LE PARDON ROYAL
{De Fanglais)
Il y a quelques années, un jeune homme du nom de Georges Smith était employé comme jardinier chez un riche banquier de la rue Sherbrooke, à Montréal, que nous appellerons M. Rodgers.
Après cinq mois de service, pendant lesquels il avait gagné l'entière confiance de ses maîtres, le jeune jardinier fut arrêté et emprisonné sous accusation de vol. Il avait été surpris en flagrant délit par M. Rodgers, qui, à son retour inattendu d'un voyage de quelques jours, trouvait un meuble brisé dans les appartements de sa femme et découvrait des diamants volés entre les mains de son employé. Ce dernier avoua sa culpabilité et fut condamné à trois années de travaux forcés.
Madame Rodgers, vivement afiectée de l'arrestation du jeune homme auquel elle témoignait beaucoup d'attachement, insista auprès de son mari pour qu'il sollicitât son acquittement, mais l'affaire avait fait du bruit et la justice dût suivre son cours. Le prisonnier fut transporté à St- Vincent de Paul pour y subir l'exécution de sa sentence.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis cet événement, lorsqu'un jour, une femme élégante et voilée se présenta au département de la justice, à Ottawa, sollicitant auprès du ministre une audience qu'elle obtint aussitôt. Elle s'avança avec crainte, et
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après avoir accepté de s'asseoir, elle raconta au représentant de la couronne tous les détails de l'arrestation et de la condamnation de Georges Smith, et termina v en demandant pour lui le pardon royal.
— Et sur quoi vous appuyez-vous pour obtenir ce pardon, demanda le ministre ?
— Il est innocent, répondit faiblement la suppliante.
— Pouvez- vous le prouver ?
— Oui, je puis le prouver.
— Alors je pourrai lui accorder un nouveau procès, c'est tout ce que je puis faire. Mais quelle preuve avez-vous ?
— Il n'a pas volé les diamants.
— Si je ne me trompe pas, il a plaidé coupable ?
— Mais il ne l'est pas, je vous le jure !
— Quel intérêt avez-vous à demander son pardon ?
— ^Je suis sa sœur, fit-elle en hésitant.
— Bien, bien, dit le ministre un peu vivement, voyez les officiers en loi, faites votre preuve et nous verrons.
La suppliante se leva et, rejetant son voile en arrière, elle laissa voir les traits d'une jeune femme d'une éclatante beauté, pendant que la crainte et la timidité empourpraient vivement sa figure.
Alors elle raconta au ministre, sous le sceau de l'hon-
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neur, une histoire tellement étrange que celui-ci se crut pendant un moment le jouet d'une mystification. Cette femme n'était autre que madame Rodgers : elle aussi était coupable. Elle aimait le jeune jardinier qui appartenait à une excellente famille américaine et qui s'était livré à cette vie rude et vile par amour pour elle. Au moment de voir leur secret découvert, il avait préféré se couvrir d'infamie que de compromettre la femme qui lui avait sacrifié son honneur et sa famille. Elle s'était réfugiée dans un appartement voisin pendant que lui brisait un meuble et s'emparait des diamants qui devaient détourner les soupçons. Depuis des mois le jeune homme soufirait héroïquement pour elle, et elle n'avait pu résister plus longtemps aux regrets que lui causait cet état de choses.
Pendant ce récit, la jeune femme tremblait violemment et sa voix était très faible. Le ministre fut quelque4S instants sans répondre.
— Madame, dit-il enfin, si ce que vous m'avez raconté est vrai, il sera de mon devoir de recommander à Son Excellence l'octroi du pardon royal. Mais il me faut une preuve absolue de l'innocence du jeune Smith. S'il obtient son pardon, il devra de plus s'éloigner du pays pendant au moins le temps qu'aurait duré sa détention. Je constaterai avant peu s'il n'a agi que dans le but de vous sauver.
Deux semaines plus tard, un coupé s'arrêtait à la I)orte du pénitencier de St-Vincentde Paul, et madame Rodgers en descendait, accompagnée de l'un des aidesde-camp du gouverneur général. Sans échanger un mot avec eux, le préfet les conduisit dans une salle de réception où la jeune femme fut laissée absolument seule. Presqu'aussitôt une porte s'ouvrit, et Gfeorge
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Smith, sous ses habits d'autrefois, entra dans Pappartement et reconnut sa visiteuse.
