‹ NouvellesChapitre 52 sur 56 · DRE NUIT DE U.ÉOPATBB. 3SI · texte numérisé non relu

DRE NUIT DE U.ÉOPATBB. 3SI

les eunuques; mais Cléopàtre, qui avait eu le temps de s'envelopper de sa calasiris, leur fit signe de la main de s'arrêter et de lui amener le prisonnier.

Meïamoun ne put que tomber à ses genoux en tendant vers elle des mains suppliantes comme vers l'autel des (lieux.

« Es-tu quelque assassin gagé par Rome î et que venais-tu faire dans ces lieux sacrés d'où Ips liommes sont bannis? dit Cléopàtre avec un geste d'interrogation impé> rieuse.

— Que mon Sme soit trouvée légère dans la balance de l'Amenthi, et que Tmeï, fille du soleil et déesse de la vérité, me punisse si jamais j'eus contre vous, 6 reinel une intention mauvaise, » répondit Meïamoun toujours à genoux.

La sincérité et la loyauté brillaient sur sa figure en caractères si transparents , que Cléopàtre abandonna surle-cliamp cette pensée, et fixa sur le jeune Égyptien des regards moins sévères et moins irrités; elle le trouvait beau.

« Alors, quelle raison te poussait dans un lieu où tu ne pouvais rencontrer que la mort?

— Je vous aime, » dit Meïamoun d'une voix basse, mais distincte; car son courage était revenu comme dans toutes les situations extrêmes et que rien ne peut empirer.

« Ah '. fit Cléopàtre en se penchant vers lui et en lui saisissant le bras avec un mouvement brusque et soudain, c'est toi qui as lancé la flèche avec le rouleau de papyrus; \aT Oins, chien des enfers, tu es un misérable bien hardi!.,. Je te reconnais maintenant; il y a longlomps que je te vois errer comme une ombre plaintive autour des lieux que j'habile.... Tu étais à la procession d'isis, à lapanégyrie d'Hennontliis ; tu as suivi la cange royale. Ah! il te faut une reine!... Tu n'as point des ambitions inédioci'os; tu t'attendais sans doute à ôti-e payé de re-

tour.... Assurément je vais t'aimer.... Pourquoi pas?

— Reine, répondit Meïamoun avec un air de grave mélancolie, ne raillez pas. Je suis insensé, c'est vrai; j'ai mérité la mort, c'est vrai encore; soyez humaine, faitesmoi tuer.

— Non, j'ai le caprice d'être clémente aujourd'hui ; je t'accorde la vie.

— Que voulez-vous que je fasse de la vie? Je vous aime.

— Eh bien! tu seras satisfait, tu mourras, répondit Cléopâtre; tu as fait un rêve étrange, extravagant; tes désirs ont dépassé en imagination un seuil infranchissable, — tu pensais que tu étais César ou Marc-Antoine, tu aimais la reine I A certaines heures de délire, tu as pu croire qu'à la suite de circonstances qui n'arrivent qu'une fois tous les mille ans, Cléopûtre un jour t'aimerait. Eh bien! ce que tu croyais impossible va s'ficcomplir, je vais faire une r(';alité de ton rêve; cela me plaît, une fois, de combler une espérance folle. Je veux t'inonder de splendeurs, (le rayons et d'éclairs; je veux que ta fortune ait des éblouissomonts. Tu étais en bas de la roue, je vais te mettre en haut, brusquement, subitement, sans transition. Je te prends dans le néant, je fais de toi l'égal d'un dieu, et je te replonge dans le néant : c'est tout ; mais ne viens pas m'Mppelcr cruelle, implorer ma pitié, ne va pas faiblir quand l'heure arrivera. Je suis bonne, je me i)rête à ta folie; j'aurais le droit de te faiie tuer sur-le-champ; mais tu nw dis que tu m'aimes, je te ferai tuer demain; ta vie pour une nuit. Je suis géncrnise, j(^ te l'achète, je pourrais la prendre. Mais (pie lais-tu à mes pieds? relèveloi, et donne-moi la main pour rentrer au palais.

0KB NUIT DB CLËOl'ATBB.

