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V. Des lettres capitales ou autres pour les noms d’espèces

En 1867 il m’avait paru inutile d’énoncer une opinion sur l’emploi de lettres capitales ou de lettres minuscules au commencement des noms d’espèces. Dans la discussion il fut échangé quelques mots sur l’usage suivi par Aug.-Pyr. de CaudoUe de mettre des capitales aux noms tirés de localités, tandis que Linné les réservait pour les" noms tirés de noms d’hommes. On critiqua en passant les capitales, dans le premier cas, comme contraires aux règles de la langue latine, et je m’étais

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rangé à cette opinion, émise par des personnes plus versées que moi dans les langues anciennes. L’assemblée ajouta la dernière phrase de l’article 33, qui prescrit les capitales pour les noms tii’és des noms d’hommes, et elle laissa chacun faire comme il voudrait pour les noms tirés de noms de pays h J’ai eu la curiosité d’examiner ce point d’orthographe latine et le résultat de mes recherches est assez singulier.

Naturellement je ne pouvais ni ne voulais me plonger dans la lecture des classiques, pour lesquels d’ailleurs il aurait fallu remonter aux manuscrits et inscriptions, car les textes publiés ont subi des modihcations de forme à l’époque de la Renaissance. Heureusement j’ai trouvé les renseignements qu’on peut désirer dans un volume récent, publié par M. George Edon % sur les différentes phases de la langue latine. L’auteur distingue neuf périodes. Pour chacune il indique les diversités de mots et donne des fac-similé d’écritures onciales, cursives ou sculpturales, parfaitement authentiques.

La septième période, celle d’Auguste, de l’an 29 avant notre ère, jusqu’à Claude, 41 ans après Jésus-Christ, est la plus classique, et les inscriptions mises officiellement sur des édifices publics, à Rome, sont des autorités pour l’orthographe et l’éci-iture. Je donne ici le calque du commencement de deux de ces inscriptiojis. La première est l’épitaphe de Furius Camillus, au Forum d’Auguste ; la seconde est sur l’obélisque d’Auguste, au Circus maximus.

VEIOS. POST. VRBE.M GAPTAM. COMMIGRA

rI passvs. non. est.

ETRVSCiSAD. SVTRIVM

devictIs. aeqvIs. et VOLCis.

Imp. CAESAR. dIvI. F AVGVSTVS

PONTJFEX. MAXIMVS* IMP.ÎÔi.COS.XÏ.TRIB.POT.^ AEGVPT(E IN. PÜÏEST.GeM popvlI. RüMANÏ. REDACTA SOI J. DONVM. DEDIT

Plusieurs choses sont à remarquer dans ces inscriptions.

V La ponctuation, dans le sens du latin de la Renaissance et

* A. de Candolle, Bull, de la soc. bot. de France., 1869, p. 72.

^ Écriture et prononciatiau du latin savant et du latin populaire., in-8®, avec 9 planches, Parisj 1882.

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(les langues modernes, est nulle, car les points marquent la fin des mots et nullement des phrases. Ainsi pour écrire correctement le latin, il faudrait renoncer à la ponctuation, ce que personne n’approuverait.

2° Le V est confondu avec TU. La distinction en a été faite, longtemps après la Renaissance, par des érudits qu’un puriste ])Ourrait taxer de n’avoir pas bien su le latin.

3" L’accent (apex) sur certaines voyelles était une innovation à l’époque d’Auguste. Il indiquait la lettre accentuée. L’I, signifiait un i accentué. Les modernes ont négligé cette ressource des accents, qui auraient servi à bien prononcer le latin.

4° Toutes les lettres sont égales et toutes capitales ‘. Ainsi la distinction des majuscules et minuscules faite depuis la Renaissance, et introduite par les naturalistes dans les noms de plantes ou d’animaux, est arbitraire. Elle n’a aucune base dans le latin classique.

