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INTRODUCTION
Dans les premiers moments qui suivirent la publication des Lois de la nomenclature botanique recommandées par le Congrès international de 1867, il parut plusieurs articles de journaux, contenant des approbations ou des critiques. Je crus devoir répondre à celles-ci dans le Bulletin de la société hotanique de France, du 26 février 1869, et je donnai ailleurs mon opinion sur des demandes qui m’avaient été adressées Parmi les objections de cette époque plusieurs n’ont pas été renouvelées, ou ne présentent guère d’importance en elles-mêmes, je les laisse aujourd’hui de côté; mais d’autres questions toujours contestées ou entièrement nouvelles méritent d’être discutées.
Il faut distinguer dans les publications faites depuis quinze ans sur la nomenclature deux catégories, d’une valeur d’origine bien différente : Celles qui proviennent de sociétés, ou de commissions spéciales, ou encore de savants qui ont consulté un grand nombre de correspondants, et celles qui expriment des opinions purement individuelles. Les premières traitent de l’ensemble des questions de nomenclature en botanique, en zoologie, ou dans les deux branches également ; les secondes se rapportent presque toujours à des points spéciaux, quelquefois à un seul.
Dans la première catégorie, dont il faut tenir grand compte, se trouvent les publications suivantes :
Dall, Nomenclature, etc Nomenclature en zoologie et
botanique ; rapport à l’Association américaine, siégeant à Nashville, le 31 août 1877. In-8“, 56 pages. Salem, 1877.
Ce travail, très intéressant, n’a pas été soumis à une discussion; mais il avait été précédé d’une enquête que l’Association américaine avait chargé l’auteur de faire. Tous les naturalistes des États-Unis qui avaient publié, ‘ depuis cinq années, des
^ Réponse à une lettre de M. Caruel, dans le Giornaïe botanico italiano, 1870, vol. II, p. 146; et de M. Cogniaux, dans le Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique, 1876, p. 477.
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IXTEODUCTIOX.
mémoires ou des ouvrages descriptifs de zoologie ou de botauique, avaient reçu un formulaire de 27 questions, relatives à des points douteux, sur lesquelles on les avait priés de répondre. Quarante-cinq ont effectivement répondu. Pour chaque question les réponses ont été données, en général, à de fortes majorités, et d’une manière qui fait honneur au jugement des savants américains.
Après cette enquête, et à la suite d’une étude des publications faites en divers pays sur la nomenclature dans les deux règnes, M. Dali a rédigé un recueil de 83 articles, dans lequel il a suivi pour la forme et le fond à peu près notre travail de 1867. Les différences portent presque toujours sur des détails qui intéressent les zoologistes plutôt que les botanistes. Elles résultent de l’indifférence avec laquelle en zoologie on a considéré pendant longtemps les questions philosophiques touchant la nomenclature, tandis que plusieurs botanistes éminents s’en occupaient et donnaient dans la pratique de bons exemples. Nous sommes arrivés, en botanique, à des règles si généralement suivies qu’il m’a paru inutile d’examiner certaines questions encore douteuses parmi les zoologistes. Elles sont fort bien discutées dans l’opuscule de M. Dali.
Douvillé, Kapport fait à la commission (du Congrès géologique) chargée d’étudier la question des règles à suivre pour établir la nomenclature des espèces. Voir : Rapports des commissions internationales au Congrès géologique international de Bologne, en 1881, in-8°, p. 123-144.
L’auteur a été l’organe d’une commission de paléontologistes et minéralogistes français, très distingués \ qui avait été nommée au Congrès de Paris, en 1878. Cette commission, qui s’est réunie plusieurs fois, a consulté quelques savants étrangers. Elle avait sous les yeux les règles de l’Association britannique de 1842, légèrement modihées en 1865, notre recueil de 1867 et celui de M. Dali. Après examen elle a préféré se borner à quelques règles importantes et simples, relatives aux genres et aux espèces. Ces règles sont au nombre de onze seulement, applicables aux fossiles des deux règnes. Ce qu’il y a de plus nouveau est exprimé dans les phrases^ suivantes de l’introduc-
'■ MM. Cotteau, Douvillé, Gaiiclry, Gosselet, Pomel, de Saporta, auxquels deux minéralogistes, MM. Descloizeaux et Jannetaz, étaient adjoints.
