‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 2 sur 8 · FÊTE NOCTURNE · texte numérisé non relu

FÊTE NOCTURNE

Au manoir de la Mort éclate une âpre joie. Sous le portique aux lés d'argent parmi la soie Sombre d'une tenture épaisse qui s'éploie Jusqu'au rebord des balustrades, En sanglots, en rires par saccades S'étouffent les rumeurs d'une foule confuse. Un mince jet d'eau silencieusement fuse, Puis se brise vers les vasques aux fleurs confuses D'asphodèles en guirlandes aux colonnades Dont la tige baigne parmi les eaux lourdes. Un rire ou des paroles lentes et sourdes Et parfois des rumeurs où vibre seul l'effroi Ou des espérances étouffées S'exaltent aux glaçons des claires parois En le bruissement aigu des hauts trophées Et des glaives vers la foule plantés droits.

Sur un thrône élevé règne comme une idole

La Maîtresse de la vie

De qui la chevelure comme d'une idole

Faite des ténèbres de la nuit asservie

Se déploie et s'abandonne

Noire sur le blanc mat de sa face d'idole,

Et sous l'étincelant éclat d'une couronne

Surgit songeuse en son apparence d'idole

La Maîtresse de la vie

Droite sur son thrône d'impératrice-idole.

Jusqu'aux larges voûtes de la salle,

Acerbe de frôler les glaives des trophées.

De parmi les rumeurs des gaîtés étouffées

Gronde, parfois rugit la clameur colossale

Qui pluie aux sonores gouttes

S'éparpille en frappant les voûtes

Et s'épand sur les trophées

Et le peuple confus que cette pluie inonde

Joyeux, ivre d'extase à la clameur qui gronde :

Cette sourde clameur est son chant de triomphe.

L'idole impassible et muette

Songe sur son thrône et le visage levé

Poursuit bien au loin de la fête

L'orgueil d'un triomphe rêvé :

Elle voit la forêt et l'embûche

Et les pièges et les leurres nocturnes où trébuche

Quiconque vient contre elle en légat de lumière ;

Elle est la seule lumière

Et la dompteuse de la nuit.

En les rhythmes de la clarté première

Le chœur des astres la suit

Elle la Mort, l'idole et la seule lumière.

Elle règne en la gloire de son thrône

En le triomphe de fêtes qu'elle dédaigne

Elle regarde au miroir où l'image se forme

Des faits d'une aventure lointaine

Et d'une audace sacrilège.

Mais s'étend la forêt propice aux sortilèges

Et sous le ravin d'ombre est une eau qui protège

La puissance seule et hautaine

Que nulle magie n'abandonne

De l'idole qui règne en la gloire de son thrône.

Impassible et muette

Elle a levé la tête

2$ Nuits D'EnruANiES

Par un brusque regard aux glaives des trophées : Ils viendront les trois rois mentis à l'avenir (Leurs belles âmes que trop d'amour eût étoufiées !) Ils viendront et leur marche en la nuit doit finir Et leurs glaives enricliiront les hauts trophées.

Page 1