Je tire de ce dernier fait une conséquence. Les botanistes du XYI™® siècle, et Linné, et plus tard de Candolle, quand ils ont employé des capitales au commencement des noms de genres ou d’espèces sont sortis de la vraie latinité. Ils ont voulu être plus clairs que les Romains. Ils en avaient le droit, car dans les sciences la clarté tient au fond, qui doit primer la forme. Personne aujourd’hui ne conteste l’usage de commencer les noms de genres et d’hommes, par une grande lettre. On l’admet volontiers également pour les noms adjectifs d’espèces tirés des noms d’hommes. Quant à ceux tirés des noms de localités, la seule question, d’après ce que nous venons de dire, est de savoir si c’est plus clair. De Candolle le pensait. Il est certain qu’une espèce peut avoir été appelée alinnci^ parce qu’elle habite dans les Alpes ou parce qu’elle croit sur les montagnes élevées d’un pays quelconque. On comprend de suite le premier sens s’il y a une capitale. Certaines localités donnent des adjectifs qui ne sont pas dans les dictionnaires et qu’on peut supposer à tort des mots latins s’ils ne sont pas marqués d’une lettre capitale. Par exemple, le Sisymbrium appelé par Linné monense, est devenu dans le Prodromus Brassica Moiiensis. Or monensis, qui signifie de l’île de Man, n’est pas dans les dictionnaires latins.

’ Il en était de même dans les écritures dites onciale ou cursive^ dont l’auteur donne des spécimens, page 22.

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J’ai vu quelques ouvrages dans lesquels tous les noms spécifiques ont une capitale. Ceci est l’abus, car il n’en résulte aucun avantage de clarté. Au contraire, on ne distingue plus au premier coup d’œil les noms d‘une origine exceptionnelle, tirés de noms d’hommes ou de pays, ou qui sont d’anciens noms génériques de la plante.

Ces détails ont peu d’importance en eux -mêmes, mais il y a deux conclusions générales à en tirer qui ne sont pas inutiles. L’une qu’on donne quelquefois pour des règles latines ce qui vient seulement des érudits modernes. L’autre que ces mêmes érudits et les naturalistes ont heureusement corrigé, modifié et précisé le latin classique pour le rendre moins obscur et mieux adapté aux besoins de la science. S’il faut regretter quelque chose c’est qu’on ait quelquefois rétrogradé vers l’obscurité des anciens après avoir innové. Ainsi l’usage qui s’était introduit de mettre un circonfiexe sur les ablatifs, est abandonné dans le siècle actuel. C’est reculer, — à peu près comme si l’on revenait à la confusion de l’u et du v des auteurs classiques.

VI. Remarque additionnelle sur les noms des grandes divisions

ou CLASSES du RÈGNE VÉGÉTAL.

Quelques personnes regardent comme inutile de suivre la loi de priorité dans la désignation des divisions principales du règne comme dans les autres. On a recherché, en ce qui les concerne, des noms significatifs et l’on est tombé souvent sur des expressions douteuses, propres à une partie seulement d’une classe ou complètement erronées. Par surcroît de malheur, on a eu quelquefois l’idée de donner deux noms au même groupe, en raison de deux caractères de nature diftérente, comme Ananihæ seu Arliizœ, etc. Il a fallu répudier plusieurs de ces noms. De là une synonymie très chargée, que la loi de priorité aurait évitée. J’en donnerai un exemple, puisque la production de ces noms mort-nés continue.

Il s’agit du nom Cryptorjamia opposé, comme division primaire, à celui de Phanerogamia ’. Le tableau suivant montre

‘ Linné (Syst. ed. 1) divise les plantes selon les: Niq)tiæ imhlicæ {sanii autre appellation), et Nujytiæ clandestinæ, Cryptogamia. Je n’ai trouvé le nom de Phanerogamia dans aucun ouvrage du siècle dernier. Celui de

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que Crijptoffamia2L(\i\-i\mi synonymes, condamnés cliacun par un, deux ou trois motifs péremptoires, et il est probable que d’autres synonymes encore m’ont échappé.

Dates. NOMS Causes de nullité *.

1735. Cryptog’amia ^ Linné, Syst., éd. 1, p. 4.

1764. Cryptostemonis, Gleditscli Syst., p. XXXIII II, III

1775. Agamia, Xeck. Act. phys. Theod. Pal., in ejus Coroll.,

p. 7 cit I, II

1789. Acotyledones, Juss. Gen., p. 2 Il

1805. Cellulaires, DC. Fl. fr. 1, p. 68 Ib

1805. Ætliéogamie, Pal. Beauv. Prodr. de l’JEtli., p. 1 (non

DC. postea Ib

1808. Exembryonatæ (gallice Inembryonés), Ricb. Anal., fr.

p. 50 II

? Arrhizæ, Ricli. (ubi? in Kuntli Handb., p. 191 cit.). ... 1, II

1818. Celliilares vel Acotyledoneæ DC. Syst., 1, p. 120 II, IV

1820. Axifères et Appendiculaires aspermes, Turpin Icon.,

p. 3 et tabl II, V '

