DE LA VIE
Qu’est-ce que la vie, d’où tire-t-elle sa source; voilà des questions qui ont occupé dans tous les temps les hommes les plus éclairés et qui n’ont point encore reçu de solution satisfaisante. Qu’on lise toutes les théories , tous les systèmes des philosophes, des naturalistes ou des médecins, et l’on arrivera toujours à cette conclusion , c’est que nous ne connaissons et nous ne comprenons rien encore de ce qui concerne la vie, que notre commencement et notre fin sont envelop pés d’un voile impénétrable à notre intelligence.
Les naturalistes, les philosophes, les médecins, les anatomistes, ont vainement essayé de guider nos pas et de nous assister dans nos recherches. Nous n’avons encore < lue des théories plus ou moins fausses, qui n’ont point de bases réelles, et dont le plus grand nombre n’ont d’autre objet que de flatter la vanité des hommes. Qu’en est-il résulté? c’est que ces théories se sont évanouies avec les siècles qui les ont vues naître, etqu’après avoir agité le monde pendant quelque'temps, elles sont tombées dans l’oubli, et ont laissé ies hommes dans une perplexité plus grande que celle où ils étaient déjà.
Nous n’avons point l’intention , dans cette courte esquisse, de citer les auteurs qui ont traité avant nous un sujet aussi grave; nos efforts tendront seulement à envisager cette question sous le point de vue de ]a pratique: nous nous
bornerons à faire connaître aux hommes les causes de leur existence, soit à l’état de santé ,:-soit à l’état de maladie.
C’est le sang seul qui donne toute la vitalité et toute la force de sentie à chaque partie du corps ; les affections symphatiques n’on^ leur source que dans les humeurs âcres qui sont dans le sang ; car ce sang , ainsi corrompu , circule d’une extrémité à l’autre et change le siège de là douleur, selon qu’il s’arrête dans cette circulation. Ces faits seront facilement compris du lecteur lorsque nous lui aurons donné une idée exacte de la manière dont se forment tous les animaux dans le sein de leur mère.
Du moment où commence la conception , une communication s’établit entre le centre de l’embryon et le sang de la mère , qui circule autour du fruit jusqu’à sa maturité. La goutte de sang qui forme l’embryon est mise en circulation par le sang delà mère ; elle peut être comparée au petit animal qui se développe dans sa coquille. Peu à peu cette enveloppe qu’on appelle le corps, en continuant à se développer pendant les neuf mois de la grossesse de la femme, se perfectionne^ et se complète pour entrer dans le nouveau monde dans lequel il va figurer. Ce perfectionnement s’opère parle moyen du sang de la mère qui est introduit dans le fœtus au moyen du cordon ombilical.
Lorsque le fruit est mur et que le sang de la mère a terminé son œuvre, il en naît un enfant dont tous les organes sont complets, mais qui n’en a point encore fait usage. Ce corps a des poumons qui ne respirent point, un estomac qui ne digère point, des intestins qui ne font aucune des fonctions qui leur sont propres; mais au moment où l’enfant voit la lumière, tous ces organes sont mis en mouvement par V air, au moyen du mécanisme ou de la construction des poumons. Alors le cœur bat, l’estomac reçoit sa nourriture et digère; et les intestins remplissent les fonctions auxquelles ils sont destinés. L’enfant détaché de sa mère n’a
plus besoin de son sang pour se soutenir; il va vivre avec un appareil qui fera le sang sans aucune autre assistance. Ceci
est le commencement de la vie.
Ainsi nous voyons que le sang de la mère est le seul agent qui donne au fœtus la forme et la force qui lui sont necessaires pour arriver à l’état de vie; mais que bien que possédant tous les organes de l’homme , ce fœtus ne jouit des facultés qui sont propres à ces organes que lorsque l’air a produit son action sur les poumons et mis toute la machine en mouvement; que pendant le cours de la gestation, la matière, ou pour mieux dire, lé sang de la mère, approvisionne l'estomac et les intestins en leur donnant, ce Iluide appelé bile, qui est nécessaire à la digestion-de la nourriture de l’enfant r.ouveau-né, et qui s’accumule dans ses . entrailles pendant son séjour dans le sein de la mère,; accumulation qui devient évidente par l’évacuation du méconium ou bile concrète, qui s’opère dans le nouveau-né ; ce qui prouve que la bile n’est point engendrée par les alimens comme on le pense généralement, mais bien par la masse entière du sang; que l’homme doit son commencement et sa croissance au sang de la mère pendant sa gestation , et pendant la vie au sang qui dérive de la nourriture; que le sangest la personne, l'individu meme; que l’esprit est dans le.sang, ainsi que tous nos sentimens et toutes nos sensations; que c’est le sang qui pense par le cerveau , que c’est le sang qui goûte par le palais, que c’est le sang qui voit par les yeux, que c’est le sang qui entend par les oreilles, que c’est le sang qui respire par les poumons, que c’est le sang qui touche par la peau, que c’est le sang qui éprouve la douleur cuisante, lorsque nous nous faisons une coupure, ou lorsque nos humeurs se coagulent à l’intérieur; que c’est le sang qui désire, qui veut, qui aime, qui hait, qui méprise; que c’est le sang qui se meut par l’épine dorsale, l’organe du mouvement; que c’est le sang qui digère par les liquides qu’il
verse dans l’estomac; et que, lorsque les intestins évacuentles matières dont ils sont charges, c’est encore le sang qui opère cette évacuation par la bile.