— Pour Tamour de Dieu! fit-il avec émotion, pourquoi êtes- vous venue? Imprudente que vous êtes, vous pouvez vous perdre à jamais ! Ne vous occupez que de vous-même, je me sentirai heureux si vous êtes sauvée !
Madame Rodgers ne put résister à une telle preuve de dévoûment et s'affaissa sur le parquet. Le préfet entra immédiatement.
— ^Vous vous êtes trompé, sans doute, lui dit le jeune homme, je ne connais pas cette femme. Elle désire voir quelque autre détenu, je suppose.
Caché de manière à tout voir sans être aperçu, Taidede-camp du gouverneur avait été témoin de l'héroïque dévoûment, de la sublime abnégation du jeune homme. Huit jours après, Q-eorge Smith s'embarquait à bord du Corinthian, en route pour l'Angleterre où il allait passer le temps qu'aurait duré l'achèvement de sa condamnation.
Sur le livre où s'inscrivent les noms des condamnés graciés, celui de G-eorge Smith est écrit seul, sans indication des motifs qui ont induit Son Excellence à lui accorder son royal pardon.
Louis H. Taché.
Ottawa, 25 octobre 1884.
Les événements d'Orient, qui alimentent en ce temps* ci presque exclusivement la presse, font voir que la France comprend de nouveau que l'extension de ses colonies lui créerait une plus grande influence i)olitique, tout en assurant à son commerce des avantages inappréciables.
Il n'y a pas seulement notre ancienne mère-patrie qui soit à chercher des pays à civiliser en ce moment, car un souffle colonial semble également avoir passé sur les autres nations, et Ton dirait qu'avant longtemps le Congo sera la patrie, en raccourci, des Français, des Portugais, des Allemands et des Anglais. Cette région du Congo, inconnue pour ainsi dire avant Brazza et et Stanley, semble tant promettre pour l'avenir que déjà Bismarck commence à y établir, comme chez lui, des duchés lilliputiens, en dépit des Anglais qui voudraient coloniser à eux seuls les deux hémisphères !
La guerre entreprise par la France au Tonkin, nonseulement assurera des débouchés à ses marchandises dans le pays conquis, mais elle donnera du prestige à ses armes. Aussi, c'est avec une joie indicible que les pauvres Tonkinois ont vu arriver les Français ; ils les ont accueillis comme des libérateurs çnvoyés pour les soustraire à la tyrannie intolérable qu'ils subissaient depuis que leur royaume avait passé sous le joug des empereurs de l'Annam.
Avant 1870, le Tonkin n'était connu que superficiel-
lement, par les relations de quelques voyageurs, lesquels n'avaient peut-être qu'entrevu les avantages offerts par l'exploitation de ce riche territoire. Néanmoins, G-uillaume Dompier, qui pénétra dans le pays, comme le prouve sa relation, disait, en parlant du Tonkin : " Il y a beaucoup d'or dans ce pays : il ressemble à l'or de la Chine, et il est aussi pur que celui du Japon et même plus fin." " La province du nord, ajoutait-il, est un grand pays dont les montagnes renferment de l'or."
Si, comme tout nous porte à le croire, ce récit est vrai, il y a certainement beaucoup à retirer de l'exploitation de semblables mines. Déjà, croyons-nous, les chambres françaises ont entendu des débats sérieux concernant ces propriétés fabuleuses. Quelques-uns prêtaient au gouvernement, au commencement de la guerre, des motifs très intéressés dans l'envoi de l'expédition. Il est fort difficile de croire que des intérêts personnels et secondaires aient pu influer sur une pareille entreprise, quand l'assassinat de Rivière était là qui demandait une réparation immédiate, éclatante, des bandits qui infestent ces parages.
