FÊTE NOCTURNE
Au manoir de la Mort éclate une âpre joie. Sous le portique aux lés d'argent parmi la soie Sombre d'une tenture épaisse qui s'éploie Jusqu'au rebord des balustrades, En sanglots, en rires par saccades S'étouffent les rumeurs d'une foule confuse. Un mince jet d'eau silencieusement fuse, Puis se brise vers les vasques aux fleurs confuses D'asphodèles en guirlandes aux colonnades Dont la tige baigne parmi les eaux lourdes. Un rire ou des paroles lentes et sourdes Et parfois des rumeurs où vibre seul l'effroi Ou des espérances étouffées S'exaltent aux glaçons des claires parois En le bruissement aigu des hauts trophées Et des glaives vers la foule plantés droits.
Sur un thrône élevé règne comme une idole
La Maîtresse de la vie
De qui la chevelure comme d'une idole
Faite des ténèbres de la nuit asservie
Se déploie et s'abandonne
Noire sur le blanc mat de sa face d'idole,
Et sous l'étincelant éclat d'une couronne
Surgit songeuse en son apparence d'idole
La Maîtresse de la vie
Droite sur son thrône d'impératrice-idole.
Jusqu'aux larges voûtes de la salle,
Acerbe de frôler les glaives des trophées.
De parmi les rumeurs des gaîtés étouffées
Gronde, parfois rugit la clameur colossale
Qui pluie aux sonores gouttes
S'éparpille en frappant les voûtes
Et s'épand sur les trophées
Et le peuple confus que cette pluie inonde
Joyeux, ivre d'extase à la clameur qui gronde :
Cette sourde clameur est son chant de triomphe.
L'idole impassible et muette
Songe sur son thrône et le visage levé
Poursuit bien au loin de la fête
L'orgueil d'un triomphe rêvé :
Elle voit la forêt et l'embûche
Et les pièges et les leurres nocturnes où trébuche
Quiconque vient contre elle en légat de lumière ;
Elle est la seule lumière
Et la dompteuse de la nuit.
En les rhythmes de la clarté première
Le chœur des astres la suit
Elle la Mort, l'idole et la seule lumière.
Elle règne en la gloire de son thrône
En le triomphe de fêtes qu'elle dédaigne
Elle regarde au miroir où l'image se forme
Des faits d'une aventure lointaine
Et d'une audace sacrilège.
Mais s'étend la forêt propice aux sortilèges
Et sous le ravin d'ombre est une eau qui protège
La puissance seule et hautaine
Que nulle magie n'abandonne
De l'idole qui règne en la gloire de son thrône.
Impassible et muette
Elle a levé la tête
2$ Nuits D'EnruANiES
Par un brusque regard aux glaives des trophées : Ils viendront les trois rois mentis à l'avenir (Leurs belles âmes que trop d'amour eût étoufiées !) Ils viendront et leur marche en la nuit doit finir Et leurs glaives enricliiront les hauts trophées.