‹ Nouvelles satiresChapitre 3 sur 39 · L^ITALIE · texte numérisé non relu

L^ITALIE

Pologne f ma sœur ! ô toi dont le cri sombre Se mêle constamment à ma plainte, dans l'ombre. Tes maux sont douloureux , mais valent-ils les miens ?

LA COLOGNE

On senties maux d'autrui toujours moins que les siens, Italie , ô ma sœur !

L^lTALIE.

Ma torture est si iente !

LA POLOGNE

Hélas! ne sais-tu pas que mon supplice augmente?

l'italib.

Se peut-il?

POT-DE-YIN. Il

LA POLOGNE

Oui , ma sœur, ab ! c'est peu que la mort, De Moscou s'élançant comme le vent du nord , Ait moissonné mes fils, fleur brillante et légère ; C'est peu d'avoir vu fuir sur la terre étrangère Ceux qu'avaient épargnés le knout et le trépas : Ce qui me reste encor d'enfants entre les bras Doit subir maintenant une bonté nouvelle.

Il leur faut oublier la langue maternelle , Ils doivent sangloter en des mots inconnus ; Quand je leur parle, hélas! ils ne m'entendent plus.

l'italie.

SoufiEre, souffre, Pologne, encor cette misère; La gloire te couronne , à sublime guerrière ! Et chante à l'univers ton immortel combat :

Quant à moi , j'ai ta honte et n'ai pas ton éclat. Je suis une brebis que des ciseaux barbares Tondent sans résistance, et que des mains avares Sèvrent, k flots pressés « du plus pur do son sang. Il est vrai quç j'ai vu les meilleurs de mon flanc

lî POT-DE-VIIf.

Tomber plus d'une fois sous des balles obscures , Et pourrir tristement au fond des geôles dures ; n est vrai que mon sein a porté des héros ; Mais , tribuns valeureui , ils parlaient sans échos. A quoi bon leurs élans contre la tyrannie?

Les bouillons généreux de leur m&le énergie, Leurs nobles dévoûments ne pouvaient me servir , Mon peuple à leur côté ne venait pas mourir.

l'espagne.

Et moi, mes sœurs, et moi, suis-je donc moins à plaindre! Si , grave par nature et n'aimant pas à geindre, J'émeus l'air rarement de mes sourdes clameurs , Je n'en soufifre pas moins de cruelles douleurs. Ainsi que des brigands, à travers les monta'^es. Les villes en désordre et les tristes campagnes , Je vois errer mes fils : — la Mort est leur pasteur. La Faim , aux doigts crochus , leur dévore le cœur; Partout j'entends hurler la publique Misère : Ses pieds nuds et sanglants stérilisent la terre Et font lever partout les noirs serpents du mal. Je suis comme Gaton , ce vieux Romain brutal , Je me fais dans le sein de profondes entailles , Et le sang à long flot coule de mes entrailles.

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