‹ Nouvelles satiresChapitre 6 sur 39 · L*ITAL1E · texte numérisé non relu

L*ITAL1E

Ainsi donc nul secours pour briser mes entraves , Et mes pauvrel enfants seront toujours esclaves !

l'espagne.

Gastille héroïque , ô fertile Alava !

Antique Catalogne, ah! qui vous sauvera?

18 POT^DB^Vm.

Qui vous délivrera de vos guerres civfles?

Qui rangera d'accord la campagne et les villes?

Quel bras détournera ce nuage de sang

Que sur nos champs déserts pousse un infernal ventt

LA POLOGNI.

Quelle onde apaisera la flamme qui dévore La poitrine du czar, cette ardeur de centaure , Cette ivresse du mal, ce plaisir de bourreau, Ce besoin d'avilir un grand peuple au tombeau?

L^ESPAGNE ET l'iTALIE.

Que dire, qu'implorer, où nous tourner, que faire? Où trouver un refuge aujourd'hui sur la terre?

LA POLOGNE

Dans la tombe, mes sœurs, dans le sein du trépas: C'est l'abri le plus sur qui nons reste ici-bas.

L*rrALiB.

La*mort, la froide mort! Ah! la douce Espérance, Cette vierge attachée aux pas de la sonfttnce,

La dernière toujours au seuil des malheureux ,

Ne nous a pas encor adressé ses adieux.

Non , non , quelle que soit la France désarmée ,

Le portrait qu'en a fait la vieille Renommée

Pour nous n'est point fidèle, et nous y croyons peu :

La glace ne prend pas sitôt où ?ft le feu.

LA POLOGNB.

Hélas ! quand j'implorais son secours pour ma ?ie , Qu'a-t-elle répondu? L'ordre est dans VarsoTie !

l'italie et l'espagne.

Et nous<4nèmes, ma sœur, ne nous a-t-elle pas Mis le fer à la main, et prêché les combats , Pour nous laisser après dans la lice sanglante Tomber sous le poignet de la force insolente? Mais ce lâche abandon nous l'ayons oublié, Nous voulons toujours croire à sa tendre pitié ; L'égoisme n'est pas chez elle un mal qui dure , Cest un vice d'emprunt et non point de nature.

LA POLOGNE

Que voulei'TOUs donc faire?

l'italie.

' < Aller toutes les trois,

L» réveiller encor du bruit de notre toIx , Lui découvrir nos flancs et nos mamelles pures , Lui mettre les deux mains au sang de nos blessures, Implorer son secours, l'émouvoir, l'attendrir. Et si rien ne lui fait , revenir pour mourir.

LA POLOGNE

A vous suivre , mes sœurs , je me sens toute prête : Mais l'aigle au double front (jui plane sur ma tête , Mais les cruels vautours dont les ongles de fer Plongent incessamment dans votre maigre chair...

l'italie.

Nous {Pouvons les tromper. La nuit nous est propice. Tandis que le sommeil , plus fort que l'ii^ustice , Sous sa masse de plomb courbera nos tyrans , Nous pouvons échapper à leurs yeux vlligilants ; Notts pouvons fuir , laissant en place de nous-même L'image de nos corps, notre fantôme blême.

POT*DE-yiH. ti

LA IH>LOGME.

Tous les moyens sont bons aux cœurs désespérés : Celui que nous tenions est des moins assurés; Je crains bien, ô mes sœurs ! que notre course vaine  nos tristes pays bientôt ne nous ramène :

Puisque Dieu le permet , encore cet effort !

Et s'il est inutile , eh bien ! vienne la mort»

LES NATIONS, se levant de leur cooche.

Nuit , profonde Nuit ! mère antique de l'ombre ! Souveraine au front noir , à l'aile humide et sombre, Toi qui prêtes ton voile à tant de scélérats , A tant d'œuvres sans nom qu'ils trament ici-bas , Nuit! feras- tu moins pour de pauvres victimes Que tu ne fis toujours pour l'artisan des crimes? Couyre de ton manteau la trace que nos pieds Vont graver sur la terre en quittant nos foyers ; Pais que les Apennins , les hautes Pyrénées , Bhtr'ouvrent sous nos pas leurs neiges obstinées , Et que l'Elbe et le Rhin au fond de leurs roseaux Dorment sans se douter du trouble de leurs eaux. Nuit ! prends en pitié notre longue infortune , Dérobe à tous les yeux notre fuite commune ,

M POT-DE-VIK

Et ne laisse point luire au ciel d'astres errants Avant que nous ayons atteint le sol des Francs. Et vous, larves sacrés, fantômes, apparences! Images de nous-même , ô tristes ressemblances ! Ombres que nous laissons en place de nofr corps Pour tromper nos gardiens, redoublez vos transports. Versez, versez des flots de larmes abondantes , Continuez le jet de nos plaintes constantes , Frappez Tair de longs cris ; aux yeux de nos bourreaux Laissez pendre vos seins , vos habits en lambeaux î Âh ! que les noirs démons , fléaux de notre vie , L'infâme despotisme et l'horrible anarchie , La misère, la honte, et tous les dieux du mal Qui pèsent sur nos corps de leur poids infernal , Vous sentant sous la main redoublent les supplices : Qu'ils frappent sans relâche , et que leurs durs sévices Grossissent le torrent des forfaits odieux Qui doivent à la fin faire éclater les cieux.

LE PALAIS DE Là FRANGE.

Dans nne belle salle de marbre est dressé un banquet somptueux. La France, entourée de oonvlTes, est couchée à demi nue sur un lit de pourpre. EUe tient une coupe à la main.