Mais ce n'est que vers la date plus haut mentionnée qu'un riche négociant, M. Dupuis, remontait une des nombreuses rivières qui sillonnent le pays, et après avoir exploré quelques-uns des lieux qu'elle arrose, il revenait émerveillé de la richesse et de la fertilité de cette contrée. M. Dupuis partait pour la France la tête pleine de projets et avec l'espoir d'obtenir des secours pour pénétrer plus avant dans le pays et en étudier à fond les ressources. Il communiqua ses dessins au ministre de la marine d'alors, l'amiral Pothuau, qui, à raison de la déplorable situation faite à la marine française par la guerre de 18t0, ne put que l'autoriser à $e
servir d'un vaisseau de guerre et à la conditioa encore de l'équiper à ses frais personnels. Du reste, c'est ce que M. Dupuis fit en consacrant patriotiquement toute sa fortune à cette entreprise.
Enfin il laissait la France et après quelques jours d'arrêt à Hanoï, il arrivait le 18 novembre 1872, à Haïphong, capitale du Tonkin. Vingt-cinq mille personnes acclamaient, à leur arrivée, M. Dupuis et ses marins, cette bande de braves qui leur faisait espérer une délivrance prochaine.
Comme son expédition avait un but scientifique et commercial, M. Dupuis prit immédiatement des mesures pour continuer sa marche, et les formalités requises remplies, il s'embarquait pour le Tunnan, riche province chinoise limitrophe du Tonkin. Une partie du 'personnel militaire l'accompagnait ; l'autre demeurait à Haïphong sous le commandement du capitaine Millot ; malgré la permission octroyée, les mandarins semaient continuellement sur le chemin de M. Dupuis des difficultés qu'il parvint toujours à surmonter, du moins en partie ; M. Millot en butte aussi de son côté leurs tracasseries, se vit obligé d'en appeler aux armes pour entretenir l'approvisionnement de ses soldats.
A son retour du Tunnan, M. Dupuis, mis au courant de la singulière observation des traités qu'il avait conclus, se saisit sur le champ du préfet de police et le garda comme otage. M. Millot fut chargé d'une mission près de l'amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine ; il allait demander des renforts afin de pouvoir exiger satisfaction des manèges dont les fonctionnaires et le peuple se rendaient coupables chaque jour. M. Dupré conseilla chaleureusement de châtier au plus tôt les perfides Annamites et M. Millot revint avec de l'ar-
/Qfent et des soldats, mais un peu tard. Pendant son voyage, un général annamite de haute réputation avait attaqué M. Dupuis avec cinq mille hommes ; cependant quelques décharges d'artillerie qui crevèrent des soldats et des gongs, suffirent ix)ur faire tenir ces braves amplement en dehors de la portée des canons.
C'est sur ces entrefaites, le 11 octobre 1878, qu'arrivait le brave et entreprenant Francis Garnier, qui, voyant les dispositions hostiles de la population, et comprenant que chaque heure de retard donnait des forces à l'ennemi et affaiblissait ses troupes, résolut d'attaquer la forteresse d'Hanoï.
Le matin du 20 novembre, M. Dupuis d'un côté et Francis Gramier de l'autre, à la tète de moins de deux cents hommes, assistés de l'escadre, enlevaient la forteresse en trente-cinq minutes. Quinze jours après, les villes Phu-Ly, Nam-Dintet Ning-Bint étaient au pouvoir des Français. Cette dernière place Ning-Bint, située sur un rocher presque inabordable, fut héroïquement enlevée par M. DeHautefeuille, un enfant de vingt ans qui ne commandait que vingt hommes. M. DeHautefeuille prenait possession de la citadelle et de la ville, défendues par deux mille hommes !
Au moment où Q-arnier était prêt à partir pour attaquer les ennemis à Sontay, leur quartier général, une ambassade annamite se présentait pour arrêter les bases d'un traité qui fût convenable aux belligérants. La conférence était à peine commencée que Ton vint prévenir Q-arnier que l'armée ennemie, au mépris de l'armistice conclus, se disposait à attaquer Hanoï. Il marcha aussitôt, aidé de quelques hommes seulement, droit aux assiégefants ; mais emporté par une ardeur imprudente, il tomba dans un fossé et fut lâchement assas-
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siné. Lorsqu'on le retrouva, il avait la tête séparée du tronc et les poignets coupés.
