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UN AMOUR FATAL

Un soir d'été, sur la grève du Saint- Laurent, à un demi-mille en amont de l'endroit où l'église de Caughnawaga s'élève aujourd'hui, un jeune homme cheminait au pas de son cheval.

C'était à l'heure du crépuscule, et déjà le fleuve et la côte se confondaient dans la vague obscurité de la nuit. Le cavalier avait abandonné la rêne au cou de sa monture, et, l'œil perdu sur les flots, il laissait voyager sa pensée dans le pays du rêve.

L'année 1837 comptait huit mois. Un souffle d'indépendance avait passé sur le pays et ce long frémissement qui marque l'attente impatiente agitait les populations. Le peuple, fatigué d'une domination déshonorante par ses abus, révolté des refus de justice constants du parlement anglais, avait soif de liberté ; et, dans ce fécond enthousiasme qui devait, au prix du sang de quelques patriotes, nous assurer les libertés de l'avenir, il se levait en inasse pour marcher à sa délivrance.

Henri Dumas était un des Fils de la Liberté^ un des membres de cette association au sein de laquelle la réflexion ne fut pas toujours à la hauteur de l'entraînement, mais dont le patriotisme ardent et l'héroïque courage déterminèrent le premier pas da^s la révolte. Au moment où nous le trouvons à Caughnawaga, il attendait depuis deux jours dans sa famille les ordres

de ses chefs.

La brise du soir lui apportait le bruit des rapides et, dans la sérénité de cette nature qui Tentourait, songeant à l'avenir, il^e laissait bercer par les harmonies des flots et de la nuit.

Tout à coup s'éleva dans l'espace une voix grave et pure qui chantait sur un rhytme étrange une chanson populaire dans la tribu des Iroquois. Henri releva la tête, mais sans étonnement, comme s'il eût reconnu une voix amie. Il avait passé ses premières années en ce lieu, et, tout enfant, s'était souvent mêlé dans ses jeux avec les petits Sauvages de la tribu des Caughnawagas, derniers descendants des Iroquois. Il connaissait depuis longtemps une brune jeune fille, enfant du chef de la tribu, dont l'étonnante beauté avait jadis gagné ses sympathies et plus tard son admiration. Il venait de reconnaître sa voix, et quand l'Indienne se tut, il reprit, d'un accent mâle et vibrant, le second couplet de la chanson.

Henri finissait à peine que le bruit d'un aviron dans l'eau attira son attention, et il distingua une légère embarcation au fond de laquelle se dessinait la svelte taille d'une femme. En deux bonds, il fut à l'endroit où accostait la pirogue.

La lune gravissait maintenant, avec la majesté d'une souveraine, les dégrés de l'horizon constellé. Sa pâle lumière donnait à la surface du Saint-Laurent des teintes d'argent que les ondulations des vagues interrompaient çà et là.

— Fleur-de-Printemps souffre-t-elle ce soir que sa voix est triste comme un chant de mort, fit le jeune homme ?

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