M POT-DB-TIM
Que 8ur la langue et le papier; Trompons-nous, pillons-nous sans nulle retenue : Point d'égard pour celui qui n'a pas bonne vue. Sa bourse est un enjeu qu'il faut en vrai croupier
Saisir d'une main opportune ; Poursuivons, nuit et jour, le but de nos désirs. Sans halte, sans pitié, sans remords, sans soupirs, Gomme des dératés courons à la fortune.
POT-DE-YIN ; tl arrive ellnjé.
Frères, frères, assez de bruits, de mouvements. Que votre saint tumulte et vos bourdonnements S'apaisent à ma voix. Ah ! le vent des tempêtes. Chers enfants de Mammon , va mugir sur vos têtes.
LE GRAND PRÊTRE
Mon fils, pourquoi troubler en ce jour solennel Les doux loisirs du peuple et les soins de l'autel ? Pourquoi ces cris d'effroi , ce lugubre langage. Et la triste pâleur empreinte en ton visage?
Que nous annonces-tu?
La ruine et la norf.
POT-DE-yiH. 5S
LB GRiND PHÉTEB.
Sombre oisoiu de malheur, noir prophète du sort, Est-ce un etprit malsain qui t'aveugle et f égare ? Achèye!...
Encore un coup, notre deuil se prépare :
Les rigueurs du destin se tournent contre nous, Et son courroux ardent nous dispersera tous, Gomme on le vit jadis balayer sur la terre Les tritus d'Israël au vent de la misère.
LA FOULE
nouvelle imprévue ! ô sombre événement!
Oh! ne nous cachez rien , pariez ouvertement!
Oui, je vous dirai tout sans nulle réticence. Âh ! c'en est fait de nous et de notre existence. De nos hardis trafics, de nos jeux effrénés.
C'en est fait de notre or, nous sommes ruinés : Car un nouveau Samson de ses deux mains géantes Va du temple ébranler les colonnes puissantes,
Ik
Renverser noe autels comme la foudri en feu, Et sous les moellons enterrer notre d:eu.
Jérusalem encor touche à sa décadence :
L'honneur s'est réveillé dans le cœur de la France.
LÀ FOULE
L'honneur, l'antique honneur! Ah ! nous l'avions cru mort.
Et comme une momie enfoui sans ressort ,
Dans les bouquins poudreux de quelques humoristes.
Qui donc a ranimé ce squelette aux yeux tristes,
Ce fantôme stupidc, encensé par tous ceui
Qui vivent de pain dur et boivent l'eau des cieux ?
Trois femmes, trois démons, trois nouvelles harpies. Dont les amers sanglots et les clameurs impies Ont de la France heureuse assombri les humeurs. L'Espagne, l'Italie, et la Pologne en pleurs, Viennent de lui montrer le sang de leurs blessures ; Et la pitié, sortant de ces sources impures, A pénétré son cœur d'un nouveau sentiment^ Et chez elle allumé le feu du dévoftment.
LA FOULE
Ah ! nous sommes perdus ! Dieu ! Dieu ! quelle misère!
POT-DE-VIW. 58
Dans les emprunts du jour plus d^heareux coups à faire, Plus de marchés à terme et de gras pëculat , De large tripotage aux caisses de l*Ëtat.
Comment parer le coup qui meuace nos bourses?
Ah ! pour unique espoir et pour seules ressources, Nous n'avons qu'un moyen , c'est de nous jeter tous Aux pieds du dieu sauveur qui trône devant nous.
LE GRAND PRÊTRE
Oui tous, à genoux tous, devant la sainte idole, Et que de chaque cœur la prière s'envole.
L'assemblée flécblt le genou devant la sUtue.
Mammon ! le plus grand des dieux de l'univers, Toi que, sous mille noms et dans cent lieux divers ^ Chaque jour, au lever d'une nouvelle aurore , ^ troupeau des humains pieusement adore ; Toi, le dispensateur de la félicité, Toi , le lien puissant de la société.
Dieu fort, dieu souverain, ô Mammon, ô mon père! Be ton plus cher enfant écoute la prière !
56 POT-DE-yiN.
D'un œil indifférent , grand dieu ! pourrais-tu voir Expirer dans ces lieux ton culte et mon pouvoir, Souffrir que le plus beau joyau de ta couronne , Ton rubis le plus cher, la France , t'abandonne , Et tombe dans les mains d'un vil enfant du ciel Qui s'est montré toujours notre ennemi mortel ? mon père ! il y ya plus que de ta puissance Sur un peuple ; le cœur du monde, c'est la France : C'est sur son mouvement discord ou régulier Que se règle celui de l'univers entier.
Si donc tu ne m'es point propice et secourable. Si tu laisses ravir à mon frein équitable Gomme un fougueux coursier le grand peuple gaulois, L'univers l'imitant peut rejeter tes lois.
Quelle perte , 6 mon père , et surtout quelle honte ! Que de mal pour refaire et cacher ce mécompte ! Que de combats cruels et de chemins ardus Pour regagner les biens que nous aurons perdus! Souviens-toi des moments passés avec ivresse Dans les bras de la Paix, ma mère, ta maîtresse? Souviens-toi de ces nuits plus belles que les jours , Et regarde en pitié le fruit de tes amours.
Je suis bien de ta race , et je porte dans l'âme Les rayons les plus vifs de ton ardente flamme. Non, tu ne voudras pas la honte de ton sang;
POT-DE-VIW. 67
Ta me préserveras d'un outrage cuisant :
Par les noms les plus doux , par celui de ma môre , Tire-moi du péril oili je suis , 6 mon père ! Donne-moi le moyea de renverser l'Honneur Du grand cœur de la France.
