt discours prélimiwàirb.

une nosologie ou nosographie des maladies lentes. Voilà pourquoi, après avoir distingué ces affections en plusieurs classes , au lieu de les subdiviser en ordres , genres et espèces, comme les nosographes, nous nous ^ somme hâtés d'en revenir à des chapitres, sections , etc. , pour prouver que notre but n'était point une pareille classification.

La raison en est que l'expérience a déjà suffisamment démontré combien un bon cadre nosologique est difficile à faire et à remplir. Toutes les classifications de maladies qui ont paru depuis Sauvages jusqu'à ces derniers temps ont offert des défauts graves qui les ont fait tomber; celle qui, de nos jours , semblait reposer sur des principes solides , qui était fortifiée par les découvertes modernes d'anatomie et de physiologie , et qui avait attiré tant de gloire à son auteur , a reçu depuis peu de temps des secousses si fortes , et a tellement été ébranlée dans ses bases que l'édifice ne peut tarder de crouler.

Dumas n’ayant presque rien dit des maladies organiques et des affections héréditaires , nous avons particulièrement étendu nos recherches sur ces deux ordres de^ maladies. On ne peut se refuser à admettre que

DISCOURS préliminaire.

ranatomie pathologique a fait beaucoup de progrès depuis Bichat 5 que la plupart des médecins qui s’en occupent ont découvert des choses utiles qui jettent une grande clarté sur la nature et le siège de la plupart des maladies 5 mais surtout des affections organiques. Les tubercules ont été mieux étudiés et mieux connus 5 les dégénérescences des tissus et les transformations organiques ont été mieux distinguées les unes des autres j on en a découvert qui étaient tout-à-fait ignorées 5 on a approfondi la nature et le caractère des maladies cancéreuses ; on a fait disparaître la confusion qui existait sur les diflérens kystes. 11 était donc nécessaire que les maladies organiques , dont la connaissance repose sur ces différentes découvertes, fussent présentées dans un cadre méthodique et classées suivant les dégénérescences et les transformations des tissus. En faisant ce travail, nous avons encore eU en vue de mon» trer les rapports qui existent entre les maladies organiques , tout-à-fait différentes en apparence^ et qui se rapprochent néanmoins par l’identité de lésion organique 5 et , d’une autre part , de signaler les différences et les caractères opposés qui existent entre certaines

xvj i>ïscouRs Préliminaire;

affections organiques qui présentent à-peii-» ^ près les mêmes symptômes y qui ont leur siège dans les mêmes organes ou les mêmes tissus 5 et qui ont été si souvent confondues parles médecins, et qui diffèrent néanmoins essentiellement entre elles à cause de la différence dans la dégénération ou la transformation des tissus des organes.

, La manière dont nous avons traité des maladies de famille nous fait espérer qu'on y trouvera des vues nouvelles , propres à éclairer cette classe de maladies. Un célèbre médecin de Paris, en indiquant une cause générale à laquelle se rattachent presque tous les maux de ce gem^e, avait énoncé un fait important prouvé par Fexpérience clinique et Fouverturê des cadavres ; mais cet auteur s'était borné là , et n'avait point tiré de ce fait les inductions qui peuvent servir au traitement des maladies héréditaires. Nous avons été plus loin , et a!près avoir confirmé sa doctrine par des observations concluantes, nous avons établi des principes basés sur cette étiologie d'oü découlent des conséquem ces importantes sur la thérapeutique, et principalement sur le traitement prophylactique de ces affections.

î)is.(:üuns • xtij

Le reste de notre ouvrage tend à développer et à cou tir mer les principes que nous avions émis dans notre Mémoire sur les maladies lentes, couronné à Montpellier.

Ces principes reposent sur cette base, que la débilité est Télément essentiel des affections chroniques , et que Fénergie des forces vitales fait le caractère dominant des maladies aiguës •, ils portent encore sur ce point fondamental, que la nature, comme Fa énoncé, depuis long-temps le père de la médecine , guérit presque seule les maladies, ou, en d’autres termes , qu’il existe dans Féconomie vivante un principe conservateur dérivant des lois de Forganisation, qui tend à remédier aux ravages produits par les* causes morbifiques quelles qu’elles soient. Ce principe agit avec vigueur et souvent avec une exaltation dangereuse dans les affections vives. li ne déploie qu’une faible activité ^ ses mouvemens sont insensibles et presque toujours insoffisans dans les maladies chroniques. La nature , il est vrai , en travaillant à !a guérison des maladies , fait souvent des écarts graves et mêmé meurtriers , que le médecin doit corriger; celui-ci doit encore. lui donner 1^ main dans certains cas, en modérant

