DIFFÉRENCE DE LEURS PRINCIPES ET DE LEURS PROPRIÉTÉS
Dans son traité des Eaux de Vichy , publié en 1 778 , le docteur Desbrest , ancien intendant des eaux minérales de Chateldon , mentionne l'existence de sept sources :
le GRAND-PUITS-CARRE , la GRANDE-GRILLE , la PETITE- GRILLE ou puits-chomel , le gros-boulet, aujourd'hui
SOURCE DE L'HOPITAL, le PETIT-BOULET, depuis FONTAINE
des acacias , les célestins , enfin le petit-puits-cahré ,
désigne par le même auteur sous le nom de fontaine-
DES-LAVEOSES.
M. Bouquet, dans son ouvrage intitulé : Histoire chimique des eaux minérales et thermales de Vichy , Cusset, etc.; en signale seize , savoir: 1° la grandegrille, 2° le puits-chomel , 3° le grand-puits-carré , 4° la source lucas ou des acacias , 5° la SOURCE de l'hôpital, 6° celle des célestins (ancienne source), 7" la nouvelle source des célestins, 8° le PUITS FORUÉ
BROSSON, 9° le PUITS FORRÉ de L'ENCLOS DES CÉLESTINS
(source-Lardy) , 10° le puits forré de vaisse, \\° le puits forré d'hauterive , 12° les SOURCES naturelles de saint-yorre, 13° le puits forré de mesdames, dont on conduit l'eau à Vichy, et qui jaillit dans un bassin situé à l'extrémité ouest de l'ancienne galerie , à l'endroit même où existait autrefois la fontaine des laveuses ; 1 4° le puits forré de l'adattoir (à Cusset) , \ 5° le puits forré de sainte-marie (à Cusset) , 1 6° le puits forré elizabeth ou source de l'hôpital (à Cusset) , et auxquelles nous ajouterons le puits forré sur le cours de tracy (à Cusset) , et enfin le puits forré larbaud sur la route de Nismes (près Vichy).
Toutes les sources minérales naturelles de Vichy ainsi que les puits forrés a Vichy, Hauterive , Cusset, etc. contiennent , à peu de différence près , les mêmes principes minéralisateurs , comme on peut s'en convaincre, en jetant un coup-d'œil sur les tableaux insérés
dans l'ouvrage de M. Bouquet. (1 ) Dans l'eau de toutes ces sources, dans celles qui sont thermales, comme dans celles qui sont froides, le principe le plus abondant est le Bi-carbonate de soude, et c'est à ce sel qu'on attribue les principales propriétés de ces eaux.
La différence de température , de goût et de principes qui minéralisent les eaux de Chaïeldon et celles de Vichy, Hauterive, Cusset, etc., explique la différence qui doit exister dans leurs propriétés médicinales , car, où il n'y a pas identité de principes, il ne doit pas y avoir identité de résultats; et c'est à tort qu'on voudrait les confondre ensemble et les remplacer les unes par les autres , attendu que chaque source minérale, comme on l'a dit avec raison , a son génie particulier.
Les eaux de Vichy, Hauterive, Cusset, etc. ont une température beaucoup plus élevée que celles de Chateldon. Les premières ont une saveur alcaline, lixivielle très-prononcée, et cette saveur est le caractère dominant de toutes ces sources. L'eau de Chateldon au contraire , a un goût piquant, aigrelet, agréable et ferrugineux.
Les eaux de Chateldon , plus riches en gaz acide carbonique libre (2) , contiennent , il est vrai , moins de
(1) Histoire chimique des eaux minérales et thermales de Vichy, Cusset, etc. ; pages 128 et 199.
(2) Hae delibatissima illorum pars et quasi anima est, quae
Bi-carbonate de soude que celles de Vichy , Cusset , Hauterive, etc. Mais bien loin que ce soit un avantage pour ces dernières , je crois que c'est une raison pour préférer les eaux de Chateldon dans beaucoup de maladies où les unes et les autres sont employées. M. Bouchardat, dans son Formulaire magristal, lorsqu'il parle de la soude, s'exprime ainsi : « Les eaux de Vi- « chy sont beaucoup plus riches en alcali qu'il n'est « nécessaire. Un gramme de Bi-carbonate de soude « par litre d'eau, c'est bien suffisant. »
Les eaux de Chateldon sont plus ferrugineuses que celles de Vichy , Hauterive , etc. , qui sont à peine martiales. Les analyses de MM. Longchamp et 0. Henry n'en indiquent que des traces. C'est à la combinaison du fer avec le gaz acide carbonique que les eaux de Chateldon doivent leur supériorité sur celles de Vichy, Hauterive et Cusset , dans les maladies où les ferrugineux conviennent, aussi les emploie-t-on avec beaucoup plus de succès dans les pâles-couleurs (chlorose) , les fleurs blanches (leucorrhée) , dans le dérangement des règles, leur suppression, les pertes utérines (métrorrhagies passives), l'impuissance virile produite par des débauches ou d'autres causes d'épuisement, à la fin des maladies vénérien-
ipsis virtutcm inspirât illam mirabilem etspectatissimam , quam in persanandis multis contumatissimis ac rebellibus raorbis exserunt.
Hoff. De lîlem. aqua. p. 135 t. 1,
nés , pendant la convalescence des fièvres typhoïdes , et enfin dans toutes les maladies où l'atonie prédomine et où le sang est plus ou moins dépourvu de son principe de coloration.
