OCTAVE CRÉMAZIE 4Ï
cend dans la plaine, sa lyre module des sons plus doux. Chose rare quand on parle des œuvres de Crémazie, on peut dire de certaines strophes des Mille-Iles^ qu'elles sont charmantes. Toutefois, avant de les indiquer, nous devons signaler un défaut qui dépare un peu la pièce. L'énumération du début, f irais au pays des Espagnes, etc., est trop longue. Le Victor Hugo des Orientales a déteint en cet endroit sur notre poète. Mais lorsqu'il a parcouru en imagination l'Europe, l'Afrique et l'Asie, et qu'il revient au sol natal, quels vers ravissants coulent de sa plume. Comment ne pas citer la poétique fiction de l'origine des Mille-Iles :
Quand Eve à Tarbre de la vie De sa main eut cueilli la mort, Sur la terre à jamais flétrie On vit paraître le remord. (*)
Puis Adam s'en fut sur la terre Qui déjà pleurait avec lui, S'abreuver à la source amère Où nous allons boire aujourd'hui.
Et les Archanges sur leurs ailes.
Prenant l'Eden silencieux.
Au haut des sphères étemelles Le déposèrent dans les cieux ;
Mais en s'élançant dans l'espace, Ils laissèrent sur leur chemin Tomber, pour indiquer leur trace, Quelques fleurs du jardin divin.
(*) L'exactitude grammatioale voudrait remordê. Maison doit passer aux podtes qaeliines lioeDOes.
NOUVELLES SOIRÉES 0ANÀDIEKNE8
Et ces fleurs aux couleurs mobiles, Tombant dans le fleuve géant, Firent éclore les Mille-Iles Ce paradis du Saint-Laurent*
N'est-ce pas là une note tout-à-fait nouvelle dans l'œuvre de notre poète ? Ecoutons encore ces strophes délicieuses qui terminent la pièce :
G patrie I 6 rive natale Pleine d'harmonieuses voix I Chants étranges que la rafale Nous apporte du fond des bois !
0 souvenirs de la jeunesse,
Frais comme un rayon du printemps !
G fleuve, témoin de Tivresse
De nos jeunes cœurs de vingt ans !
0 vieilles forêts ondoyantes Teintes du sang de nos aïeux !
G lacs ! 6 plaines odorantes Dont le parfum s'élève aux cieux !
Bords où les tombeaux de nos pères Nous racontent le temps ancien, Vous seuls possédez ces voix chères Qui font battre un cœur canadien !
Quelle fraîcheur, quelle harmonie suave, quelle émotion douce dans ces vers heureux ! Est-ce bien le chantre des combats qui fait entendre ces mélodieux accents ?
Thomas Chapais.
{A continuer.)