Quelques secours arrivés de SïûLgon mettaient les Français en état de reprendre les hostilités avec plus de vigueur que jamais et de faire rudement payer aux Annamites leur odieuse cruauté. Mais, à ce moment, un courrier annonçait à ces intrépides soldats que leur rôle était fini dans ce pays ; ils se rembarquaient sans avoir eu le temps de venger leur brave et bien-aimé commandant.
M. Philastre, qui recueillit la succession de Gramier, n'avait ni le talent ni la bravoure de celui-ci ; il ordonnait à M. Dupuis de laisser incontinent le pays, ajoutant même, qu'en cas de résistance, il en serait chassé de force. Avoir prodigué toute sa fortune, exposé sa vie en tant de circonstances pour assurer le succès d'une expédition destinée à planter le drapeau français sur cette terre inconnue, et s'entendre traiter par M. Philastre de forban ! ! de corsaire ! ! ! Heureusement, en 1880, le gouvernement français plus équitable et plus reconnaissant, accordait une indemnité à M. Dupuis pour les pertes qu'il avait subies en 1873.
Tous ces bouleversements amenaient le traité de 1874, qui garantissait le commerce entre la mer et le Tunnan, moyennant de légers droits de douane. Un traité de cette façon aurait été incontestablement avantageux aux marchands étrangers, s'il n'eût été enrayé par la duplicité des mandarins.
Pendant que l'empereur Tu-Due accordait des privilèges pour trafiquer dans ses états, d'un autre côté il stipendiait les Pavillons-Noirs, espèce de bandits sanguinaires, pour leur faire rançonner sans merci les tra-
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fiquants européens ; quand l'endroit ne leur permettait pas de voler à ceux-ci leur cargaison, ou de les plonger au fond du fleuve. Les puissances étrangères en face de ces déprédations quotidiennes, menacèrent de venger elles-mêmes les violences faites à leurs nationaux, si la France restait plus longtemps inactive dans la punition de ces pirateries.
Le gouvernement français comprit enfin qu'il était de toute nécessité. Il obtint qu'une expédition mit fin à ce brigandage trop longtemps toléré, et envoya quelques centaines de soldats sous les ordres de l'infortuné commandant Henri Rivière. Comme d'habitude, en arrivant, on s'empare d'Hanoï : cette prise se fait le 26 mai 1888. Quelques jours plus tard, dans une sortie faite pour poursuivre les Annamites, Rivière s'étant séparé de ses soldats, tombe dans un guet-à-pens dressé presque au même endroit où G-arnier avait été égorgé. La mort de Rivière fut douloureusement ressentie en France, et décida d'emblée les chambres à pousser vigoureusement les choses au Tonkin. Non-seulement on perdait un brillant officier de marine dans la personne du héros d'Hanoï, mais on se trouvait, en même temps, privé d'un politique rompu au métier ; les lettres aussi, comme le mentionnèrent les journaux, comptaient un écrivain charmant et délicat de moins. Aujourd'hui, si Grarnier est vengé par les armes, nous croyons qu'avant peu on ne pourra manquer de reconnaître plus particulièrement le dévouement de ce patriote martyr des intérêts de son pays.
Toute la presse hostile à la France n'a pas perdu une seule occasion de critiquer la lenteur avec laquelle les ministres et les généraux ont procédé pour résoudre les difficultés. Mais les négociations entamées avec des diplomates aussi cauteleux que le marquis de Tseng,
Tambassadeur chinois en Europe, et les indécisions perpétuelles de Li-Hung-Chang, premier ministre et général-en-chef à Pékin, n'étaient pas de nature à simplifier Timbroglio franco-chinois. Ensuite la distance, les approvisionnements considérables, et d'autres obstacles accessoires ne pouvaient manquer d'occasionner des tâtonnements au début des opérations.
