M. CABO
Un philosophe spiritualiste — Légende et vérité — Les auditrices de M. Caro— Rien de nouveau sous le soleil — Los ancêtres du pessimisme —Le vase vide de la jeune Indienne — Les saints laïques^-Il jette l'ancre là-haut — ^Vous y aviez do»c un rendez-vous ? — La vie vautelle la peine d'être vécue ? — Bonheur positiviste et bonheur chrétien—Anecdote du professeur athée.
Me permettrez-vous, lecteur, de venir causer un peu avec vous de philosophie ? Voilà, me direz-vous un bien gros mot, un mot tout chargé d'ennui, de sommeil et d'opium. Rassurez-vous, je ne prétends pas vous développer des théories transcendentales sur le devenir ou le néant, je ne veux nullement vous promener à travers les idées de nos entrepreneurs de démolition matérialiste, ni discuter doctoralement sur l'école néo^pessimiste ; je désire vous raconter un philosophe vivant, dont le nom est un fétiche qui opère des miracles, possède certaines qualités de fascination qui domptent les plus rebelles et en imposent aux plus abstraits. M. Caro jouit en effet de ce privilège que le public intelligent le lit, l'écoute, le suit dans ses recherches les plus graves, qu'il fait avec lui de la philosophie, presque sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la poésie : ce public a été conquis, et chose plus rare il garde sa fidélité.
Et pourquoi cette faveur si constante de ces Athéniens de Paris, si changeants d'ordinaire, si prêts à décréter d'ostracisme ou d'oubli leurs favoris de la
veille. Pourquoi les cours de la Sorbonne, les articles de U Revue des Deux-Mondes, les livres de M. Caro ont-ils obtenu un succès toujours croissant ? Parce qu'il a cette qualité indéfinissable qui s'appelle le charme et qu'il met au service de la science un style lumineux, délicat, harmonieux, dégagé de l'appareil scol astique, de la logamachie et du pathos amphigourique où se plaisent parfois ses confrères. Un de mes amis comparait ceux-ci à un ananas, rugueux au* dehors, savoureux au dedans : avec M. Caro, rien de pareil, le fruit est aussi avenant à l'extérieur qu'à l'intérieur, la forme égale le fond, et le vestibule du palais invite le passant à y pénétrer. Ainsi le professeur fait aimer la philosophie et celle-ci le lui rend bien.
Une autre cause de son prestige, c'est qu'il reste en communion d'idées avec ses auditeurs, c'est qu'il ne se renferme pas dans les sphères abstraites d'une métaphysique stricte, mais sa curiosité est sans cesse en éveil, et j'imagine que ce magnétiseur lit dans l'âme de son public, partage ses inquiétudes, va audevant de ses questions. Nous sommes de grands inquiets, nous voulons percer les mystères de l'infini, comme nous perçons les continents, nous craignons d'être submergés par les grands courants de la bêtise contemporaine, nous cherchons vagement des points d'appui, des esprits sains qui apportent des réponses prêtes aux pontifes de l'athéisme masqué, du positivisme scientifique ou pratique. M. Caro a pris en main le drapeau du spiritualisme, et s'est jeté au plus fort de la mêlée : à la multiplicité des attaques, il oppose la vérité de la défense, prend souvent l'offensive, porte ses coups dans le camp de l'ennemi. Il ne laisse aucune attaque sans riposte, demeure l'infatigable champion de l'idéal, rallie à son étendard les hésitants, oppose à la contagion du mal la contagion du bien,
Breton d'origine et de famille, élève du collège Stanislas, il entre à l'école normale en 1845, après avoir remporté le prix d'honneur de philosophie au concours général : il en sort en 1848 avec le titre d'agrégé de philosophie dans une agrégation où il rencontre et connait M. Renan. On voit que la molicule philosophique lui est en quelque sorte inhérente et qu'il trace de bonne heure le sillon dans lequel il moissonne de si belles récoltes. Rien en lui du révolté : jamais de défaillance, de nuits d'angoisses, il manie la truelle et non la pioche, il est architecte. Il laisse à d'autres la facile besogne du bouleversement. On l'a comparé à Joufiroy et aussi à Cousin dont il fut le familier, le Benjamin comme on dirait. La comparaison boite de plusieurs façons: le talent de M. Caro, très mesuré, équilibré, sociable, n'offre guère d'analogie avec celui de Jouffroy, si tourmenté, inégal et solitaire : d'autre part, l'éclectisme de M. Cousin est une méthode, tandis que le spiritualisme de mon auteur est une doctrine armée de pied en cap. S'il faut décidément lui trouver un précurseur, je nommerai Marie Biran dont il renouvelle le système par l'étude attentive des mœurs contemporaines.