LE GRAND PRÊTRE
Ëcoutons !
LÀ STATUE
Par la Peur.
POT-DE-VIIf.
L'ai-jebien entendu? La Peur... est-ce possible? mon père , rends moi plus claire et plus sensible Ta pensée , et dis-moi par quel charme vainqueur Je puis courber le front de la France...
LA STATUE
La Peur.
Mais ne sais-tu donc point de quelle trempe dure L'Étemel a formé sa robuste nature?
Son corps ne s'émeut point au tumulte des airs; Son œil sans se baisser voit le feu des éclairs; Jamais, au grand jamais, au plus fort du carnage^ La lâcheté ne mit du blanc à seu visage :
Qui pourrait doné la vaincre ai^ourd'hui?
LA STATUE
C'est la Peur..
Quoi ! la divinité qu'en des jours de malheur Invoquèrent, pareils aux sept chefs devant Thèbe,. Les princes ténébreux d'un efirayant Erèbe, Les triumvirs sanglants de la convention , Le pâle Rd)espierre et Saint-Just et Goutbon l
LA STATUE
La Peur.
POT-DE- VW.
Est-ce répée ardente et fanatique Que sur les fronts chrétiens levait saint Dominique?
LA STATUE
La Peur.
LA FOULE
La Peur, la Peur!
Ah! mon esprit en vain Veut pénétrer le sens de l'oracle divin; 11 erre comme , au sein d'une caverne sombre , Un homme qui voit luire un vif éclair dans l'ombre. Parle encore , ô mon dieu !... mais il ne répond plus..« Ah! mes élans vers lui seraient-ils superflus?
LE GRAND PRÊTRE
Non , mon fils , le dieu bon exauçant ta prière A parlé, mais ton âme est encor trop grossière Pour comprendre l'oracle aux ténébreux accents : C'est à moi qu'il convient d'en dérouler le sens. Ce n'est point par les chants, mais le bruit du tonnerre Que les dieux ont toujours gouverné sur la terre ; Sans le bâton du pâtre et les crocs du mâtin Les troupeaux hébétés oubllraient leur chemin : La crainte, maniée avec intelligence , Est le secret du fort et donne la puissance ; Écoute donc, mon fils. Toute société
Recèle dans le fond de son gouffre agité Des enfants de Moloch une troupe en délire, Que le meurtre aiguillonne et que le sang attire , Et qui , malgré les yeux de mille surveillants , Les remparts élevés et les glaives brillants , Nourrit toujours en soi l'espérance hardie D'étaler au grand jour sa sombre frénésie.
La France, comme une autre, a, dans les flancs noircis De ses grandes cités, de semblables esprits.
Ne respirant que l'air empesté du carnage , Et prêts , comme forbans , à tenter l'abordage. SAr d'être le plus fort et de les contenir.
Tu peux de leur fureur aujourd'hui te servir. Laisse donc cette vase aller à la surface ; Que la France les voie un moment face à face ; Amante de la guerre et des choses d'éclat, Qu'elle contemple à nu l'horrible assassinat; Et soudain effrayée au fond de ses entrailles , Elle rejettera le glaive des batailles , Délaissera ses sœurs, et , te tendant les bras , Retombera bientôt plus avant dans tes lacs.
Va, mon fils, va, retourne au palais de la France » Montre à cette guerrière un front plein d'assurance. Et songe qu'il ne faut désespérer jamais Lorsqu'on a de Mammon et le sang et les traits.
LÀ FOULE
Vive, yive Hammon !
père que j'adore, Et qui, par ton saint prêtre et sa bouche sonore , Viens de remplir mon cœur de sublimes accents, Je comprends ta pensée et tes conseils puissants. Oui , grâce au cri divin qui résonne en mon ftme , Uhorizon de nouveau s'éclaire et se renflamme ; L'Espérance sourît et promet à mes vœux Un avenir serein et des jours glorieux ; Je sens renaître en moi l'audace et le courage ; Je vais vaincre l'Honneur et laver mon ouirage.
LA FOULE
Gloire au plus grand des dieux, au splendideMammon! Dans un hymne sans fin célébrons son grand nom !
LE GRAND PRÊTRE
Ah ! qu'un nouvel encens sur l'autel doré fume , Et que l'amour du dieu plus ardent se rallume !
LÀ FOULE
Gomme le yent du nord nettoie un ciel obscur Et phasse à gros flocons , des plaines de Fazur, Les nuages porteurs de l'onde et de Forage :
Ainsi la voix du dieu, son souverain langage
Rend à nos sens le calme pur.
Allons , frères en tromperie ,
Coupe-jarrets de l'industrie.
Hardis monopoleurs , tripoteurs d'actions , Reprenons comme avant nos spéculations :
Et tels qu'un bon chimiste à la tète profonde ,
Extrayons le divin métal Du fen, de l'eau , de Pair, et du bien, et du mal.
De toute chose an monde.
Que nous importe , à nous , le triste et vain amas Des antiques vertus , la pudeur soucieuse , La foi, le dévoftment, la pitié généreuse Pour des pays que l'on ne connaît pas?
Le but sacré de notre vie C'est d'avoir d'écns d'or une masse infinie ; C'est , avant de descendre aux lieux sombres et bas D'où jamais l'on ne sort une fois que l'on entre, De se mettre avec soin , dans mille bons repas , De la graisse an visage et des replis an ventre.