INTRODUCTION
tiou : « La loi de priorité étant le vrai fondement de la nomenclature, il a paru nécessaire de lui donner toute la généralité possible et pour cela de supprimer les exceptions et dérogations
à cette loi Toujours préoccupée de la fixité à donner à la
nomenclature, la commission a pensé qu’une contradiction existant entre la signification du nom et les caractères d’un genre ou d’une espèce n’était pas un motif suffisant pour autoriser le changement de ce nom. » On verra plus loin que le raisonnement et l’expérience m’ont amené à penser à peu près de même.
Le rapport soumis au Congrès géologique de Bologne n’a pas été l’objet d’une discussion aussi approfondie que celle du Congrès botanique de 1867. Le rapporteur et tous les membres de la commission étaient absents, en outre, l’assemblée venait de consacrer de longues séances à l’examen d’autres questions qui l’intéressaient d’avantage. Cependant elle a ajouté au projet deux articles, dont je parlerai plus loin, l’un d’eux étant aussi curieux que nouveau.
Le vœu exprimé par les géologues d’avoir un code spécial pour la nomenclature des fossiles avait alarmé simultanément les botanistes et les zoologistes, pour lesquels les plantes et les animaux fossiles font partie des deux règnes. Ils ne voyaient pas d’avantage et craignaient des inconvénients à l’introduction de règles particulières pour la description d’êtres qui sont seulement antérieurs à ceux de l’époque actuelle. La Société botanique de France fit une démarche officielle pour engager le Congrès géologique de Bologne à ne pas s’en occuper ‘, le recueil des lois recommandé par le Congrès botanique de 1867 étant jugé suffisant par les botanistes. La Société botanique de Belgique fit de inêmeL J’adressai une lettre dans le même sens ® et la Société zoologique de France fit paraître la publication suivante destinée à servir pour la nomenclature des êtres organisés en général.
Chaper, Règles applicables à la nomenclature des êtres organisés, proposées à la société zoologique de France, et Rapport fait au nom de la commission de nomenclature. In-8”, 37 pages. Paris, 1881.
' Bulletin de la Société botanique, 1881, p. 9. Compte rendu de la session du Congrès géologique de Bologne, page 178.
Compte rendu du Congrès de Bologne, p. 162.
* Ibid. p. 181.
IXTRODUCTIOX.
Ce travail, présenté par M. Chaper, au nom d’une commission de ^se^p^oologistes * , renferme des considérations très justes auxquelles nous sommes disposés à adhérer, sauf en quelques points secondaires. Les règles énumérées sont au nombre de dix-sept. Elles reposent sur le principe de la priorité, dont le rapporteur fait sentir vivement l’importance, tout en admettant plus de dérogations qu’il ne convient selon nous d’en admettre.
Je ne mentionne pas la réimpression faite en 1878 des règles de la nomenclature adoptées en 1842, sur la proposition de Strickland, et augmentées en 1865 de six articles, par les zoolistes de l’Association britannique. Cette nouvelle édition, identique avec les précédentes, ne pouvait pas être au niveau de la science, puisque les recueils dont nous venons de parler sont plus modernes et renferment ce qu’il y avait de meillem’ dans le travail de l’Association britannique.
Deux réflexions se présentent à l’esprit lorsqu’on a étudié les publications de MM. Dali, Douvillé et Chaper, et lu la discussion du Congrès géologique de Bologne, qui expriment l’opinion de naturalistes nombreux, soit d’Europe, soit d’Amérique.
1° Les règles suivies en zoologie et en botanique se rapprochent de plus en plus. Le recueil de l’Association britannique s’appliquait uniquement à la zoologie - ; le nôtre, destiné aux botanistes, émettait le vœu (art. 5) de l’uniformité des règles dans les deux règnes ; et les trois ouvrages qui ont suivi ont donné positivement leurs règles comme applicables aux noms de plantes et d’animaux.
2” La loi de priorité est reconnue de plus en plus comme le ' principe fondamental d’une bonne nomenclature. Les cas de dérogation à cette loi deviennent plus rares, et même d’après un des projets, ils seraient pom' ainsi dire supprimés.
Cette tendance, de faire prédominer la priorité sur les considérations de pureté linguistique, d’élégance, d’uniformité ou de sens précis des noms n’a pas cessé d’augmenter depuis cinquante ou soixante ans. Elle est, à vrai dire, la cause des rédactions successives de règles présentées aux naturalistes par des individus, des sociétés et des congrès internationaux. Les usa-
‘ MM. Blanchard (D*'), Chaper, Jousseaume (D''), Jullien (D>’), Künkel d’Herculais, Lataste, E. Simon.
Buîes for zoological nomenclature^ ed. 1878, p. 23.
INTRODUCTION
ges se sont conformés de plus en plus à cette disposition des esprits.