Les dix-neuf ans de cours de philosophie à la Sorbonne, M. Caro y tient comme au principal honneur de sa vie. Il existe sur ce cours une légende parfaitement fausse comme la plupart des légendes, mais qui avait un instant paru faire son chemin plus vite que la vérité. Elle a été lancée par les envieux, répétée par les ignorants, répercutée par ces sots si nombreux qui faisaient dire à Henri Heine : il y a plus de sots que d'hommes. A les entendre, M. Caro est un philosophe pour deux, une sorte de Berquin métaphysique qui expose à ses atulitrices des vérités de M. de la Palisse. Quand ces niaiseries-là se débitent devant moi, j'ai
l'habitude de poser au quidam cette simple question : " Pardon, mais avez-vous quelquefois assisté à son cours ? " Soyez sûr qu'il ne demande pas son reste.
Par exemple, interrogez les connaisseurs, les gens impartiaux, ils vous répondront que pendant ces dixneuf années pas un cours n'a répété l'autre, que M. Caro recevait ses sujets tout faits ou plutôt tout indiqués par les préoccupations scientifiques qui surgissaient en Angleterre, en Allemagne et en France. Ils vous diront toutes les ressources de ce talent flexible qui reste uni dans la doctrine et varié dans l'application, quelle étude minutieuse il fait des théories de ses adversaires, avec quelle courtoisie il les expose, avec quelle ampleur il les réfute. , Us vous apprendront aussi que cette salle du grand amphithéâtre de la Sorbonne ne fut ouverte aux dames qu'en 1875, à une époque où M. Caro avait déjà conquis son bâton de maréchal de France, son fauteuil d'académicien, où il était en pleine lumière; que, depuis lors, dans ces deux mille personnes qui se pressent pour l'entendre, les femmes n'ont jamais figuré pour plus d'un sixième.
Si dans cette carrière féconde, il ne cesse de combattre le bon combat, s'il sait découvrir Terreur enguirlandée de fleurs et démêler la goutte de poison subtil contenu dans le vase de lait, si la leçon pénètre sans cesse d'une sorte d'éther idéaliste, si la pureté de la forme, l'élégance de l'organe, l'harmonie de la diction rendent attrayantes les pensées les plus sérieuses, vous étonnerez-vous que tous ceux qui veulent croire viennent l'entendre, l'applaudir et le préfèrent à nos gorgies modernes ? En veut-on à Molière de cette simplicité merveilleuse qui le rend accessible à tous ? Reproche-t-on à Mozart de charmer aussi bien les gourmets de musique que les profietnes ?
â90 NOUVELLES SOIREES CANADIENNES
M. Caro excelle dans la conversation aussi bien que dans le livre et la conférence; il aime les salons de causerie, où il se délasse de ses grands travaux ; il y brille au premier rang, et, comme tous les causeurs émérites, pratique volontiers le monologue, laissant de côté la philosophie pour juger avec finesse les hommes et les choses de Tépoque. Quelquefois cependant, à force d'artifice, on parvient à le mettre sur la métaphysique, et alors, n'en déplaise aux Zoïles et aux Chersiter, c'est là un régal exquis. J'ai vu un parterre de duchesses, de marquises, femmes .du plus rare esprit, suspendues à ses lèvres. Comme il philosophe avec son âme, non avec son cerveau, comme sa philosophie a une muse et n'est pas une simple officine de syllogismes abstraits, il charme et persuade sans effort.
