‹ Nouvelles semaines littérairesChapitre 20 sur 26 · M. MICHELET · texte numérisé non relu

M. MICHELET

« Neque semper arcum... > 2 janvier 1863.

Le 31 décembre dernier, j'ai reçu, à six heures du soir, la lettre suivante :

a Monsieur, « Je vous défie de rendre compte de la SorcièrCy de M. Michelet; et cela pour deux raisons : premièrement, parce que la deuxième édition du livre a été prohibée'; secondement, parce que, pour justifier vos violences, vous seriez obligé de citer, et que, dans un journal comme le vôtre, ces citations seraient impossibles. Vous voilà donc bien attrapé, monsieur le critique!

« Un de vos rares lecteurs, o

■ La Sorcière.

' Cette prohibition n'était que momentanée. La troisième ou qua tiiëme édilion se voit aiyourd'hui à l'étalage de tous les libraires.

Justement, à l'heure où m'arrivait ce défi de mon correspondant anonyme, je venais d'ouvrir le gros volume de M. Hicheiet, et je tombais en arrêt devant cette phrase : — « Les sorciers sont des ennuyeux. » — Quel bonheur de n'être pas sorcier! m'écriai-je.

J'avançais péniblement dans cette grasse lecture : le vent du sud, aux rafales sinistres, grondait à travers les corridors et faisait grincer les girouettes. Un oiseau de nuit chantait dans les ormeaux dépouillés. Mon feu s'étei* gnait, ma lampe pâlissait; mes rideaux blancs ressemblaient à des suaires enveloppant des spectres nocturnes. Des vapeurs étranges, une sensation bizarre, mélange de stupeur et de migraine, me montaient au cerveau. Des tentations de sommeil, mais d'un sommeil singulier, sollicitaient mes paupières appesanties. Parfois quelque trait d'une nouveauté hardie m'éveillait en sursaut; je murmurais : que ce doit être beau ! en lisant des lignes telles que celles-ci : « Maigreur, faiblesse croissantes. c Et plus ce corps est misérable et faible, plus le déc mon l'agite : la femme surtout est habitée, gonflée, « soufflée de ces tyrans (les diables); ils l'emplissent « d'aura infernale! ! ! »

Cependant mes admirations et mes surprises ne purent lutter longtemps contre ce malaise, qui finit par me subjuguer : mes yeux se fermèrent; je m'endormis; mais les rêves d'un semblable sommeil ne pouvaient être qu'un horrible cauchemar; j'eus un cauchemar en effet, et je vais essayer de vous le raconter ;'

li. MIGHELET. 53S

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