Notre monde est Dlen petit à côté du monde antique, nos fêtes sont mesquines auprès des effrayantes somptuosités despalriciens romains et des princes asiatiques; leurs repas ordinaires passeraient aujourd'hui pour des orgies effrénées, et toute une ville moderne vivrait pendant huit jours de la desserte de Lucullus soupant avec quelques amis intimes. Nous avons peine à concevoir, avec nos habitudes misérables, ces existences énormes, réahsant tout ce que l'imagination peut inventer de hardi, d'étrange et de plus nionsfrucusenienten dehors du possible. Nos palais sont des écuries où Caligula n'eût pas voulu mettre son cheval; le plus riche des rois constitutionnels ne mène p<is le traiu d'un petit satrape ou d'un proconsul romain. Les soleils radieux qui brillaient sur la terre sont à tout jamais éteints dans le néant de l'uniformité; il ne se lève plus sur la noire fourmilière des hommes de ces colossfs à formes de Titan, qui parcouraient le monde en trois pas, comme les chevaux d'Homère; — plus de tour de Lylacq. plus de Babel géante escaladant le ciel de ses spirales infinies, plus de temples démesurés faits avec des quartiers de moutagne, de terrasses royales que chaque siècle et chaque peuple n'ont pu élever que d'une assise, et d'où le prince accoudé et rêveur peut regarder la figure du moiule comme une carte déployée; plus de ces villes désordonnées faites d'un inextricable enlasser.ient d'édifices cyclopcens, avec leurs circonvallatiuns profondes, leurs cirques rugissant nuit et jour, leurs réservoirs remplis d'eau de mer et peuplés de léviathans et de baleines, leurs rampes colossales, leurs superpositions de terrasses, leurs tours au faite baigné de nuages, leurs

35i KOL'VELLES.

palais géants^ leurs aqueducs^ leurs cités vomitoires et leurs nécropoles ténébreuses! Hélas! plus rien que des ruch(3S de plâtre sur un damier de pavés.

L'on s'étonne que les hommes ne se soient pas révolté» contre ces confiscations de toutes les richesses et de toutes les forces vivantes au profit de quelques rares privilégiés, et que de si exorbitantes fantaisies n'aient point rencontré d'obstacles sur leur chemin sanglant. C'est que ces existences prodigi(uises étaient la réalisation au soleil du rêve que chacun faisait la nuit, — des personnifications de la pensée commune, et que les peuples se regardaient vivre symbolisés sous un de ces noms météoriques qui flamboient inextinguiblement dans la nuit des âges. Aujourd'hui , privé de ce spectacle éblouissant de la volonté toute-puissante, de cette haute contemplation d'une âme humaine dont le moindre désir se traduit en actions inouïes, en énormités de granit et d'airain, le monde s'ennuie éperdument et désespérément; l homme n'est plus représenté dans sa fantaisie imptiriale.

L'histoire que nous écrivons et le grand nom de Gléopâtre qui s'y mêle nous ont jeté dans ces réflexions malsonnantes pour les oreilles ci\ilisées. Mais le spectacle du monde antique est quelque chose de si écrasant, de si décourageant pour les imaginations qui se croient effrénées et les esprits qui pensent avoir atteint aux dernières limites de la magnificence féerique, que nous n'avons pu nous empéeher de consigner ici nos doléances et nos tristesses de n'avoir pas été contemporain de Sardana- [)ale, de Tegiath Phalazar, do (lléopâtre, reine d'Egypte, ou seulement d'IIéliogabale, (Miipereur deUome et prêtre du Soleil.

Nous avons à décrire une orgie suprême, un festin à faire pâlir celui de Balthazar, une nuitdeCléopâtre. Comment, avec la langue française, si chaste, si glacialement [nnide, rendrons-nous cet enjportement frénétique, cette largo et puissante débauche qui ne craint pas de mêler

le sang et le vin, ces deux pourpres, et ces furieux élans de la volupté inassouvie se ruant à l'impossible avec toute l'ardeur de sens que le long jeûne chrétien n'a pas encore matiisî

Lit nuit promise devait être splendide ; il fallait que toutes lesjoirs possibles d'une existence humaine fussent coneeiitrces en quelques heures; il fallait fuira de la vie de Hpïainoun un élixir puissant qu'il pût boire en une seule coupe. Cléopâtre voulait éblouir sa viclime volontaire, et la plonger dans un tourbillon de voluptés vertigineuses, l'enivrer, l'étounlir avec le vin de l'orgie, pour que ta mort, bien qu'acceptée, arrivât sans être vue ni comprise.

