CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Sur les Maladies chroniques^ leurs rap-points et différences avec les aiguës^ conséquences que Von peut tirer de leur comparaison.
Cjette foule de maux qui affligent riiumaliitésontils de même nature ^ soit qu’ils éteignent le flambeau de la yie dans un intervalle fort court , ou qu’ils désorganisent insensiblement la machine animale pour conduire l’homme au tombeau après des souffrances plus ou moins longues? Ou bien rernarque-t-on clans les maladies qui ont des marches si opposées ^ indépendamment du laps de temps y des différences assez tranchantes pour les faire distinguer les unes des autres ^ et pour exiger une thérapeutique différente ?
Tel est le problème c[ui se présente à résoudre à celui cfufveut s’occuper des maladies chroniques;, problème qui n’a pas encore été résolu d’une ma-
îlièrc satisfaisante^ malgré la publication de plusieurs ouvrages modernes sur cette classe de maladies.
Pour résoudre la question^ il faut considérer le sujet sous tous les poinls de vue ; examiner tous les rapports qui rapprocîient les affections vives des * maladies lentes ptracer les différences qu’elles présentent, et qui en font deux classes distinctes; signaler celles qui se rapportent à tel ou tel oi'dre de maladies chroniques ; et ce travail nous amènera à ce résultat qui nous montrera d’un côté l’exagération de l’opinion des auteurs qui croient qu’il n’y a aucune différence essentielle entre ces deux classes de maladies; et de l’autre l’erreur des médecins non moins recommandables qui pensent Cjue les différences observées entre les aiguës et les chroniques se rencontrent dans toutes les espèces d’affections lenteso
L’observation clinique nous apprend que toutes les maladies peuvent offrir une marche différente et parcourir leurs périodes avec plus ou moins de rapidité, suivant l’âge, le sexe, le tempérament, l’idiosyncrasie et autres causes accidentelles , sans que leur nature change , et sans que le médecin soit obligé de prendre une route différente pour les traiter méthodiquement. L’état inflammatoire, l’élément bilieux, le caractère muqueux, les affections nerveuses, les lésions cérébrales, thoraciques et abdominales ; enfin toutes les maladies qui atteignent simultanément les divers systèmes de Fé-
conomle animale ou qui se bornent à un seul appa»^ reil organique, et même à un seul organe, mar-client tantôt avec la célérité de Féclair , et tantôt d’une manière extrêmement lente. Dans Fun^et l’autre cas , le même régime ,* les moyens puisés dans les mêmes sources d’indications doivent être mis en usage pour les combattre d’une manière avantageuse*
î'’. D’après l’expérience journalière, la péripneumonie et la pleurésie aiguës offrent les mêmes lésions organiques, et exigent le même traitement que les pliîegmasies lentes de la poitrine. La péritonite chronique attaque la même membrane séreuse , en altère le tissu et se combat avec les mêmes remèdes que la péritonite aiguë. Il en est de même de la dysenterie, de Fophthalmie, du rhumatisme et de toutes les maladies inflammatoires ; leur marche active ou lente n’introduit aucune différence essentielle dans leur nature ni .dans la méthode curative.
2°. Les affections appelées bilieuses, soit qu’elles marchent, comme la fièvre ardente des anciens, avec une rapidité alarmante, ou qu^ elles se présentent sous une forme chronique et sans appareil fébrile , ainsi que Font observé les médecins qui nous ont laissé de bonnes clescriptions d’épidémies bilieuses, cèdent ordinairement aux émétiques et iaux purgatifs, quels que soient leur marche et le temps c|u elles mettent à, parcourir leurs périodes.
S'". Nous pouvons en dire autant des maladies
désignées sous le nom de muqueuses : que îa réaction vitale accompagne ces affections pour leur donner un caractère aigu ou qu elles revêtent, par le- calme du système artériel, une forme lente et chronique; dans les deux cas les évacuans des premières voies et les amers combattent avec un égal succès ces deux genres de maladies.
4*". En jetant un coüp-d’œll sur la classe nombreuse des névroses , on voit que le système nerveux est affecté de la même manière dans l’état aigu comme dans le chronicjue ; que les remèdes propres à calmer la mobilité nerveuse et à rétablir l’équilibre dans les mouvemens vitaux qui sont sous l’influence des nerfs , conviennent à l’hystérie, à fhypochondrie et aux névroses des différens organes, comme aux affections nerveuses aiguës, qui se combinant avec l’état fébrile, reçoivent de cette association une marche plus ou moins active.
