‹ Nouvelles satiresChapitre 18 sur 39 · LE VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD

Ne mêle pas les dieux, jeune homme, à ton langage! Kais dis-moi d'où tu sors , quel est ton lieu natal , Et qui peut t'entralner à cet acte brutal?

ÉROSTRATE

Je suis un étranger jeté par aventure Sur ces bords désolés ; ma divine luxure

â%0 éROSTRATE.

Est le crime éternel de tous les animaux

S'accouplant^nuit et jour; dans l'air et soûs les eaux.

Pour ne jamais laisser le feu de Texistence

Un seul moment s'éteindre en l'univers immense..

Ah ! l'effroi du néant s'est emparé de moi ,

Je redoute la mort; voilà, Toilà pourquoi,

Du vin pur de l'amour ivre comme un satyre ,

J'ai saisi cette fille , et , la tête en délire ,

J'ai tenté de bâtir sur son sein agité

Le temple somptueux de ma pOKtérité.

LE VlEILLilRD.

Qui que tu sois, jeune homme à la parole ardente,

Le sophisme jaillit de ta lèvre impudente ;

Tu te trompes sur l'homme , et ses désirs puissants

Ne peuvent tendre au ciel par la route des sens.

L'enfant de la déesse engendrée avec l'onde

Du même javelot n'atteint pas tout le monde.

Il a pour l'animal un aiguillon d'airain.

Mais ses nobles traits d'or volent au cœur humain.

Il faut, pour que l'amour joigne l'homme à la femme.

Que dans leurs seins brûlants l'âme réponde à l'âme ;

Sinon , l'amour n'est plus que l'élan détesté

De la brute en chaleur. Ah! sans la chasteté,

La Paix ne mettrait point son pied blanc dans les villes.

ÉROSTRATB. lOi

Les forêts et les champs ne seraient point tranquilles, Et les dieux n'oserai^t y venir quelquefois ; * Halheur donc au mortel qui transgresse les lois , Et qui ne comprend pag le vœu de sa nature :

Qu*il soit traqué partout comme une bête impure!

ÉROSTRATB.

Nature immortelle! 6 mère des humains !

Oh ! comme l'on remplit ici-bas tes desseins ! Gomme l'homme e8t stupide et comme il se retranche Les élans qu'en son coeur ta main divine épanche i

LE VIEYLLilRD.

Jeune homme, sur mon front la main lourde du Temps

 gravé la sagesse en sillons éclatants;

Mais le tien , enflammé des rougeurs de la vie .

Me semble tout empreint du sceau de la folie.

Insensé qui ne peux contenir tes humeurs ,

Tu viens d'épouvanter de paisibles pasteurs

Et de porter le trouble au sein de leurs familles :

Pour garantir l'honneur des femmes et des filles ,

La pudeur et la paix veulent que de ces lieux

Tu partes à l'instant, ô jeune audacieux!

Et la première voile abordée à la plage

T'emportera soudain sur quelque autre rivage..

l<yt ÉROSTRATE.

ÉMMIRÀTB.

Vons êtes les plus forts ; eh bien!, aux flots amers Livrez -moi, jetez-moi sur des rochers déserts. Au foad des vastes bois qui noircissent la Thrace , Ou sur des monts blanchis d'une étemelle glace. Sous les coups de rhiver, sons les feux de Tété, Dans quelque lieu terrible où je sois emporté, On n'empêchera point que je sente tes flammes, Grande immortalité ! désir des fortes âmes!

Car partout est la mort, et son vent destructeur Partout au cœur de l'homme inspire la terreur.

LES PATEES.

Là-bas, au pied des monts que la vague déchire, Voici des pantoniers qui chargent un navire : H&tons-nous de les joindre, et qu'avec eux sur l'eau Ils emportent bien loin ce satyre nouveau.

ÉROSTRATE

Oui, brutes, je vous suis : ah! de la mer immense Que n'ai-je la terreur et la toute-puissance? Loin de heurter la terre et le pMe mortel.

J'irais briser du front les hauts remparts du oiel !

ÉBOSTRATE. 103

LE VIBItLAaD.

Gelai qui tourne au mal une forte pensée Est tout à fait semblable à la yague insensée Qui, dans ses bonds bardis et ses jets écumeuz, Prodigue vainement des pouvoirs merveilleux.

Mais celui qui sait faire un noble et sain usage Des dons qu'il a xeçus de Minerve la sage, Est comme un bon marin, un pilote au cœur fier, Qui, tout chétif qu'il est devant la grande mer, Courbe à ses pieds vainqueurs la vague mugissante Et mène jusqu'au port sa barque'cbancelante.

Enfant, remplis ce rôle, il est noble et plus sûr Que le rôle où te pousse un mouvement impur.

Ne cbercbe que le bien; c'est la seule puissance Qui subjugue la mort : à la divine essence C'est par là qu'on retourne, et que montant auxcieux, L'homme tout transformé devient semblable aux dieu Jt.

LES PATRES , eotratnaat trottrate

Allons, pasteurs, louons le maître du tonnerre Qui nous a suscité ce vieillard, ce bon père. Pour punir l'insolence et ses lâches desseins :

D'un pied joyeux fi:appons la terre , Et partons en chantant l'arbitre des humains.

104 ÉR08TRATE.

LA JEUNE FILLE

Moi, vers Tantique fontaine, Je retourne puiser Tonde fraîche et sereine, Sans crainte de revoir au détour des lialliers Bondir un loup saurage aux regards meurtriers :

Nymphes des monts, amantes des fougères.

Vous qui m'avez d^'à préservé de malheur, Protége^moi toujours, Oréades légères.

Protégez votre ^ur !

LES PATRES

Et toi, vieux Pan, aux épaisses narines.

Joyeux coureur des champs et des collines.

Tandis que nous allons aux bruns enfants des mers Livrer cet étranger, ce jeune fou pervers, Veille sur nos troupeaux dans tes courses divines! Dieu de Cylène, égayé leur repos.

Viens leur chanter des airs gais et nouveaux! Et que nos buffles noirs, dans le creux des ravines. Dorment aux bruits flatteurs de tes larges pipeaux.

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