X Y i ÎJ DISCOURS PRÎiLTMÎKAraE .

line activité démesurée oiï en aigulllonnaiil une action trop languissante ; mais est-il en son pouvoir de guérir promptement les maladies' sans le concours de Tagent en question ? En général , la solution d’une maladie ne peut avoir lieu tout-à-coup; elle ne s’opère 3 surtout dans les aiguës , qu’au bout d’un certain intervalle plus ou moins fixe , ou l’on volt paraître des évacuations critiques qui terminent son cours. Les actes de coction et de crise appartiennent exclusivement à cet agent ; l’art ne peut les produire ni les imiter 3 le médecin ignore même le mécanisme de ces opérations.

Il a été recôoouj par le défaut de succès de toutes les métliôdes curatives dirigées contre les maladies fébriles pour les faire avorter ou suspendre leur marche lorsqu’elles sont bien développées ( soit que ces méthodes attaquent les causes matérielles les plus apparentes 3 OU' qu’elles se bornent à la médecine du symptôme, ou quelles soient basées sur la manière d’être des forces vitales), qu’en vain le médecin voudrait s’élever à la connaissance de la véritable cause des maladies, et qu’en vain il se flatterait de trouver le moyen de faire cesser dans leur commen-

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DÏSCOÜBS- BR^LÎÎim ÎBF *•'

cemeot des affections morbides quelconques.

Il est egalement démontre que la nature agit moins dans les chroniques.: d'un côté^' elle est faible et impuissante ; de Tautre , les causes morbides stimulant moins les forces Vitales, la réaction se trouve plus languissante et souvent nulle. Néanmoins elle agit quelquefois; et lors même que l'appareil de ses mouvemens ne frappe pas les sens^ il survient des évacuations critiques qui sont son ouvrage , et qui terminent des maladies auxquelles le médecin avait opposé en vain toutes les l'essources de son art. Elle agit dans d'autres circonstances au moyen de secousses fébriles développées tout-à-coup , qui mettent fin à des maux opiniâtres que le médecin avait également combattus inutilement. C'est en la favorisant et en l'imitant en pareille circonstance que le praticien obtient les plus grands succès.

- Ce rôle, sans doute, ne flatte pas Forgueil du médecin, n'étant que le ministre et non le maître de la nature : il lui est pénible de supporter cette espèce de joug. Ce fut sans doute pour le secouer que s'établit, lors des plus beaux, jours de Iloroe, la secte des mé-

JH BTSCOÜRS PRELÎlVnNAlRF..

lliodisleSj qui fliisaii dépendre îoutes les maladies^ de trois manières d’être des forces vitales , lesquelles se trouvaient exaltées et vi-^ goiireuses dans leur strictum ^ affaiblies et languissantes dans leur laæitm , et dans une combinaison d’exaltation et de faiblesse dans le înicctum. Au moyen de cette division , la médecine devenait très-simple et facile à exercer. Affaiblir^ fortifier, ou combiner certains remèdes débilitans avec des toniques, voilà en quoi consistait tout le traitement des maladies. La recherche des causes morbiliques devenait inulile , et on se félicitait d’abandonner cette voie lente , incertaine et peu satisfaisante pour le médecin orgueilleux, qui conduisait aux actes de coction et de crise.

Cette secte ne régna qu’un certain temps ; sa metbode ne put s’appliquer à toutes les maladies , et le succès ne couronna pas toutes les espérances flatteuses qu’elle en avait conçues. La doctrine d’Hippocrate lui succéda de nouveau; et la nature , reconnue derechef comme le vrai médecin , recouvra tous ses droits.

Sur les débris de cette secte on a vu s’en former mie autre dans ces derniers temps , dont la méthode était plus simple et l’ap-

Discoims PR^LîMir^Ains. sxj

plicatioîi aa traitement des maladies plus lacile. Brown fit disparaître de sa 'doctrine r, qui n'ëtait que la reproduction de. celle de Themison , le mixtuin des médecins inër ihodistes , sur la nature duquel il n’ëtait pas toujours facile de se fixer , «et qui demandait une ëtude plus réfléchie des phëhomènes pathologiques. Le médecin écossais réduisit donc toutes les maladies à des affections où les forces vitales sont dans un état d’exaltation et à celles où elles paraissent affaiblies et languissantes. De là le nom de maladies sthéniques et asthéniques p. mais comme Tasthénle était plus souvent supposée par Brown et ses sectateurs dans les maladies fébriles que réiat contràirej lés principes de cette secte , adoptés par une grande partie de l’Europe , furent cause qu’on traifa les fièvres adynamiques et ataxiques avec des remèdes stimulans et incendiaires qui produisirent des ravages dans le traitement de ces maladies. ' ^ .. é

C’est peut-être autant à ce mauvais traitement qu’à la découverte de rinfluence physiologique et pathologique de l’estomac et* du tube digestif sur les autres organes, et à la counaissance^e rioflammation de la muqueuse

DISCOURS PRÉUfMDvÂFRE,

du canal alimentaire dans l'ëtat chronique comme dans le mode aigu et fébrile 5 qu’est due la formation de la troisième secte actuelle, qui veut faire dépendre toutes les maladies dhine seule modification des forces vitales.