Avec une tendance aussi accusée il est assez singulier de voir, en 1881, deux publications d’un savant lyonnais inspirées par des vues bien différentes. Nous ne doutons pas des bonnes intentions de M. Saint-Lager mais elles nous paraissent un véritable anachronisme. Proposer le changement de plusieurs centaines de noms et implicitement de plusieurs milliers, par des motifs de grammaire, de linguistique ou même de préférences personnelles, donner ainsi l’exemple d’autres changements selon les idées de futurs érudits, c’est i-étrograder vers l’état de confusion de la nomenclature qui existait au commencement du XIX™® siècle. Je citerai plus loin quelques-unes des propositions de l’auteur. Ce n’est assurément pas pour le plaisir de le critiquer. Rien ne m’est plus désagréable, et je respecte tous les savants de bonne foi, parmi lesquels il faut compter assurément M. Saint-Lager, mais ce qu’il propose est un avertissement de ne pas négliger la marche indiquée par Phistoffe de la science et l’appui de l’immense majorité des naturalistes.
D’autres publications individuelles seront mentionnées plus loin. Il ne m’a pas été possible de les indiquer toutes et de les discuter. Je les ai traitées comme mes propres articles de 1869, auxquels je fais allusion çà et là, en laissant de coté ce. qui présente peu d’importance ou n’est pas contesté.
Une certaine réserve est nécessaire, même à l’égard de publications excellentes, lorsqu’elles sont anciennes. La science fait toujoui-s des progrès. Les règles recommandées par Linné ne convenaient pas toutes au commencement de notre siècle ; de CandoUe les a quelquefois moditiées, avec l’approbation de ses contemporains. En 1867, nous nous sommes appuyés aussi sur l’expérience et sur des raisons nouvelles pour indiquer certains changements désirables. Il en est de même aujourd’hui, et j’espère que personne ne me taxera de contradiction ou de versatilité quand je parlerai de quelques défauts de notre travail d’il y a seize ans et de modifications qui deviennent opportunes.
^ Saint-Lager, Béforme de la nomenclature botanique, in-S*^, 155 pages, et Nouvelles remarques sur la nomenclature botanique, in-8°, 55 pages, dans les Annales de la société botanique de Lyon et à part.
INTRODUCTION
Les additions et changements que je propose ne viennent pas de moi seul. Elles résultent de propositions faites dans les journaux botaniques et des rapports de commissions spéciales que j’ai cités tout à l’heure. J’ai de plus été en correspondance avec plusieurs botanistes, notamment avec M. Asa Gray, bien connu 'pour l’attention qu’il donne aux questions de nomenclature, et ^I. Daydon Jackson, qui prépare le nouveau Nomendator, pour lequel l’illustre Darwin a fait les fonds nécessaires. Nous nous accordons sur les points qui pouvaient offrir quelques doutes.
Une source d’erreurs dans les usages botaniques de nomenclature est l’imitation de ceux suivis en zoologie. Je ne crains pas de le dire, parce que les zoologistes sont loin de contester l’infériorité de leur science à cet égard. Beaucoup d’incertitudes, beaucoup d’irrégularités, beaucoup de négligences dont ils se plaignent n’existent pas en botanique. Ils ont amélioré leurs usages en imitant les nôtres, mais l’inverse est arrivé quand on a imité en botanique certaines publications de zoologie. La lecture du recueil de M. Dali, applicable aux deux sciences, fait parfaitement comprendre les diversités qui existent encore et la supériorité de la nomenclature botanique ‘.
Notre première partie traite d’observations sur divers articles du recueil de 1867.
La seconde, de questions suscitées depuis peu de temps, ou sur lesquelles le congrès n’avait pas jugé à propos de voter.
Je termine par une réimpression du texte primitif, avec les additions et moditications qu’il me paraît convenable de proposer en raison des motifs indiqués dans le présent opuscule.
^ Dali, Nomenclature, page 9. Voir aussi Douvillé, Rapport, p. 129. Depuis Linné des zoologistes éminents, tels que Bufifon, Cuvier, ont attaché moins d'importance que les botanistes aux méthodes de classification et de nomenclature. D’ailleurs l’immensité de la zoologie et sa division en branches très distinctes ont causé des irrégularités dans les usages.
prf:m'ière partie
Observations et discussions sur divers articles du Recueil des lois de 186T
Titre et articles 1 et 2 des Lois de la nomenclature:
Considérations c.énérales et principes dirigeants.