Il suint d’examiner ce qui se passe chaque jour en nousmêmes pour voir que ce principe est juste. Entourez votre petit doigt avec du fi! , de manière à empêcher la circulation du sang, la partie de votre doigt qui sera ainsi entourée n’éprouvera plus ni peine ni douleur. Il en sera de même de la peau que vous aurez détachée du corps 5 la douleur que vous occasionnera cette opération cessera lorsque la peau sera enlevée, lorsqu’elle n’adhérera plus au sang, et vous pourrez la couper ensuite sans éprouver la plus légère sensation de peine. D’un autre côté, nous voyons que la simple purification du sang exerce une influence puissante, au point de métamorphoser le fou ou celui dont les passions sont irritables, en un homme doux et facile. Nous avons vu lord Liverpool, dont le vaste génie avait gouverné l’empire, perdre tout à coup cette vigueur de pensée qui l'avait élevé si haut dans l’opinion des hommes , et tomber dans l’enfance. Ce changement eut sa cause dans une saignée copieuse qui lui avait été faite à la suite d’une maladie inflammatoire; cette saignée n’avait point détruit les obstructions qui s’étaient formées dans les veines et les glandes du cou et dans le cerveau lui-même, et il en était résulté une agglomération d’humeurs qui amenèrent une inflammation , et par suite de cette inflammation un dérangement dans les facultés intellectuelles. Lord Liverpool perdit tout à coup cette puissance d’esprit qui l’avait rendu si célèbre, parce que le cerveau, les glandes et les vaisseaux sanguins qui conduisent au cerveau avaient été obstrués, ce qui avait interrompu la libre circulation du sang. Mais lord Liverpool eût sans doute recouvré l’usage de scs facultés s’il eût été convenablement traité.
Toute chose, dans les corps organiques, dérive en effet du
sang, qui est l’essence delà nourriture qui entre dans l’estomac. Nous ne mangeons que pour faire du sang-, cette opération de la nature, appelée digestion, s’effectue au moyen des liquides que le sang forme dans l’estomac ; ces liquides, dans leur état pur, ont le pouvoir de convertir la nourriture en sang ; ils ne reçoivent aucune assistance de la force musculaire , car les muscles , les nerfs et les organes reçoivent leur puissance d’action et leur sensibilité de la pureté du sang, qui domine dans tout le corps, et qui, dans cet état pur, fournit des liquides également purs pour l’entretien et la nourriture des yeux, du cerveau , des cheveux , des os, des ongles, de la bouche , du palais, de la peau et des autres membres. Un enfant nouvellement né, lorqu’il est bien constitué, digère avec facilité la nourriture qui convient à son âge beaucoup mieux que des hommes vigoureux ne digèrent la nourriture qu’ils prennent chaque jour, et pourtant un enfant nouvellement né n’a que peu ou point de force musculaire. On voit par là combien le quina, le vin, les amers, les potions ferrugineuses, les épices, les bains froids, les bains de mer et les eaux minérales, et tous les autres remèdes employés par la Faculté de médecine pour donner de la vigueur à l’estomac, aux fibres et aux nerfs, doivent être nuisibles.