Transportons nos lecteurs dans la salle du banquet.

Notre architecture actuelle offre peu de points de comparaison avec CCS constructions immenses dont les ruines ressrmlilent plutôt à des éboulements de montagnes qu'à des restes d'édifices. Il fallait toute l'exagération de la vie antique pour animer et remplir ces prodigieux palais dont les salles étaient si vastes qu'elles ne pouvaient avoir d'autre plafond que le ciel, magnifique plafond, et bien digne d'une pareille architecture !

La salle du festin avait des proportions énormes et babyloniennes; l'œil ne pouvait en pénétrer la profondeur incommensurable ; de monstrueuses colonnes, courtes, traj>nps, solides à porter le pôle, épataient lourdement Icui' fût (ivasc sur un socle bigarré d'hiéroglyphes, et soutenaient de leurs chapiteaux ventrus de gigantesques arcadps de gr<mit s'avançant par assises comme des escaliers renvei'sés. Entre chaque pilier nn sphinx colossal de basalte, coiffé du pschent, allongeait sa tète à l'œil oblique, au menton cornu, et jetait dans la salle un regard fixe et mystérieux. Au second étage, en recul du premier, les chapiteaux des colonnes, plus sveltes de tournure, étaient remplacés par quatre télés de femmes adossées avec les barbis cannelées et les enroulements de la coif-

356 ROUYELLES.

fui'c (*gyptionnfî; au lieu de sphinx^ des idoles à tète de taureau, specliiteurs impassibles des délires noclurnes et des fureurs orgiaques, étaient assis dans des sièges de pierre comme des hôtes patients qui attendent que le festin commence.

Un troibi<rme étage d'un ordre différent, avec des éléphants de bronze lançant de IVau de senteur par la trompe, couronnait Tédifice ; par-flessiis, le ciel s'ouvrait comme un goulïVe bleu, et les étoiles curieuses s'accoudaient sur la frise.

Dfî profii^^qeux escaliers de porpiiyt;, si polis qu'ils réfléchissaient les corps comme des miroirs, montaient et (lesfendaient de tous côtés et liaient entre elles ces grandes masses d'arcliitecture.

Nous ne traçons ici qu'une ébauche rapide pour faire comprcu'lre l'ordonnance (Ut cette construction formidabh* avec ses jH'oportioiis hors lUt toute mesure humaine. Il faudrait le pineeîin de Martinn, le grand peintre des énr>rmitfs disparues, el nous n'avons qu'un maigre trait de pliirïjeaii lien de hi profondeur apocalyptique de la maiiière noire; mais Timagination y suppléera; moins heureux rpie le p(;iijtre et le musicien, nous ne pouvons présf-nler |f;K objels que les uns après les autres. Nous n'avons parlé que de la salle du festin, laissant de côté les coMvi\/'.^; r-iicoie i,ff T'avons-nous qu'iïidiquf'e. Cléopâtre et Meï-îmoun nous atlrnident; les voici qui s'avancent.

Miï.iiîiouM l'itait v«'t;i d'une tunique de lin constellée fiétoiles a\ec nu tuauteau de pourpre et des barifielettes dan.-, les e!:e\eux conjnic un roi orir'ctal. (Ihojiâtre portait uiH' robe glauque, fendue sur le cô!«'' el retemie par d.s ab<-illr-s frr,r ; autour de sr*s bras nus jouaient deux raup's de j^ro^se-. pr ries ; sur sa tête rayonnait la couronne à pfn'iiti-.', d'or. Mal^'ré le sourire de sa bouclie, un nuage t\r jiiéorTupation ombrait légèiement son beau front, et ses ^nl:[7il.^ ^c rai)prochaient rpu-lquefois avec un mou- M'iiujnt f<'biil<'. Quel sujet peut donc contrari«.T la grande

reine ! Quant à Hcîanioun, il avait le teint ardent et lumineux d'un homme dans l'extase ou dans la vision ; des effluves rayonnants, partant de ses tempes et de son front, lui faisaient un nimbe d'or, comme à un des douze grands dieux de l'Olympe.