Quelques rares personnes ont critiqué le mot Lois, appliqué aux règles qu’il convient d’adopter dans la nomenclature. Elles se figurent que notre congrès aurait eu l’idée de s’imposer. L’objection n’est pas soutenable au point de vue du sens français du mot loi, car on l’emploie souvent dans le sens de règle et même dans un sens beaucoup plus vaste, comme la loi de la pesanteur, la loi des échanges, etc. Que le congrès botanique n’ait eu aucun désir de s’imposer c’est évident, d’après son article 2, et la décision finale qu’il a votée à l’unanimité : De recommander le recueil comme le meilleur guide à suivre (Lois, etc., p. 4).
Il y a cependant, j’en conviens, quelques articles qui s’imposent, mais seulement lorsqu’on adopte le principe de la priorité énoncé dans les articles 3 et 15. Dans ce cas, à moins de se contredire, il faut absolument se soumettre aux conséquences indiquées dans les articles 16, 41, 59. Le reste se compose le plus souvent de conseils, qu’on peut suivre ou ne pas suivre sans
^ Voir le texte de ces articles soit dans les Lois de la nomenclature adoptées par le Congrès (Actes du Congrès, 1807), soit dans mon Commentaire de même date, soit encore à la tin du présent opuscule.
OBSERVATIONS
beaucoup crinconvéuieiit, mais qui sont basés sur de justes motifs et sur les usages.
Les anciens auteurs qui se sont occupés de la nomenclature, en particulier Linné, de Candolle et Lindley, ne mettaient pas assez en évidence, sous forme d’articles, les principes généraux sur lesquels ils s’appuyaient et ne classaient pas les règles, suivant leur nature, en chapitres ou sections. Notre recueil a été le premier dans lequel on ait adopté strictement une classification analogue à celle des codes de la plupart des pays civilisés. M. Dali, en Amérique, a suivi notre exemple.
Ce classement des articles facilite les recherches, et l’énoncé, au début, de principes généraux a d’autres avantages, qui malheureusement n’ont pas été compris par tout le monde. Ces avantages sont de faire réfléchir aux conditions de toute bonne nomenclature et de donner un moyen de résoudre les questions douteuses quand des articles spéciaux n’en ont pas parlé. J’estime que la plupart des questions peuvent être résolues en remontant aux principes du chapitre de notre rédaction et de la section D® du chapitre III, mais c’est à condition de lh*e attentivement les textes, et de réfléchir au sens de chaque phrase ’.
Article 3. — Conditions d’une bonne nomenclature.
M. Dali- a modifié judicieusement notre article, en disant: « Le principe essentiel est : 1° de viser à la fixité dans les noms; » 2" et 3" (à peu près comme le reste de notre article). Il fait ainsi mieux ressortir l’objet principal.
Les considérations accessoires, mentionnées à la fin de notre article, n’ont guère d’application que dans la création des noms nouveaux, car une fois un nom publié la loi de priorité lui profite, sauf dans des cas exceptionnels, qu’il convient de rendre tout à fait rares.
^ J’indiquerai à l’occasion des articles 15 et 48, des principes, assez généraux également, qui n’ont pas été énoncés dans le recueil, et dont l’importance est considérable.
2 Dali, § 3.
SUR DIVERS ARTICLES DES LOIS
Article 4. — Sur l’usage.
Quelques botanistes donnent plus d’importance que d’autres à l’usage. Ils vont jusqu’à préférer un nom très connu, de famille, genre ou espèce, à un nom plus ancien mais oublié ou négligé. Je me suis demandé d’après cela si notre article 4 est trop absolu et s’il ne faudrait pas le modifier. En y réfléchissant, je ne pense pas que ce fût convenable.
Un usage est de sa nature assez vague. Il peut changer d’année en année, tandis que les règles subsistent. Comment constater d’ailleurs qu’un usage est bien établi? Ce n’est pas en comptant les auteurs qui l’ont suivi, car un seul ouvrage delà nature de certains Généra ou Species fait plus connaître un nom que cent flores ou catalogues. Dans tel pays, dans telle suite d’années un nom peut se répandre ou au contraire tomber en désuétude. Je comprends qu’on suive ce qu’on croit être Tusage dans des choses secondaires et en l’absence de règle, comme le dit l’article ; mais pour autoriser à mettre un usage au-dessus d’une règle, il faudrait définir et constaterclairement.ee que c’est qu’un usage et cela n’est guère possible.
