RESPONSABILITÉ
la poussière retourne vite au sol et le devoir réapparaît — souvent hélas ! — accompagné d'un autre personnage qui a nom le remords. Parce que la responsabilité est inhérente à notre vie, nous la croyons écrasante, cruelle; elle n'est que bienfaisante. Ne révèle-t-elle pas à chacun de nous, si nous la reconnaissons, de quelles puissantes facultés morales il peut disposer; quel poids il peut supporter, quelle est sa résistance de vie, son courage et sa grandeur d'âme ?
Riches et pau\Tes, très doués et médiocrement doués, nous sommes tous en face d'un certain nombre de combats dont l'issue dépend de notre volonté, de notre direction. Nos négligences, nos lâchetés pourront peut-être laisser notre vie extérieure plus paisible, mais notre volonté, emportée à la dérive, ira vers les désirs faciles qui ne donnent pas la paix. Il vaut mieux faire bon ménage avec son devoir, accepter de bon cœur, avec contentement, la responsabilité qu'il engendre.
« Si je croyais encore au bonheur, disait Chateaubriand, c'est dans la conformité que je le chercherais. »
La Rancune
Lorsque toutes les misères de la nature humaine sortirent de la boîte de Pandore, je suppose que la Rancune en surgit toute rayonnante du plaisir consciencieux et satisfait des maux dont elle serait la cause, de toutes les maladies bilieuses qu'elle engendrerait.
Etre rancunier, c'est de tous les défauts un des plus vilains parce qu'il n'a pas comme excuse la spontanéité qui nous fait quelquefois méchants à notre insu.
Comme une plante épineuse et sans fleur à laquelle on se blesse chaque fois qu'on l'arrose, la rancune grandit sourdement dans le cœur et y gâte beaucoup de bons sentiments avant de se manifester au dehors. On prétexte tout pour la satisfaire et c'est elle qui devance et retient souvent un geste de pardon qui nous délivrerait de nos préjugés et de nous-mêmes.
LA RAXCUXE 79
Il y a une autre et toute petite rancune qui s'appelle mieux la bouderie. Et je connais de grandes filles qui se boudent admirablement l'une l'autre depuis une année. Sous un prétexte futile, presque ridicule, elles ont renié leur amitié passée. Elles se défendent même le réciproque et inoffensif salut que les gens polis s'adressent au hasard des rencontres.
Rancune et bouderie sont toutes deux filles de l'orgueil. La dernière est moins méchante, mais ni l'une ni l'autre ne sont intelligentes et ne sauraient habiter un cœur où il 3' a de la noblesse et de la vraie bonté.
Le Despotisme
C'est un mal de tous les temps, de tous les âges, de tous les milieux. Je ne parle pas de la méchanceté, mais de ce despotisme voilé, plus difficile à combattre parce qu'il est inconscient chez ceux qui l'exercent.
Il peut n'être qu'une manie, mais le plus souvent il est commandé par l'égoïsme, un égoïsme qui nous fait subordonner à la satisfaction personnelle tous ceux qui nous entourent. L'enfant tyrannise ses parents et sa bonne par ses caprices, il maltraite son chat et son chien pour s'amuser; le serviteur est indiscret et brusque, quelquefois voleur et malhonnête pour se dédommager des humiliations qu'il subit; le mari gourmande sa femme pour un mets trop cuit ou pour un bébé qui pleure; enfin ce sont les dentelles et la parure de certaines femmes qui