Voilà donc des rapports évidens sur la nature et le traitement des aflèctions morbides qui attaquent les mêmes appareils organiques sous une forme aiguë ou lente, qui semblent devoir les faire confondre, et qui suffisent aux yeux de certains médecins pour les réunir dans une seule classe de maladies.
5®. Indépendamment de ces analogies , l’exer- , cice de la médecine nous montre encore que les maladies aiguës, de quelque nature qu’elles soient, après avoir affecté quelque temps une marche ac-
tive, deviennent chroniques si les moyens pour les combattre sont insuffisans pour en opérer la solution ; ou si les forces vitales, après avoir réagi quelqué'temps contre le principe morbide, tombent dans une espèce de torpeur, et deviennent, par cette chute, la cause de ce passage de Fétat aigu au chronique.
Ce changement de mode ou de marche dans les maladies s’observe particulièrement dans lesphlegmasles des organes, dans les différentes fièvres, et dans la plupart des affections vives où. les crises ne s’opèrent pas d’une manière avantageuse. Dans ces diverses mutations de forme, la nature des maladies reste presque toujours la même, et les ressources de la médecine- sé puisent dans la nxême classe de moyens curatifs. Il est vrai pourtant que l’espoir de guérison diminue, parce que ce passage devient désavantageux aux malades qui l’éprouvent. Hippocrate' et les médecins qui ont donné des descriptions épidémiques nous fournissent des exemples nombreux de ce passage du mode aigu au chronique.
6®. Les affections lentes éprouvent à leur tour un changement de forme et prennent le caractère aigu lorsque la fièvre vient à s’allumer par un effort même du principe conservateur, ou lorsqu’une lésion organique, telle qu’une phlegmasie , vient à être aggravée par des causes irritantes ou des écarts dans le régime; ou iorsqu’enfîn une épidémie régnante, affectant tantôt une marche ♦active , et tantôt une forme chronique, cette
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dernière passe a Fètat aigu par i’influence des causes accidentelles. Dans tous les cas , le caractère du mai lie change point , et le même mode de traitement trouve toujours son application.
Le docteur Broussais nous donne des exemples, dans son Traité des Phlegmasies chroniques , du passage de l’état lent à la forme aiguë par les causes indiquées. Les auteurs de la Description de FEpidéniie muqueuse de Goettingue nous fournissent les cas du mode lent et aigu dans la même épidémie , et du passage du premier au second par des causes bien légères et tout-à-fait étraîi« gères à la maladie épidémique.
7®. Les maladies qui se montrent ordinairement avec la marche îa plus lente , et qui sont par conséquent de véritables affections chroniques, telles C|ue la phthisie pulmonaire et Fhydropisie, prennent quelquefois, sous F influence des constitutions médicales, ou en se développant chez des sujets irritables dont le sang est riche en fibrine, ou lorsqu’elles se manifestent dans les pays chauds , prennent, dis-je, une marçhe très-active qui les rapproche infiniment des maladies aiguës. Ces affections ont alors un caractère inflammatoire qui repousse les méthodes stimulantes que réclament ordinairement ces maladies, et principalement les séreuses.
8®. Les phlegmasies des divers organes affectent une marche plus ou moins active, suivant la nature des tissus enflammés. On sait que les mem-
Lranes séreuses sont le siège des inflammation! s les plus aiguës^ tandis que celles des muqueuses affectent une marclie plus cliroiiic[ue. Les pklegmasies des cartilages, des tissus a vaisseaux blancs sont encore plus lentes c|ue toutes les autres. Les viscères, tels c|ue le foie dans sa partie concave, et la rate , sont atteints de phlegniasies plus clironiques que celles des autres viscères.
g®. Enfin, une cause très-légère, comme Fâgef le climat, le tempérament, ou une disposition par-» ticulière de l’individu, donnent à la meme maladie tantôt une forme aiguë et tantôt une marclie chronique.
A, Ainsi la même affection , soit qu’elle provienne d’une influence épidémique, ou qu’elle résulte d’autres causes, se montrera avec un caractère aigu à cette époque de la vie ou les forces vitales sont développées à leur plus haut degré , tandis qu’elle prendra une marche lente chez ce vieillard affaissé sous le poids des années oii les forces de la vie, incapables de réagir contre le principe morbide , abandonnent la machine aux effets destructeurs des causes morbifiques, qui la font crouler peu à peu sans trouver presque aucune résistance.
