CALMANN LÉVY, ÉDITEUR ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES
3, RUB AUfiBR, 3
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9 CAUSERIES LITTËBAinES.
indiscutable : les senUments les plus opposés, les éléments es, se combinent en l'honneur du grand m glorieux cumul et une contradJction le à la fois des forces numériques, assutriomphantes, et de la tendre sympathie icrits et aux vaincus. L'attente publique surexcitée, les conditions matérielles du blement remplies, la salie, comme on , composée si savamment, que la pre- , à l'extérieur du moins, est toute d'adlousiasme. Panurge a beaucoup de mou- 'ils aient tous défilé, le tour est fait; trois j se succèdent coup sur coup, les volumes tes les mains, et il n'y a plus qu'à monter rendre grâce aux dieux de l'antithèse et Or, en même temps, par une sorte de immédiate, les opinions individuelles se basse dans un langage diamétralement dit à l'oreille ce que l'on n'oserait pas it lei bomme d'esprit et de goût qui a I le malin chuchotte line èpigramme le r cette pente, on ne s'arrête plus : peu ne refuse aux Misérables ce que, pour leur accordons de grand cœur : dés clia- . et l'empreinte d'une main de Titan sur ige, faite d'or, d'argile et de boue. Il se | 'oportion telle entre l'hommage public et ' particulières, que la critique impartiale d'être accusée de sacrilège par les thu- 1 blesse par les dissidents. Essayons cepeih
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dant de nous frayer un sentier entre ces deux extrêmes : si nos mœurs littéraires rendent là Vérité embarrassante et périlleuse, il ti'y a, dàiis les situations difficiles» qu'un moyen de conjurei* les périlé et dé 6e tirer d'embarras : c'est de redoubler demodéralioîî et de franchise.
C'est le privilège ou la prétenlioji do quelques ouvi-J^eâ publiés, à cettained époques, par des homiilés célèbres, d'être non-séulement Texpressioti d'iiti sentiment général ou d*une idée collectitë, mais le présage et cofhmé Fini* tiatîon d'une grande pensée prête â se traduire eh êvénefflents» à se faire sa place dans le monde a|)rés avoir vâcernent agité les esprits. Sans remohiéi', polir ces livre§ précurseurs, au delà dé notre siècle, on peut reconnaître ce caractère dans le Génie du Christianisme, tfm répondit d'avance â un besoin de restauration religieuse; dans YHistoire de la Révolution^ de M. Thiers, qui, en popularisant les souvenirs de notre première Révolution, accrédita l'idée d'en faire une nouvelle ; enfin dans l'Histoire des Gij'ondin^t de M. de Lamartine, laquelle nous iit sentir à tous, par un infaillible instinct, les chaudes effluves de la catastrophe prochaine. Évidemment les Misérables^ de M. Victor Hugo, sont ou veulent èite de la même femille, et nous l'aurions aisément deviné quand même son éditeur ne nous l'eût pas dit avec un accent de conviction comitiërciale et littéraire. Publié à tme époque critique dé
CàCSEUIKS LITTERAIRES.
i modenie, s'adrcssant â une dùinocralit! or^'ai n'a plus qu'un pas à faire pour se trouver en ocialisme, reniant avec un babile mélange d'auirtriëre et de doucereux respect toutes ces relipassé qui servaient de correctif aux inégalités et très sociales, ce livre est un gage, une prise de in de l'avenir par un génie à l'étroit dans le pré* it le problème de la misère, résolu ? non, pas tout ;ore, mais proposé â nos méditations inquiètes, ié dans quelques figures saisissantes, revêtu de splendides, dramatisé dans une action émouvante ique. C'est, en un mot, en dehors de mesquines itions de succès et d'argent dont ne sauraient se er les grandes âmes, un apostolat social, que . comme toujours, le poète. Voyons, la chose en line; c'est le moment de jeter un premier regard ier et sur l'œuvre.
;o est-il prédestiné par la nature â remplir ces populaires, à exercer sur son temps cette action ;t puissante, bien dilTèrenle du prestige du grand ^ous ne le croyons pas : ces rôles d'avant-garde sent d'une double influence, réservée à de trèsirilégiés et acceptée à !a fois par la foule et par s. M. Hugo peut-il agir bien fortement sur la i, si l'on s'en rapporte au mouvement des prerg, aux volumes colportés dans les ateliers, aux utuels du poëtc et de son peuple pour se rapprosnlendre : non, si l'on veut aller au fond. La ma- U. Hugo est trop savante, trop compliquée, trop «, pour que les multitudes puissent vraiment s'y
complaire : il leur faut plus de simplicité et de naturel, quelque chose de plus primesautier, une préoccupation moins visible de l'effet et de la forme. L'instinct popu* laire n'est que trop enclin à se laisser égarer; mais, à une condition, c'est que ceux qui réparent n'aient pas trop l'air de réfléchir et de calculer dans leur cabinet la coupe et la couleur de leur déTOuement à l'humanité. N'oublions pas d'ailleurs que nous sommes en France, et qu'il n'y a rien, en définitive, de moins français que le génie de H. Qugo. Cette puissance de propagande, cette rapidité de circulation intellectuelle, cette facilité d'assimilation qui nous sont propres, notre pays les doit à des qualités que M. Hugo dédaigne sans doute, et dont il manque absolument. L'esprit français est un voyageur expéditif, habile à resserrer ses bagages sous un très-petit volume, et, par <^nséquent, tot^ours prêt à partir, toujours sûr d'arriver. Or, avant que M. Hugo ait empilé ses métaphores, ficelé ses antithèses, empaqueté sa palette de géant, dé* cloué ses cartons, roulé ses larges panneaux, le convoi est parti, et déjà sa fumée s'enfuit à l'horizon, pendant qu'Ossa et Pélion restent entassés à la gare. Quant aux lettrés, tout en admirant l'auteur des Misérables, tout en lui faisant Une place immense dans la poésie du dix-neuvième siècle, ils ne lui pardonneront jamais de surmener à ce point notre pauvre langue, fatiguée par trois siècles de bons et courageux services : ils ne renouvelleront pas contre lui la vieille querelle des classiques contre les romantiques; mais ils lui demanderont si ces épithètes démesurées, ces adverbes énormes, ces sonorités colossales, ces simulacres de pensée gonflés de vent et habiUés de
I CÀiiSËfiiss kttGraires.
PQUrpr^y ^s digressions interminables, cette iDtnie 4$ n'abandonner un filet d'eau qu'après l'avoir épuisé jusqu'à la yase, de nelâcberune id^e qu'après avoir fait passer par-dessus tout un régiment de mots, si tout cela réa- Kse les promesses primitives du romantisme, ramène notre littérature au naturel et au vrai, et assure à U. Victor 0ugo la chance de devenir classique à son tour. Eq Quinine, la foule et les lettrés se rencontreront pour saluer enluiun phénomène étonnât, une Cîirwife' merveilleuse, un prodige de nerfs et de muscles, m^is pour se refuser, celle-ci & le reconnaître comipp un guide, ceux-là à i'accepter comipe un maître.
Voilà pour l'ouvrier : que dirpps-iious de l'œuvre? Le problème de la misère est, à coup sûr, un des plus a(td^ çbantp et des plus formidables tout ensemble qui puissent tçpt^ 1^ pefl^ewr ^t l'écrivain, Nou^ comprenoiis que H. VictQr Hugo, arrivé à ce poinj; de sa carrière, parvenu au; pentes extrêmes de la défppcr^tie, jette d^haut deea roAher à pic un regard sur ce gouffre et y concentre les faQuHés vertigineu^e6 de son génie. Mais encore faudrait: il, pijion résoudre cette question, — nous n'en demande^ rioq^ pa9 tant, — au moins l'aborder et la traiter. Eb bi#nt iïOu§ osonfi affîrrner que M. Hugo, dans ses six pre- Qiiers yolunoe^, ne npu3 donne pas une seule personnifia cation d#e vrais misérables, de ceux dont les souffrances méritent réellement de préoccuper l'économiste, le politique et le chrétien. Comment en serait-il autrement? M. Hugo, on le sait, ne procède que par exception, par antithèse: or, l'exceplion et Tantithèse peuvent avoir, pourvu que l'on n'en abusa pas, leur va)euF poétique s elles
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n'ont paç, eU^s ne peuvent pas avoir de valeur philosophique et sociale. Jean Valjean, le }iéros du livre, le forçat métamorphosé en philanthrope, en bienfaiteur de l'humanité, ne peut pas plus noué servir à déterminer Y échelle du galérien, que Fantine à mesurer celle de la prostituée, Cosette celle de l'enfant pauvre, Marins celle du déshérité. Nous cherchons en vain, jusqu'à présent, dans le volumineux ouvrîige de M. Hugo, les vraies misères, les véritables misérables, dignes d'éveiller un autre sentiment qu'une émotion de théâtre; par exemple, les ouvriers de grandes villes quand viennent les heures de crise et de catastrophe; les mineurs ensevelis vivants dans les entrailles de la terre; les familles étiolées et condamnées d'avaiiçe aux maladies et à la mc^t par des industries malsaines; les émigrants, arrachés au ^ol natal par Tiiicendie, l'inondation ou la faim; les jeunes filles pour qui la pauvreté est synonyme de péril et de chute, etc., etc. Rien de pareil et mèm^ ri^n d'équivalent dans le livre de M, Victor H|igo. En revanche, nous nous demandons quels rapports peuvent exister entre le problème de la misère et la bataille de Waterloo, le couvent de Picpu3| les bizarreries de U. Gillenormand, la d^mi-solde dqcopimandant Ponlinercy, les fredaines d^s con^pagnçns de r^ B Ç, et le guet-apens des Thénardier. On le voit, ce livrp avant-poureur, ce livre-prophète, ce réquisitoire en action contrôla société pour les misérables, dontrauteur, homme de génie, est volontairement investi d'une mission pt pnlaire, — n'a que deux petits défauts qu> pourraient rassurer les alarmistes. Le talent de l'auteur est le cpntraire de pe qu'il devrait être pour agir puissan^fnent snr
Télite ou sur les masses; et il n*y a pas» A proprement parler, de misérables dans son outrage. A présent, nous voilà plus à Taise pour avancer d*unpas dans cette bizarre épopée.