1825. Xemea, Fries Syst. orb. veg., p. 33.. II

1829. Aplianantliæ, Dnmort. Anal, fain., p. 7 II

1833. Esexuales, Lindl. Xixiis, p. 23 1, H

1834. Sporophoræ seii Acotyledones, Horaninow,Priinæ liiieæ 11, IV

1835. Anantbæ, Mart. Coinp., p. 1 (et Mycetes, p. 67) II

1835. Acrogenæ, Lindl. Key, p. 74 (non ejusd. Veg.Kingd.). II

1856. Oopliytes, Seringe, Xonv. disp, des fam., p. 9 Ib

1877. Astemonocarpelles ou Cryptogames, Écorcliard, Xonv.

théor. élém., p. 404 11, IV, V

1881. Lantbanogona, Crinos (d’après Bull. Soc. bot. Fr. 1881,

revue p. 56 II

1883. Sporogames, Éinery, Cours de botanique, p. 453 Il, lH, ^

Phanérogames est de Ventenat, dans son traité de l’an VII (1799), intitulé Tableau du règne végétal, 1, p. 439, 4, p. 140. Gleditscli avait déjà créé en 1764 (Syst. p. xxxiii) le nom Phænostemonis, ma.is Phanerogamia, symétrique de Cryptogamia, basé sur l’idée de Linné, a été préféré, d’après la règle de notre article 18.

‘ 1. Erreur grave et générale sur le fait exprimé dans le nom (contraire à notre article 3). — IL Oubli d’un nom antérieur valable (contraire à l’art. 3, deuxième alinéa, et aux art. 15, 16). — III. Construction ou désinence défectueuse (contraire à l’art. 18). — IV. Xoms doubles (contraires aux art. 15 et 4). — V. Xoms en langues vulgaires (contraires aux art. 6, 18).

On ne peut pas objecter au nom, puisque la reproduction sexuelle.

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J’ai pris la peine de construire exactement la synonymie de l’autre grande division, Phanerocjamia^ et des deux subdivisions de la Cryptogamie admises par la plupart des auteurs, en raison de la présence ou absence d’organes foliacés, etc. Chacune de ces subdivisions ou grandes classes a reçu de douze à quinze noms différents. Quelquefois, après avoir laissé de côté ceux dont la forme est entièrement vicieuse, on est' très embarrassé pour dire lesquels sont acceptables, d’après les caractères qu’ils expriment. Plus les noms affirment un caractère, plus ils ont été contestés ou repoussés, parce que fi’équemment ou a' voulu généraliser des caractères qui ne devaient pas l’être, le défaut déjuger d’un tout par une ou plusieurs parties étant assez commun. Ainsi, Agames, Esexuales^ pour les divisions des Cryptogames; Pollinaria pour le groupe des Fougères, Mousses, etc., ont dû tomber à la suite des découvertes. Les noms qui expriment peu de chose, comme Homonemea et Heteronemea^ de Fries, et leurs synonymes Amphigames et Æthéogames D C., sont de nature à subsister, parce qu’ils sont vagues. Il ne reste alors à chercher que leurs dates pour avoir une nomenclature correcte.

Les noms significatifs ont de l’avantage pour les espèces, qui sont si nombreuses, et même pour les genres. Ils soulagent la mémoire. Mais pour huit ou dix grandes divisions ou classes du règne végétal, c’était bien inutile. On se serait rappelé tout aussi facilement des noms quelconques, analogues aux mots Fiingij, Algœ, etc. La recherche de noms significatifs a malheureusement été mise au-dessus du principe essentiel de la priorité, même par des auteurs tels que Lindley, Endlicher et autres. Erreur de méthode, qui fait passer maintenant une foule de leurs noms au rang de synonymes !

Plus 011 réfléchit à ces questions, plus on trouve qu’il est juste, et en même temps pratique, de suivre uniformément certains principes dans tous les groupes, quel que soit leur rang, en particulier le principe de la priorité.

encore incouiiiie dans quelques Cryptogames, n’a été découverte dans les autres que cent ans après celle des Phanérogames et réside dans des organes très peu visibles.

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