B. Comme le cercle de la vie se parcourt avec rapidité dans les pays chauds , l’organisation s’y développant et y étant détruitç dans peu de temps, les maladies s’asservissent à cette règle; les maladies fébriles y sont- très-aiguës,. Celles qui sont
ordinairement lentes y affectent une marche active , et parcourent leurs périodes aussi rapidement que les maladies aiguës dans les pays froids.
C. La saison hâte ou ralentit à son tour le cours des maladies : elles sont plus chaudes ^ plus vives en été ; elles se ralentissent et deviennent chroniques en automne et en hiver.
D. Une nourriture succulente Fusage des boissons spiritueuses , une vie active et laborieuse disposent aux maladies aiguës; tandis que une nourriture grossière et relâchante, les boissons aqueuses, le repos et Finaction favorisent le développement des chroniques.
» E. Le tempérament lymphatique imprime le sceau de lenteur à toutes les maladies de quelque nature quelles soient. Les tempéramens sanguin et bilieux leur donnent au contraire une marche active.
F. Les causes extérieures , et surtout les stimulus qui allivnent les maladies inflammatoires influent aussi dhine manière prononcée sur le cours des maladies sans rien changer à leur nature. Nous répéterons ici ce cjue nous avons dit ailleurs, que celles qui agissent tout-à-coup et qui produisent des changemens bruscjues, développent ordinairement des affections vives , tandis que les mêmes causes agissant plus lentement produisent des maladies chroniques.
Des symptômes cruels, un trouble extraordinaire dans F économie animale, enfin une mala-
die des pius aiguës^ sont le résultat d’un poison âcre /pris à haute dose et en une seule fois. Une dose moindre et avalée par intervalles ne pro^ duit que des symptômes peu alarmons ; les sympathies organiques ne sont point éveillées par son action ; le trouble dans F économie est peu sensible; on ne voit éclore ; en un mot, qu’une affection chronique.
Frappé de ces phénomènes, un médecin écossais, nommé Gilchrist , pensait que ces deux classes de maladies (les aiguës et les chroniques) ne diffèrent pas beaucoup entr’elles , et que leur différence n’existe que dans leur marche et non dans leur nature. Voilà pourquoi, disait-il, les aiguës dégénèrent souvent en chroniques, et cellesci sont souvent guéries par des affections aiguës. Voilà pourquoi, disait-il encore, les secousses fébriles produites par la nature ou suscitées par Fart deviennent utiles dans les maladies de longue du-« rée.
Le docteur Vu]o\{OEus^res dw, Infl, chroniques) partageait l’opinion du médecin écossais, et ne trouvait aucune différence essentielle entre* les maladiès vives et les affections lentes , attendu qu’un traitement actif qui développe la fièvre abrège la durée des chronicjues , et les rend par ce moyen semblables en tout aux affections aiguës.
Le célèbre professeur de Montpellier, Dumas, était entièrement de l’avis de ces auteurs lorsqu’il travaillait à son ouvrage sur Fulilité de la fièvre,
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couronné par l’ancienne Société royale de Méde»^ cine de Paris. Ce médecin s’expliquait alors d’une manière tranchante en disant que : a Chaque maladie peut marcher*avec vitesse et se produire » sous une forme aiguë , ou Lien qu’elle peut s’é- » taLlir d’une manière lente et chronique , » sans qu’elle cesse pour cela d’être essentielle- )) ment et • foncièrement la même , et que la dis~ » tinction établie entre ces deux ordres de mala- » dies n’est d’aucune utilité pour le médecin pra- )} ticien, qui doit placer dans la même classe )) toutes les maladies susceptibles de céder au JJ même traitement. » Cependant l’excellent ouvrage sur Ja doctrine générale des maladies chroniques sorti de la plume de cet auteur prouve qu’en composant ce dernier traité ^ il avait changé d’opinion , et quoiqu’il reconnût beaucoup de rapports entre ces deux classes de maux, il y trou* vait également des différences essentielles qui en supposent dans leur nature , et qui doivent faire modifier leur traitement.