- ^On ne peut^ disconvenir que les médecins qui la composent n’aient rendu un grand service à la science , en faisant connaître des maladies qui ont élé long-temps méconnues, en appelant l’attention des praticiens sur les rapports sympathiques d’un des principaux organes de l’économie animale avec les autres viscères et appareils organiques , . et en dévoilant la cause d’un grand nombre d’af^ fections qui n’était pas même soupçonnée.

Mais en faisant dépendre toutes les maladies de l’irritation ou de l’inflammation ; en rapportant tous les phénomènes morbides à la seule lésion d’un organe , et en n’admettant 5 d’après ces principes , qu’une seule méthode de traitement , ne s’exposent-ils pas à faire commettre des abus plus graves que ceux qu’ils ont voulu corriger ? Ne reconnaître en pathologie qu’une seule et même cause capable de produire cette variété prodigieuse de phénomènes morbides , c’est rétiaire , pour nous servir dhine expression em-

bïSCb'tJF.S P R ÉIJ MIN AIRS. XX HJ

pruntée aux mathématiques , îa^ médecioe a sa plus simple expression. Mais un art aussi compliqué , dont les principes sont modiiiés par des milliers de circonstances imprévues 5 est-il passible de cette réduction ? Cette doctrine est bien plus attrayante encore que celie du médecin écossais et des an<5iens mélliodistes : néanmoins la thérapeutique des sectateurs du jour est à-peu-près celle de Themison et de Thessalus ; comme eux , iis emploient les saignées et surtout les sangsues ; et on sait que les méthodistes furent les premiers à faire usage de ces sortes de vers. Comme eux 5 ils proscrivent les purgatifs , et mettent une grande confiance dans les fomentations 5 les cataplasmes , les épispastiqnes *, et comme eux surtout ils fondent leur plus grande espérance dans une diète rigoureuse , pour dompter l’état inflammatoire ; diète que les méthodistes ordonnaient pendant trois jours. Si celle thérapeutique, employée autrefois dans beaucoup de maladies 5 n'empêcha point cette secte de tomber et de laisser revivre la doctrine hippocratique , poorra-t-on se flatter d’être aujourd’hui plus heureux eo faisant usage des mêmes moyens pour remédier à une seule

DISCO U ns PR ELI iM 1 IRE.

modificalioii des forces de la vie et à une seule lésion organique primitive et directe ?

D’ailleurs , si Finflammatioii est la cause universelle des maladies , les émissions sanguines doivent être les moyens les plus eflî-

caces et ceux qui , dans tous les temps, auront arraché le plus de victimes à la mort. Mais Galien , qui versait le sang avec profusion, était-il plus heureux sous ce rapport dans le traitement des maladies que les médecins de son temps ? Et lorsque Botal , à la fin du seizième siècle, poussait cette fureur de la saignée jusqu’au dernier excès , et que sa méthode était généralement suivie, les maladies étaient-elles plus tôt terminées, et le nomhre des victimes diminuait-il en proportion des effusions sanguines ?

La manie de verser le sang dans tous les cas pathologiques ne fut -elle pas très-commune pendant le dix - septième siècle et une grande partie du dix -huitième ? Des médecins tels que Valérius Martinius sorw tenaient que l’on pouvait perdre ce fluide comme une liqueur inutile. Willis conseil-

ait la saignée dans toutes les maladies, même dans celles qui sont ordinairement aggravées par ce moyen ihérapeulique et Sydcnhanij

DISCOURS PRELIMIJXAIRE.

quoique médecin judicieux et excellent observateur, en usait sans doute trop dans sa pratique.

On abusa des saignées au commencement

du dix-huitième siècle comme auparavant.