Quand un livre a violemment remué l'attention publique, il y a quelque avantage à en parler le dernier, ne fût-ce que le droit de supposer que tout le monde Ta lu et de se dispenser de l'analyser. L'analyse des Misérables serait trop courte ou trop longue : trop courte, car jusqu'ici l'aclion, si on la dégage des digressions et des épisodes, se réduit presque à rien ; trop longue, car si Ton voulait suivre H. Hugo dans tous les méandres où son imagination entraine ses lecteurs, ce serait un gros livre qu'il faudrait écrire en marge de ces volumes. Hais, puisque l'auteur des Misérables a visé plus loin et plus haut qu'un frivole succès de conteur, puisque son but et ses prétentions sont multiples, puisque la question d'art se compliqueici dequestions sociales, historiques, politiques, morales, et peut-être même, qui sait? d'une question d'argent, nous essayerons de considérer dans cette œuvre le politique, l'historien, le moraliste, le penseur, le calculateur, l'inventeur et l'artiste. Ce sera une manière de revenir, sans trop de redites, sur les points culminants du récit et de faire la part du bien et du mal.
En abordant la politique de H. Hugo et sa faconde traiter l'histoire, nous voudrions profiter de l'occasion pour rompre avec un heu commun dont on abuse, dont noue
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avons péut-ôlre abusé nous-mêmes. Ce lieu commun consiste à opposer M. Hugo â ses propres antécédents, à faire honte de ses opinions actuelles à l'auteur des odes royalistes de 18^4. Il serait injuste d'oublier que le poète des Contemplations a commencé à écrire de beaux vers à l'âge où nous sortions à peine du collège. 11 était au seuil de ^a vingtième année quand il chantait les vierges do Verdun et mademoiselle de Sombreuil. Toute poésie vibrait naturellement dans son âme, que cette poésie s'appelât l'agonie de Louis XVII, le caveau de Saint-Denis, l'ombre légendaire des cloîtres ou le rocher de Sainte- Iléléne. Il y avait alors un essai de renaissance royaliste, un retour vers le moyen âge chrétien : H. Hugo fut un royaUste de cette renaissance, un chrétien de ce moyen âge. Hais, dès qu'il entra dans la phase virile de sa carrière, son choix fut fait, et ne put laisser le plus léger doute. Un moment, il voulut se croire libéral, se trompant ainsi lui-même comme se trompait alors une partie de la France. Au fond, il était déjà révolutionnaire et démocrate avec un goût très-prononcé de dictature et d'omnipotence. Nous Tavons suivi pas à pas pendant ces années ardentes et fécondes, qui vont de 1829 à 1833, de Hemani à Lucrèce Borgia. Dans ses œuvres et autour de ses œuvres, il était facile de reconnaître la pente qui l'entraînait de plus en plus. Les informes ébauches de Han d* Islande et de Bug-Jargal, l'esquisse déjà plus savante du Dernier jour d'un Condamné^ révélaient cette tendance à prendre, dans le monde moral comme dans le monde extérieur, parti pour l'exception contre la règle, pour l'in&action
contre la loi; tendance qui, favorisée à lafois et irritée par
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depx ou trois rëyoliitiqnsi devait paii à P^» conduire le poète jusqu'aux énormitës des MUéral>le8. Au théâtre, à co. point de cpptact entre Tindividu çt |a foule, artère où l'on put compter )es pulsations de plus en plus r9pide3 de ce tatent aff^niâ de popularité, rien -^e plus curieux que de signaler, d une rive à l'autre de i830, ces gigantesques enjambées de H. Hugo ver^ la démocratie. Pans IJçrnanii dans Marion Delprm^j l'humiliation de la n^ajpsté royale en Thonneur d'un bandit ou d'une oourtisauQ §@ déguisait encore sous des airs de grandeur chevaleresque et d'inspiration lyrique : dans le floi s'amuse^ dans Lucrèce Borgia^ dans Mam Tudor > d^ns ÀngelOy le poète, oI)stinè d^ns son culte de l'antithèse, ne ^e donnait même plus la peine de dissimuler, à Tendroit des grandeura du passé, un acharnement de mépris et de haiiie qui n'avait d'égal que son dédain pour l'histoire. Cette difTérence, visible dans ses drames, ne Tétait pas moins dans la composition du public de ces premières soirées; public dont H. Hugo, comme on le sait, surveillait luimême, avec un soin tout particulier, TenrAlement et le triage. Nous étions tous à HernanU aana distinction de caste ou de pairti politique, sans autre cocarde que notre enthousiasme romantique, sans autre recommandation que l'ardeur de notre foi et la vigueur de nos mains. Pour le Roi s'amuêe, c'était déjà un tout autre monde, un monde que l'on eût appelé démocratique etbphème, si le mot eût existé alors; des recrues d'atelier, de club et d'émeute, tous ceux, en un mot, dont le poète flattait leg passions, et qui, assez peu soucieux de la question littéraire, aspiraient déjà à la question sociale. Ajoutez à ees
M. VIÇTOjl PUGQ, il
fi§liyeQiF8 iVairerflflt^r^-Pam, ceuv^e 4>rt bjen aMtre-r ment condensée et parf^it^ que les t/fiséral^les, mais Q\k h cathédrale catholique par excelle^cfs était condamnée à servir do teipple au dogme de la fatalité et à la religion de raiititbÔ80 : ajo^t^¥-y leg odes 4 NapoIi|on |I, 04 Tauteiir ranimait et ontoiirait d'uq poétique prestige Vid^e bonapartiste pavallèleiBent à Tidée révolutionnaire : joignez-y enfin le court et bizarre récit d^ Claude Gueux \ qui r^i^r fermait en germe Jean Valjean; et vous conviendrez ^vec nous que le passé, chez H. Hugo, est parfaitement en règle vin-à-vis du présent : vous recpnnaitrez que la révolution et le bonapartisme, ces deuxinspiratigns principales de la partie politique des MUérahleSj avaient pris depuis longtemps possession de son génie, et que, gî son dernier livre donne envie de constater une inconséquence, p§ n*est pas précisément celle-là.
Nous ne ferons donc plus à N. Victor Hugo rhonqeiir de noi|8 étonqer de tout ce que son ouvrage contient de dénigrements et de persifllages contre la Restauration; mais nous exprimerons un autre genre de surprise : TiiDagination de H. Hugo est naturellement portée à la grandeur : il fait grande pour me servir d*une expresaign techmqiie, si grand, qu'il en perd à tous piom^nts le senti* ment de la proportion et de rbarmonig) grandit dômesurémept les petites choses et leur assigne nne yaleiir ex-r
I Nous ne voulions pas affirmer sans iine certitud$ absolue : nous croyons cependant être sûr qu'un écrÎTain spécial ou un directeur de prison réclama» dans le temps, contre la création de ce personnage de Claude Gueux, lequel n'était, en réalité, qu'un scélérat immonde, adonné à tous 1^ vices du baffle.
