DISPOSITIONS DE L’ESPRIT
Les dispositions de l’esprit sont le miroir de ce qui se passe en nous-mêmes; lorsque ces dispositions sont calmes, c’est un signe certain de la bonne condition dans laquelle se trouve le corps. Dans cet état, la vie s’écoule paisible et calme, et on pourrait la comparer au ruisseau dont les eaux ne rencontrent aucun obstacle dans leur cours. L’intelligence , l’imagi-
nation, la sérénité de l’ame, peuvent être regardées comme l’essence du corps , car c’est dans ces facultés que réside toute la force de l’homme; elles sont le véritable fruit de l’arbre, le fruit de ce corps que nous avons nourri et entretenu avec tant de soin depuis notre naissance, et si par le régime que nous suivons nous n’avons pas perfectionné ces hautes facultés autant qu’il était en notre pouvoir de le faire, nous ne devons être regardés que comme des créatures imparfaites. Ce principe une fois reconnu , tout remède que l’expérience nous démontrera comme un agent propre à agrandir et à perfectionner les fonctions de nos facultés intellectuelles , doit appartenir à la nature, et nous aura été donné par elle pour cet objet. Telle est la médecine végétale universelle qui opère la purification du sang et qui est le seul mode que nous offre la nature pour nétoyer le corps. Sans doute il est des cas que l’on peut citer, où l’on n’a point retiré tous les avantages qu’on pouvait attendre de la purgation végétale; cela provient de ce que le malade n’a pas mis assez de persévérance , qu’il ne s’est point purgé à d’assez fortes doses, et que n’ayant pas une idée juste des véritables effets de la purgation , il a cru qu’il ne suffisait que de se purger pendant quelques jours pour être guéri. Mais l’expérience est là pour nous démontrer combien la purgation est profitable. Ainsi chacun de nous éprouve un grand bien-être, lorsqu’après un rhume de poitrine ou un rhume de cerveau, il rend pendant quelque temps une certaine quantité d’humeur. Dans de telles circonstances, la nature , par suite de causes qui échappent à notre intelligence, possède la faculté de dégager le corps des humeurs qui amèneraient infailliblement la mort si cette évacuation n’avait pas lieu. Mais que l’on examine la tranchée que l’agriculteur intelligent pratique dans son champ pour l’écoulement des eaux \ toutes les eaux des parties les plus éloignées du champ se dirigent vers elle , et leur mauvaise qualité en affecte les bords jusqu’à ce que l’écoulement soit terminé. Il
en est de môme du corps humain , si l’estomac est conservé dans un état convenable, toutes les fonctions se règlent d’elles-mômes , et les sucs ou liquides suivent leur cours régulier. En vain la science fera-t-elle des recherches, en vain cherchera-t-elle. à pénétrer par l’anatomie dans les parties les plus occultes de notre système, la route véritable est celle que nous indiquons; que si elle s’en écarte , elle fera comme l’homme qui entre dans une forêt : plus il s’avance, plus il s’égare, et bientôt se cramponnant à toutes les branches, on la verra torturer l’homme par ses prétendues découvertes , et le rendre plus malheureux qu’elle ne l’a trouvé. Laissons à la chimie le soin d’exploiter comme elle l’entendra le champ qui lui est propre ; mais qu’elle n’usurpe point des fonctions qui ne lui appartiennent point; qu’elle n’essaie point d’améliorer la nature humaine avec ses découvertes; car au lieu de guérir l’homme , ces découvertes lui deviendraient fatales.