LES VOILETTES
sont gardiennes de lèvres, de regards, de rires, de pleurs, et des rêves inachevés demeurent sans trace en leur claire mousseline.
« Minois voilé « 0 charme. . . !
« Cœur dévoilé « Alarme. . . ! ))
L'oiseau Bleu
Au temps jadis, il existait sur le flanc d'une montagne, une grotte enchantée. Des tours, des donjons en rendaient l'accès difficile; les murs en étaient capitonnés de satin blanc clouté de diamants; les pavés étaient de marbre clair et fin; les meubles, de bois de rose et d'ébène, étaient tapissés de brocart d'argent. Les oiseaux se venaient reposer à sa fraîcheur, boire et se baigner dans les ruisselets d'eau pure qui coulaient dans ses alentours; les papillons, brillants et légers, butinaient aux calices des sauvages fleurs qui emparfumaient l'air de pénétrantes senteurs; sur les coquelicots rouges, se berçaient les libellules aux ailes frissonnantes.
Une princesse était captive en ces lieux de mystère et durerait sa captivité tant que ne serait pas venu le messager de sa déUvrance. La belle princesse servie par des génies silen-
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cieux, vêtue de soie brodée d'or, était insensible aux richesses de la grotte, aux chants des oiseaux, au parfum des fleurs. Veilleuse à l'un des donjons, de l'aurore à la nuit, elle attendait l'oiseau annoncé qui lui apporterait le message de son bonheur. Les blés, les lys, les pommiers et les iris bien des fois se fanèrent et reverdirent, sans que vieillit la princesse ni que parut l'oiseau mystérieux. Puis, un jour, un lambeau d'azur parut se détacher de l'horizon et glissa jusqu'au donjon d'attente. La princesse tendit la main à l'oiseau bleu qui se posa à son doigt. Elle ne reconnut pas le messager que ses rêves avaient voulu plus bleu, plus beau; elle ne retint pas l'oiseau qui battait de l'aile pour se faire accueillir. En jetant dans l'air des cris de détresse, il reprit son vol et ne revint jamais.
La princesse après avoir vainement prolongé son attente, comprit très tard qu'elle avait laissé s'enfuir le messager de son bonheur. Lorsqu'elle fut morte, il y eut, du sommet de la montagne jusqu'à la basse vallée, des plaintes de rossignols et des larmes de fleurs.
Et l'oiseau bleu parcourt encore le monde, chercheur de quelque âme libérée du rêve terrestre, qui comprenne qu'à notre humaine et courte vue le bonheur n'apparaît pas toujours si bleu, si beau . . .
Les Souvenirs
Quand vient le soir et que s'apaisent peu à peu les bruits du dehors, il m'arrive souvent d'éteindre ma lampe et, dans la pénombre bleue qui voile les objets et leur donne une forme imprécise, de laisser vagabonder mon imagination. Avec une précision souvent cruelle, elle ramène mes souvenirs.
Le passé c'est toute notre vie : hier lui appartient et nous ne connaissons pas demain.
Nous croyions ensevelis dans un oubli sans retour des chagrins sans motif, des joies innocentes; mais d'une fleur séchée entre les deux feuillets d'un livre, d'une date, d'une image, d'une ressemblance souvent fictive, ils renaissent avec l'impression dont notre âme s'était autrefois émue.
On dit souvent : « Ah ! cela, c'est fini ! » Saiton bien quand finit quelque chose? A-t-on