is l'ensemble de ses peintures : comment se : que H. Hugo, en évoquant les souvenirs poque, ne les prenne que par les calés mes et les plus misérables? Quoi 1 cette pree de la Restauration, c'était le temps où uére de Sorsum était cétëbre, où les boupcrruquiers étaient badig:eonnée8 d'axw et s, où le comte Lyncb siégeait au banc d'œuvre ermain des Prés, où les gardes du corps slfitmoiselle Mars, où madame Saqui succédait ù etc., etc., etc. 1 (Suivent douze pages de :). Louis XVUI, c'était un annotateur d'IIorace, préoccupé de Napoléon et de Hathurin Brudagre déformé par l'obésité, dont tous ne reje les bottes de velours et les épaulettes d'or it bleu barbeau 1 L'époque et le roi ne sont ien de plus! Vos souvenirs historiques ne déun feuilleton de petit journal, que dis-je? un oumal des modes. Et plus loin, au cinquième ropos de celte bixarre figure de H. Gillenor- ^ues commérages d'antichambre, quelques rilalon, quelques initiales transparentes, déguimal les noms propres, quelques puériles i'uUras et d'émigrés, voilà à quoi vous réduide ces années de forte initiative et d'aspirauses, secondées par des institutions libérales, m grand peuple opprimé sous un joug de fer, on d'un grand corps rendu miraculeusement moment où tarit le sang de ses veines, un mérateur passant sur ces amas de ruina
làeilles et neuves, pour y faire renaître, comme des fleurs, Tart, la poésie, le roman, tous les encliaiitement de Timagination et de la pensée; les deux plaies béantes léguées parTEmpire, l'occupation étrangère et la détresse de nos finances, cicatrisées, guéries, fermées avant le terme fixé par les espérances les plus optimistes ; une prospérité inouïe, succédant à d'incroyables misères; Tantique royauté s'associant, en dépit de quelques malentendus passagers, à ce travail de renouvellement universel; lin vieux roi méiitant, malgré quelques obstinations d'étiquette ou de costume, de compter parmi les plus sincères amis de la liberté moderne; Tavénement de plusieurs beaux génies, la réforme des études historiques, Tadoplion sympathique des chefs-d'œuvre étrangers, le pro* grès de la philosophie spiritualiste, les âmes poétisées par le malheur et tournées vers un idéal plus noble et plus pur, tout cela vous préparant, ingrat poète, une génération digne de vous comprendre, de réagir en votre faveur contre une littérature glaciale et décrépite, tout cela se réduit pour vous à la célébrité de H. Brugnièrede Sorsum, au cordon rouge de H. le comte Lynch, à la verrue de H. Paêr, aux rivaUtés des cafés Lamblin et Valois, aux romances â*Edmond Gérand, aux affiches deFranconi. C'est vous qui avez le courage d'écrire avec une ironie bien singulière sous votre plume : « David n'avait plus de talent, Ârnault n'avait plus d'esprit, » — comme si vous pouviez oublier que c'est vous, chef du romantisme, que ce sont vos amis, votre école, les peintres enrôlés sous votre drapeau, qui avez eu besoin, à un certain moment, que l'on proclamât déchues et mortes la peinture de Da-
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vid et h littérature c|'ArnauU; que c'est vous, qui, en 1829, nous envoyiez siffler fertinax pour être mieux disposés à applaudir fiemani, Qi)and you3 n*$tes pas puéril, quand vous n*étes pas ingrat, vous êtes cruel et injuste : ff La légitimité venait de s'affirmer, dites-vous, ei) coupant le poing, puis la tête à Pleignier, à Carbonne^u e% à Talleron. » — Nous croyons, nous, et nous yenons de rappeler qu'elle s'affirmait autrement. Prenez garde, finjrions-nous par vous dire ^n çtyle de H, de la Pa)isse; p^ vous aimez la liberté ou yous ne Vaimez pas ; si vous n§ Taimez pas, que faitesrvous à Jersey? Si vous l'aimez, ^i elle est à vos yeui^ comme aux nôtres un bienfait, nouveai) à cette époque et rendu plus précieux encore par le Gon-r traste de ce qui Tavait précédé, pourquoi insuUez-vou^ ce bienfait dans la personne des premiers bienfaiteurs?
Hais peut-être avons-nous tort de nou^ mettre en frai^ de raisonnements vis-à-vis de H. (lugû. Nous n*ôterons assurément rien à sa légitime renommée d'artiste ^t de poète, et Qous ajouterons moins encore à la conviction d^ ceux qui le regardent comm^ le contraire d'uu historien. M. Hugo, eq effet, possé4e toutes )es qualité^ et tqup Ifm défauts nécessaires pour ne pas écrire l'histoire, et, par conséquent, pour n*étre pas pris au sérieux opmme politique, puisque h politique, après tout, n'est que Tappli-s cation ^nljcipëp du sens historique aux événements contemporains, Il sacrifia constamment la vérité ii l'image, le fait à la métaphore, la date à ranfithèse : il dédaigne cette simplicité, cette sobriété, cette exactitude, cette clarté, qui forment le vrgi style de l'histoire, soit qu'on lui laisse, comme Jf. Thiers, son heureuse négligence d'ajustements,
il, YiCTOR PgO. \i
sQÎIp'OQ l'élève, comme Augustin Thierry?! M, Guizot au graiid style littéraire. L'imagination de M* Hu^o e^t omnipotente, et, comme p^^esque tous les despotes, ellç estesclave de sa toi|te-puissance. Ce qu'elle voit, ce qu*el|ç décrit, ce qu'elle raconte, ce qu'elle invente, tout cela s'absorbe et se fond pour elle dans yne sorte de cl^aps sillonné d'éclairs magnifiques, où elle règne sans partage, comme Dieu régnait sur le chaos avant la création, maii; avec cette différence qu'elle n'a pas, comme Diei|| le pou? voir d'en faire sortir un monde visible et tangible ppvir nos débiles organes.
Ceci nous conduit à exanûner, en H. Hugo, le penseur. Hélas ! là encore, nous sommes forcé de le récuser ou dç nous méfier de lui, et, cela par une bonne raison ; c es( qu'il ne fait pas sa pbrase pour sa pepsée, mais sa pensée pour sa phrase; procédé qui peut n'être que dangereux en littératurt^» mais qui est mortel en philosophie. Prenez u() à un tous ces chapitres qui interrompent le récit et ans» quels l'auteur a prétendu donner une valeur philosophique ou socipliste ^t peut-être uue portée prophétique, Jq ue vous défends pas d'admirer, mais je vous défie de compreu^ dreet surtout de conclure. Ainsi, dans l'inexpUcable horsd'CBUvre sur la bataille de Waterloo, toute la partie pit(o-r resque est saisissante; toute la partie pensante est un mélange de paradoxe^ et de puérilités, et Von ^e demande, en définitive, pourquoi, après Chateaubriand, (Idgar Quinot, Lamartine, Stendhal, le colonel Cliarras, Yaulabelle et M. Thiers, qui tous avaient parfakameut réussi leur bataille de Waterloo, M. Hugo a voulu foire la sienne.
CAUSERIES LITTËRAIRES.
) diapitres sur tes couvents donnent lieu à des l'un autre genre. Nous ëcarterons autant que In que notre critique soit plus & l'aise, le point rement religieux; c'ost inutile d'ailleurs : la que suRira. Suivant H. Victor Hugo, les count être respectes au nom de la liberté et counom de la civilisation. Singulière civilisation, i-le tout d'abord, qui se trouverait, pour ses contradiction flagrante avec la liberté humaine, :ihargèe de sauvegarder et de propager en l'èïursuivons. L'auteur des Misérables a pris un onore ii se séparer très-ouvertement de la phiitériaUste et albée, de celle qui dit à l'homme : uir de ton vivant, car il n'y a rien au delà de - et qui, par conséquent, ne laisse à la créature l'autre alternative que le désespoir ou la ré- :t, à ce sujet, de belles paroles sur les lèvres ue, de Hgr Myrid, que nous allons retrouver re; soit : ce n'est pas nous qui le contradipuisqu'il interdit tout ensemble à l'homoie m du néant qui l'invile à jouir ou le condamne ans souci d'une destinée ultérieure, et cette on qui seule peut donner à ses joies, à ses ses espérances, t ses travaux, à ses devoirs, in et consolateur, que lui donne-t-il à la place lui ôleî Nous avons scrupuleusement clierclié premiers volumes, et nous avuuons n'avoir Un peu de lumière à l'enfant, un peu de profemme, la suppression de réchafaud et du laJlre d'école devenant un grand personnnge.
sans doute aux dépens du curé et du frère de l'école chrétienne, tout cela n'est ni bien clair, ni bien sûr, et ne nous donne pas le programme d'une société nouvelle dé* sormais exempte de crimes et de misères.
Allons un peu plus loin : H. Hugo, qui voudrait bien être impartial envers les couvents et user à leur égard de sa démence royale, se croit pourtant obligé de les maudire au nom de la civilisation et du progrès : quel progrés? quelle civilisation? Probablement celle du dix-neuvième siècle. Hais, ou les éblouissements de son livre nous ont frappé d'une cécité complète, ou il est évident que ce livre n'a qu'un but : étaler à tous les regards, rehausser par l'éclat des couleurs, faire toucher au doigt les vices de la dvilisatiou moderne dans ses rapports avec les misères humaines. Ainsi donc cette civilisation que vous nous dépeignez si impuissante et si dure vis-à-vis des malheureux, c*est de peur d'entraver ses progrès, de troubler ses triomphes, que vous demandez qu'on supprime les cou* vents, c'est-à-dire les refuges ouverts à ces souffrances qu'elle ne sait pas soulager, à ces ignorances qu'elle ne sait pas édairer, à ces plaies qu'elle ne sait pas guérir, à ces fautes dont elle fait des crimes par l'implacable rigueur de ses chàliments ! Empruntons nos exemples à M. Hugo lui-même. Fantine, séduite et bientôt délaissée par un étudiant (très-voltairien, j'imagine), descend tous les degrès du malheur et de l'ignominie. Croit-on que si, après le premier échelon, après la faute, elle avait rencontré une main charitable et chrétienne qui lui eût ouvert un couvent, sa vie et sa mort eussent été aussi épouvantables? Et Cosette ! celle-là a un bonheur que je souhaite-
iS CAUSERIES LITTÉRAIRKS.
rais, sans l'espéreri aux orphelines abandonnées comm§ elle : il se trouve qu'un forçat, devenu un saint Vincent de Paul athlétique, se charge de cette petite fille ayec un dévouement tout paternel, .l'y consens, poui yu que ïo^ m*accprde que )es galériens pomme Jean Valjean sont rares en Qe pi^nde, eÇ que les mères pauvres, avant de dél^isjser leurs filles, feront bien de se pourvoir ailleurs, M^i^ çg Jean Valjean, quand il cherche pour Cosette et pour 1^1^même un asile où ne puissent les atteindre les iniquité^ d^ la société ou, en d'autres termes, de la civilisatitii, 4 quelle porte frappe-t-il? A la porte d'un couvent.
