LES FEMMES
Et nous aussi , déesse tutélaire , Nous implorons ta clémence à genoux !
Qu'avons-nous fait pour subir ta colère? Lune , dis-nous, chère et blanche lumière, Pourquoi voiler ton visage si doux?
N'avons-nous point dans nos chastes prières Assez chanté tes sublimes pâleurs ?
N'avons-nous point , sur tes autels en fleurs,
1*6 iaOSTRATE.
Assez versé de corbeilles légères t
Âbl aous avons, dans nos douleurs de mères ,
Trois fois toiyoars invoqué ton grand nom !
Et dans la nuit de nos couches amères
Béni l'enfant dont tu nous faisais don;
Et cependant « 6 fille de Latone ,
Reine des nuits, Ion cœur nous abandonne!
ÉROSTRATE
flamme, élargis-toi; monte au fronton doré , Et là, sculpte à grands traits mon nom sombre et sacré ! feu, monstre altéré, de tes chaudes haleines « Dans le fond des vaisseaux, bois l'onde des fontaines.
LES MâOABTZES.
Malheur, malheur, trois fois malheur Au coupable de l'incendie !
C'est un parricide, un impie :
Que Jupiter, d'an trait vengeur, Soudain le prive de la vie ; Et si la main du dieu puissant L'épargne et le laisse vivant.
Que Mené, la sombre Folie, De son p&le et morne ra^ron Lui bouleverse la raison !
EROSTRATE. 147
Qu'il 80il le jouet des tempêtes!
Que son corps soit eo proie anlL hèles t Et que rimpUcable Brimo, Hécate avec ses doubles tètes y Lâche sur lui son noir troupeau !
Oui , que ses monstf ueux ministres , Ses chiens aux abolments sinistres , Enfoncent leurs cr043s dans ses chain , Jusqu'à ce qu*il roule aux enfers !
JÊAOSTHATB.
En vain le prêtre hurle, en vain Tonde s'élance, Dans ses replis de feu , comme un serpent immense, La flamme fait craquer le lemple souverain ; Et le cèdre en éclats jette un baume divin.
LES gue;riuebS4
Hélas! hélas! que pouvons- nous donc faire?
Lutter contre le dieu Vulcain , C'est tm élan , un effort téméraire
Au-dessus du pouvoir humain.
Du temple entier les poutres , les charpentes
Se dressent codUBe de grands mâts , Et balancés par les flanmes ardentes, .
148 EROSTRATE
Les bois tombent avec fracas.
Les saints autels , les portes colossales ,
Les Colonnes aux fronts dorés , L'or de Crésus amassé dans les salles ,
Les marbres , les ^ases sacrés , Ah ! tout se fond ! père des orages !
Jupiter, Jupiter plUTieux !
Entends nos cris à travers les nuages ;
De ton pied d'or crève les cieux !
Gomme un torrent, comme une vaste nue
Fais -le descendre sur nos murs ; Et qu'à long flot leur onde répandue
Chasse Yulcain aux bras impurs !
ÉROSTRATE
Jupiter est pour moi! Flamme, achève l'ouvrage ! Guerrière au casque rouge, envahis tout, courage ! Sur leurs seaux renversés, déjà les grands vieillards Te contemplent de loin avec des yeux hagards.
Au mllien d^in tourbiUon de fumée, le temple «^écroule.
LA FOULE
Ah ! c'en est fait! adieu , merveille de l'Asie ! Adieu, gloire de l'univers!
ÉaOSTRATE. 149
De plus de cent peuples divers
Objet et d'amour et d'envie !
Adieu , tenq>le divin , asile le plus doux
De notre mère féconde !
Sublime sanctuaire où tous les rois du monde
Venaient plier les deux genoux.
C'en est fait ; tu n'es plus : notre terre profane
Ne porte que de vains débris , Et ta divinité, grande et sainte Diane, Est dans le monde entier aujourd'hui sans abris.
LES MÉGA.BYZES.
Malheureux citoyens , tristes enfants d'Éphèse , Gémissez et pleurez , Némésis est sur vous !
C'est en vain que le feu s'apaise , Le ciel rouge d'éclairs brille et gronde en courroux : Sur les cendres en feu , prions , abaissons-nous , Car la mort vous couvrant de son aile fatale Temples , murs et cité , va nous emporter tous Dans la nuit infernale.
ÉROSTRATE
Et moi , dieux tout -puissants ! moi , je suis immortel ! Tombent, tombent sur moi les flèches du tonnerre !
Qu'un abime s'entr'oavre, ec qu'à (ravenla terre , Je descende vivant dans le gouffre éternel ; Que Tenfer , «onlevant tes nombreiiseâ nriliees , Sur mes chairs en lambeaui épuise ses stf pptices ; Que Némésis , TeÊtm on pàile eiloHi^el , De sa parole ardente el de sa rerge noire, Sans repos et sans fin ffagelle ma mémoire ; Je brave tous les maïf x , csrr je suis iMmottel ! Le diamant, l'airaiB, le fer , l'onde et la flamme, Ne peuvent effacer Pa trace que mon* arme Vient de faire en passant par ce monde odieux : Humain, je puis marcberrégal des plus grands dieux. Gomme un phénix renaît de ses cendres divines , De ce vaste monceau de fumantes ruines , mon superbe nom , prends ton sublime essor !
Et toi » peuple stupide , ô peuple lamentable , Hâte-toi de saisir le fortuné coupable , Il s'appelle Ërostrate , il a vaincu la mort : Le crime est immortel.
LA VOÎX CÉLESTE.
Ai Rit que le remord !