En effet, que l’on compare l’ime de ces maladies qui figurent depuis long-temps dans la classe des fièvres essentielles, dont l’influence se fait sentir dans tous les systèmes de l’économie animale, et que l’on fait dépendre aujourd’hui d’une phlegmasie de la muqueuse gastrique ou de tel autre tissu organique; que l’on compare, dis -je, ces maladies avec quelqu’une des innombrables affections du vice scrofuleux, on verra d’un côté tous
ICS appareils organiques se prêter leurs eflorîs pour faire cesser dans un temps déterminé Fétat pathologique aigu qui en résulte; on. verra s’évacuer par quelque organe excrétoire le produit d’un travail actif et continu , et cette évacuation amener la solution de la maladie. Ce concours d’efforts qui dérive des lois de l’organisation animale ou de la nature^ selon le langage vulgaire des médecins , suffit pour terminer une maladie grave. Ce n’est que lorsque ces efforts sont trop violens et qu’ils peuvent amener des résultats fà^ cheux^ que le médecin ^ en les modérant^ devient utile. Il le devient encore lorsque les forces vitales étant affaiblies par des causes antérieures ou par la gravité de la cause morbide , il cherche à aiguillonner le principe delà vie et à ranimer ses efforts lan^uissans.
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Il n’en est pas de même des maux chroniques dont nous venons de parler. La cause morbide agit peu à peu ; elle attaque les tissus , y fomente des altérations graves ; elle y jette les semences des maux organiques. La nature est presque insensible '"à son action; la réaction vitale n’a pas lieu; si elle s’établit ce n’est queîong-temps après et lorsque le mal, parvenu à sa dernière période, sa présence devient plus nuisible qu’utile. Le médecin, en étudiant ces maladies, peut les prévenir par les secours de l’hygiène et des médicamens. I! peut les combattre avec efficacité lorsqu’elles sont développées, et si l’affection organique est bien dé-
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clarée , il peut ratteindre encore avec l’Instrument tranchant lorsque le mal est accessible aux operations chirurgicales.
Ainsi, dans une maladie fëbrile aiguë, c’est la nature qui fait à-peu-près tous les frais ; l’art du médecin ne consiste cj[u’à la seconder. Dans les maladies chroniques le médecin fait la grande portion du travail, et la nature ne fait souvent rien ou peu de chose. Or, n’y eût-il que cette différence entre les maladies aiguës et les chroniques, elle serait suffisante pour les distinguer et pour sentir l’utilité de cette distinction.
Il est vrai que les ressources de la médecine sont souvent en défaut dans la plupart des maladies lentes, et que tous ses efforts ne produisent souvent pas plus d’effet que ceux de la nature. Mais les moyens prophylactiques et les secours de l’hygiène trouvent une heureuse place dans le traitement de ces iiiMadies. Dans les aiguës, au contraire, ils ne servent de rien, excepté dans certaines affections contagieuses ou de pareils secours empêchent leur propagation.
Ne trouvera-t-on aucune différence essentielle entre une maladie épidémique où les forces de la, vie réagissent avec une grande activité, et une névrose telle que l’épilepsie , dont les causes sont si variées et qui offre souvent un caractère héréditaire ?
La première aura une marche fixe, ses périodes s’achèveront dans un nombre de jours déterminé;
SUR LES MALÂUTES CHROKîQÜES. l5
îa nature, en mettant en œuvre le système artériel,
, la fera disparaître presque toute seule ; la solution s’effectuera par quelque évacuation critique, après lacjuelle , si elle est suffisante , l’équilibre renaîtra dans les organes.
Quelle différence dans la marche d’une épilepsie dont la durée ne saurait avoir de limites , où l’on voit, dans un intervalle bien court, le malade, prêt à rendre le dernier soupir , se livrer un instant après à ses travaux habituels , prendre une nourriture suffisante , et jouir en apparence de tous les attributs de la santé î Dans cette cruelle affection , la nature ne fait rien pour la détruire, excepté aux époc|ues où l’économie animale subit quelque grande révolution. Le mal doit êtrecom-
battu au plus tôt par le médecin ; il ne doit point attendre le fruit d’un travail critique , s’il ne veut pas le voir s’aggraver* par le seul effet de l’habitude. C’est ici que les moyens préservatifs peu-» vent être efficaces, et les secours de l’hygiène de la plus grande utilité.
Si ces maladies présentent un contraste si frappant , si les voies de solution sont si différentes , ' si les moyens pour les combattre ,avantageusement varient d’une manière si marquée , il est évident qu’elles doivent être distinguées les unes des autres.
On ne peut applic|uer à ces maux chroniques les rapports que nous avons reconnus entre les maladies aiguës et les affections lentes. Ce n’est
pas de ces espèces d’affections fpie l’on peut dire avec les auteurs cites ^ c|ue les circonstances du temps qu’emploient les maladies dans leur cours ne changent rien à leur nature essentielle; ou^ avec d^autres médecins j C[ue plus ou moins de jours , plus ou moins de semaines ne font rien à une maladie (i).