On le voit, M. Hugo arrive, par la force des choses, à être son propre contradicteur. Que serait-ce si nous agrai)dissions le débat, si nous nous élevions à des vvjes p|us générales? La civilisation est un grand mot et un grand fait ; à Dieu ne plaise que nous lui souhaitions des enr trayes! niais il y a deux civilisations ; il y 4 celle qui invente des maqhines, décuple la puissance de Thoinme sur U inonde extérieur, facilite et accélère tous les détails de la vie matérielle; et celle qui s adresse, selon lepr penchant et leur nature, aux intelligences et aux âiinçs. élargissez, tant que vous le voudrez, le doniftin^ de vps çpj:!-!quètes, faite§ de la niatière votre servante-maîtresse, domptez Içs éléments, multipliez à Tinfini les prodiges d§ réleçtricité et de la vapeur; vous ne ferez pointqu'iln'y ^it pas, dans ces âmes, au milieu d'autres facultés que je vous abandonne, la mystérieuse faculté de spuffriri d'à» voir soif de l'infini, d'ètr§ tourmenté d'une nostalgie céleste, d'aspirer à immoler la créature terrestre à I9 créatiire divine. S\ vine seule dQ ces âmes qui échappent à voIrQ
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empire vous demande pour tout bien la satisfaction de qe désir que vous ne pouvez pas satisfaire, Fassouvissement de cette soif que vous ne pouvez pas çtancher, et si votre civilisation lui refuse ce bien, elle se manquera à ellemême, en même temps qu'elle offensera la liberté : ou plutôt la civilisation et la liberté subiront ensemble la même offense ; car c'est leur honneur de ne pouvoir se séparer. Voilà des vérités élémentaires que M. Victor Hugo eût bien fait de méditer au lieu de se perdre dans des détails dont rien n'égale la puérilité, ou dans des comparaisons que Ton appellerait sacrilèges si Ton n'aimait mieux les croire insensées. Ce qui nous semble plus incontestable encore, c'est que la pensée de H. Hugo suit désormais une marchq à peu près invariable, qui conunence par la réflexion et finit par Thallucination. Il est dupe de ses prestiges, dupp de cette espèce de mirage intérieur qu'il s'est créé à la longue en s'èblouissant de ses propres rayons, commQ un soleil qui se regarderait perpétuellement dans son miroir. On ne peut attribuer à d'autres causes ces extravagances d'idées, qui ne sont très-probablement que des intempérances de couleur et de phrase. Sauf la prosodie et la rime, c est }e procédé des plus étranges pièces du recueil des Contemplations. Citons à l'appui de nos remarques le chapiire intitulé les Mines et les mineurs^ uu de ceux où M. Hugo s'est le plus évidemment proposé de faire acte de penseur profond. Le sujet était beau, et tout à fait dans les cordes favorites du poète. H s'agjpssnit de peindre la superposition H'une société sur une autt^e, de la société visible et réguhère sur une société clandestine et souterraine ; il s'agissait de signaler les caractères
de ce danger permanent et d'indiquer les moyens de le conjurer.
Selon M. Hugo, le sol social est sans cesse mine par deux sortes de travailleurs : les utopistes et les malfaiteurs, f La société, dit-il, se doute à peine de ce creusement» qui lui laisse sa surface et lui change ses entrailles. » Trèsindulgent, ainsi qu'on doit s'y attendre, envers les utopistes, l'auteur des Misérables se montre sévère envers les malfaiteurs, ce qui nous semble moins logique; car, si l'on en jugait par le choix de ses héros de prédilection, on pourrait croire qu'à ses yeux les malfaiteurs ne sont que des honnêtes gens déclassés par les injustes rigueurs de la société officielle. Mais ceci n'est qu'une vétille, voici qui vaut mieux : H.Hugo, enfourchant son dada, se livre à une de ces énumérations où l'on dirait qu'il se grise de noms propres; puis il ajoute dans ce grand style qui n'est qu'à lui : Un monde dans les limbes (oh! oui, poète, vous y êtes, dans les limbes !), à l'état de fœttiSf quelle silhouette inouïe! Saint-Simon, Owen, Fourier, sont là aussi, dans des sapes latérales. Certes, quoiqu'une divine chaîne in* visible lie entre eux à leur insu tous ces pionniers souterrains qui, presque toujours, se croient isolés et qui ne le sont pas, leurs travaux sont bien divers et la lumière des uns contraste avec le flamboiement des autres : les uns sont paradisiaques, les autres sont tragiques. Pourtant, quel que soit le contraste, tous ces travailleurs, depuis le plus haut jusqu'au plus nocturne, depuis le plus sage jusqu'au plus fou, ont une simiUtude, et la voici : le désintéressement : Marat s'oublie couitE Jésus. Ils se laissent de côté, ils s'omettent, ils ne songent point àeux.
ns voient autre chose qu'eux-mêmes. Ils ont un regard, et ce regard cherche l'absolu. Le premier a tout ie ciel dans les yeux ; le dernier, si énigmatiqtie qu'il soit, a encore sous le sourcil la pâle clarté de l'infini. Vénérez, quoi qu'il fasse, quiconque a ce signe, la prunelle-étoile, — la prunelle-ombre est l'autre signe, i
La prunelle-étoile, la prunelle- ombre ! nous voilà bien près de la bouche-tombeau, du grelot-monde, de la bicheillusion, du ver-réalité, de la branche-destin, du gibetmisère des Contemplations ! Surtout n'ayons pas la naïveté de nous étonner ou de nous fâcher : entre Jésus et Harat il n'y a, comme on voit, que des degrés, des différences de détail : l'un est paradisiaque, l'autre est tragique; l'un est haut, l'autre est nocturne ; l'un a tout le ciel dans les yeux, l'autre n'y a que la pâle clarté de l'infini : mais au fond ils sont de la même famille, quelque chose comme deux frères dont le premier serait mieux doué que le second. Il faut les vénérer tous deux, car tous deux ont la prunelle-étoile, et tous deux ont le même trait distinctif, le désintéressement. Est-ce assez? Pas encore. Au-dessous des utopistes il y a les malfaiteurs, la prunelle-ombre ; H. Hugo en trace Teffrayant tableau ; nous nous bornerons à en détacher ces deux phrases : « Il y a sous la société, insistons-y, et, jtisqtCau jour où Vignorance sera dissipée, il y aura la grande caverne du mal... Jamais les doigts de la nuit qui se crispent sous ce plafond asphyxiant n'ont feuilleté un livre ni déplié un journal. Sa noirceur n'a aucun rapport avec la noirceur sublime de récritoire. » En d'autres termes, et dans notre plat langage, c'est l'ignorance qui fait les scélérats, lesquels ne
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savent ni lire ni écrire ; et ceci, en effet, répontî à la pensée fondamentale de H. Hugo, qui^ pour résoudre le terrible problème de là misère, n*a rien trouvé de mieux que de demander de là lumière pour l'homme et pour Tenfant. Soit; mais, eh nous parlant de cette cave vouée à rignorance, et dont la noirceur n*a aucun rapport avec la noirceur sublime de Técritoire, de cette cave dont le poignard (le poignard d*une cavel) n'a jamais taillé une jplume, M. Hugo a la mauvaise idée de choisir un nonn propre. Il ajoute : « De celle cave sort Lacenaîre. » Or Lacenaîre était le type du scélérat lettré : il faisait des vers et dé la prose qui ne valaient assurément pas la prose et les vers dé U. Victor Hugo, mais qui n*en eurent pas moins iin grand succès auprès des dilettantes de cour d* assises, et formèrent de précieux autographes. Ainsi, dans ces morceaux â grand fracas, qui caractérisent la mauièi e actuelle de l*auteur des Misérables et qui sont ses ut de poitrine, l'inconsistance du raisonnement le dispute aux énormités de style, Taudace sacrilège des rapprochements rivalise avec la creuse sonorité des métaphores. Faut-iï s'indigner ? Faut-il rire? S'indigner, ce serait faire trop d'honneur à des folies qu'il vaut mieux traiter comme des rêves d'un cerveau halluciné ; rire, ce serait manquer de respect â un homme chez qui les traits de génie alternent avec les traits de démence. Le plus sage est de regarder comme suffisamment instruite cette partie du procès et de demander à nos lecteurs si des citations pareilles ne leur semblent pas la plus accablante des preuves contre M. Ikigo penseur, politique et moraliste. Passons maintenant â iî. Hugo calculateur et inventeur, avant d'arriver
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à la portion la plus agréable de noire tâche, et de sakicr, même à travers des aberrations colossales, lé grand artiste et le grand poêté.
