‹ Nouvelles satiresChapitre 31 sur 39 · LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES FEMMES

Et nous aussi , déesse tutélaire , Nous implorons ta clémence à genoux !

Qu'avons-nous fait pour subir ta colère? Lune , dis-nous, chère et blanche lumière, Pourquoi voiler ton visage si doux?

N'avons-nous point dans nos chastes prières Assez chanté tes sublimes pâleurs ?

N'avons-nous point , sur tes autels en fleurs,

1*6 iaOSTRATE.

Assez versé de corbeilles légères t

Âbl aous avons, dans nos douleurs de mères ,

Trois fois toiyoars invoqué ton grand nom !

Et dans la nuit de nos couches amères

Béni l'enfant dont tu nous faisais don;

Et cependant « 6 fille de Latone ,

Reine des nuits, Ion cœur nous abandonne!

ÉROSTRATE

flamme, élargis-toi; monte au fronton doré , Et là, sculpte à grands traits mon nom sombre et sacré ! feu, monstre altéré, de tes chaudes haleines « Dans le fond des vaisseaux, bois l'onde des fontaines.

LES MâOABTZES.

Malheur, malheur, trois fois malheur Au coupable de l'incendie !

C'est un parricide, un impie :

Que Jupiter, d'an trait vengeur, Soudain le prive de la vie ; Et si la main du dieu puissant L'épargne et le laisse vivant.

Que Mené, la sombre Folie, De son p&le et morne ra^ron Lui bouleverse la raison !

EROSTRATE. 147

Qu'il 80il le jouet des tempêtes!

Que son corps soit eo proie anlL hèles t Et que rimpUcable Brimo, Hécate avec ses doubles tètes y Lâche sur lui son noir troupeau !

Oui , que ses monstf ueux ministres , Ses chiens aux abolments sinistres , Enfoncent leurs cr043s dans ses chain , Jusqu'à ce qu*il roule aux enfers !

JÊAOSTHATB.

En vain le prêtre hurle, en vain Tonde s'élance, Dans ses replis de feu , comme un serpent immense, La flamme fait craquer le lemple souverain ; Et le cèdre en éclats jette un baume divin.

LES gue;riuebS4

Hélas! hélas! que pouvons- nous donc faire?

Lutter contre le dieu Vulcain , C'est tm élan , un effort téméraire

Au-dessus du pouvoir humain.

Du temple entier les poutres , les charpentes

Se dressent codUBe de grands mâts , Et balancés par les flanmes ardentes, .

148 EROSTRATE

Les bois tombent avec fracas.

Les saints autels , les portes colossales ,

Les Colonnes aux fronts dorés , L'or de Crésus amassé dans les salles ,

Les marbres , les ^ases sacrés , Ah ! tout se fond ! père des orages !

Jupiter, Jupiter plUTieux !

Entends nos cris à travers les nuages ;

De ton pied d'or crève les cieux !

Gomme un torrent, comme une vaste nue

Fais -le descendre sur nos murs ; Et qu'à long flot leur onde répandue

Chasse Yulcain aux bras impurs !

ÉROSTRATE

Jupiter est pour moi! Flamme, achève l'ouvrage ! Guerrière au casque rouge, envahis tout, courage ! Sur leurs seaux renversés, déjà les grands vieillards Te contemplent de loin avec des yeux hagards.

Au mllien d^in tourbiUon de fumée, le temple «^écroule.

LA FOULE

Ah ! c'en est fait! adieu , merveille de l'Asie ! Adieu, gloire de l'univers!

ÉaOSTRATE. 149

De plus de cent peuples divers

Objet et d'amour et d'envie !

Adieu , tenq>le divin , asile le plus doux

De notre mère féconde !

Sublime sanctuaire où tous les rois du monde

Venaient plier les deux genoux.

C'en est fait ; tu n'es plus : notre terre profane

Ne porte que de vains débris , Et ta divinité, grande et sainte Diane, Est dans le monde entier aujourd'hui sans abris.

LES MÉGA.BYZES.

Malheureux citoyens , tristes enfants d'Éphèse , Gémissez et pleurez , Némésis est sur vous !

C'est en vain que le feu s'apaise , Le ciel rouge d'éclairs brille et gronde en courroux : Sur les cendres en feu , prions , abaissons-nous , Car la mort vous couvrant de son aile fatale Temples , murs et cité , va nous emporter tous Dans la nuit infernale.

ÉROSTRATE

Et moi , dieux tout -puissants ! moi , je suis immortel ! Tombent, tombent sur moi les flèches du tonnerre !

Qu'un abime s'entr'oavre, ec qu'à (ravenla terre , Je descende vivant dans le gouffre éternel ; Que Tenfer , «onlevant tes nombreiiseâ nriliees , Sur mes chairs en lambeaui épuise ses stf pptices ; Que Némésis , TeÊtm on pàile eiloHi^el , De sa parole ardente el de sa rerge noire, Sans repos et sans fin ffagelle ma mémoire ; Je brave tous les maïf x , csrr je suis iMmottel ! Le diamant, l'airaiB, le fer , l'onde et la flamme, Ne peuvent effacer Pa trace que mon* arme Vient de faire en passant par ce monde odieux : Humain, je puis marcberrégal des plus grands dieux. Gomme un phénix renaît de ses cendres divines , De ce vaste monceau de fumantes ruines , mon superbe nom , prends ton sublime essor !

Et toi » peuple stupide , ô peuple lamentable , Hâte-toi de saisir le fortuné coupable , Il s'appelle Ërostrate , il a vaincu la mort : Le crime est immortel.

LA VOÎX CÉLESTE.

Ai Rit que le remord !

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