Mais après avoir signalé les rapports c[ue présentent les affections aiguës et les. maladies lentes, et qui sont tels que la plupart de ces dernières pourraient figurer dans la classe des affections vives ; après avoir montré les différences générales que l’on peut trouver dans leur comparaison, examinons actuellement les autres caractères distinctifs qui servent à les séparer et à en faire deux classes de maladies.
Le premier est la marche lente des maladies chroniques, et par conséquent le long inter- , valle cju’eiles mettent à parcourir leurs périodes. C’est le seul caractère qui a fait distinguer aux anciens médecins ces deux ordres de maladies ; caractère insuffisant sans 'doute , puisque cette circonstance ne change point leur nature et n’exige pas des remèdes différeos. Ajoutez à ce trait distinctif celui de développer peu de symptômes dans leur cours et peu de variation dans les phénomènes cju’elies présentent. Elles offrent un danger moindre dans le principe, parce que les fonctions
(i) Journal général de Médecine^ tom. xlv, pag. 214.
Sur les MÀLÂUIES CHRONIQUESr îS
ôEgaiilques ne deviennent gravement lésées qu’a-* vec le temps et lorsque le mal a fait beaucoup de progrès ; mais ce danger va toujours en augmentant à mesure que la maladie se prolonge. L’é-*» puisement et les altérations organiques portent alors une atteinte mortelle aux puissances conser-* vatrices de la vie.
2^. Une seconde différence entre les maux ai^
gus et les clironlques , c’est la réaction vitale ou la fièvre : elle fait un caractère essentiel des premiers ; elle les accompagne presque toujours iors-^ que la maladie n’est pas mortelle dans les premiers instans ^ et que la nature a le temps de la développer pour réagir contre le principe morbide. Or , cette réaction s’observe infiniment moins dans les maladies longues ; et lorsqu’elle se déclare J c’est pour faire changer d’une manière utile ou pernicieuse la nature du mal et le faire passer à l’état aigu , ou bien ce n’est cju’une réaction faible , languissante c|ul épuise les forces ou augmente les causes qui doivent rendre la maladie mortelle.
o"". L’absence ou du moins la rareté de la fièvre dans les maladies chroniques est cause d’une troisième différence essentielle entre ces maux et les affections aiguës. La réaction vitale étant l’instrument nécessaire aux actes conservateurs de la nature, et par conséquent aux coctions et aux crises, il arrive cjue ces actes s’observent beaucoup moins dans les maladies chroniques ) de là la lenteur de
ËËCHERCH-ËS
ces maladies et leur solution si souvent funeste tandis que les coctions et les crises forment F un des caractères particuliers des affections vives, et le moyen le plus ordinaire de leurs terminaisons, lors surtout que la nature n’est pas troublée dans sa marche par une méthode perturbatrice.
4^^. Les maladies chroniques ont ordinairement leur siège dans, des systèmes d’organes dont la lésion ne produit C[ue des changemens insensibles dans Féconomie animale, dont les fonctions s’exécutent avec lenteur, et dont l’altération em-' pêche ou ralentit les efforts conservateurs de la nature. Le siège de ces maux est plus local , fixé ordinairement dans un organe , et à l’abri des actes salutaires de coction et de crise. Cette localisation fait c|ue les phénomènes morbides sont plus bornés et moins violens , et les sympathiques en plus petit nombre. ^
5°. Les causes qui produisent les maladies aiguës et les affections lentes forment encore une différence notable entre ces maladies. Les premières sont ordinairement le résultat des constitutions médicales , des changemens des saisons , des influences épidémiques ou de la température de l’atmosphère , et de toutes les causes actives qui opèrent des changemens brusques dans Féconomie animale ; tandis que les chroniques dépendent des causes qui agissent lentement , qui sont le fruit des vices spécifiques , d’une influence héréditaire, et des agens qui se rapportent aux
T.ï'S Maladies cîmONîQtTFB. ly
SîX choses appelées si mai à propos non natiu^ relies»
6'’. Une sixième différence enfin, et qui produit souvent la plupart de celles que nous avons signalées, est le peu d’activité des forces vitales , et leur Insuffisance pour réagir contre les causes nombreuses qui fomentent les maladies chroniques. Cet affaiblissement des forces vitales étant cause que les coctions et les crises n’ont pas lieu , ces sortes de maladies se prolongent d’une manière indéfinie jusqu’à ce que l’altération des organes et la chute totale des forces amènent un dénoûment tragique.