Peut-être s'étonnera-t-on de nous voir altaclicr quelque importance à des questions de calcul à propos d une œuvre d'imagination. Mais tout se tient et s'enchaîne dans un sujet pareil. L'étude littéraire et le détail de mœurs» la faute de goût et le trait de caractère, le mensonge historique et l'arrière-pensèe lucrative, s'expliquent et se complètent réciproquement. Tout le monde sait d'ailleurs que, chez M. Victor Hugo, l'homme de génie se double d'un homme d'affaires, que nul ne sait mieux que lui tirer parti de sa gloire et profit de ses ouvrages. Bien loin de len blâmer, nous voudrions nous emparer de cette occasion pour toucher en passant à ce point secondaire. L'éducation du public et des gens du monde est encore à faire en ce qui concerne les intérêts des hommes de lettres, les rapports de la littérature avec l'argent. Là comme ailleurs, nous nous heurtons contre cette inconséquence mondaine qui rend notre métier si difficile. On prêche aux écrivains le désintéressement, l'abnégation, le brouet noir, et l'on oublie que ces natures fines, nerveuses, sans cesse surexcitées , sont à la fois plus incapables de compter, mieus préparées à jouir, plus sensibles à tout ce qui froisse leurs instincts d'élégance et de libéralité. On
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déclare la littérature émancipée, hors de tutoHo, à jamais sortie de ce régime qui la faisait tributaire des princes, des grands seigneurs et des financiers; et Ton trouve mauvais que celte fille majeure, délivrée de c«s humiliants patronages, fasse ses affaires elle*méme, et lève sur le puMic un impAt volontaire, calculé d*après la valeur probable des produits et le nombre progressif des consom* mateurs! Enfin, — inconséquence plus visible et personnifiée dans des noms illustres, — on ne tient en réserve qu'une sorte de compassion dédaigneuse et stérile pour ceux qui , fidèles au vieux programme de désordre et génie, ne sachant ni calculer, ni prévoir , dissipant en chemin le fond de leur patrimoine et le revenu de leur gloire, arrivent sans provisions au terme de leur route ; et peu s'en faut que l'on ne traite de procureurs et d'esprits mercantiles ceux qui, suivant une marche contraire, savent faire de chacun de leurs ouvrages quelque chose d'équivalent à un immeuble ou à un coupon de rentes I Si donc, comme on l'assure, les Misérables ont été payés très-cher, tant mieux, pour l'auteur d'abord, ensuite pour l'éditeur; car il est depuis longtemps avéré que le meilleur moyen de persuader au public qu'un livre vaut trois cent mille francs est de lui faire croire qu'il les a coûtes. Si, comme on le raconte, M. Victor Hugo a eu la patience d'attendre trente ans afin d'échapper aux effets d'un engagement contracté par son imprudentejeunesse vis-à-vis d'un de ses anciens éditeurs, nous ne saurions l'en désapprouver: tant mieux encore, puisqu'il a pu, pendant ces trente ans, polir sans cesse et repolir son œuvre : d'ailleurs, ce long retard l'a, à son insu sans doute, merveil-
leusement servi ; son livre, bonapartiste ^ et socialiste tout ensemble, arrive à point à une époque où ces deux éléments semblent mis en demeure de se combattre ou . de se confondre. Ainsi donc, absolution pleine et entière, sur tous ces articles de détail, à Fauteur des Misérables, Mais il y a, par malheur, un autre genre de calcul sur lequel nous sommes forcé de nous montrer moins accommodant. 11 est évident pour nous que M. Hugo, en écrivant son livre ou en le relisant, s'est ravisé en maint endroit et a surtout songé à s'assurer le plus grand nombre possible de lecteurs, d'admirateurs et d'adhérents. Veut-on une preuve ? Nous la trouverons dans la première partie de Tou vrage,lameilleure de toutes celles qne nous connaissons jusqu'à présent. M. Hugo — qui l'ignore ? — a placé au seuil de son livre la figure d'un évéque dont tout le monde a désigné le vrai nom. Très-contestable au point de vue théologique, cette figure, comme œuvre d'art, est délicieuse, et même, à ne pas la regarder de trop près, suffisamment chrétienne : car il est bon de remarcfuer en courant que, dans ce livre dont l'auteur est manifestement (grouillé avec le christianisme, les seuls personnages honnêtes, intéressants, aimables, les seuls qui soient bien près de résoudre par la charité et la bonté ce fameux problème delà misère, sont des personnages chrétiens. L'évêqueest admirable, sa sœur Baptistine est angélique; madame Magloire, sa gouvernante, est parfaite ; la sœur Simplice est charmante; Jean Valjean doit à un prodige de mansuétude chrétienne la transformation miraculeuse qui fait de lui un modèle de toutes les vertus ; et, encore
i BaiM 4e vieux sens du mot.
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une fois , quand il veut dérober sa fille adoptive et sb soustraire lui-même à la méchanceté des hommes, c est dans un couvent qu*il se réfugie. M. Hugo a été, nous le croyons, le premier à s'apercevoir de l'effet que produiraient ces peintures, et surtout à se demander si ces excès de christianisme ne lui aliéneraient pas les sympathies de ce million de lecteurs dont s'enorgueillit â si juste litre un journal célèbre. îl a cherché un correctif, et nous devons déclarer qu il Ta trouvé. Le chapitre ou il agenouille Mgr Myriel devant un vieux conventionnel et nous le montre demandant à ce radoteur de 93 sa bénédiction, est certainement la plus belle rançon qu'ait jamais payée à la grossière multitude et aux penseurs qui la gouvernent un grand poète entraîné par d'anciens souvenirs et la force de la vérité. Nous ne discuterons pas cet absurde chapitre, dont le moindre défaut est de reposer sur un fond impossible, puisque ce prétendu héros de là Convention, n'ayant pas voté la mort du roi et n'ayant pas été guillotiné, n'a pu être qu'un des plus obscurs figurants du drame terroriste. M. Victor Hugo, bien qu'il possède beaucoup plus de génie que d*esprit, avait dix fois plus de sagacité qu'il n'en fallait pour comprendre qu'en écrivant ce chapitre il gâtait à plaisir son œuvre, dégradait son évêque, changeait pne figure évangélique et suave en un grotesque mannequin, et accomplissait une opération â peu près pareille à celle d'un peintre qui, pour terminer son tableau, jetterait sur son principal personnage le contenu d'une bouteille d'encre ou d'un verre de sang. Il l'a compris, et il a persisté. Cette énormité littéraire n'e&t, en réalité, qu'une mei^veilie d'arithmétique. G^ai A tin
calcul analogue qu'il faut attribuer tous ces traits éppirs contre la Restauration y Fantique monarchie, les saIoi)« royalistes, les couvents, etc., etc., toutes ces assimilations monstrueuses entre le fils de Louis XVI et le frère de Cartouche, entre Marat et Jésus, entre le père Ducbêne ej le père Letellier, entre Maillard et Saulx-Tavannes, entre Jourdan Coupe-Têtes et le marquis de Louvois, entre Carrier et Montrevel ; niaiseries qui n*ont pas même le mérite d'être neuves, qui fourmillaient, dès mon Jeune temps, sous les pavés de 1830, mais qui ont l'avantage de oa^ resser la fibre révolutionnaire et démagogique, pendant que la société polie, toujours si indulgente pour ses vr^is agresseurs (au risque de se rattrapper sur d'autres), applaudit avec un désintéressement stoîque les émouvantes beautés de l'ouvrage. Parfois , chez M. Hugo, cet esprit de calcul est plus corrosif encore. Nous avons noté, à la page 164 du troisième volume, les lignes suiva^t^Sf que nous transcrivons comme un échantillon et un modèle du genre : « On a calculé qu'en salves ^ politesses royales et militaires, échanges de tapages courtois, sif gqaus d'étiquette, formalités de rades et de citadeUes, levers et couchers du soleil salués tous les jours par toutes les forteresses et tous les navires de guerre, ouverture* et fermetures des portes, etc., etc., le monde civilisé tirait à poudre par toute la terre, toutes les vingt-quatre heures, cent cinquante mille coups de canon inutiles. A six francs le coup de canon, cela fait neuf cent mille francs par jour, trois cents millions par an, qui s'en vont en fumée. Ceci n'est' qu'un détail. Pendant ce temps-là If^ pauvres meurent de faim. »
On a 'Calculé? Qui représente ce on sans réplique? M. Hugo sans doute ; car nous avons eu la fantaisie de questionner à ce sujet un officier de marine, qui nous a répondu par un éclat de rire, et, sans entrer dans des calculs aussi exacts, a réduit de trois zéros ces formidables trois cents millions. Mais le trait final n*en a pas moins sa portée ; des milliers de lecteurs, alléchés par ces chiffres si bien groupés, les acceptent comme paroles d*Ëvangile et reprochent tout bas — ou tout haut — à la société de leur donner si peu de pain tandis qu elle brûle tant de poudre. En somme, inventer cette poudre n'a pas été une mauvaise idée. 11 y en a plusieurs de cette sorte dans les Misérables. M. Hugo a eu, de tout temps, lé goût de cette exactitude officielle ; cela fait bien, cela sent son Charles-l}uint soignant à la fois les petits détails et les grandes affaires, son Gharlemagne comptant les œufs de sa basse-cour et les herbes de son jardin pour se délasser de la conquête du monde ; un chiffre, une date, un nom propre, un raffinement de couleur locale, exhibés à propos, frappent le lecteur bénévole et le font réfléchir sur Télonnante capacité de ce cerveau qui unit tant de ponctualité à tant de profondeur. Sous les plis habilement ajustés de cette science universelle se cache impunément — comme des marmots sous un vaste manteau de docteur, — une infinité de bévues, volontaires ou involontaires. Gustave Planche s'escrimait, dès 1839, à les signaler chez H. Victor Hugo : les Misérables^ à leur tour, ont soulevé et soulèveront bien des réclamations personnelles et collectives. Qu'importe ? L'effet est produit, le cortège triomphal passe ou apassé;ot, si l'on retrouve le lendemain.
