‹ Nouvelles soirées canadiennesChapitre 10 sur 90 · ANTE LUCEM · texte numérisé non relu

ANTE LUCEM

Aux MEMBRES DE L'InSTITUT CANADIEN DE BoSTON

Qui pourrait raconter ces âges sans annales ? Quel œil déchif&era ces pages virginales Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux ? Tout ce passé qui gît, sinistre ou glorieux, Teut ce passé qui dort, heureux ou misérable, Dans les bas-fonds perdus de Tombre impénétrable. Quel est-il 1

A ce sphinx sans couleur et sans nom, Plus muet que tous ceux des sables de Memnon, Et qui, do notre histoire encombrant le portique, Entr'ouvre dans la nuit son œil énigmatique, — A tant de siècles morts, Tun par l'autre effacé. Qui donc arrachera le grand mot du passé ?

Hélas ! n*y songeons point ! En vain la main de Thomme Joue avec les débris de la Grèce et de Rome ; Nul bras n'ébranlera le socle redouté Qui depuis si longtemps, rigide majesté. Plus lourd que les menhirs de Tépoque celtique, Pèse, à vieux Canada, sur le sépulcre antique Où, dans le morne oubli de Tengloutissement, Ton tragique secret dort éternellement !

Ce secret, ô savants, ni vos travaux sans nombre,

Ni vos soirs sans sommeil n'en découvriront Tombre.

Pas un jalon au bord de ce gouffre béant !

Pas un phare au-dessus de ce noir océan !

Point d'histoire !... Une nuit sans lune et sans étoiles,

Dont jamais œil humain ne percera les voiles !

Et cependant le globe au loin fermente et bout.

La-bas, au grand soleil, l'humanité debout.

Un reflet d'or au fer de sa lance guerrière.

Dans l'éclair et le bruit dévore sa carrière.

Là, tout germe, tout naît, tout s'anime et grandit.

Du haut des panthéons dont le front resplendit,

La trompette à la bouche, on voit les Eenommées,

Dans l'éblouissement des gloires enflammées.

Pour l'immortalité jeter aux quatre vents

Le nom des héros morts et des héros vivants.

Pour que dans le passé l'avenir sache lire.

Des poètes divins ont accordé leur lyre.

Et mêlent, dans l'éclat de leurs chants souverains.

Les clameurs d'autrefois aux bruits contemporains.

uQ Progrès, dans son antre où maint flambeau s'allume,

ous son marteau puissant fait résonner l'enclume Où se forge déjà la balance des droits, Où pèseront plus tard les peuples et les rois. La Science commence à voir au fond des choses. Les Arts, ces nobles fleurs au vent du ciel écloses, Entr'ouvrent leur corolle au fronton des palais. Que dis-je ? La Nature elle-même, aux reflets Des nouvelles clartés que chaque âge lui verse. Sourit plus maternelle en sa grâce diverse. La mamelle épuisée à nourrir ses enfants. Dans des élans de joie et d'amour triomphants. Elle s'ouvre le flanc pour sa progéniture ; Et, dans son noble orgueil — sainte et grande Nature ! - Mêle som cri sublime à l'hymne solennel Qui monte tous les jours de l'homme à l'Etemel.

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