Les Hecquet , les Sylva versaient le sang avec la meme profusion que Botal ^ et on se tromperait bien si Ton s'imaginait que ces médecins, qui donnaient des' éloges outrés à la saignée dans leurs écrits , se modéraient ensuite dans leur usage au lit des malades. Un seul fait historique que voici suffirait pour détruire cette erreur. L'un de ces grands phlébotomistes , Hecquet, presque octogénaire, épuisé par nombre de causes débilitantes , se fit saigner quatre fois pendant une maladie d'un mois, et expira, pour ainsi dire, sous la lancette , puisqu'il succomba quatre heures après la dernière saignée.

L'abus de ce remède fit tomber ^ans un autre opposé, et cela, sans doute, parce qu'un pareil abus, au lieu de concourir à la guérison des maladies, devenait meurtrier. Pour avoir trop saigné, on ne saigna plus. D'un autre côté , d'autres médecins^ méprisant là doctrine des crises , mettaient toutes leurs esperarices dans les purgatifs. Ils purgeaient

'J 1 T j DISCOURS PR ÉLIIVIÎIVAI RIE .

tous les deux jours dans les ditïërentes fièvres 5 et ils se glorifiaient de leurs succès. Les Anglais prodiguent encore aujourd’hui ces sortes d'ëvacuans ; et si les effets de cette méthode étaient aussi désastreux que devraient les rendre des inflammations entérogastriques , leur revers , il ne faut pas en douter , leur feraient abandonner une pratique si pernicieuse.

Pour ce qui concerne les fièvres intermittentes, que ron suppose tant qu’on voudra que leur cause est une inflammation de la ‘ muqueuse gastrique , qui peut disparaître avec l’accès et revenir ensuite avec lui , les moyens anti-phlogistiques ne conviennent que dans un très-petit nombre de ces fièvres et pendant les paroxysmes seulement. Les remèdes véritablement curatifs sont les stimulans , les amers , les toniques , en un mot , le quinquina ou d’autres remèdes qui ont des propriétés analogues, et qui sont nuisibles dans l etat inflammatoire. Les interîTiittentes du printemps , celles qui offrent une forte réaction vitale chez les tempéramens sanguins , admettent , à la vérité , les saignées; mais les automnales , celles qui ■•sont produites par les cffliiyes des marais,

DISCOURS RBELIMINAiB'E. IXVÎJ

.qui attaquent d'une manière grave le système

nerveux , réclament-elles ce genre de remède , et les praticiens se trouvent-ils bien de son usage ?

Si les maladies qui forment la nombreuse classe des fièvres ne dépendaient que d'une inflammation du canal digestif , et si ces affections ne consistaient que dans les symptômes locaux ou sympathiques produits par celte inflammation , les saignées et les remèdes débilitans devraient suffire au commencement pour les faire avorter et pour les guérir plus tôt et plus sûrement que par toute autre méthode. Bien loin de laïque l'on attaque ces maladies par les émissions sanguines et les anti-phlogistiques , à la manière des phlébotomistes des dix-septième et dixhuitième siècles, ou parles sudorifiques dont on abusait tant à l'époque où Sydenham fit tomber leur usage , ou par l'emploi des purgatifs, selon la méthode des Fizes , ces maladies n'en font pas moins leurs cours , parcourent toutes leurs périodes , et se terminent , à certaines époques , par des évacua-

lions critiques. C'est ainsi que l'avait vu Hippocrate il y a plus de vingt siècles , et c'est ainsi que l'ont observé les plus fameux me-

DISCO ÜIl 5 TRELI î?v lîRE .

ÏXVIÎ)

decins de tous les temps et de tous les pays. Aussi les méthodes des empiriques , des méthodistes , des partisans des saignées , des purgatifs et des émétiques^ des Browiiistes, ont été abandonnées par les praticiens judicieux pour en revenir à celle que Técole de Cos a prouvé être la meilleure. Cette doctrine est calquée sur ce principe invariable, que la réaction vitale constitue en grande partie une maladie fébrile , et que c’est le succès de cette réaction qui en assure la solülion heureuse. L'irritation du principe morbide et les phénomènes locaux et sympathiques qui en résultent , ne formenl qu'une partie de celle même maladie.

En passant des maladies aiguës aux chroniques, nous trouvons que les inflammations lentes , les maladies du système lymphatique et les névroses chroniques composent àpeu' près .celte classe. '^Combien Sydenham se serait étrangement abusé si ces trois ordres de maladies ne demandaient dans leur traitement que les émissions sanguines et les remèdes débilitans , lui qui , quoique extrêmement partisan de la saignée, recommandait pourtant, dans toutes les affections chroniques^ les toniques, les fortiüans et

r>lsœuBs ptæliminâibë* xt\t

tous les remèdes capables de donner à la nature rénergie nécessaire pour réagir contre, les causes morbides 5 ajoutant que le médecin qui trouverait un remède qui remplît bien cette indication, aurait, dans le traitement des affections lentes , des succès qui rétonneraient!