sous un amas de fleurs et de couronnes, quelques-uns de ces traits lancés par les contradicteurs, on ne sait plus s'ils ont essayé le combat ou s'ils onj fait partie du triomphe. Nous avons hâte d'arriver à H. Hugo inventeur; car son livre, après tout, est un roman, et le roman ne saurait se passer d'invention. On peut hardiment affirmer que, si les Misérables renfermaient une action heureusement inventée, fortement nouée, d'un tissu simple et ferme, qui se déroulerait sans précipitation, effort ni lenteur, qui ne trahirait ni accroc, ni reprises, ni solution de continuité, si la broderie n'y écrasait pas l'étoffe, si l'on y voyait une série de péripéties neuves et de scènes originales servant de cadres à des personnages habilement imaginés, l'auteur aurait pour toujours gain de cause : ses erreurs de détail, ses mensonges historiques, ses billevesées politiques, théologiques ou philosophiques, ses métaphores, ses antithèses, nos objections, nos réserves, tout cela s'évanouirait dans un rayon de sa gloire, comme des atomes de poussière dans un rayon de soleil. Malheureusement l'invention est un des côtésfaibles de ce livre monumental. Chose singuUère ! s'il existe une qualité que les détracteurs les plus acharnés de M. Victor Hugo n'osent lui refuser, c'est à coup sûr l'originalité. Comment se fait-il donc que ce génie si entier, si absolu, partisan si superbe du sint tu suntj aut non sint, ait peu à peu laissé s'infuser et s'infiltrer dans ses robustes veines, non pas même des génies d'un ordre égal au sien, tels que Chateaubriand, Lamennais ou Lamartine, mais des talents inférieurs, qu'il a sans doute longtemps regardés comme de vils amuseurs d'une foule puérile? Il ne serait peut-être ni difficile de décou-
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Yrir, ni inutile d'indiquer la cause de oeite anomalie. Un grandpoête ne peut abaisser impunément le niveau de son inspiration, le regard de sa pensée, le but auquel il tend, le succès auquel il aspire. Tant qu il regarde au-dessus de lui ou devant lui, à hautepr d*aigle ou de grand l^omme, pe qu'il trouve, ce qu'il rêve, ce qu'il recueille dans cette zone supérieure, lui appartient en propre : nul ne l'a devancé dans ce domaine, nul n'a défloré d'avance ^a coaquéte. Pour faire éclater à tous les yeux son droit de pro? priété exclusive, il lui suffit d'imprimer à sou œuvre h sceau de sa pm'somdité puissante. Hais si, pour multi^ plier ses moyens de succès et d'influence, ce ppête descend de plusieurs degrés; si, pour parler de plus près aux multitudes, il s accommode à leurs passions et entre dans )eur atmosphère, s'il adopte les lois, les procédés, les penchants d'un art nquveau, fait à l'image de cette dé^ mocratie dont il veut se rendre maître, de cette société qu'il prétend inaugurer sur les ruines de l'ancienne, de cet avenir auquel il essaye de dicter ses catéchismes et ses codes, de cette réalité brutale qu'il substitue à l'idéal, alors il trouve les places prises, et, au lieu d'être un poète sans rivaux, il n'est plus que le rival, que dis-je ? l'imitateur souvent malheureux de conteurs dont le nom, placé à côté du sien, lui semblerait une injure. C'est ce. qui est arrivé à H. Victor Hugo dans les Misérables. Nous, vieux pécheur, qui nous confessons d'avoir lu et de ne pas trop mépriser les chefs-d'œuvre du roman-feuilleton, nous étions à tous moments tenté, en lisant lesMisé' râbles, d*ôter notre chapeau comme Piron, et de saluer les inventions de H. Hugo comme d'anciennes connais-
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sanees. Balzac, Frédéric Saulié, £ugèn6 Sm Alestandre Dumas ont passé par }â, ^t ce q^-il y a (le pir^, c^est qu'en les imitant à son insu, rillustfa poêle ne les a pas surpassés. Bon nombre de ces chapitres, )p faux enterrement de Jean Valjean, son escalade nocturne dans le poi^vent, le guet-apens de Thénardier, spn arrestation et celle de ses complices par Javer^ et ses agents, ne dépareraient pas, mais n*einbeltiraient pas davantage les volunies les plus corsés de ces longues histoires, si populaires U y a vingt ans, presque oubliées aujourd'hui. Les Mystères de Paris ont déteint sur les Misérables^ sauf qu'il y à, chez Eugène Sue, bien plus d'invention, des personnages bien plus values, de^ épisodes bien plus curiei^, yn fouillis d aventures et da figura bien mieux rè^ssi que cbaif H. Hugo. Fanline ne vaut ni Bigolette, niFleur-de-Marje. Jean Valjean, c'est le Chourineur, converti par un évéqug au lieu de l'être par un prinpe all^^iand ; c'est encore, si Pon veut, Edmond Dantég captif, séquestré du monde, sq jetant dans la mer, passant pour mort, et res^pçcjté son^ les traits du couple de Monte-Cristo ; sauf que le plong^oti de Dantès est bien autrement dramatique, bien autrem^nt inventé que celui de Jean Valjean. la lutte de Jean Valjean et de Javert rappelle, sans l'égaler, la lutte d^ Peyrade et de Vautrin dans Balzac. Les transformations dp Jean Valjean n'ont ni le relief ni rimpréyu des incarnations de Vautrin. Les scélér^^ts groupés autour de Thénardier restent, malgré leurs prétentions historiques, bi^n loin des physionomies patibulaires, @} vivantes, si réelles, dont Eugène Su0 a peuplé le tapis franc de la rue aux Fèves et le préau de Bicêtre. Nous pourrions ^lutiplier à
l'infini ces rapprochements et ces réminiscences. Parmi les innombrables pages échappées à la verve facile de H. Jules Janin, nous nous souvenons d'avoir lu une très-touchante histoire, intitulée : Elle se vend en détail j qui nous montrait, vingt-cinq ans avant Fantine et M. Victor Hugo, une pauvre jeune fille vendant successivement ses cheveux et ses dents. Que dire des étudiants, des grisettes, et, en général, des gaietés de H. Hugo? Sa gaieté est celle des lions et des aigles : il ne sait ni rire, ni sourire. Cette heureuse impuissance de la grandeur à se faire petite, du Titan à se faire Pasquin, n'a jamais plus magistralement éclaté que dans les Misérables. Le chapitre qui termine le premier volume et qui s'appelle indifféremment Quatre à quatre ou Double quatuor, psouve jusqu'à quel point H. Victor Hugo peut chanter faux lorsqu'il veut fredonner d'une voix légère une joyeuse chanson de table ou de mansarde au lieu d^entonner les grandes hymnes de la poésie et de la nature. On dirait Désaugiers soufflé par un burgrave. Ce petit monde juvénile et charmant dont Alfred de Musset et Henry Hûrger nous ont redit avec une grâce mélancolique les fugitives amours, les lestes propos, les joyeux refrains, les rires et les larmes, semble pétrifié dans le livre de M. Hugo, comme une guinguette oubliée entre les quatre murailles d'un monument. Son hilarité détonne, son rire grimace, son esprit fait ventre, ses étudiants sont odieux, ses grisettes sont tristes, ses bons mots sont laborieux comme des poèmes didactiques. Dans sa manie de tout forcer, de tout grossir, de porter sur tout sa pesante et colossale maÎR, il a trouvé moyen de gâter même le calembour. Cette débauche de
l'esprit (M. Hugo a dit cette fiente de F esprit qui vole) ne peut avoir qu'une excuse (et encore !), c*estd*être spontanée. Or, M. Hugo prépare ses calembours; il leur fait d'avance des cadres; il no}js présente, par exemple, un jeune homme donnant cent francs à une jeune fille, pour avoir le plaisir d'ajouter : a Fille de cinq louû, tire-moi me& bottes !» — Il fera jeter au feu un exemplaire de la Charte, et il dira: a La Charte métamorphosée enflamme. » — Et le reste à Tavenant. N'insistons pas, nous aurions trop d'avantages. Discussion et preuves sont ici d'autant plus inutiles que, sur cette petite infirmité du génie de M. Hugo, tout le monde est de notre avis.
Nous avons parlé du défaut d'invention qui se révèle dans les Misérables et des rapprochements qu'il serait facile d'établir entre maints chapitres de ce livre et les souvenirs les plus populaires du feuilleton-roman. Quand H. Hugo n'imite pas les autres, il s'imite lui-même. Il y a au second volume un chapitre fort émouvant, intitulé Solution de quelques questions de police municipale : c'est celui où l'auteur donne la parole à Fantine, tombée au phis bas échelon de la prostitution, et nous la fait voir tour à tour aux prises avec Javert et avec M. Madeleine, passant de la prière à l'kivective et du sanglot au rire nerveux. Nous pourrions dire à ce chapitre, en parodiant un mot célèbre : Nous vous avons connu en 1851 , vous étiez alors la supplication désolée de la Sachette au moment où on va la séparer de sa fille Esméralda; nous vous avons rencontré, quelques mois plus tard, dans Marùm DelormCy dans la scène où Harion essaye de sauver son amant condamné à mort. Nous vous avons retrouvé, en
U GAUSERIKS UTTËRAIRK?
