DU PREMIER POEME
POLOGNE
EXTRAIT
Du Manifeste au peuple polonais, à la date du 10 janvier i831 , m réponse au Manifeste de V empereur Nicolas, du 24 décembre 1830.
< Lorsqu'une nation , jadis libre et puissante , se voit forcée par l'excès de ses maux d'avoir recours ^VL dernier de ses droits , au droit de repousser l'oppression par la force, elle se doit à elle-même, elle doit au monde , de ditulguer les motifs qui l'ont amenée à soutenir les armes à la main la plus sainte des causes. Les chambres de la diète ont senti cette nécessité , et adoptant l'esprit de la révolution du ^novembre, en la reconnaissant nationale, elles ont résolu de justifier cette mesure aux yeux de l'Europe.
« On ne connaît que trop les infâmes machinations^ les viles calomnies, les violences ouvertes, et les
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trafaisons secrètes qui ont accompagné les trois démembrements de l'ancienne Pologne ; rhistoire , dont ils sont devenus la propriété , les a flétries du sceau de crime politique. Le deuil solennel que cette violence a répando dans tout le pays a été religieusement gardé sans interruption... Elle s'est relevée, cette patrie, et, quoique restreinte dans des limites étroites, la Pologne a reçu des mains du héros du siècle sa langue , ses droits et ses libertés , dons précieux relevés par de plus grandes espérances. Depuis ce moment , sa cause est devenue la nôtre, notre sang est devenu sa propriété, et lors-que ses alliés et le ciel même l'abandonnèrent, persévérants dans leur fidélité, les Polonais partagèrent les désastres du héros, et cette chute commune d'un grand homme et d'une nation malheureuse arracha l'estime involontaire aux vainqueurs eux-mêmes, f Les souverains avaient promis, au miliea des combats, d'une manière trop solennelle, de donner au monde une paix durable , pour qu'en se partageant encore nne fois nos dépouilles, le con^s de Vienne ne fît au moins en sorte d'adoucir les nouveaux outrages faits aux Polonais. Une nationalité et fine liberté de commerce réciproque furent garanties à toutes les parties de l'aneiennePologne, et celle que la lutte européenne avait trouvée indépendante, morcelée de trois côtés , reçut le titre de royaume et fut mise sous la dootioation immédiate de Tempef eur Alexandre, avec une charte séparée et la faculté
d'être agrandie. En exécution de cet ttipulationt, i\ donna une constitution libérale au royaume et fit entrevoir aux Polonais soumis à la domination russe l'espérance de se voir réunis sous peu à leurs frères.
K Mais ces conditions imposées arbitrairement n'ont pas même été remplies. Les Polonais n'ont pas tardé à se convaincre que cette nationalité et ce titre de Pologne donnés par l'empereur de Russie n'étaient ^qu'une amorce jetée à leurs frères, soumis à d'autres Etats, et qu'une vaine chimère pour ceux auxquels ils avaient été garantis ..
t La réunion sur une seule tête des couronnes d'autocrate et de roi constitutionnel était une de ces monstruosités politiques qui ne peuvent exister long* temps. Chacun prévoyait que le royaume de Pologne devait être pour la Russie un germe d'institutions libérales , ou succomber sous la main de fer de ses tyrans. Cette question fut bientôt résolue. La Pologne devait être successivement dépouillée de ses privilèges. On* ne tarda pas à mettre à exécution ce dessein; on enleva au peuple tout moyen d'instruction , à un palatinat entier sa représentation dans le conseil , aux chambres la faculté de voter pour le budget; on imposa de nouvelles charges, on créa des monopoles propres k tarir la source des richesses nationales, et le trésor devint la pâture d'une valetaille salariée, d'inf&mes agents provocateurs et de vils espions.
«La calomnie, l'espionnage, avaient pénétré jusque
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dans rintérievr des familles, y avaient infecté de leur venin la liberté de la vie domestique. La liberté individuelle , solennellement garantie , était violée ; les prisons encombrées; des conseils de guerre, nommés pour prononcer dans des cas civils, soumettaient à des peines infamantes des citoyens dont toute la faute était devoir voulu soustraire à la corruption l'esprit et le caractère de la nation. La responsabilité des ministres et des autorités administratives était paralysée par Faction immédiate du frère de l'empereur, et par l'effet du pouvoir discrétionnaire qui lui était confié. Celte autorité monstrueuse était devenue si frénétique , qu'elle osait faire comparaître devant elle, pour les accabler d'outrages, des citoyens de toutes conditions, et qu'elle allait même jusqu'à les assujettir publiquement à des travaux réservés aux forçats... Des ukases anéantissaient les tribunaux et le droit civil polonais; les abus de l'administration réduisaient à la misère les propriétaires fonciers, et l'intolérance mettait tout en œuvre pour extirper le rit grec uni , et subjuguer le catholicisme.
c Dans le royaume , bien qu'aucune des liberté garanties par la constitution ne fftt observée, ces libertés, supprimées de fait, n'existaient pas moins de droit. C'était justement cette existence de droit qu'il fallait sap^r. Alors on vit paraître un article additionnel à la constitution , qui détruisait une de ses principales dispositions , en enlevant aux cham-
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bres la publicité de leurs délibératiipns et Tappui de ropinion publique.
