‹ Nouvelles recherches sur les propriétés physiques, chimiques et minérales des eaux de ChateldonChapitre 25 sur 30 · IC · texte numérisé non relu

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la suette et plusieurs autres maladies , qui sont presque toujours une suite de la décomposition des humeurs.

Ces causes, productrices du scorbut, agissent plus lentement que celles auxquelles on attribue la miliaire et la suette ; c'est surtout la partie rouge du sang qu'elles altèrent dans le scorbut, tandis que c'est d'abord la lymphe et l'humeur séreuse qu'elles décomposent dans la miliaire et dans la suette ; et dans tous ces cas, il paraît que les eaux de Chateldon doivent être un préservatif assuré contre ces germes destructeurs, si répandus dans les provinces maritimes du Royaume. (1)

30 e observation. — Maladie lépreuse.

Jean Bléteri, de la paroisse de Saint-Clément, âgé de quarante ans , et l'un des métayers de M. le marquis d'Evry , portait , depuis près de quatre ans, la figure la plus affreuse; pour en donner une idée, je ne saurais mieux la comparer qu'à un guêpier ou au visage d'un homme attaqué d'une petite vérole, du plus mauvais

(1) La nature de cet ouvrage ne me permet pas d'entrer dans de longues discussions , pour établir une théorie dont les praticiens peuvent sentir la vérité; d ailleurs, je l'ai déjà dit, en médecine , il est plus avantageux de savoir bien observer que de chercher les causes de tous les effets , sur lesquelles il est si aisé de se méprendre , tandis que l'expérience et l'observation n'induisent en erreur que les esprits préoccupés de systèmes auxquels ils veulent tout rapporter. La nature a ses moyens et sa manière d'agir , qui éludent quelquefois nos recherches les plus assidues et les plus lumineuses.

— Ifio —

caractère , et dans le moment de la plus forte suppuration. On ne pouvait envisager ce malheureux sans horreur ; tout son corps était couvert d'une dartre lépreuse; un feu dévorant lui brûlait les entrailles : il n'avait ni sommeil ni repos : lorsqu'il se présenta à Chateldon , personne ne voulait l'y recevoir ni lui fournir de logement : enfin à force de supplications , il obtint d'une pauvre femme qu'elle le laisserait coucher dans une élable , à côté d'une vache.

Les étrangers qui étaient aux Eaux, réunirent leurs charités pour fournir des secours à ce misérable , dont la situation était horrible et pitoyable.

Bléteri commença les Eaux vers le 15 juin 1781 ; mais comme il importait qu'il en fit usage, tant à l'extérieur qu'intérieurement, et que d'ailleurs il n'était pas possible que les malades qui buvaient les Eaux, pussent en souffrir la présence à la fontaine des vignes où ils se rassemblaient , je l'envoyai dans la montagne, où , seul , et sans craindre de fatiguer personne par la difformité de sa figure, il pouvait y boire et s'y laver tout à son aise.

Après quelques jours d'usage de ce remède, dont le malade porta la dose jusqu'à douze pintes par jour , en y comprenant l'Eau qu'il emportait pour boire dans son étable, Jean Bléteri n'était plus reconnaissable : le masque avait disparu; son visage s'était nettoyé, il ressemblait alors à celui d'un homme qui a eu tout récemment la petite vérole : les croûtes lépreuses qui couvraient te reste du corps , résistèrent plus longtemps à l'activité du

remède , par la raison peut-être que le malade ne se lavait ni si souvent ni si abondamment le corps que le visage.

Cette guérison , beaucoup plus prompte que je n'aurais dû l'espérer, et sur laquelle, il faut en convenir, je ne comptais guère, fut complétée dans le courant du mois d'août , et elle m'étonna peut-être encore plus que ceux qui en furent témoins : pendant le traitement, Jean Bléteri fut purgé cinq ou six fois.

31 e OBSERVATION. ViVUS (IcCOUVeTt.