Cette circonstance nous explique pourquoi les maladies chroniques choisissent pour victimes les constitutions faibles et épuisées par des causes quelconques ; pourquoi l’enfance et la vieillesse en sont plutôt tourmentées, et pourquoi enfin elles ' se développent à la suite d’affections vives lorsque des causes débilitantes ont troublé les efforts critiques de la nature.
On ne peut se dissimuler que la différence là plus essentielle entre ces deux classes de maladies ne résulte de l’état fébrile ou de la réaction du système artériel contre la cause morbifique quelle qu’elle soité Celles ou cette réaction est libre et à un degré convenable se terminent plus promptement et d’une manière heureuse ; et celles où elle est trop forte ou trop faible , contrariée par des symptômes nerveux , ou retardée par l’afi .
faiblissemeiit des forces vitales ou par le siège du mal qui élude les efforts conservateurs ; les crises s’observent moins , les maladies sont plus longues , plus dangereuses et plus sujettes aux rechutes. Enfin les chroniques, dont le cours est abrégé d’une manière favorable, sont encore celles où cette réaction fébrile se développe et agit d’une manière efficace.
Sans doute que la nature a une infinité de moyens pour effectuer la coction et les crises des maladies, comme on le voit dans certaines affections lentes qui se jugent par des hémorrhagies, des flux séreux , des éruptions croûteuses ou des dépôts purulens , sans c[ue la réaction vitale contribue beaucoup à de pareilles solutions ; mais d’ordinaire le système artériel est l’instrument de la fièvre, et conséquemment des actes de coction et de crise; et c’est l’absence ou la présence de cette agitation fébrile cjui doit faire espérer ou non le fruit d’une crise quelconque.
D’après cela , on voit que les différences c|ui existent entre les aiguës et les chroniques seront d’autant plus tranchantes , cjue le développement des forces vitales sera moins facile et empêché par des causes plus ou moins nombreuses. Ainsi dans une maladie chronique où la faiblesse de la constitution sera manifeste , où des causes débilitantes qui auront agi long-temps sur un malade atteint d’une affection lente auront amené un épuisement radical , où le siège du mal dans des ap-
SÜR lES MALADIES CHRONIQÜEJ*
pareils organiques qui contrarient le développement de la fièvre , ou dans un organe isolé avec altération de son tissu, s’opposent à Teffervescence fébrile et à ses salutaires effets , oii le mal enfin affectera toute l’économie animale à la suite d’une influence héréditaire favorisée par toutes les causes qui auront agi sur les solides et les fluides; dans tous ces cas, l’excitation fébrile sera tout-a-fait impuissante, et la maladie chronique réunira toutes les différences qui peuvent séparer les maladies lentes des aiguës.
Une maladie chronique offrira au contraii^e tous les rapports que nous avons trouvés entre ces deux classes de maladies, si dans une affection épidémique quelconque le mal essentiellement le même se montre sous une forme aiguë chez les uns et sous une forme chronique chez les autres, et si cette dernière forme tient à une cause légère , telle que l’âge, le tempérament, et autres circonstances qui se lient brdinalrementà des causes débilitantes. En pareille circonstance, il n’y aura de différence entre la maladie aiguë et l’affection îenté dépendant de lâ même épidémie que dans la marche de l’une et de l’autre. A part cette différence , la cause sera la même et le mal cédera au même traitement.
Or, voilà les véritables rapports entre les aigues et les chroniques. Les effets de l’épidémie, qui consistent ordinairement en des phleginasies , des affections bilieuses, muqueuses ou nerveuses, peu-
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Tent être combattus avec avantage par îe mé* decin. Ces états ne sont point des alterations dans l’économie animale qu’on ne puisse dissiper, même sans le secours de la réaction vitale , laquelle néanmoins est toujours très-utile pour hâter leur terminaison.*
Pour concilier l’opinion des médecins, dont les uns pensent que les difTérences des maladies aiguës et des chroniques sont insuffisantes pour séparer ces deux classes de maladies , et les autres, au contraire , sont persuadés qu’elles diffèrent sous un nombre de rapports qui méritent une distinction , il faut nécessairement /diviser les maladies chroniques en plusieurs classes , ranger dans la première toutes les maladies lentes qui ont le plus de rapport et d’analogie avec les affections aiguës, et dans la dernière tous les maux chroniques qui réunissent tous les caractères distinctifs que nous avons signalés. Il faudra ajouter à ces deux classes, qui forment deux points de départ, deux autres intermédiaires dont la première offrira le plus de points de contact avec celle qui précède, et l’autre le pl US de rapport avec la dernière des maladies chroniques, c’est-à-dire celle qui s’éloignera le plus du caractère des maladies aiguës.
