‹ Nouvelles vérités médicales, ou, Connaissance des causes des maladiesChapitre 15 sur 73 · DÉDUCTION · texte numérisé non relu

DÉDUCTION

Si 1 on réfléchit maintenant à la déduction qu’on peut tirer de ce qui précède, on reconnaît bientôt que la nature n’a point

créé l’homme et n’a point mis à sa disposition tant de productions diverses sans donner à quelques-unes d’entre elles des propriétés convenables pour empêcher les maladies et les guérir une fois qu’elles existent. Cette idée de la sagesse du Créateur n’a rien qui choque. Quant à moi, éclairé par l’expérience, j’atteste que les purgatifs végétaux possèdent les propriétés de guérir à un tel dégré qu’elles peuvent rendre au corps le plus souffrant et le plus détérioré son état normal; que ces purgatifs chassent tout ce qui est âcre, vicié et corrompu, tout ce qui porte préjudice à la santé, el qu’ils donnent au sang qui est la source et la fontaine de la vie, un état de pureté qui lui permet de distribuer l’énergie dans toutes les parties du corps. Ajoutons que plus on persévère à les prendre, plus elles sont profitables, et qu’on ne doit enfin en cesser l’emploi que lorsque l’esprit et le corps jouissent de toute l’extension des facultés que leur a données le Créateur.

Qu’y a-t-il donc de si extraordinaire que Dieu , en donnant à l’homme une si grande variété de productions pour sa nourriture, ait réparti dans quelques-unes les propriétés que nous indiquons, lorsque, depuis l’origine du monde, on voit que les remèdes de toute nature que l’esprit de l’homme cherche et invente, ont été insuiïisans et illusoires. Cette inefficacité n’est point un fait inventé à plaisir. Chaque jour l’expérience nous oblige à renoncer à des remèdes que la veille on regardait comme très efficaces-, chaque jour la science médicale devient plus incertaine et moins satisfaisante. Examinez la variété des traitemens qui sont adoptés dans chaque pays pour la môme maladie. Souvent il arrive que deux médecins, consultés l’un après l’autre, nous ordonneront deux choses essentiellement contraires; on dirait, à les entendre, qu’une maladie peut être guérie par l’emploi de deux remèdes diamétralement opposés , et pourtant le simple bon sens indique qu’il n’y a qu’un seul remède convenable, et que ce doit être l’un ou l’autre qui peut opérer la guérison. Supposons un homme encliD à,

la mélancolie et à une grande dépression d’esprit : chacun sait que l’usage des liqueurs fortes changera pendant un court espace de temps l’état de cet homme; mais ce que personne n’ignore , c’est que la maladie devra empirer par l’adoption d’un telrégime, et que le mal, au lieu d’être déraciné, en deviendra plus intense et prendra racine dans le corps. Tous les toniques comme les bains froids agissent de la même manière ; ils sont contraires à la santé, ils ne font que changer nos sensations pendant un court espace de temps; mais la cause de la maladie reste la même et revient bientôt avec plus d’intensité'; car ce n’est qu’en purifiant le sang qu’on peut espérer guérir les maladies d’une manière radicale. L’homme, comme tous les êtres organisés, est susceptible d’éprouver un grand nombre de sensations à la fois. A l’aide des liqueurs spiritueuses , on produira sur ses organes une excitation momentanée qui détruira les autres sensations morbides auxquelles il est sujet. Mais vous ne pourrez faire disparaître les symptômes; vous changerez le cours de ses sensations pendant quelque temps , mais vous ne déracinerez pas la cause du mal , et pourtant sans cela il n’y a point de guérison possible.

Car c’est là un principe fondamental qu’on ne saurait révoquer en doute (et toutes les opinions contraires émises jusqu’à ce jour n’ont point d’autre source que l’ignorance complète de la véritable nature du corps humain et des propriétés efficaces des purgatifs végétaux) , que le corps est susceptible d’être purifié , qu’on peut le dégager de toutes les matières nuisibles à sa condition normale , et que sur ces matières les médecines végétales agissent d’une manière rationnelle et facile à comprendre. Nous avons la preuve dans l’expectoration, la suppuration et les matières rendues par le nez, les yeux et les oreilles, que c’est dans le dégagement des humeurs que la nature trouve du soulagement, le sang, dans toutes ces circonstances, tendant à se débarrasser des humeurs âcres et vicieuses qui nuisent à sa circulation. C’est donc une

théorie fausse el funeste de croire qu’on peut donner la santé à l’homme en changeant ou en neutralisant les humeurs. Mais voyez ce champ marécageux dans lequel gisent des eaux croupissantes ; vous ne sauriez lui rendre la fertilité, queileque soit la nature de l’engrais que vous y mettrez , tant que vous n’aurez pas pratiqué un conduit pour l’écoulement de ces eaux. Il en est de môme de toutes ces machines merveilleuses dont le génie de l’homme a doté l’industrie , quelque compliquées qu’elles soient, il faut qu’elles aient une issue quelconque pour se dégager des impuretés que le frottement y accumule, autrement ces machines seraient imparfaites. Eh bien! ce que l’ouvrier fait pour sa machine, ce que l’agriculteur fait pour son champ, Dieu Fa fait pour nous en nous donnant les intestins et les purgatifs végétaux.