M , âgé de trente-huit ans, d'un tempérament

phlegmatique et sanguin , eut, à l'âge de vingt-un ans , quelques jours après un commerce impur, une légère inflammation au prépuce et sur le gland : les urines , en coulant , lui faisaient éprouver un sentiment douloureux : le chirurgien , auquel il eut recours , après l'avoir saigné et purgé , lui fit prendre des bols qui dissipèrent l'inflammation.

Environ dix-huit mois après , ce malade , sans avoir vu d'autres femmes , sentit de légères douleurs dans le canal de l'urètre , il en éprouvait aussi quelquefois au bas des lombes , et on voyait de petits boutons rouges sur le gland. On lui fit boire de la tisane , il fut purgé et il prit douze ou quinze grains de sublimé dissout dans une pinte de liqueur ; on toucha les boutons du gland avec la pierre de vitriol , et il usa , pendant quelque

temps , des bougies de M. Daran. Ce traitement laissa subsister le sentiment douloureux dans un point du canal de l'urètre , ainsi que la douleur des lombes.

Depuis l'époque de l'inflammation au gland et du traitement, fait par le chirurgien, la sécrétion de l'humeur séminale diminua très-sensiblement de quantité ; elle devint plus épaisse , et elle ne fit plus éprouver la sensation qu'elle a coutume de procurer.

M se maria en 1770 : les cinq premières années

du mariage furent stériles : il eut ensuite deux enfants : depuis la dernière couche de la femme, qui datait de trois ans, le mari s'aperçut d'un écoulement d'humeur mucilagineuse et blanchâtre , qui tachait son linge , et d'une rougeur sur le gland, qui augmentait, lorsqu'il faisait quelques excès, et surtout quand il buvait des liqueurs.

Ces accidents , auxquels le malade était habitué , ne l'inquiétaient plus, parceque sa femme ne s'était jamais plainte de rien.

Cette dame , qui est vive, sanguine, haute en couleurs, grasse et replète, avait éprouvé, pendant les grandes chaleurs des étés , lorsqu'elle faisait de longues promenades à pied , un sentiment de chaleur aux grandes lèvres , accompagné d'ardeurs d'urine ; mais le repos et une onction faite avec l'huile d'olives , dissipaient ces symptômes.

11 y avait quelque temps que celte dame buvait les

eaux de Chateldon , qu'elle reprenait, pour la troisième fois, dans l'intention de se rafraîchir, et.à chaque fois, après vingt ou vingt-cinq jours de leur usage, elle s'était aperçue d'un écoulement qu'elle avait pris pour des fleurs blanches; cependant, comme ses urines étaient cuisantes , et que les parties extérieures de la génération étaient douloureuses , surtout lorsqu'elle marchait , elle avait quitté l'usage de ce remède , auquel elle attribuait son indisposition ; et en cessant les Eaux , ces accidents disparaissaient.

On conseilla l'usage des mêmes Eaux à M dont

l'état était tel qu'on l'a vu ci-dessus : bientôt l'écoulement, l'ardeur des urines et l'inflammation du gland augmentèrent , et ce fut alors qu'on conjectura avec raison que les deux époux étaient atteints du virus vénérien , et qu'il convenait de les traiter méthodiquement , ainsi que leurs enfants, qui ne jouissaient pas d'une bonne santé. On leur fit des remèdes qui ont rendu la santé à toute cette famille : les deux époux et leurs enfants ont ensuite bu les eaux de Chateldon à diverses reprises, sans avoir éprouvé aucun symptôme vérolique.

Nota. Cette observation est extraite d'un mémoire à consulter , inséré dans la Gazette de Santé, année 1780 , n° 35. Je crois devoir ajouter que je connais les personnes qui font le sujet de cette observation intéressante , et que j'ai dirigé le traitement qui les a délivrées d'un virus qui s'était répandu sur toute la famille.

Il paraît évidemment , par cette observation, que les eaux minérales de Chateldon ont la propriété de faire connaître l'existence du virus vérolique, lorsque les symptômes, qui servent à le manifester, sont encore équivoques.

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