LA FRANCE

Ah ! que la yie est belle et son aspect divin, A travers la fumée et la pourpre du vin !

Comme le pur soleil se jouant dans un verre Donne du coloris aux pâleurs de la terre; Le ciel descend dans T&me et vous fait nuit et jour Floller devant les yeux les rêves de Tamour :

L'ivresse est à mon gré la plas douce des choses.

Arrière la morale et ses dictons moroses !

Le passé n'est qu'une ombre et l'avenir n'est pas ;

Le présent bien heureux seul existe ici-bas :

Goûtons ses fruits dorés , du soir jusqu'à l'aurore ,

Et buvons à la Paix , déesse que j'adore,

Puis au plaisir son fils, mon cher et tendre amant!

LES CONTITES.

A la paix , au plaisir, au bonheur du aioment !

POT-DE-VIN, â part.

Bien , courage , achevons l'ivresse de la France. Ah ! je lis dans ses yeux brillants de jouissance Sa tendresse pour moi , mon triomphe assuré, Encore un coup de plus et je suis adoré.

Allons, auteur puissant de tant de beaux miracles. Toi dont le bras nerveux renverse tant d'obstacles. Qui fais jaillir des cœurs les plus profonds secrets. Entendre les plus sourds, parler les plus muets, Bacchus, pousse la France, augmente son délire, ' Et fais-moi conquérir le grand trône où j'aspire... A la France divine et pleine de beauté , Richesse, amour, repos, lonjgue vie et santé!

Il verse du vin dans U coupe de la France.

POT-Dl-YIH. ^8

LES CONVIVES

A la France divine et pleine de beauté, Richesse , amour , repos , longue vie et santé !

Merci , fiU de la Paix , par ce vin délectable ,

Vous êtes à mon sens un mortel adorable ,

Un royal biberon , un sublime gosier ,

Gapahle d'engloutir le Bordelais entier ;

Un bon vivant surtout» que la mélancolie

N'hébétera jamais de sa noire folie. .

J'aime cette humeur franche et ces emportements;

Triste veuve, ma foi, j'ai pleuré trop longtemps :

En campagne toujours et toujours en haleine ,

J'ai couru trop longtemps après la gloire vaine.

Ce fantôme doré qui s'effaçait soudain

Lorsque je l'étreignais , et qui laissait ma main

Vide comme la nuit , désolée et sanglante.

]e ne veux plus de pleurs , de sang et d'épouvante ;

Je suis lasse à la fin et ne veux plus courir

Qu'après le doux repos , l'amour et le plaisir.

Paix , aimable Paix t souffre donc que je place

Mesdeux mains daosles mains de ton fi Is plein de grâce ,

Que je m'unisse à toi par un lien charmant , Par les nœuds redoublés de l'amour et du sang , Que je puisse toujours être de ta famille , Que ton ûls ait mon cœur, et que je sois ta fille!

L'ai-je bien entendu? je serais votre époux ! Sans vaine raillerie , ô France , parlez-vous ?

LA FRANCE

Aussi vrai que je bois. Ne puis-je au rang suprême Ëlever tout d'un coup l'heureux mortel que j'aime , Et mettre à mon niveau le sujet qui me plaît?

France , je doute encor d'un aussi grand bienfait ! Âh ! que le Dieu puissant qui régit l'Empyrée Tempère de mon cœur l'ivresse immodérée !

Car le bonheur m'accable et me semble si fort Qu'il pourrait à vos pieds m'étendre comme un mort.

LA FRANCE

Ah l s'il vous faut mourir, ce n'est point à cette heurey Et je ne cherche pas un mari pour qu'il meure ;

POl^DB-VMI. 17

Vite y mon cher amant , quittez mes deux genoux , Et comme auparavant buvons à triples coups.

Amis , je veux demain que l'airain des batailles Annonce à l'univers nos belles fiançailles ; Mais en l'attente aussi du grand jour de demain , Remplissons chaque coupe en l'honneur de l'Hymen.

LES CONVIVES

Buvons , buvons !

LA FRANCE

Oui , tous : de sa prison de verre Que l'esprit bouillonnant parte comme un tonnerre, Que le Champagne coule , et qu'avec les chansons Les danses au sein nu tournent sur les talons : Ah ! j'aime, quand l'on boit, la danse et la musique; C'est le ton du vieux temps, c'est la manière antique : Aujourd'hui , c'est la mienne; enfants de l'Opéra , Déroulez vos trésors, dansez la cachucha!

LES CONVIVES

Bravo, France, bravo! Vive la cacbncba !

96 PÔT-DE-YIN.

POT-DE-VIN , d*abord ft part , puia tout baut.

Mon triomphe est certain et mon règne commence , Demain je m'assiérai sur le trône de France; Je tiens l'oiseau royal en mes larges filets : Maintenant , bel oiseau , s'il se peut , rompez- les î Allons! musiciens, danseurs , batteurs de planchef , Jouez en son honneur de la langue et des hanches , N'épargnez pas la yoix , flatteurs mélodieux , Et le geste lubrique ; allons , à qui le mieux Fera pâmer le sein de ma charmante idole.

Âh ! je ferai monter les flots d'or du Pactole Jusques à vos greniers et vos obscurs réduits.

On frappe aux portes du palais.

Mais quel est ce tapage et d'où viennent ces bruits f Tudieu ! sommes- nous donc au sabbat des sorcières ?

Les danses et les chants s'arrêtent.

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