1835, dans l^crèce Borgia; en (8^, daps U^^rie Juior, sur les lèvres de Jane suppliante; en 185S, dans Angel$^ dans la bouche de la Tisbé. je pi'arrête ^ cette dale, fautç de souvenirs asçez précis : il suffit 4'§iH^H^^{ ^^ PQH^t^T ter qu'il y a en pernianence, dan^ les dr^ip^s et (}9Q§ }^ récits de H. Victor Hugq, un air de bravoure que I'qq pourrait noter d'avance, comme on note de mémoire m air de Bellini ou de Verdi; un opprimé, m être faible» dps^ armé, passionné, — presque toujours ufie femme, — priant) pleurant, essayant de fléchir m représentant quelconque delà puissance, delà force et de l*abus : me situa* tion toujours la même, amenant les mêmes forpias de langage pour exprimer un même sentiment; langage bref, haché, saccadé, cherchant le pathétique dans un iriélange savant d'incorrections, de trivialités, de suspensions, d'ellipses, de cris de la nature, qu'on dirait sténographié sous la dictée de cette pauvre madame Dorval, que l'on trouve saisissant une première fois, monotone ^ la longue, et qui semblerait prouver chez M. Hugo un^ certaine pauvreté d'inspiration, un certain penchant à jeter constamment sa pensée dans le même mpule.
Hais tout ceci n'est qu'un des pOtés de la question, et les admirateurs de H. Victof Hugo auraient le droit de nous répondre que, les ouvrages de l'esprit m vivant» 0n définitive, que par le style, peu importe que Taiiteiir dsfi Misérables se soit copié lui-même, peu importe surtout que son livre offre, çà et là, de fâcheus^^ re^sembl^cii avec les enfants terribles du roman-feuil)etQ}), s'il s'est approprié leurs guenilles par la toute- puissj)|}pe de soi} génie et les a recouvertes de toutes les splendeurs de sa
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prose. Essayons dôhc déjuger les intentions de M. Hugo d'après des vues plus hautes et des lois plus générales. Nous n'àppretidrotis rleii à persoiine en rappelant que Fart n'a pas de règle plus essentielle, plus irrécusable^ que celle qui etige une juste proportion entre les moyens et tes effets. S'il liôtis est permis, sans trop de profanation, de éômparer un moment l'œuvre de Fartiste à celle de Dieu, dâ itotts permettra d'ajouter qu'une des marques de la création par excellence entre les mains du Créateur suprême à été d'avoir tout fait avec rien. De même, dans les œuvres d'art les plus voisines de la perfection, chez les hommes les plus évidemment doués du rayon divin, on reconnaît ce caractère, affaibli déjà, mais visible: ils font, noiî plus tout avec riëii» mais beaucoup avec peu. On admire eh ëùxte i*)dntrâste de la sobriété des moyens avec là grandeur des effets. C'est là le privilège d'un art, d'une littérature à son apogée, que cet art se personnifie dans Phidias ou dans Mozart, que cette littérature s'appelle Virgile, Horace bu Racine. A un degré inférieur, mais trèsacceptable encore, nous trouvons la proportion, l'égalité, entre les moyens et les effets. C'est tout ce que l'on peut dertîâiider aux écrivains, aux artistes qui slmposentla difficile mission de secouer, d'émouvoir les sociétés vieillies, fatiguées, blasées, complexes, formées d'éléments divers où contraires, partagées entre un idéal qui finit et un idéal à peine entrevu, tristement occupées à se bâtir une nouvelle demeure avec des monceaux de décombres- C'est tout ce que nous dertianderions à M. Victor Hugo. Nous nous contenterions de moins encore; nous consentirions à adfoirer, dans les Misérables, de grands effets
achetés par des moyens violents, démesurés, excessifs, pourvu que ces moyens fussent possibles, pourvu que Tauteur ne s'obstinftt pas à nous mener à de fortes émotions, à des admirations foudroyantes, par des chemins impraticables. II y a plus: H. Hugo nous en voudrait si nous avions Tair d'oublier que son roman n*est pas un roman ordinaire, qu'il est en même temps un réquisitoire et un plaidoyer. Or, pour qu'un réquisitoire ait toute sa portée, pour qu'un plaidoyer ait toute sa valeur, on ne doit pas poser la question entre son adversaire et son client, de manière à la rendre également inapplicable à l'un et à Tautre. Maintenant, rouvrons ensemble les Misérables: nous y trouverons, presque à chaque volume, ou un grand effet obtenu par un moyen impossible, ou un motif de récuser à la fois en M. Hugo l'accusateur et l'avocat, ou, ce qui est pire, une infraction flagrante à ces lois de la vraisemblance morale, plus obligatoire encore que la vrai-^ semblance matérielle. Nous admettons, par exemple, que la charité chrétienne et pastorale aille, chez Mgr Myriel, jusqu'à recevoir le forçat Jean Valjean, à lui donner un lit, une place à sa table, à l'appeler monsieur ^ etc., etc. Tout cela était nécessaire pour amener des scènes dont nous ne méconnaissons pas les beautés. Mais, lorsque Valjean, ainsi hébergé, rassasié, logé, consolé, fait acte de galérien relaps, de voleur incorrigible, lorsqu'il vole les six couverts d'argent del'évêque, et que celui-ci, non content de dire aux gendarmes qu'il les lui a donnés, y ajoute spontanément les deux flambeaux, héritage de famille, nous disons que la vraisemblance morale, la vraisemblance chrétienne (il s'agit d'un évêque), est outrageusement
violée; nous disons que tous les pauvres honnêtes, tous les vrais pauvres de Mgr Hyriel — et il n*en manquait pas» IL Hugo nous le dit, dans le diocèse de Digne, — auraient le droit de demander, en présence de cette orgie de charité, ce que Ton fera pour les misérables qui n'ont ni volé, ni assassiné, si Ton se dépouille à ce point pour un scélérat endurci. Passons. Si du moins M. Victor Hugo tenait compte de la situation faite à Jean Valjean par la mansuétude de Févéque! Hais non; au premier volume, l'effet exige que les couverts et les flambeaux d'argent soient donnés. Au second, Teffet exige que ces flambeaux et ces couverts aient été volés. Comment expliquer autrement que Jean Valjean, devenu H. Madeleine, lavé, blanchi, régénéré, bienfaiteur de tout un arrondissement, n'ait d'autre choix que de retourner au bagne ou de continuer à dissimuler son vrai nom? Qu'il y ait pour lui humiliation et souffrance à se déclarer forçat libéré, qu'il y perde sa croix d'honneur et son écharpe de maire, soit : mais de là à retomber sous le bâton d'un argousin, à devenir le n® 9450, à porter le bonnet vert, il y a loin, très-loin, et c'est pourtant cette distance que M. Hugo a franchie d'un volume à l'autre, sans daigner éclaircir ce point essentiel : un forçat libéré traité comme un forçat en rupture de ban. Ce n'est pas sérieusement que l'on pourrait alléguer la pièce de quarante sous du petit Gervais (que Valjean ne vole même pas, mais sur laquelle il met le pied) comme une charge suffisante pour faire de lui mi galérien à perpétuité. Que voulez-vous? l'auteur avait besoin que cette alternative offerte à l'esprit de Jean Valjean fût aussi complète» aussi formidable quapossible, afin d'assurer tout
iS CAUSERIES LITTÉRAIRES.
leur effet aux magnifiques chapitres où il nous peint les combats intérieurs du forçat changé en honnête homme, la tempête smis un crâne, les péripéties du voyage de H. Ha* dcleine, son arrivée au tribunal, son intervention soudaine dans l'affaire du faux Jean Valjean, et la catastrophe qui le livre à son ennemi Javert, le terrible agent de police. Tout cela est très-beau sans doute, mais tout cela s'achète par des impossibilités. Voilà pour l'œuvre d'art : que (Uronsnous du réquisitoire ou du plaidoyer? Prenons cette exécrable société telle que nous la représente M. Hugo, dédaigneuse de toute proportion entre le délit et la peine, dure, injuste, oppressive, organisée de façon à forcer la misère à la faute ou au crime, à changer le pauvre en délmquant, le délinquant en coupable, le coupable en scélérat. Prenons-la à deux époques bien différentes, que H. Hugo nous a indiquées lui-même : 1795, date de la première condamnation de Valjean, et 1817, date de la seconde. Gomment supposer qu'en 1795, en pleine anarchie révolutionnaire, un homme du peuple ait pu être condamné à cinq ans de galères pour avoir volé un pain chez un boulanger, quand cet homme a pu prouver qu'il ne volait quepour empêcher de mourir de faim les sept enfants de sa sœur? Comment admettre qu'en 1817, devant unjury composé d'hommes intelligents et presque toujours débonnaires, ce même Valjean, bienfaiteur de toute une contrée, signalé par divers actes de sauvetage, entouré de reconnaissance et de respect, ait pu, sur sa propre dénonciation, être condamné aux travaux forcés à perpétuité, sans qu'un seul juré, un seul magistrat, un seul témoin, se soit levé pour protester contre cette rigueur abominable, pour demander
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que Ton balançât par les services récents les fautes passées? Gomment se résoudre enfin à croire que cette dénonciation et cette condamnation sufSroni pour que Javert parle à M. Madeleine comme à sa proie, àsa chose, au plus misérable des forçats évadés? Encore une fois, c'est impossible : si vous voulez que je vous admire, n'exigez pas de ma raison trop de sacrifices au profit de mon admiralion. Si vous voulez que je vous croie, que j'appelle avec vous une régénération sociale en faveur des misérables, ne chargez pas la société de dix fois plus d'iniquités et d'inconséquences qu'elle n'en a jamais commis.