Il y a peut-être des cas dans lesquels un auteur enfreint une règle, même la loi de priorité, par des motifs judicieux, appropriés à un cas particulier, mais alors il le fait sans en parler, à ses périls et risques. Tout auteur subséquent pourra rappeler la règle et l’appliquer. Personne n’a le droit de l’en empêcher, d’où il résulte que la violation d’une règle, si elle a de l’avantage sous un certain point de vue, n’a pas un avantage qui dure. Il en est de cela comme des violations de lois ou de règlements de police que se permettent quelquefois des personnes honnêtes, dans le but d’éviter une application trop rigouseuse dans un cas particulier : si le fait est remarqué, la loi ou le règlement reprennent toute leur force et celui qui les a méconnus peut en souftrir. Dans la science, la peine est simplement qu’un auteur n’est pas suivi lorsqu’on a vu qu’il s’est écarté de la règle. Ces incidents peuvent arriver, mais il vaut mieux ne pas les prévoir, pour ne pas les encourager et éviter des discussions.
OBSEKVATIOXS
Article 6. — Noms en latin.
« Les noms scientifiques, dit le texte, sont en langue latine, » mais quel latin faut-il entendre? Une langue dont la durée a été aussi longue a beaucoup varié et quand on ouvre un dictionnaii*e on s’aperçoit qu’un grand nombre de mots ont eu simultanément ou successivement plusieurs sens. A mon avis, pour l’histoire naturelle, c’est le latin de Linné qui doit servir d’exemple. Il est correct et, sous le rapport scientifique, il a ce grand avantage d’être plus précis que le latin de l’antiquité. Chaque mot dans Linné n’a qu’un sens et chaque idée ou objet s’exprime par un seul terme. J’en ai donné ailleurs ‘ des exemples assez curieux.
Ceci pour la construction des noms ; mais une fois un nom publié, il revêt le caractère d’un mot propre soit technique. Il devient botanique ou zoologique, c’est-à-dire qu’il appartient en quelque sorte à une langue spéciale et qu’il est soumis à des règles particulières, dont la plus importante est la fixité. Ceci est vrai surtout pour les noms de genres, mais il y a aussi des noms d’espèces qui sont devenus scientifiques par l’usage, quoique manquant aux dictionnaires latins L
L’inconvénient des noms en langues vulgaires s’est fait sentir lorsqu’il a fallu traduire en latin certains noms spécifiques. Une espèce appelée en français des bois, peut se traduire par sylvestris, sylvatica ou nemorosa. Cependant elle ne doit avoir qu’un nom. Le principe de l’article 6, posé d’une manière générale, a pris de l’importance depuis qu’on a commencé de publier en russe, japonais, etc., c’est-à-dire dans des langues dont la plupart des naturalistes ne connaissent pas même les caractères typographiques.
Article 8. — Tour végétal appartient a une espèce, etc.
Je regarde cet article comme une concession faite au besoin
‘ Phytographie, p. 34, 247, 463.
^ Voir plus loin mes observations sur l’article 66.
SUR DIVERS ARTICLES DES LOIS
d’ordre et d’uniformité dans les livres, car chacun des degrés de la hiérarchie des groupes (art. 10) peut manquer dans tel ou tel cas particulier. Non seulement beaucoup d’espèces ne présentent pas de variétés, et beaucoup de genres n’ont pas de sous-genres ou sections, mais il y a aussi des genres monotypes qui ne sont pas des associations d’espèces, et des familles composées d’un seul genre qui ne sont pas des réunions de genres. Dans d’autres circonstances la distinction en espèces est tellement difficile qu'on peut se demander si certains genres ou sous-genres ne sont pas constitués par des variétés plutôt que par des espèces. Les naturalistes antérieurs à Linné désignaient quelquefois un genre par un seul nom, sans épithète ou phrase spécifique, lorsqu’ils ne voyaient pas matière à distinguer des formes différentes. C’est le désir d’uniformiser et la prévision qu’on découvrirait plus tard d’autres espèces qui a fait donner un nom spécifique au contenu d’un genre monotype.
Article 10. — Hiérarchie des groupes.
Les naturalistes reconnaissent maintenant, d’une manière assez générale : 1° que les groupes désignés par un nom semblable n’ont pas exactement la même valeur ; 2® qu’il y a souvent des transitions entre deux groupes superposés dans la hiérarchie, ce qui permet d’hésiter dans l’application des termes espèce ou sous-espèce, genre ou section, famille ou tribu, etc.; 3" que les groupes sont des associations plus ou moins vastes, mais en soi de même nature, vu leur qualité d’objets collectifs.