Que de réflexions ingénieuses je lui ai entendu faire de la sorte sur le bonheur suprême d'affirmer quelque chose, sur ces rétameurs de systèmes anciens qui copient non-seulement les Grecs, mais les Hindous! Vous raillez les vieilleries spiritualistes et chrétiennes, mais vous oubliez que Darwin a pour précurseur une doctrine boudhique qui remonte à des milliers d'années et qui porte le nom de théorie de Cémanaiion; qu'Hegel, Tchelling, Fichte sont de simples plagiaires du gnostique Basilide, que la science, ce dieu de l'école positiviste, était déjà, sous le nom de Sophia, l'héroïne du système de Valentin. Vous menez grand bruit autour d'Hartmann, Hopenhauer, Leopardi, les théoriciens et le poète du pessimisme moderne ? Mais ignorez- vous que c'est dans l'Inde que le pessimisme a trouvé ses vrais aïeux, qu'il a été fondé la nuit où, assis sous le figuer de Gaja, le jeune prince Cakja s'écriait : ** Rien n'est stable sur la terre. La vie est comme l'étincelle produite par le frottement du bois. Elle s'allume et elle s'éteint, nous ne savons ni d'où elle est venue, ni
LETTRE DE PABJS 391
OÙ elle va... Ah! malheur à la jeunesse que la vieillesse doit détruire ! Ah ! malheur à la santé que détruisent tant de maladies ! Ah ! malheur à ce monde où l'homme reste si peu de jours... Tout phénomène est vide, toute substance est vide, en dehors il n'y a que le vide... le mal, c'est l'existence."
Croyez-vous, demandai-je à M. Caro, qu'une société d'athée pourrait subsister huit jours ? Oui, me répondit-il, en souriant, si elle avait pour objet la vertu, pour ressort l'abnégation, pour principe la vérité, si en un mot, tous ses membres étaient dignes d'être chrétiens. On nous parle de la science, mais nos plus illustres savants ont cru. Je sais bien que Broussais s'est vanté de " n'avoir jamais disséqué une âme," mais Dumas, Pasteur, demeurent des spiritualistes convaincus ; mais Linné voyait passer Fombre de Dieu derrière les grands spectacles de la nature ; mais Leverrier a dit : " J'ai vu Dieu à travers le télescope," et Biot : ** J'ai vu Dieu à travers le microscope." Les positivistes font grand étalage de quelques saints laïques, de certains dévouements individuels qui n'ont pas pour origine la foi. J'ai bien envie de leur répondre par cette fable de la jeune mère indienne qui ayant vu guérir un malade en lui présentant un breuvage, approchait nuit et jour un vase vide des lèvres de son enfant mourant. Cette mère était une bonne mère, mais son vase était vide et ne contenait pas la potion vivifiante ; de même pour ces positivistes restés honnêtes, quoique et non parceque, ils approchent un vase vide des lèvres de l'humanité souffrante. Ils auront beau faire, ils ne nous empêcheront pas de considérer Thipnanité comme ' une harpe dans la main d'un grand maître, et chaque peuple comme une corde particulière de cet instrument.
Cette élévation, cette profondeur, tempérées par une
892 NOUVËLLEP SOIRÉES OANADIEI^KES
philosophie pleine de fleurs, constituent l'originalité de M. Caro. Un de ses collègues de l'Académie Française disait à ce propos : " Ce diable de Caro, il plane toujours, il a des actions dans les hirondelles ; mais s'il jette l'ancre là-haut, ils transporte avec lui ses auditeurs et parle de l'infini comme s'il était employé chez la Providence." Très fin d'ailleurs, il n'ignore pas la valeur de certains compliments, et un jour qu'un candidat au doctoral, croyant se mettre dans ses bonnes grâces, lui disait avoir assisté à son cours, il lui riposta ironiquement : " Vous y aviez donc un rendez-vous ?"