Nous ferons entrer dans*la première classe de maladies chroniques celles qui sont le produit des constitutions médicales , des influences épidémiques, du changement des saisons et des tempéra-^ turcs de l’atmosphère. Quoique ces causes engen-
drent ordinairement des maladies aiguës , elles en produisent neanmoins des chroniques qui conser- Tent les mêmes caractères que les aiguës; leur nature est absolument la même , elles réclament aussi les mêmes moyens curatifs. La seule différence qui existe entre elles tient seulement à la marche plus lente des chroniques; au défaut de développement des forces vitales , développement qui est entravé par des causes légères que le médecin peut combattre avec avantage ; développement enfin c[ui peut être aussi suscité par d’autres causes également peu actives.
C’est dans cette classe que nous trouvons presque tous les rapports qui rapprochent les mala- ' dies lentes des affections vives. C’est dans les livres des Epidémies du père de la médecine que nous voyons nombre de maladies aiguës devenir chroniques par leur prolongement sans changer de nature, et ne se terminer qu’au quarantième, au soixantième et même au cent- vingtième jour. C’est encore le père de la médecine cjui nous offre dans son épidémie qu’il appelle pestilentielle ^ des maladies aiguës et des affections chroniques cjui avaient le même caractère , C[ui dépendaient directement de ‘cette constitution épidémique , et qui devaient être traitées de la même manière.
Sydenham avait observé des maladies inflammatoires épidémiques c|ui , se prolongeant pendant des années, demandaient pourtant, sous cette forme lente, les saignées , les remèdes anti-phlo-
glstiques , et autres moyens qui guérissaient ces plilegraasies à Tétât aigu.
Les auteurs qui ont donné des descriptions d’épidémies , soit inflammatoires , Lilieuses ^ muqueuses ou nerveuses, parlent d’affections chroniques sans fièvre qui se manifestaient pendant le règne de ces épidémies , dont le caractère n’offrait aucune différence à l’état chronique comme à l’état aigu, et qui exigeait la même méthode de traiternent sous quelque forme qu’elles se présentassent. Nous aurons occasion de revenir sur ces faits lorsque nous nous occuperons des maladies qui composent cette classe.
Enfin la plupart des i^apports et analogies entre les inaladies lentes et les aiguës, signalés par Dumas dans sa Doctrine générale des maladies chroniques , sont puisés dans les différentes épidémies décrites par les auteurs , dans lesquelles les formes aiguës ou lentes se montraient en même temps sans que le caractère et la nature de la maladie en fussent changés.
Nous comprenons dans cette première classe, nonseulement toutes les affections chi'oniques qui sont directement produites par les constitutions médicales ou épidémiques, et qui par conséquent dépendent d’une cause commune aux maladies aiguës qui se développent sous l’influence de ces constitutions, mais encore les maladies lentes, de quelque nature qu’ elles soient, formées avant l’apparition de fépidéiïiie, et qui sont tellement in-
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fluencées par elle , qu'ayant résiste auparavant aux traitemens les plus méthodiques, deviennent curables, et guérissent principalement par Fusage des remèdes appropriés à Fépidémie régnante. Nous trouvons dans les auteurs nombre d’exemples de maladies les plus chroniques et d’un caractère très-grave, qui, réfractaires aux remèdes les mieux indiqués contre ces affections, ont complètement cédé à ceux qui combattaient avec succès la maladie épidémique.
La seconde classe renfermera les maladies chroniques qui ne tiennent point aux constitutions médicales ni aux influences épidémiques , et qui sont produites par d’autres causes, telles que la nourriture, les eaux, les passions, les arts et métiers; les vices spécifiques, comme le scrofuleux , le vénérien, le goutteux rhumatismal et autres, sans qu’il en soit encore résulté des maladies organiques. Elle comprendra encore les maladies dépendantes de l’âge, du sexe , du tempérament , ou produites ^ par les agens extérieurs qui exercent une influence plus ou moins grande sur l’économie animale.