La nombreuse classe desplilegmasies chroniques réclame , il est vrai , les émissions sanguines, mais elles doivent être plus modérées dans ces affections que dans les aiguës, parce que la débilité qui accompagne les in-^ flammations lentes est toujours un obstacle à leur emploi.

Que dirons-nous des affections lymphatiques et nerveuses , dont les causes sont toutes de la classe des débilitantes, qui tiennent presque toujours à un relâchement des solides et à un affaiblissement de Fappareil sanguin et des forces vitales?

Ne sont-ce pas les amers , les toniques , les stimulans qui combattent d'un manière efficace la plupart des maladies du système lymphatique? Si les scrofules et les autres maladies de ce système dépendent de l'activité des vaisseaux blancs, d'une trop grande énergie des vaisseaux et des tissus qui corn-

XXX DÎSCOÜBS PEFXîMJNAtRE.

posent cet appareil , pourquoi cos maîadiescèdeut-elles plutôt aux remèdes qui stimulent le système absorbant , qui donnent du ton et qui fortifient cet appareil 5 qu'aux moyens emolliens et débilitans , dont l’effet serait de remédier à ce surcroît d'énergie et de force auquel on veut rapporter les maladies en question ? En faisant usage de remèdes capables d'augmenter l'énergie du système san— guin pour rétablir l'équilibre et faire cesser la prédominance de l'appareil lymphatique , ainsi que le conseillent ceux qui rapportent les maladies de cet appareil à une surexcitation des vaisseaux blancs , ne doit-on pas redouter d'augmenter aussi l'activité de ces vaisseaux, et d'aggraver au lieu de guérir les maladies que l'on veut combattre par de pareils remèdes ?

Quant aux maladies nerveuses , quoique leurs symptômes soient calmés par les tempérans, les adoucissans, les bains tièdes^etc., néanmoins les remèdes qui en abrègent le cours et qui en assurent les solutions doivent être puisés dans la classe des toniques et des amers. En supposant que la phlogose ou rioflammation soit la cause des affections lymphatiques et des maladies nerveuses ,

mSCOUR s PRKTJlVIiNÂÎPiK , xxxj

comment concevoir que rexpérieoce de too# les temps et des meilleurs observateurs ait constaté que la fièvre qui excite en se développant une irritation dans toute Téconomie, qui ébauche Tétât inflammatoire dans tel ou tel organe, et qui, d'ordinaire, est nuisible lorsque Tinflammation la précède , puisse êtré un excellent remède pour faire disparaître une affection grave et ancienne du système lympliatique , traitée sans succès auparavant par les remèdes les mieux indiqués, ou pour guérir sans retour une maladie nerveuse réfractaire à tous les remèdes de la médecine ?

Si les partisans de la nouvelle doctrine sont fondés dans toutes leurs prétentions ; si T irritation est la cause presque universelle des maladies ; si le canal alimentaire en est ordinairement le siège , et si cet appareil est presque toujours souffrant •, si la méthode débilitante et les émissions sanguines doivent faire la base de la thérapeutique , et si ce mode de traitement réussit à guérir et à faire avorter les maladies , alors , sans contredit , la médecine va s'élever au pi veau des sciences^ les plus positives. Le vieillard de Cos et tous les médecins qui auront suivi sa doctrine au.ront été complètement dans Terreur. La

ÎXxlj DISCOURS PRÉLIMmAIRK.

nature ou Tagent que Ton suppose conservateur dans rëconomie vivante n’est qu’une chimère, la fièvre, que Sydenham et les médecins les plus célèbres ont considérée comme une arme entre ses mains pour atteindre les causes morbides , n’est qu’un ennemi redoutable^ ne pas la combattre lorsqu’elle existe, lui laisser prendre pied ou l’allumer dans certaines circonstances, est une pratique in-sensée et meurtrière. Que devient la médecine expectante, sinon une médecine absurde. Tous les remèdes toniques et excitans doivent être bannis de la matière médicale. Enfin , tout ce qui aura été écrit jusqu’à l’époque actuelle sera parfaitement inutile : il faudra livrer aux flammes les ouvrages d’Hippocrate et de ses commentateurs , les livres des médecins les plus célèbres de tous les siècles et de tous les pays; en un mot ^ tous les écrits qui ne s’accorderont pas avec la théorie du jour, La révolution médicale actuelle devant tout engloutir , le travail que nous publions subira le sort commun ; mais il sera consolant pour nous , et nous mettrons meme un certain orgueil à pouvoir mêler nos cendres à la cendre de nos pères.

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