Il n’en est pas moins vrai que les termes espèce, genre, famille, classe, ont des bases dans l’histoire de la science, et reposent sur certains caractères de formes ou sur des facultés physiologiques, conséquences de l’organisation intérieure. Historiquement l’espèce est la catégorie de groupes établis par Linné quand il a réuni sous un seul nom des associations de moindre valeur. Le genre est la catégorie de groupes plus vastes constitués par Tournefort, admis presque toujours et nommés plus régulièrement par Linné. La famille est ce que Antoine-Laurent de Jussieu a appelé du nom latin Ordo, On peut différer sur les caractères morphologiques à employer pour fonder des espèces, genres ou familles. On peut dire aussi que les caractères de
OBSERVATIONS
fécondation et d’hérédité ne sont pas absolus. Mais le sens dans lequel les fondateurs de la classification moderne ont pris ces termes est assez clair d’après leurs ouvrages, et peut servir de point d’appui, du moins pour les personnes qui aiment à se baser sur la priorité. Je comprends qu’on s’applique à énumérer des formes contenues dans une espèce de Linné, mais pourquoi donner à ces groupes le nom d’espèces ? C’est du pur néologisme. C’est abandonner le principe de viser à la fixité des termes, qui est notre sauvegarde contre une immense confusion. L’énumération des vingt groupes superposés dans l’article 10 permet de classer toutes les formes, sans changer le sens des termes anciens, espèce, genre, famille. On peut ajouter des intermédiaires plus nombreux, au moyen de mots d’un emploi facultatif ou de lettres, de chiffres et de signes typographiques. Le cadre existe. Pourquoi changer ses divisions principales qui sont historiques ?
La convenance, dans beaucoup de cas, de reconnaître des groupes immédiatement supérieurs aux espèces a suggéré l’idée de leur donner un nom, par exemple celui de sur-espèce {siiperspecies), comme le proposait H. C. Watson L Par ce procédé l’espèce de Linné étant comprise entre des sur- et des sousespèces^ deviendrait plus claire. Malheureusement il en résulterait assez de complications de synonymie, car il faudrait indiquer si tel nom est une espèce ou une sur-espèce dans l’ouvrage que l’on cite. Ce serait doubler l’embarras qui existe déjà dans la citation des sous-espèces ou variétés et des espèces. Le résultat auquel ou vise, — celui de faire comprendre un groupe supérieur à l’espèce, — peut s’obtenir par un moyen simple, dans lequel on ne crée aucun nom. Ce moyen consiste à classer
^ Hewett Cottrell Watson (Compendium of tlie Cybele britannica, 1, p. 36) en recommandant ce système, dit que Boswell Symes l’a appliqué dans la 3“'® édition de son Englisli hotany. 11 se servait de trois termes Super- species, Ver-species^ Siib-species. Le terme moyen paraît inutile. L’année dernière M. Clavaud (Flore de la Gironde, fasc. 1, Paris 1882) a nommé Stiipes les sur-espèces, mais ce terme employé quelquefois dans un sens différent, assez vague, est moins expressif. MM. Burnat et Gremli {Sup2)l. à la Monogr. des roses des Alpes-Maritimes^ Genève, 1883) usent d’un procédé ingénieux, qui consiste à imprimer en fortes capitales les noms d’espèces selon eux de premier ordre et en capitales moins fortes ceux d’espèces de second ordre. L’avantage est d’indiquer une diversité d’importance sans introduire un nom nouveau de groupe.
SUR DIVERS ARTICLES DES LOIS
plusieurs espèces très voisines, ou une espèce très séparée des autres sous une rubrique numérotée, ou marquée d’une lettre ou d’un signe.
L’admission de sur-espèces amènerait, par analogie et pour les mêmes motifs, des sur-genres, sur-familles et sur-classes, dont on se passe très bien, quoique la multiplicité des degrés dans la hiérarchie des groupes soit conforme à la nature.
Les groupes minimes, compris entre les variétés et les individus, doivent ce me semble être considérés à part, comme ne pouvant pas rentrer dans la série des groupes systématiquement nommés. J’en parlerai dans la troisième partie, la question étant assez nouvelle.
J’examinerai aussi une addition importante relative aux plantes fossiles.
Les personnes qui s’intéressent à la concordance des noms de groupes en zoologie et en botanique, feront bien de consulter le tableau publié par M. Dall\ qui me paraît avantageux pour uniformiser les ouvrages d’histoire naturelle.
La plupart des tableaux indiquant la subordination des groupes font ressortir, en lettres capitales^ les noms de Classe, Famille, Genre, Espèce. Je répugne à ce procédé, parce que les groupes naturels sont tous également des associations, et comme telles sont soumis à certaines lois communes, par exemple d’avoir des limites un peu vagues, de présenter des exceptions, et de faire quelquefois défaut, comme je le disais tout à l’heure (p. 11). J’estime aussi qu’ils doivent tous reposer sur des caractères, non sur des hypothèses, nécessairement contestables, relatives à leur origine.