Je n'ai pas encore introduit mon lecteur chez M. Caro. Ce dernier me pardonnera-t-il, non de franchir le mur de la vie privée, je ne me le permettrais pas, mais de dire qu'il habite rue Chénard, tout près de cette Sorbonne, théâtre de ses victoires? Dis-mor qui tu hantes, je te dirais qui tu es : l'appartement est simple, et ce qu'on y remarque surtout ce sont les livres qui remplissent non-seulement le cabinet de travail, mais plusieurs pièces. Sur la cheminée, les photographies de M. et Madame Caro, celle de leur fille uniq ue, morte peu de temps après son mariage avec un littérateur distingué} M. Bourdeau. Madame Caro a publié dans la Revue des Deux-Mondes plusieurs œuvres de premier ordre, entre autres le Pà;hé de Madeleine qui compte parmi les romans les plus délicats de la littérature contemporaine Douée d'une âme qui fut son génie, on i)ourrait lui appliquer ce mot charmant du vieux Mirabeau, " qu'elle est faite de la rognure des anges."
L'œuvre de M. Caro est déjà considérable : L'idée de Dieu et ses nouveau critiques — Essai sur le mysticisme au 18ème siècle ; Saint Martin, le philosophe inconnu — Problèmes de morale sociale — ^Etudes morales sur le temps présents — La philosophie de Q-œthe — ^Le maté-
rialisme et la science— Les jours d'épreuves : 18^0-1871 — Le droit et la force — Le pessimisme au 19ème siècle — La fin du 18ème siècle — M. Littré et le positivisme; Hachette éditeur. Je ne puis analyser ces livres, mais je remarque que Fauteur s'efforce d'y maintenir ces deux points fixes : " lo. L'univers a un but, et par conséquent il y a une pensée à l'origine des choses. 2o. L'homme est une personne, dont le déterminisme physique, chimique et biologique, s'arrête à un certain point; le monde moral est inexplicable sans la personnalité libre, et celle-ci ne saurait être ramenée sous la loi des phénomènes physiques. Pour juger l'œuvre de M. Caro, il me suffira de rappeler cette belle pensée de Joubert : " La véritable métaphysique ne consiste pas à rendre abstrait ce qui est sensible, mais à rendre sensible ce qui est abstrait, apparent ce qui est caché, imaginable s'il se peut ce qui n'est qu'intelligible, intelligible enfin ce qui se dérobe à l'attention."
Au reste, je ne saurais mieux faire que de parcourir avec vous un chapitre de son volume sur Littré, celui qui est intitulé : Le prix de la tne humaine dans le positivisme. La vie vaut-elle la peine d'être vécue, se demande-t-il ? Vivre, si l'on doit repousser comme une chimère tout idéal supérieur aux faits et aux lois physiques, vivre alors en vaudra-t-il le tracas et l'eflfort ? Et il constate avec M. Benan que la vie du positiviste demeuré honnête homme reste encore " parfumée par le souvenir de ces croyances fécondes dont on peut sacrifier la lettre sans abandonner l'esprit " ; qu'à notre insu " c'est souvent à ces formules rebutées que nous devons les restes de notre vertu." Nous vivons d'une ombre, du parfum d'un vase vide ; après nous, on vivra de l'ombre d'une ombre. Avec une rare sagacité, M. Caro examine ensuite pour quelle part entrent dans une telle vie les influences actuelles ou séculaires, les idées am-
394 NOUVELLES SOmiES CANADIENNIÈS
biantes, tout imprégnées de christianisme diffus ou de spiritualisme latent, les habitudes collectives de la race, de la nation ou de la famille. Il établit par exemple que la personnalité morale de M. Littré n'est pas la fille du positivisme, qu'elle date de plus haut, qu'elle plonge ses racines plus profondément, dans ce monde ancien que la théorie nouvelle prétend détruire et remplacer, que si le saint athée changea de manière de philosopher sur l'histoire et sur le monde, il ne changea pas de manière de vivre ou de sentir. Il met ensuite le bonheur chrétien en parallèle avec le bonheur positiviste qui se résume dans cette formule: avoir contemplé les lois éternelles du monde et aimé ce qui est digne d'être aimé, vaut la peine d'avoir vécu. Il montre que les positivistes "parlent toujours de la vie comme si le bonheur personnel devait en être le commencement, et sitôt qu'on leur demande d'expliquer la nature de ce bonheur, ils changent de terrain et nous répondent en exposant les conditions et les lois du bonheur social. Mais au nom de quelle considération supérieure l'homme nouveau doit-il renoncer à son bonheur personnel, si la foi scientifique règne seule dans le monde destitué de causes premières et de causes finales, abandonnée à la souveraineté des lois physiques ?... Si ce n'est que cela, mon bonheur vaut celui des autres, et il mérite autant d'égards." Est-ce que l'homme se résignera jskmAis k Jouir par procuration^ à Ia seule pensée du bonheur de l'homme de l'avenir ?