Mais ceux-là qui ont une foi robuste dans les vieux préjugés, ceux-là qui n’ont qu’une idée imparfaite de la nature humaine, demanderont sans doute comment une personne jeune et délicate, ou vieille et faible, pourra supporter les effets d’une purgation procurée par la médecine végétale. Mais alors vous pouvez faire la meme question , avec plus de raison , qu’une personne faible et malingre mange du bœuf, du mouton, du pain, du poisson, de la soupe, de la gelée ou d’autres alimens; car comment ces substances ne sontelles pas trop fortes pour l’estomac de cette personne ; comment son estomac peut-il digérer? Qu’on se rassure : un enfant nouveau-né a les mômes organes digestifs ; son estomac contient les mômes liquides que celui d’un homme d’un âge mur; ces organes et ces liquides sont susceptibles de digérer la médecine purgative et d’en recevoir l’action avec la plus grande facilité. Quant à ces personnes faibles et d'une santé délicate à qui l’idée d’une purgation inspire tant d’alarmes, que l’on croit, disons-nous, trop débiles pour soutenir les effets de la médecine végétale, je leur demanderai si la débilité dont elles se plaignent , si l’absence de santé qui les tourmente , ne

provient pas d’une cause intérieure particulière à leur constitution. Car on ne saurait attribuer le mal au défaut d’une nourriture excellente que ces malades ont en général à discrétion; il doit y avoir une autre cause existante : autrement la bonne nourriture, convenablement digérée, produirait le môme effet sur la constitution de ces personnes que sur celle de tout autre. Je vous le dis, vous essaieriez en vain de trouver la cause de cette faiblesse autre part que dans la mauvaise condition des humeurs et l’impureté du sang; que l’on écarte la cause du mal et cet état de langueur cessera. On'en voit la preuve par les personnes qui sont malades; lorsque commence l’accès de la fièvre, ces personnes sont faibles et languissantes, à peine peuvent-elles remuer un membre; leur esprit est aussi abattu que le corps ; si vous leur offrez quelques alimens, vous augmentez leur langueur et leur malaise. Mais après avoir vomi, ou après avoir été purgées, ces personnes éprouvent un bien-être instantané. La médecine végétale universelle ne saurait donc être trop souvent employée. Une forte dose dissipera tous les symptômes en quelques heures , et renoncer à l’emploi des purgatifs dans le traitement des maladies chez les personnes délicates, serait aussi peu raisonnable, que de refuser de donner des alimens à une personne bien portante, toute faiblesse de constitution ayant sa source dans des humeurs morbides et stagnantes qui empêchent la circulation du sang.

Les personnes d’une faible constitution, au lieu de craindre les effets des fortes doses de la médecine végétale universelle, ont même besoin de doses plus fortes que les sujets vigoureux. Ce fait est incontestable, et il est étrange que les personnes qui se sont occupées de médecine toute leur vie ne l’aient point découvert. La santé et la maladie, la rie et la mort, ne sont qu’une lutte de deux principes ou d’humeurs différentes qui sont dans l’intérieur du corps ; l’un de ces principes soutient la vie , l’autre la détruit, et l’action de

la médecine végétale universelle est l’instrument qui nous est donné par la nature pour aider le bon principe à détruire le mauvais. Or, il est évident que plus ce mauvais principe domine, plus le bon a besoin d’assistance pour l’expulser: c’est ce qui a lieu dans toutes les constitutions que l’on nomme délicates, constitutions qui ne sont telles que parce que la mauvaise humeur domine sur la bonne. Ainsi, lorsque nous trouvons que dans les maladies qui requièrent de fortes doses, ces doses ne produisent que peu d’effets, c’est que dans cet état le mauvais principe domine sur le bon à un degré considérable et qu’il faut encore augmenter la dose.

Mais, où l’on reconnaît encore combien est peu fondée cette frayeur qui arrête les personnes délicates de prendre des purgatifs, c’est en examinant la texture de l’intérieur du corps : je parle de la poitrine, de l’estomac et des intestins, qui ont une telle force, une telle consistance, que si nous avons soin de dégager ces organes des humeurs âcres et stagnantes dont l’effet est de les paralyser et de les corroder , il nous est aussi impossible de les user ou de les fatiguer , soit en toussant, soit en vomissant ou en prenant des purgations , qu’il nous est impossible de détériorer le cerveau ou la tête en nous mouchant. On voit même que l’action de se moucher dégage le cerveau de l’humeur surabondante qui s’y est fixée : il en est de même des autres parties du corps : en les dégageant des humeurs âcres qui nuisent à la circulation du sang, on leur donne la souplesse et la vigueur qui leur sont propres.

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