Mais une fois l'effectif militaire assez nombreux pour tenter quelque chose, Haï-Phong* n'a presque pas tenu, Bac-Ninh, formidable forteresse, bâtie sur un delta, tombait au pouvoir des Français, après un siège de quelques jours, et une habile manœuvre stratégique. L'attention du général Millot, commandant des troupes françaises, fut immédiatement portée sur Sontas, autre place importante à Test de Bac-Ninh. L'attaque de cette dernière place devait être regardée comme un casus belli. Mais en dépit des menaces du marquis à queue, le drapeau tricolore fut planté au bout de quelques jours sur les murs de Sontay aux cris de : Vive la France !
Toutes les places fortes au pouvoir des Français, les soldats bien disposés et bien équippés, tout cela fit pour un moment pencher les Chinois du bon côté Depuis la prise de Pékin en 1860, par les armées française et anglaise, les célestes craignent toujours qu'une armée n'approche leur capitale. Avant cette date, la cour de Pékin n'admettait pas d'ambassadeur européen.
Le différend franco-chinois semblait avoir trouvé une solution, par la signature du traité de Tien-Tsin. Malheureusement, l'article premier du traité contenait un engagement dont la violation causa la reprise des hostilités. Le voici : " De son côté, la Chine, rassurée sur l'intégrité et la sécurité de sa frontière du sud, s'engage à retirer des dites frontières toutes garnisons chinoises
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du Tonkin." Comme les dernières nouvelles nous Pont appris, un sérieux conflit a eu lieu entre les troupes françaises et les garnisons chinoises, lorsque celles-ci se sont rendues pour prendre possession de cette importante place, qui touche à la province de Kivang-See.
De cette échaffourée résultèrent les fâcheuses complications que Ton sait. Plusieurs journaux blâment, non pas sans raison peut-être, le général Millot d'être presque uniquement la cause de ce regrettable malentendu. Les dépêches semblent confirmer en partie ces suppositions, lorsqu'elles nous apprennent le rappel de cet officier.
L'amiral Courbet, dont chacun admire la bravoure et la haute science militaire, si on lui donne carte blanche, saura terminer glorieusement cette campagne qui demande un dénouement immédiat. L'affaire de Kelung où fut anéantie presque totalement la flotte chinoise, flotte composée de pirates et de Pavillons-Noirs, provoqua un concert d'imprécations dans la presse anglaise, contre la barbarie de l'amiral français. Si les Chinois avaient été coulés par les mêmes boulets qui détruisirent Alexandrie et par des canons Q-attling, il y aurait, en ce moment toute une nation de philanthropes qui s'écrirait : Well done.
L'issue de cette guerre n'est problématique pour personne : dans quelque temps la France sera victorieuse et elle se fera richement indemniser de ses pertes. Dorénavant, nous lirons avec plaisir que notre ancienne mère-patrie établit son pouvoir sur un territoire moins vaste en étendue, que celui de l'Angleterre, mais infiniment plus remarquable par ses facilités commerciales, les richesses qu'il renferme, et surtout par sa position stratégique, supérieure à celles de l'empire du Birman
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et de la péninsule des Indes. Les Anglais n'oseront plus proclamer, pour mieux faire ressentir leur puissance, qu'ils régnent sur 200 millions d'habitants, tandis que la France n'exerce sa souveraineté que sur 271,000 âmes. Le Tonkin possède une population de 15 millions ; race industrieuse, docile, hospitalière et très assimilable, à ce qu'en disent les voyageurs.
Les missionnaires, qui connaissent le pays depuis longtemps, ont converti au catholicisme au-delà d'un demi-million d'habitants. Le gouvernement français ne saurait manquer de reconnaître et d'apprécier l'œuvre de ces courageux soldats, qui lui ont donné plus d'un million de fidèles sujets sans autres armes que leur dévouement et leur parole évangéliques.
Nous pouvons dire, en terminant, que voilà presque établi l'empire français que Dupleix avait rêvé de fonder aux Indes ; et le brave Lally-Tallendal qui disait à son arrivée là-bas : " Plus d'Anglais dans la péninsule," doit applaudir de voir les Français en voie de contrebalancer l'influence de ceux qui, après l'avoir ruiné pécuniairement, co-opérèrent encore à son injuste condamnation.
Napoléon Champagne.
Ottawa, 10 octobre 1884.