Une joie grave et profonde brillait dans tous ses traits ; il avait embrassé sa chimère aux ailes inquiètes sans qu'<;lle s'envolât ; il avait touché le but de sa vie. Il vivrait l 'lige de Nestor et de Priani; il verrait ses tempes veinées se couvrir de cheveux blancs comme ceux du grand prêtre d'Ammon ; il n'éprouverait rien de nouveau, il n'apprendrait rien de plus. 11 a obtenu tellement au delà de ses plus folles espérances, que le monde n'a plus rien k lui donner,

Cléopâtre le fit asseoir à cûlé d'elle sur un trône côtoyé de griffons d'or et frappa ses petites mains l'une contre l'autre. Tout à coup des lignes de feux, des cordons scintillants, dessinèrent toutes les saillies de l'architecture ; les yeux du sphinx lancèrent des éclairs pbosphoriques, une haleine cnllanimée sortit du mufle des idoles; les éléphants, au lieu d'eau parfumée, soufflèrent une colonne rougeâtre ; des bras de bronze jaillirent des murailles avec des torches au poing : dans le cœur sculpté des lotus s'épanouirent des aigrettes éclatantes.

De larges flammes bleuâtres palpitaient dans s trépieds d'airain, des candélabres géants secouaient leur luinièrn échevelée dans une ardente vapeur; tout scintillait et rayonnait. Les iris prismatiques se croisaient et se brisaient en l'air; les facettes des coupes, les angles des marbres et des jaspes, les ciselures des vases, tout prenait une paillette, un luisant ou un éclair. La clarté ruisselait par torrents et tombait de march* en marche comme une cascade sur un escalier de porphyre, l'on aurait dit réverbération d'un incendie dans une rivière ; si la rein de Saba y eiit monté, elle efit relevé le pli de sa rob croyant marcher dans l'ea'j comme sur le parquet dfl

glace de Salomon. A travers ce brouillard étincelant. Ici figures monstrueuses des colosses^ les animaux^ les hiéroglyphes semblaient s'animer et vivTe d'une vie factice; les béliers de granit noir ricanaient ironiquement et cho« quaient leurs cornes dorées, les idoles respiraient avec bruit par leurs naseaux haletants.

L'orgie était à son plus liaut degré ; les plats de langues de phénicoptères et de foies do scarus, les murènes engraisséesde chair humaine et préparées au garum, les cervelles de paon, les sangliers pleins d'oiseaux vivants^ et toutes les merveilles des festins antiques décuplées et centuplées, s'entassaient sur les trois pans du gigantesque triclinium. Les vins de Crète, de Massique et de Falerne, écumaient dans les cratères d'or couronnés de roses, remplis par des pages asiatiques dont les belles chevelures flottîintes servaient à essuyer les mains des convives. Des musiciens jouant du sistre, du tympanon, de la sam* buque et de la harpe à vingt et une cordes, remplissaient les travées supérieures et jetaient leur bruissement harmonieux dans la tempête de bruit qui planait sur la fête : la foudre n'aurait pas eu la voix assez haute pour se faire entendre.

mieïamoun, la tète penchée sur repaule de Cléopâtre, sentait sa raison lui écha[)per ; la salle du festin tourbillonnait autour iU) lui comme un immense c(mchemar architectural ; il voyait, à travers ses éblouissemcfuts, des perspectives et des colonnades sans fm; de nouvelles zonesde portiques se superposaient aux véritables, et s'enfori" çaient rlans les cieux à des hauteurs où les Babels ne sont jamais parvenues. S'il n'eût senti dans sa main la main douce et froide de Ch^opâtre, il eût cru être transporté dans le monde des enchantements par un sorcier de Thcssalie ou un mage de Perso.