I L'indignation des gens de bien , l'exaspération de la nation entière amenait depuis longtemp(s l'orage dont l'approche commençait à se manifester, lorsque l'avènement au trône de Nicolas et le serment qu'il fit de maintenir la constitution semblèrent nous promettre le retour de nos libertés. Cette espérance fut bientôt déçae. Non-seulement les choses restèrent dans leur ancien état , mais même la révolution de Pétersbourg servit de prétexte pour emprisonner et soumettre à des enquêtes les citoyens les plus distingués du sénat, de la chambre des nonces , de l'armée et des autres classes. Tous les jours de nouveaux édifices étaient destinés à recevoir des milliers de victimes transportées de toutes les parties de l'ancienne Pologne, de celles même soumises aux gouvernements étrangers. Sur le sol natal de la liberté , on introduisit des tortures qui font frémir l'humanité, et la mort ou le suicide diminuait toujours le nombre des malheureuses victimes quelquefois oubliées dans des cachots humi des. Le jour même du couronnement, le sénat fut rempli de nouveaux membres qui ne possédaient point les qualités requises par la constitution. Un emprunt illégal et l'aliénation des domaines nationaux eurent aussi pour but de rendre disponibles les immenses propriétés foncières de l'État. Enfin la dernière consolation qui, sous le règne d'Alexandre, faisait sup •
porter aux Polonais leurs infortunes , Tespérance de se voir réunis à leurs frères , leur fut enlevée par l'empereur Nicolas. Dès ce moment, tous les liens furent rompus... A la suite des bruits qui se confirmaient au sujet d'une guerre contre la liberté des peuples , des ordres furent donnés pour mettre sur pied de guerre l'armée ^polonaise, destinée aune marche prochaine ; et, à sa place , les armées russes devaient inonder le pays. Les arrestations recommencèrent : tous les moments étaient précieux : il y allait de notre armée , de notre trésor, de nos ressources, de notre honneur natlooal , qui se refusait à porter aux autres peuples des fers, à combattre contre la liberté et des anciens compagnons d'armes. Chacun partageait ce sentiment , mais le cœur de la nation, cette intrépide jeunesse de l'école militaire et de l'université, ainsi qu'une grande partie de la garnison de Varsovie et beaucoup de citoyens, résolurent de donner le signal du soulèvement. Une étincelle électrique embrasa dans un moment l'armée, la capitale, tout le pays. La nuit du 39 novembre fut éclairée par les feux de la liberté.
c La nation polonaise s'est relevée de son abaissement et de sa dégradation , avec la ferme résolution de ne plus se courber sous le joug de fer qu'elle vient de briser, et de ne déposer les armes de ses ancêtres qu'après avoir reconquis son indépendance et sa puissance. Nous n'avons été influencés par aucune haine nationale contre les Russes, avec lesquels
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nous avons une commune origine. Conyaincus que noire liberté et notre indépendance, loin d^avoir jamais été hostiles vis-à-vis des États limitrophes , ont au contraire servi d'équilibre et de bouclier à l'Europe 9 nous comparaissons en présence des souverains des nations, avec la certitude que la voix de l'humanité et de la politique se feront également entendre en notre faveur.
c Si même , dans cette lutte , nous devions combattre seuls pour l'intérêt de tous, pleins de confiance dans la sainteté de notre cause, en notre propre valeur, et en l'assistance de l'Éternel , nous combattrons jusqu'au dernier soupir pour la liberté ; et si la Providenoe a destiné cette terre à un asservissement perpétuel , tout bon Polonais en mourant emportera cette consolation , que si le ciel ne lui a pas permis de sauver sa liberté et sa patrie, il a du moins , par ce combat à mort , mis à couvert pour un moment les libertés de l'Europe menacées.
Les rédacteurs du manifeste :
pRAZHOv^SKi , évêque de Plock ; Mionczioski , sénateur palatin ; Potocki, sénateur castellan; Zwier« KOwsKi, député de Varsovie, etc. , etc.
Le comité de la diète , chargé de donner son opinion sur le manifeste :
Prince Adam Gzartoryski, sénateur palatin; prince Michel Radziv^ill , etc. , etc.
Le maréchal de la diète:
Comte Stanislas Ostrowski.
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