C’est le sang qui soutient la vie , c’est lui qui nourrit et entretient tous nos organes dans un état convenable ; tous ceg organes, le cerveau même, que quelques philosophes ont regardé comme possédant des qualités innées indépendantes de l’état physique du corps, les yeux, les poumons, le palais, les oreilles reçoivent leur impulsion , leur organisation et leur force du sang. Que si l’on demande pourquoi l’homme dans un accès de fièvre tombe dans le délire et perd l’usage de ses sens, on reconnaîtra sans peine la vérité de l’opinion que nous émettons, en examinant le crâne des personnesqui meurent de cette maladie. Toute la cervelle est couverte de pus et de matières corrompues. Ce sont ces matières qui
occasionnent la mort ou la folie, lorsqu’on ne peut en opérer l'évacuation. Qu’on examine les malheureux habitais de Bcdlam et des hospices d’aliénés : là sont des preuves abondantes des tristes effets du traitement actuel: on y voit , disons-ncus , que les maux qui affligent ces malheureuses victimes ont leur source dans le mauvais traitement; que la folie, la mélancolie, les aberrations de l’esprit, la perte de l’inlelligence , la perte de mémoire, le scrofule dans les jeunes et les vieux, n’ont leur source que dans l’impureté du sang, et que si ces maladies passent pour incurables, c’est qu’on n’a point attaqué le mal dans sa source, et qu’on n’a point appliqué à sa guérison un re-
mède convenable.
Après le sang , l’air que nous respirons est le premier agent de la vie. Nous ne pouvons exister un seul moment sans air , parce que l’absence d’air arrête le sang dans sa circulation. L’air, l'atmosphère sont essentiels à la vie; mais la qualité de l’air n’a point cette importance pour la santé que veulent lui donner les docteurs et les médecins. En effet, si vous regardez ce qui se passe autour de vous, vous trouvez des personnes bien portantes dans les climats qui sont regardés comme les .plus malsains , et des personnes maladives dans les climats que l’on considère comme les plus salubres, C’est à tort qu’on se déchaîne contre l’insalubrité de l’air que l’on respiré ; là n’est pas la cause réelle du mal, cette cause réelle provient dans tous les cas des humeurs viciées qui sont dans nos corps, et pourvu que l’on prenne la médecine convenable pour opérer l'évacuation de celte humeur, l’homme se portera bien partout et n’aura rien à craindre des maladies qu’on attribue à tort à l’insalubrité des climats.
Nous voyons, par ce qui se passe dans la nature, que toutes ses œuvres, les plus petites comme les plus grandes, sont dirigées par un môme principe, principe simple et invariable.
Le mouvement des corps célestes qui resta, comme on le sait, si long-temps ignoré , et qui donna lieu à de si grandes controverses parmi les savans et les philosophes , jusqu’au jour où brilla la vérité y suit un cours régulier’. Telle est encore l’agriculture, la plus ancienne de toutés lés Sciences et la première occupation des hommes? Il y a quelque 'temps, cette science était enfouie' soxis un amas d’ usages superstitieux. On devait semer une graine où planter un arbrisseau à tel ou tel quartier de lune, et prendre mille précautions qui feraient aujourd’hui sourire de pitié l’agriculteur le plus ordinaire. Ces usages ont peu à peu disparu ; et enfin on est arrivé à opérer le dessèchement des marais, amélioration qui a fait faire un pas immense à l’agriculture. Eh bien! il existe une grande ressemblance entre la terre et le corps humain. La stérilité de l’une et les maladies de l’autre, proviennent de la môme source. L’une est produite par des eaux stagnantes , les autres par des humeurs corrompues; mais qu’on enlève ces eaux stagnantes du champ où elles s’arrêtent, qu’on chasse ces humeurs du corps de l’homme, alors le corps comme la terre acquièrent toute la force dont fis sont suscep-
tibles.
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Pour conclure, une portion du sang de la première femme circule dans les corps de toute la race humaine. Ce sang a , dans chaque individu, la faculté de s’accroître ; mais sa qualité ou sa nature se détériore par les humeurs plus ou moins âcres qui s’incorporent avec lui. Cette dégénérescence du sang peut s’effectuer, d’abord , avant la naissance , par la mauvaise santé des père et mère ; en second lieu , par l’introduction ou l’inoculation d’un virus délétère ; troisièmement par suite des habitudes de la vie, d’un traitement mal dirigé pendant l’enfance et la jeunesse, âges auxquels se forment les maladies les plus nuisibles. Néanmoins, comme chaque individu possède en lui une certaine portion du sang pur qui a servi à la propagation de l’espèce, que ce sang pur est le soutien de la yie
et qu’il livre une lutte constante aux humeurs âcres et hétérogènes qui veulent s’allier à lui; on peut, en purgeant le corps , en le dégageant des humeurs corrompues , perfectionner insensiblement la masse de ce sang et lui rendre son état normal. Celte opération est d’autant plus facile que le sang pur s’efforce toujours de dominer les humeurs corrompues , et que la nature , dans toutes les circonstances possibles , combat les principes vicieux et tend à la conservation des espèces.