Si dans les maladies chroniques qui proviennent des épidémies ou des constitutions médicales , les changemens survenus dans l’économie vivante peuvent être combattus avec avantage , à cause qu’ils n’ont pas amené des altérations profondes dans le système qui empêchent la réaction vitale ou les médications qui suppléent à cette réaction , il n’en est pas de même dans la classe actuelle; ici
les causes des maladies chroniques ont agi plus long-temps ; leur impression est plus forte dans rëconomie ; les cliangemens dans les solides et les fluides sont plus considérables; la réaction vitale a moins de prise; la faiblesse de la nature est plus grande, comme par exemple, dans les chroniques, à la suite des aigües. D’ailleurs, ces maux peuvent se rapporter à des xuces spécifiques , dont le principal effet est d’affaiblir encore la constitution ; ou bien à des causes qui agissent avec moins d’activité que les influences épidémiques, et qui, éveillant moins les sympathies des organes, exercent une action plus profonde dans le système, et produisent des cliangemens qui résistent davantage aux efforts conservateurs de la nature. D’une autre part, ces causes affaiblissant de plus en plus la constitution , la nature a moins ,de vigueur pour réagir contre elles, et ne peut effectuer les actes salutaires de coction et de crise. Voilà donc que les i^pporEs de cette seconde classe de maladies avec les aigues diminuent d’une manière évidente; et quoique certaines causes qui produisent les unes et les autres soient encore les mêmes , néanmoins elles s’éloignent davanta'ge du caractère aigu que celles de la classe qui précède.
Les maladies organiques formeront la troisième classe. Ici on n’observe plus des rapports avec les aigües, et la raison en est que les révolutions critiques n’y peuvent avoir lieu. La réaction vitale ne peut s’y effectuer à cause de la faiblevsse qui ac-.
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compagne ces maladies y qui dépendent presque toujours d’un yice Cfui attaque le tissu des organes et exerce une action débilitante dans Féconomie; et quand même lexice qui agit sur les tissus et les désorganise n’aurait pas cette propriété , quelle action pourraient exercer les forces vitales contre une dégénérescence organique pour amener une solution critique? Aussi toutes les fois que la fièvre existe dans ces affections elle augmente l’état morbide^ bâte la désorganisation des parties lésées^ produit une altération* des fluides et l’épuisement des forces : toutes ces causes réunies accélèrent l’époque fatale.
Or, les altérations et dégénérescences organiques sont le seul apanage des maladies lentes. Si on les observe quelquefois dans les aigiies , elles sont le produit d’un effort vidlent , qui en donnant bientôt la mort , ne constitue ni maladie aiguë ni maladie chronique.
La quatrième classe sera formée des maladies héréditaires. Ces affections sont toujours chroniques, ainsi que nous le prouverons dans la suite; elles n’admettent pas plus que les précédentes les révolutions critiques, parce que les causes qui les produisent , outre qu’elles sont très - anciennes, puisqu’elles ont agi lors même de l’organisation, dépendent d’un état du système qui ne peut être changé. Ce n’est qu’après un laps de temps considérable qu’il peut subir quelque modification , et encore celle-ci ne peut être produite par les ef-
KEGHERGHES
forts du système arte'rlel , qui est l’agent de la nature dans les maladies aigües. Conséquemment l’action vitale ne peut rien contre ces maladies, si vous en exceptez l’époque de la puberté, ou il se manifeste un accroissement d’énergie de ce système, qui diminue considérablement l’activité de certains maux de famille.
D’après cela , trois causes principales empêchent la réaction vitale et les révolutions critic|ues dans ces maladies. La première se déduit de la faiblesse radicale de la constitution produite par le vice lymphatique, qui est, ainsi que nous le prouverons en traitant de ces affections, la cause la plus générale des maux héréditaires.
La seconde est la nature de ces maladies qui, tenant à l’organisation et aux principes constituans qui la forment , est par cela même hors de l’influence de la réaction vitale qui produit les actes critiques.
La troisième consiste en ce qu’une maladie est d’autant plus difficile à détruire que les principes qui ont contribué à la former sont plus anciens , qu’ils ont agi plus .profondément dans l’économie vivante, et que l’habitude a neutralisé et rendu impuissans les effets naturels qui tendent à la dis-
siper.
Or , toutes ces circonstances se rencontrent dans les maux héréditaires : aussi sont-ils regardés comme les maladies chroniques les plus opiniâtres , Comme celles qui se jouent de toutes les mé-
thodes de traîtement. S’il arriTe quelquefois que la nature parvienne à les modifier au point de faire croire à une guérison radicale ^ ce n’est pas pour un temps bien long. La cause la plus légère suffit pour les renouveler, et pour leur faire prendre tout l’appareil destructeur qu’elles montraient auparavant»
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