Article Ld. — Sur le point de départ de la priorité.
Les zoologistes ont eu des incertitudes prolongées pour savoir quel ouvrage de Linné, ou même de naturalistes antérieurs, doit être considéré dans leur science, comme le point de départ de la nomenclature des genres et des espèces ^ Pour les botanistes
* Nomenclature^ p. 24.
^ L’Association britannique adoptait la 12® édition de Linné, mais M. Dali (Nomencl. p.43), a donné de bonnes raisons pour préférer la
OBSERVATIOXS
la question est plus facile à résoudre, pourvu qu’on réfléchisse à ce qui constitue véritablement une certaine catégorie de groupes.
Avant Linné les auteurs employaient souvent des noms binominaux pour les espèces, mais quand un adjectif ne sufîisait pas pour exprimer les caractères différentiels ils en mettaient deux, trois, ou davantage. Linné mit systématiquement une seule épithète spécifique, d’abord dans son opuscule du Pan suecus, de 1749, et même, d’après le Ahling‘, dans un écrit en suédois, de 1745, mais c’étaient là des tentatives partielles et, comme on dit, des ballons d’essai. Il a généralisé ensuite son procédé dans la première édition du Species plantarum^ de 1753. Évidemment ceci est la date qui doit servir de point initial pour les noms d’espèces.
Quant aux genres proposés ou adoptés par Linné, c’est la première édition du Généra^ en 1737, qui doit être invoquée. Jusqu’à Tournefort plusieurs botanistes avaient nommé des genres, sans énoncer leurs caractères. Or, un groupe sans caractères n’est, pour ainsi dire, pas publié (art. 46), puisqu’on ne peut pas le reconnaître exactement. Tournefort a eu le mérite de donner des caractères, mais il conservait pour plusieurs genres des noms adjectifs i^Acetosa^ Bermiidiana, etc.), ou des noms doubles (Herha-Paris, Ferrum-Eqninum^ Narcisso-Leucohim, etc.), tandis que Liiiiié a donné une forme régulière aux noms, toujours substantifs, en même temps qu’il donnait les caractères. C’est donc à dater de son Généra, que les groupes appelés genres ont été nommés et décrits, selon la forme qui est admise.
Par les mêmes motifs, c’est du Généra play'itarum, d’Antoine Laurent de Jussieu, en 1789, qu’il faut faire dater les premiers noms de familles (Ordines) vraiment constituées. Avant cet ouvrage, Linné et Bernard de Jussieu avaient bien indiqué des familles et leur avaient même donné des noms, mais ils n’avaient pas énoncé de caractères. Adanson, il faut le reconnaître, avait énoncé des caractères, mais chez lui les noms de familles
10“*®. Il admet en outre qu’on remonte à des auteurs plus anciens que Linné, dans certaines branches de la zoologie (Lettre citée par M. Douvillé, Rapport, p. 139).
‘ Olandska och Gotlilajidska resa, cité, d’après Aliling, dans le Journal of Botany, 1831, p. 280.
SUR DIVERS ARTICLES DES LOIS
n’étaient ni réguliers ni acceptables {Ana^ GalUdes, Jasmina, Bissiis, Orcliis, etc.), ce sont Bernard et A.-L. de Jussieu qui ont commencé de régulariser les noms, et c’est Antoine-Laurent qui a donné avec des noms réguliers des caractères vraiment distinciifs. On voudrait remonter plus haut pour les familles qu’on trouverait ou des noms inacceptables qui tombent dans la synonymie, ou des noms nuis par défaut d’explications.
R. Brown, Prodromus Novœ Hollandiæ, en 1810, a distingué des sous-genres, sans les désigner ainsi^ et il leur a donné quelquefois des noms substantifs. Ce n’est pas encore une constitution régulière de cette sorte de groupes. Elle a été opérée par de Candolle, en 1818, dans Regni vegetahilis systema naturelle, où les sections soit sous-genres sont régulièrement désignés comme tels et presque toujours avec un nom substantif.
C’est dans le même ouvrage que des groupes de familles ont été désignés sous le nom de cohortes, avec un nom pour chacune et l’énoncé de caractères.
Là aussi des tribus se trouvent pour la première fois classées, nommées et caractérisées.