Vrrs la fm du repas, (1»> nams bossus et des morions exécutèrent des danses « l des combats grotesques; puis des jeunes filles égypti(!nnes et grecques, représentant

DKE nUIT DE CLÉOPATBE. 359

les heures noires et blanches, dansèrent sur le mode ionien une danse voluptueuse avec une perfection inimitable.

Cléopâtre elle-même se leva de son trilne, rejeta son nianteau royal, remplaça son diadème sidéral par une couronne de fleurs, ajusta des crotales d'or à ses mains d'albâtre, et se mit à danser devant Meiamoun éperdu de ravissement. Ses beaux bras arrondis comme les anses d'un vase de marbre, secouaient au-dessus de sa tôie des grappes de notes étincelantes, et ses crotales babillaient avec une volubilité toujours croissante. Debout sur la pointe vermeille de ses petits pieds, elle avançait rapidement et venait effleurer d'un baiser le î'rontde Meîamoun, puis elle recommençait son manège et voltigeait autour de lui, tantôt se cambrant en arrière, la tête renversée, l'œil demi-clos, les bras pâmés et morts, les cheveux débouclés et pendants comme une bacchante du mont Ménale agitée par son dieu ; tantôt leste, vive, rieuse, papillonnante, infatigal)le et plus capricieuse en ses méandres que l'abeille qui butine. L'amour du cœur, la volupté des sens, la passion ardente, la jeunesse inépuisable et fraiche, la promesse du bonheur prochain, elle exprimait tout.

Les pudiques étoiles ne regardaient plus, leurs chastes prunelles d'or n'auraient pu supporter un tel spectacle ; le ciel même s'était efTacé, et un dôme de vapeur en* flammée couvrait la salle.

Cléopâtre revint s'asseoir près de Meiamoun, La nuit s'avançait, la dernière des heures noires allait s'envoler ; une lueur bleuâtre entra d'un pied déconcerté dans ce tumulte de lumières rouges, comme un rayon de lune qui tombe dans une fournaise ; les arcades supérieures s'azurèrent doucement, le jour paraissait.

Meiamoun prit le vase de corne que lui tendit un esclave éthiopien à physionomie sinistre, et qui contenait un poison tellement violent qu'il eiàt fait éclafer tout autre vase. Après avoir jeté sa vie à sa maîtresse dans un

dernier regard, il porta à ses lèvres la coupe nineste oii la liqueur empoisonnée bouillonnait et sifflait.

Cléopàtre pùlit et posa sa main sur le bras de Heiarnoun pour le letenir. Son courage la touchait ; elle allait lui (lire : « Vis encore pour m'ainitT, je le veux... » quand un bruit de clairon se fit entendre. Quatre hérauts d'arnu-s entrèrent à cheval dans la salle du festin ; c'étaient dos ofticiers de Marc- Antoine qui ne précédaient leur maître que de quelques pas. Elle lâcha silencieusement le bras de Meïamoun. Un rayon de soleil vint jouer sur le front de Cléopàtre comme pour remplacer son diadème absent,

«Vous voyez bien que le moment est arrivé; il fait jour, c'est Theure où les beaux rêves s'envolent, » dit Meïamoun. Puis il vida d'un trait le vase fatal et tomba comme frappé de la foudre. Cléopàtre baissa la tête, et dans sa coupe une larme brûlante, la seule qu'elle ait versée de sa vie, alla rejoindre la perle fondue.

a Par Hercule! ma belle reine, j'ai eu beau faire diligence, je vois que j'arrive trop tîird, dit Marc-Antoine en entrant dans la salle du festin; le souper est fini. Maisque signifie ce cadavre renversé sur les dalles?

— Oh! rien, lit Cléopàtre en souriant; c'est un poison (]ue j'essayais pour m'en servir si Auguste me faisait pri- >onniôre. Vous plairait-il, mon cher seigneur, de voua asseoir à côté de moi et de voir danser ces bouffons grecs?....

FIN D'iINfi NUIT DE GLIOPATIIE.

Page 1