‹ NuancesChapitre 4 sur 26 · LES SOUVENIRS · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS

jamais éprouvé combien résistante est la chaîne qui nous rattache au passé? Sait-on quand se ferment les blessures et quand se guérit le cœur? N'a-t-on pas connu la joie renaissante et inépuisable de certaines consolations, les délices renouvelées de certains ravissements qui nous avaient portés plus haut et plus loin que la terre. . . ? Ne faisons pas de procès à notre cœur et ne renions pas le passé. Qu'importe la voie par laquelle nous vient la sagesse, sous quelles larmes se creusent les rides de notre visage, par l'habitude de quels silences s'est abaissé le diapason de notre voix ! Il y a encore en nous de la force pour souffrir; notre oreille est encore sensible aux harmonies qui apaisent et font éprouver la douceur de vivre.

Et d'autres printemps viendront où notre âme éprouvera la vigueur de la jeunesse pour aimer sans mesure, avec la même foi dont se soutenaient nos illusions et nos rêves.

« Entrez, entrez mes souvenirs quand vous seriez

[en larmes (( Car vous êtes et mon père et ma mère et mes deux. « Vos tristesses jamais ne reviennent sans charmes « Je vous souris toujours en essuyant mes yeux ! ))

Malentendus

Ce sont de mauvais petits génies qui se disputent la gouverne de notre vie. Ils s'appellent de tous les noms et s'attachent à n'importe lequel de nos défauts pour en vivre. Presque toujours, ils produisent des désastres.

L'amour-propre est, de toutes les contingences, celle qui se dresse la plus forte pour aggraver les malentendus, parce qu'il écarte les explications nécessaires. Sous le prétexte futile de convenances à ménager, nous nous défendons, à cause de lui des démarches indispensables et nous nous gardons ainsi de rechercher ce que les malentendus ont de vrai ou de faux, de fondé ou de fictif. La distance entre deux êtres devient alors infranchissable.

La vie est si courte et les vrais malheurs — ceux qui nous arrivent sous la brutalité des

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