Il y avait une fois un professeur qui, s'étant épris des doctrines simiesques de Darwin, ne se contentait pas de les enseigner à ses élèves, mais s'avisait de les commenter à son fils. Il leur déclarait que l'homme, ce singe monté en grade, n'est qu'un tube digestif percé par les deux bouts, que la religion et la philosophie spiritualiste ne renferment que contes de nourrice à
Lettre de paris 395
dormir debout ; que le matérialisme est un petit spectre à l'usage des sacristies ; que le vice et la vertu sont des produits du même ordre que le vitriol ou Tindigo ; qu'il n'y a d'autre Dieu que le néant, que ces mots de droit, de devoir, d'honneur sont des mots vides de sens, des épouvantails inventés par les gens d'esprit pour empêcher les foules de s'entre-dé vorer. Il ne jurait que par Holbes, Shopenhauer, Bûchner, et ne permettait à personne de prononcer devant lui le nom de Dieu : volontiers il eût mis le contrevenant à l'amende, comme faisait Rabagas dans la comédie de Sardou. Lui-même, chose étrange, se conduisait en honnête homme, afin de prouver par son exemple que le pessimisme peut tenir école de vertu. Il disait encore que l'espérance spiritualiste est l'étemelle lâcheté de l'homme et traitait celle-ci d'esclave. Qu'arriva-t-il ? Un jour sa femme s'aperçut qu'il vieillissait et le quitta. Son fils avait grandi et il traduisait en langue pratique les préceptes de son père, s'endettant, jouant, grand amateur de débauche et de tripots. Un jour il se présente devant son père et lui signifie qu'il a besoin d'une somme considérable.— Mais, malheureux ! qu'en veux-tu faire ? — Ceci ne vous regarde pas. — Je refuse ! — Mon père, vous me permettrez alors de vous rappeler que vous êtes âgé et affaibli, que je suis jeune et vigoureux. — Quoi ! tu oserais porter la main sur n;ioi ! — Vous m'avez dit cent fois qu'il n'y a pas de récompense à attendre là-haut, que la vie est l'art de jouir et mépriser, que vous ne reconnaissiez d'autre droit que celui de la force ; j'applique vos doctrines. — Et comme son père persistait à refuser, ce fils trop logique se jette sur lui, le terrasse, le. laisse pour mort, s'empare de ses clefs, vide le coffre-fort et s'enfuit.
J'entendais M. Caro raconter cette piquante anecdote à un contradicteur, fanfaron de scepticisme qui vantait
plus que de raison le triste système de Shopenhauer. L'adversaire resta bouche liée et s'en alla tout déferré des deux pieds, comme disait St-Simon.
C'est égal, vous êtes bien heureux au Canada, de ne pas voir de près tous ces pessimistes, positivistes et matérialistes, qui repoussent, comme des champignons vénéneux, dans nos vieilles sociétés.
Victor du Bled.
Parisi 5 août 1884.