Les séries de ïmnlles Apetalœ, Monoimialœ, etc., de Jussieu, qu’il ne nomme pas des classes ou sous-classes, et qui reposent sur un seul caractère, sont des divisions artificielles plutôt que naturelles, tandis que les noms de Thalamijloræ, Calydjioræ, etc. du Systema (1818), précédés de la désignation Suhclassis I, II, etc., et suivis de caractères détaillés, présentent toutes les conditions nécessaires pour un point de départ dans cette sorte de groupes.
Les deux classes fondées sur les cotylédons avaient été aperçues par Théophraste YIII, c. ii^ et ensuite par Cesalpin, mais elles ont été nommées Monocotyledones et Dicotylédones, par Ray (Methodus plantarum emendata et aucta, 1703, p. 1). Van Royen^ en 1740, les appelait Monocotyledones et Pluricoiyledones.
Quant aux grandes divisions, supérieures à ces classes, il n’est pas facile de constater celles qui ont été le plus anciennement nommées et définies. Acotyledones se trouva déjà dans de Jussieu Généra, à titre de classe égale aux Dicotylédones et Monocotyledones. Gryptogamia est dans Linné (Syst, ed. 1, 1735, p. 4), mais comme nom d’une classe analogue aux vingttrois autres appelées Monandria, Diandria,eic,. Phanerogamia ou Phanérogame est un nom moderne surtout dans le sens
OBSERVATIONS
(iTiiie grande classe. Il irest pas dans Linné. En 1813, de Candolle s’en est servi pour une subdivision des Monocotylédones (Théor. élém., p. 219), ce qui montre à quel degré le sens était alors variable et vague. L’auteur (p. 213^ 220) divisa le règne végétal en Vasculaires ou Cotyléclonés et Cellulaires ou Acotylédonés, classes dont il donnait les caractères spéciaux dans le Systema (1, p. 120, 121) dès 1818 '. Richard avait dit auparavant (1808, Anal, du fruit, p. 50), Exemhryonatæ et Emhryonaiœ, mais le nom d’Acotyledones, plus ancien, devait être conservé en l’élevant dans l’échelle des groupes, si d’ailleurs les découvertes modernes sur les Cryptogames avaient permis de conserver le tenue ExembryonatæC II est curieux de penser au nombre des noms de grandes divisions qui tombent au rang des synonymes lorsqu’on admet le principe qu’il faut un seul nom, pour chaque groupe d’un ordre déterminé, avec l’énoncé des caractères distinctifs et une forme acceptable ^
En résumé une catégorie de groupes est constituée lorsque : V on lui a donné un nom, tel que genre, espèce, etc. ; 2“ une forme régulière pour chaque catégorie ; 3° on a indiqué la place du groupe relativement aux autres dans la hiérarchie de la classification ; V on a exprimé les caractères dans chaque cas particulier. Si l’on admet ces conditions, les dates suivantes sont celles qui doivent servir de points de départ :
1703 (Ray, Methodus emendata), pour les classes de Phanérogames.
1735 (Linné, Syst. ed. 1), pour les grandes divisions du règne végétal, telles que Cryptogamîn.
1737 (Linné, Généra, etc., ed. 1), pour les genres.
1753 (Linné, Species, ed. 1), pour les espèces, distinguées des variétés.
^ La citation, p. 121, de Cotyledoneæ Juss. Gen. p. 70, est une erreur. On ne trouve pas ce mot dans le Généra, et à la p. 70, il est question des Dicotylédones.
Dans la nomenclature des classes du règne végétal on s’aperçoit de l’inconvénient des mots significatifs. Il a fallu souvent les changer à la suite de découvertes. En zoologie les noms Aves^ Pisces, Vei'mes, etc., etc., durent toujours, parce qu’ils n’ont aucun sens.
■’ Vasculares et Cellulares DC. tombent, comme double emploi, et le dernier, en outre, comme postérieur à Acotylédones.
SUR DIVERS ARTICLES DES LOIS. 17
1789 (Aiit. L. de Jussieu, Généra), pour les familles appelées par lui Ordines.
1810 (R. Brown, Prodr. Fl. N. Holl.) ou le suivant, pour les sous-genres.
1818 (A. P. de Candolle, Systema naturale), pour les cohortes et les tribus.
Notre article 15 aurait dû tenir compte des noms de classes (Monocotylédones et Dicotylédones), qui sont antérieurs à Linné et que l’illustre Suédois a eu le tort de négliger, même dans ses Fragments sur la méthode naturelle, publiés par Giseke. Si je ne propose formellement aucune addition à l’article, c’est à cause du très petit nombre des noms de cette nature.
Article additionnel 15 bis. — Un nom est fait seulement