ANTOINE QUÉRARD
Présent !
Il tâte le pouls au sexagénaire égrillard, et écrit la consultation suivante :
Attendu que M. Hichelet est un homme d'un immense savoir et d'un prodigieux talent, un artiste supérieur, un écrivain comme il y en a peu, et qu'il a été jadis un professeur d'histoire comme il n'y en a pas ;
Qu'il en a donné des preuves éclatantes, notamment dans Jeanne d*ArCj dansY Oiseau et dans les premiers vo^ lûmes de son Histoire de France ;
Que, pour que cet homme éminent soit descendu à un livre tel que la Sorcière j qui est la négation de tout bon sens, de toute vérité, de toute pudeur et de tout style ;
11 faut qu'il ait eu ce que l'on appelle dans le grand monde un coup de marteau, en langue philosophique une turlutaine,et en médecine une crise d'aliénation mentale; nous ordonnons qu'il lui soit appliqué , séance tenante, une douche phénoménale dans la chaudière même où
notre commère Sabbatine vient de jeter le vohtme de la Sorcière.
Signé, Quérard, d. m. p
Ballet final : les diaUes, les sorcières et les iiiatasi>iiis s'approchent avec des contorsions inimaginables , saisissent M. Michelet et le plongent dsbis la chaudière. I! pousse un grand cri, qui me réveille : il est jour ; ma lampe est éteinte ; je raaiasse le livre de la Sorcièi^e^ tombé à mes pieds pendant ce long cauchemar, et je me retrouve nez à nez avec la phrase : « La sorcière était charnaiM, mais ks rard^nfurâM des eftnoyetiK. »
— H. Michelet est sorcier ! murmorai*je en tbè frottanfl les yeux.
— Et Môsieur aussi est sorcier! me dit mon concierge, qui venait chercher ses ètreuues et qui crut me faire un compliment.
Fïîî