Elles sont également plus utiles que celles de Vichy , Hauterive , Cusset, etc. dans les diarrhées atoniques , dans l'hystérie , l'hypocondrie et dans toutes les irritations nerveuses de l'estomac et des intestins (gastro-entéralgies) , qui sont ordinairement le partage des femmes sensibles et vaporeuses , des gens de lettres et de tous les hommes qui se livrent à la méditation et aux professions sédentaires.
Depuis que le célèbre Darcet a démontré l'influence des eaux de Vichy sur la nature de quelques sécrétions et particulièrement sur celles de l'urine; tous les médecins s'accordent à les regarder comme très-propres à guérir la gravelle et à dissoudre un certain nombre de calculs urinaires , ceux surtout qui sont formés d'acide urique.
Cette vertu ne saurait être révoquée en doute : elle vient d'être confirmée de nos jours par les belles recherches de Darcet et par un très-grand nombre d'observations rédigées avec soin par feu le docteur Petit , médecin-adjoint et plus tard médecin-inspecteur de ces eaux minérales.
Quoiqu'il en soit , les eaux de Vichy ne sont pas les seules en France , qui paraissent jouir de cette proprié-
té , puisque Bordeu , dans ses Lettres ou Essais sur l'histoire des eaux du Béarn et de Bigorre, reconnaissait aux eaux de Barrèges , de Bonnes, Cauterets , la même vertu.
« Nos Eaux fournissent à mon avis , le dissolvant de « quelque espèce de calcul , car je suis persuadé qu'il y « en a de différentes espèces qu'on ne reconnaît pas bien « encore. Qu'on prenne une pierre dans la vessie, qu'on « la plonge dans une certaine quantité d'Eau Bonnes ou « de Barrèges et de Cauterets ; qu'on examine avec « exactitude cette pierre , qu'on la pèse avant de la met- « tre dans l'eau. Qu'arrivera-t-il si les eaux sont le dis- « solvant du calcul ? Il perdra de son poids et de son « volume, il sera presque réduit à rien ; je l'ai vu non « pas une fois , mais trente , et je l'ai vu avec admira- « tion ; j'allais examiner chaque jour le calcul plongé « dans l'eau minérale ; il était environné d'un nuage « glaireux et comme du blanc d'œuf, pour peu que je « secouasse le vaisseau qui contenait l'eau. Les glaires « se détachaient en lames, en feuillets , et le « calcul diminuait d'autant; je trouvais le même effet « le lendemain, ainsi la pierre disparaissait ou il ne res- « tait qu'un grain qui aurait facilement passé par toutes « les voies. Je ne sais pas si cela arriverait dans toute
« sorte de calcul Peut-on s'empêcher de tenter ce
« remède ? Si j'avais à traiter un pierreux , je le ferais « baigner dans nos Eaux, je lui en ferais boire en « abondance, je lui ferais prendre des douches sur les
« parties affectées , et si la pierre était dans la vessie , « j y ferais souvenl injecter de l'eau minérale. Je join- « drais à l'usage des Eaux quelques prises de savon et « de coquilles d'œufs calcinées. Nous avons des obser- « vations sur cette matière : Celles de Dessault sont « concluantes. » (1)
Feu le docteur Desbrest, ancien intendant des eaux minérales de Chateldon est le premier qui ait fait connaître les propriétés physiques et chimiques des Eaux d'Hauterive, et voici comment il s'exprime en parlant de leurs propriétés médicinales.
« Les Eaux minérales d'Hauterive ont , à peu de cho- « se près , les mêmes propriétés que l'eau de la fontaine « des Célestins de Vichy : Cependant comme elles sont « moins chargées à' alcali minéral , et qu'elles contien- « nent de la terre absorbante , qu'on ne retrouve pas dans « l'eau des Célestins , elles sont un peu moins actives « que cette dernière : On peut donc les employer dans « les mêmes cas et les mêmes circonstances (A) et même « faire précéder l'usage des eaux des Célestins par celui « des eaux d'Hauterive. Quelques personnes les ont
(1) Lettres et Essais sur les Eaux du Béarn et du Bigorre , (1746), par Bordeu.
(A) Voir le quatrième chapitre de la seconde section du traité des Eaux minérales de Chateldon, de celles de Vichy et Ilauterive, par feu le docteur Desbrest.
« employées avec succès dans les maladies des reins , « pour briser et diviser les sables , les graviers qui se « forment souvent dans ces viscères. (2) »
Comme les eaux de Chateldon sont chargées d'une grande quantité d'acide carbonique, qu'elles contiennent des bi-carbonates alcalins , qu'elles passent avec la plus grande facilité par la voie des urines , elles conviennent également bien dans les maladies des voies urinaires, et si ces Eaux agissent avec moins d'énergie que celles de Vichy pour dissoudre certains calculs urinaires, elles ont du moins l'avantage précieux d'être plus diurétiques et de ne pas fatiguer l'estomac des personnes qui ne peuvent supporter les dernières à des doses un peu éle\ées.
On doit interdire les eaux de Vichy , Hauterive , Cusset, etc. aux malades chez lesquels on peut supposer Yalcalescence dans les humeurs , à ceux qui ont la poitrine faible et délicate , des palpitations tenant à une affection organique du cœur et une prédisposition à l'hydropisie. On doit aussi les ordonner avec beaucoup de ménagement aux personnes d'un tempérament vif et sanguin , aux hypocondriaques et aux femmes hystériques très-irritables et auxquelles les adoucissants, les délajants, les bains simples et les Eaux minérales acidulés froides et ferrugineuses conviennent beaucoup mieux.
(2) Traité des eaux minérales de Chateldon , de celles de Vichy et Hauterive ; pages Î61 et suivantes.