‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 1 sur 8 · LES VIERGES SE MIRENT DAKS LES MIROIRS · texte numérisé non relu

LES VIERGES SE MIRENT DAKS LES MIROIRS

A nos fenêtres, à nos miroirs Le soleil agonise en baisers de lumière Et là-bas l'orbe large embrase la clairière De la forêt obscure vers la Ville et vers la Mer. Déjà d'étranges visions ce soir Glissent pâles aux vitraux lourds de nos fenêtres i Et se meurent en l'or de nos miroirs. Chevauchées

Vers quelle destinée ? ô Rois ! et quels espoirs Vous guident par la nuit vers nos ternes miroirs Où les éclairs de vos cimiers se meurent ? Hélas, c'est l'heure En la méchanceté nocturne des forêts De l'angoisse éperdue et d'embûches cachées. En nos fenêtres, en nos miroirs

i8 NviTS d'Ei'iphanies

O chevaucheurs hautains ! vos spectres ont passé,

Mais vers les halliers noirs sous les frênes, les hêtres

Les chênes des forêts taciturnes de soir

En vain de nos fenêtres

Vers vous que nous rêvions les Rois de notre espoir

Nous fîmes au crépuscule un geste d'espoir.

O phantôraes de nos miroirs

Phantômes déjà du passé

Nos yeux vous ont guettés sous l'or de nos miroirs

Aux baisers apeurés des mouvantes lumières

Jusqu'au rêve reflété de la clairière

Dans l'or de nos miroirs ou d'antiques fenêtres.

A quoi bon me mirer au miroir

Je sais que nul élu ne viendra dès ce soir

Avec un sourire de l'espoir

Me sourire en l'éclat aboli du miroir

Et je veillerai toute exilée d'espoir

Sur la haute terrasse et jusqu'au dernier soir.

Vous n'étiez pas un rêve vide

O vous qui chevauchiez parmi les fleurs lointaines

Vers la promesse de mes lèvres avides :

Je voyais vos chevaux s'abreuver aux fontaines

Où vous cueillîtes sur leurs rivages livides

Des bouquets pâles pour mes seins et mes doigts las.

Hélas qui vous arrête là-bas ?

N'avez-vous nulle pitié de mes peines ?

Pourquoi vous arrêter là-bas,

Même si vos membres étaient las ?

;o Xi'iTS D'In'ii'iiANits

J'ai pour vous disposé des lits moelleux et frais Propices aux délices des caresses, Mais vous n'avez pas eu de souci de mes peines Et la terre dure autour des rustiques fontaines Fut l'oreiller choisi de vos lourdes paresses.

A quoi bon me mirer au miroir

Je suis trop seule à me sourire en le miroir

Et mon espérance fut vaine

D'un plus pâle sourire qui m'y sourirait !

Vos formes n'étaient pas d'un mensonger nuage

Qu'un songe seul douait de vie ou d'un visage :

Vous êtes les Chevaliers tard-venus

Que m'annoncèrent dans la fièvre du jeune âge

Les signes certains de magiques présages.

Où donc rester si tard puisqu'il vous faut venir ?

Celle qui vous atlend et dont l'âme vous pleure

De votre sourire se leurre,

Et de tant vous attendre elle a peur de mourir.

O ma croisée ouverte sur tous pays de l'horizon Ne me suis-je abusée à de mauvaises visions, Dois-je ne croire à nulle survenue ?

Nuits d'Epiphaïies !

Je les ai vus les trois Chevaucheurs étrangers

Et leurs casques dont les cimiers sont surchargés

D'opulents panaches et d'aigrettes

Parmi lesquels s'éploie un vol d'aigle ou d'aiglettes

Vers l'essor fraternel de mes mains étendues !

Toute espérance est-elle perdue,

Et passez-vous votre chemin

En l'incessant mépris de délices futures

Vers les funestes aventures

Qui surgiront aux carrefours de vos chemins

Jusqu'à celle que ne suivra nul lendemain ?

Errez votre chemin,

Je me détourne de la croisée et du miroir

D'où j'avais vu vos faces d'espoir

Sourire vers moi qui vous tendais les deux mains ;

Suivez votre chemin

Jusqu'où vous le clora quelque sinistre soir

La sûre nuit sans lendemain et sans espoir.

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