Au troisième volume, Jean Valjean, évadé de nouveau, arrive chez les Thénardier (d'infâmes coquins) pour réclamer Cosette, la fille de Fantine, que Fantine mourante lui à léguée. M. Hugo a peint avec beaucoup d'habileté, chez Jean Yaljean transformé, cette double nature, ces vertus de l'honnête homme, greifées sur les talents du forçat; la vigueur, l'adresse, Tincroyable développement des facultés physiques, et surtout la méfiance. Or Yaljean, à peine arrivé chez les Thénardier, que doit percer de part en part son coup d'œii de galénen ëmérite, s'amuse à déployer la munificence fantasque d'un nabab : il donne cinq francs d'une paire de bas qui vaut vingt sous; il met un louis dans le sabot de Cosette; il paye sans sourciller tout ce qu'il plait à l'aubergiste de lui demander pour son souper et sa couchée dans cet ignoble taudis ; le tout pour jeter de la poudre aux yeux des Thénardier et des lecteui*s de H. Hugo ! Ce détail peut donner une idée de la façon dont l'auteur des Misérables traite la vraisemblance et la logique des ca-
râclèros. Une réflexion analogue s'applique à la prostitution de Fantine. Fantine est belle ; elle a déjà commis une faute. Son premier amant, le sieur Tholomyès, Thomme aux calembours, « chauve, édenté, ridé, infect, » ne peut pas avoir laissé dans son cœur un bien grand fonds de pudeur et de sagesse. Si donc Fantine, par la force des choses, le crime de la société et le désir de payer les mois de pension de sa chère petite Gosette, se sent fatalement entraînée à faire argent de sa beauté, elle est absurde de ne pas commencer par où elle doit finir, et de se rendre préalablement hideuse en sacrifiant ses cheveux
.et ses dents. Nous passons rapidement sur Tépisode du couvent de Picpus, où la fausseté des appréciations le dispute à l'extravagance des événements. Voici qui est
' plus fort : dans sa troisième partie, après un hors-d'œuvre dithyrambique sur le gamin de Paris, singulier pendant
,du hors-d'oôuvre de Waterloo, H. Hugo met en scène un jeune homme. Marins, fils du commandant Pontmercy, ancien officier de TEmpire. Marins est élevé chez son grand-père maternel, le grand bourgeois^ Gillenormand (une caricature assez bien réussie), royaliste plus ultra A lui seul que toute la Chambre introuvable. Grâce à cette tyrannique influence, Marins parvient à sa vingtième année, fermement convaincu que les armées impériales étaient un ramassis de brigands, que Napoléon était un ogre et le commandant Pontmercy un bandit qui, pardessus le marché, a abandonné son fils. Mais il découvre la vérité, le voile se déchire, et voilà Marius payant à la mémoire de son père tout un arriéré de tendresse. Voilà Marius aussi bonapartiste que Ta été M. Hugo dans les
Misérables. Ponfmercy, dans un testament de trois lignes, à recommande à son fils le sergent Thénardier, qui, ditil, lui a sauvé la vie sur le champ de bataille de Waterloo. A présent, \oici la situation : Marins, cœur ardent, tête de feu, Harius, qui n'a jamais aimé, aime passionnément Cosette, qu'il croit la fille de H. Leblanc (alias Jean Val- Jean, alias M. Madeleine, alias M. Fauchelevent); M. Victor Hugo a dépensé, pour peindre cet amour, toutes les richesses de sa palette. C'est une flamme, c'est un volcan, c'est une étoile; c'est le ciel, c est la mer, c'est l'infini, l'azur, l'immensité, la vie dans un sourire, la mort dans une larme. Les héros de roman les plus célèbres sont des blocs de glace en comparaison. Survient un moment où Marins est placé dans Taltemative suivante : il peut, en tirant un coup de pistolet, signal convenu, sauver M. Leblanc d'une mort certaine, arracher Cosette à un déshonneur probable. Il est vrai que, s'il tire, il livre à la justice Thénardier, sur lequel il ne peut plus se faire la moindre illusion, qu'il reconnaît pour un affreux scélérat, acharné à la perte de M. Leblanc et de Cosette. Or le testament de son père est toujours présent à sa mémoire ; si bien qu'il s'abstient de tirer, et que, si Javert, moins sentimental, n'arrivait pas à temps, H. Leblanc serait assassiné et Cosette enlevée. Que dites-vous de ce bel amoureux et de cette logique du cœur humain? Que m'importe que la situation soit tendue à faire pâlir les plus illustres fournisseurs du boulevard, que l'intérieur du bouge des Thénardier soit peint avec une fougue réaliste qu'aurait enviée M. de Balzac? Du moment que voys donnez à la vroisemblance des passions
et des caractères de si furieux démentis, tout est dit; vous baissez d'un cran dans l'ordre des beautés littéraires. L'énormité et le grincement de vos rouages me rendent insensible au jeu de vos machines. Je cesse de m'intéresser à vos personnages, que vous ne foites plus mouvoir à l'aide de fils déliés et invisibles, mais de ficelles grosses comme des câbles; et je répète tout bas que la moindre analyse, fine et délicate, d'un sentiment vrai, mérite d'occuper dans l'art un rang supérieur à celui de ces tableaux plus grands que nature, suspendus, dans le faux et le vide, entre l'épopée et le mélodrame.
Nous bornons là, pour aujourd'hui, cette étude critique, n'ayant eu le temps de bien lire et d'examiner suffisamment que les six premiers volumes des Misérables : il est peu probable que les quatre derniers apportent de bien graves modifications à l'ensemble de notre jugement ; mais le livre a fait trop de bruit, le nom de l'auteur est trop célèbre, trop de questions importantes se rattachent à cette œuvre, à ce succès, à cette propagande, accrue par tous les prestiges de la gloire, toutes les majestés de l'exil et tous les raffinements de la librairie, pour qu'il soit permis de laisser dans l'ombre une partie aussi considérable d'un ouvrage aussi gigantesque, et de clore le débat avant d'avoir consulté toutes les pièces. Nous avons en outre à rendre hommage aux étonnantes beautés éparses dans les Misérables^ à saluer, même à travers ses aberrations immenses, le grand artiste, le grand poète fourvoyé, et peutêtre à essayer quelques observations de détail sur le style, qui, par ses étranges disparates, pouirait donner lieu, ce nous semblé, à un travail assez curieux. Pour le moment,
contentons-nous de résumer en quelques lignes l'impression générale que nous a laissée cette première lecture, soit qu^on se borne i TefTet poétique, soit que Ton regarde au delà et que Ton étudie le livre dans ses rapports avec la société et la politique de notre temps.
Au premier point de vue, riippression est bizarre : si, pendant les belles années du poète et de notre jeunesse, nous avons pu dire que ses inspirations comptaient parmi nos plus beaux rêves , nous pouvons ajouter aujourd'hui que son dernier ouvrage aura été notre plus magnifique cauchemar. Hélas! n'est-ce pas là la gradation que suivent, à mesure qu'on vieillit, les visions du sommeil et même du réveil? Ce qui était un songe à vingt ans est un cauchemar à cinquante : ce qui, à l'aurore de la vie,n'eçt qu'une forme, plus vaporeuse et plus éthérée, des charmantes rêveries du soir, devient, au déclin, l'image plus sombre et plus lourde des soucis de la journée : on dirait que le poêtCy sans cesse acharné à grossir, à aggraver sa manière, n*a fait que suivre avec nous cette progression mélancolique. Un critique éminent, M. Guvillier-Fleury, a très-heureusement comparé l'auteur des Misérables à un géant qui s'emparerait de nous, pauvres Lilliputiens, et qui, r|ous saisissant de sa large main, nous emportant à travers les espaces, nous forcerait, bon gré, mal gré, à regarder les objets splendides, difformes, effrayants, hideux, charmants, navrants, grotesques, qui se dérouleraient sous nos yeux. Il y a une autre image, analogue à celle-là, dont le souvenir a été réveillé en nous parla lecture des Misérables : c'est celle de ces lanternes magiques c^uc Ton nous montrait dans notre enfance, et dont les figures
U CAUSERIES LITTÉRÀIUES.
nous apparaissaient d'abord nettes et distinctes au second plan, puis, en se rapprochant de nous, grossissaient, estompaient leurs contours, devenaient monstrueuses, nous regardaient eu grimaçant et finissaient par disparaître à travers le plafond dans un fantastique mélange de lumière et d'ombre. Au point de vue 'politique et social, nous ne pouvons, en finissant, nous défendre d'une remarque qui saute aux yeux, que tout le monde a faite, que nous tairions cependant si nous pensions qu'il fût possible de la mal interpréter. L'exil volontaire de M. Victor Hugo est un de ces faits sur lesquels il est interdit de s'expliquer, et que tous les partis doivent se contenter d'honbrer en silence. C'est la première fois pourtant, — du moins nous le croyons, — que Ton voit un grand poète, un homme illustre, se tenir obstinément éloigné de son pays, et envoyer à ce pays une œuvre monumentale, glorification éclatante de la cause et de l'idée dont la victoire a détermine son exil. Dans le passé, étroite et héroïque alliance du patriotisme et du bonapartisme vaincu ; dans le pré- < éent, assimilation de plus en plus intime de l'idée napoléonienne et de l'esprit démocratique, telles sont, ou nous ne savons pas lire, les deux principales inspirations des Mùérables, Très-sujet uous-même à l'inconséquence, qui est une des infirmités de Thumaine nature, nous la respectons chez les autres, surtout quand elle se traduit par de généreux sacrifices, par des douleurs noblement supportées. Hais, en vérité, après une lecture attentive des six prenuers volumes des Misérablesy nous sommes forcé de nous demander quel obstacle peut désormais empêcher H. Victor Hugo de rentrer dans sa bonne ville do Paris.
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