‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 5 sur 8 · L'AVENTURE DE L'ESPOIR · texte numérisé non relu

L'AVENTURE DE L'ESPOIR

O la nuit en le carrefour de ces chemins

Par où fuir enivré de fièvres et d'extases

Vers les embûches de farouches lendemains

Que de fausses lueurs d'astres en fête embrasent ;

Seul, errant par le carrefour de ces chemins

Si mes yeux n'avaient vu de la nuit des broussailles

La lumière du geste net de tes deux mains,

Par quels labyrinthes de meurtres et de batailles,

Héros à jamais sanglant d'une gloire honnie

Aurais-je souillé l'orgueil de mes espoirs d'amour ?

J'ai bu la clarté de ton geste d'amour

Et le philtre de ton regard me calme.

Fée ou Reine des Lys et Lys plutôt que Femme.

Exalté doucement des hontes qu'il renie

Lys parmi de grands lys plus éclatant et calme

Eclôt vierge selon tes yeux mon songe chaste

Aux jardins où fleurit ton âme, Fleur de faste.

Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.

40 Nuits d'Epiphakies

La ville aux portes de porphyre, Entre les arbres dont s'épandent les feuillages Vers un sol roux gemmé de corolles au rire Du soleil tendre épris de la ville et des plages S'étire jusqu'aux berceuses plages de l'île Du fond de ses jardins le songe de ma ville.

La ville aux pavés de saphyr

Et mon enfance au bord de la mer doucereuse

Et les jeux et les rires et la joie

Et toute l'enfance aventureuse

Sur les dunes de sable où le jour chaud flamboie,

En tes jardins de fleurs revit mon souvenir,

Ville aux pavés de saphir.

En la ville aux palais de topaze

Sous les dais aux franges de brocart

Et toutes les brocatelles,

Mon adolescence a mûri dans l'extase:

En dépit d'un rêve de gloires immortelles

Vers toi je me désole au hazard

O ma ville aux palais de topaze.

Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.

Nuits d'Epiphakies 41

O glorioles,

Voici la mer berceuse et les jardins de l'île

Et la ville où les toits fulgurent de corolles

Mon enfance coureuse et mon âme tranquille :

Quelle foi du triomphe en aventures folles

Incendia mon rêve aux visions subtiles

De triomphes et de glorioles ?

La Mer :

Au loin sont d'autres fleurs fleurissant d'autre villes,

Je devine des plages blondes et des îles

D'un mystère plus doux où plus douce est la mer

Et des villes dans des jardins de soleil clair

Plus clair qu'en les jardins radieux de mon île

Bien loin par delà les mers.

Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.

Des ajoncs et des hélichryses La voix sereine des nymphes surprises En rhythmes d'azur au ciel pur du matin Montait frôlemient de saphyrs et de satins.

O toi qui fus le témoin puéril

49 Nuits d'Epipiianies

De nos jeux lumineux et de nos indolences

Souvent lorsqu'aux fleurs des pêchers sourit Avril,

D'un mirage lointain qu'un rêve doux encense

Ton âme aime en l'inconscience du péril

La chanson folie et les berceuses nonchalances.

Ne laisse pas vers la promesse de beaux rivages

Vers les villes sur le flanc des collines bleues

Qui se mirent en l'or limpide des grands fleuves

T'égarer le désir de plus fiers paysages

Et tant d'espoir aventureux.

Ici la fauve ardeur des touffus hélichryses

Et l'ondoiement lascif des vagues sur les sables

Pour enchanter tes prunelles éprises

Fleuriront nos nudités insaisissables,

Et nos cheveux emmêlés d'algues

Rubis et diamants sous les vagues

Frissonneront au souffle chanteur de la brise.

Ici tout t'aime et toutes nous t'aimons

Et nos rires et nos jeux

Dont résonnent joyeux les plages et les monts

Et les antres et les fontaines

Et nos courses au soleil nu des vastes plaines

Ne veulent que charmer ton esprit orageux.

Pourquoi nos rires et nos jeux

Si ton âme languit, si loin de ces fontaines

Et de nos halliers orageux

Tu veux t'enfuirvers des rives incertaines

Loin de nous et loin de nos jeux ?

Demeure parmi celles qui t'aiment

Ne songe plus à d'aussi folles aventures

Pour l'espoir mauvais de glorioles futures

Pour le vain orgueil d'un triomphal diadème

Ne laissent pas celles qui t'aiment

Et qui ne vivent que par toi.

O notre amant, ô notre roi,

Pour toi nous jouons parmi les vagues,

Pour toi nous mêlons nos chevelures d'algues

Et nos yeux épanouis d'algues

Fleurissent vers toi.

O notre roi.

Nos corps souples vont s'enlaçant en guirlandes

Nos mains vers toi se tressent en guirlandes

Nos tempes sont ceintes

De cytise mol et de fraîche liyacinthe.

O notre amant

Si tu pars, nous mourrons toutes en t'aimant,

Ecoute pleurer les vierges

Dont les regards se fleurissent de tes yeux vierges.

Ecoute se lamenter les vierges :

O notre roi,

Nos corps foiigueux, totite notre âme aspire à toi.

Ne brave pas les périls inutiles là-bas

Parmi les hommes durs et les femmes perverses,

Ne t'enfuis pas vers les aventureux combats

Et vers les fortunes adverses.

Notre île parfumée et sonore étincelle

Comme une fleur large en la mer qui l'environne

Parmi le flux qui chante en gerbes d'étincelles

Dont en aigrettes l'écume grêle nous couronne.

Demeure parmi nous,

Toutes les fleurs vers toi, toutes les pierreries

Et les caresses de nos lèvres fleuries

S'épanouissent d'amour et de désirs,

Nos cheveux lourds si tu les veux saisir

D'eux-mêmes s'offriront aux étreintes de tes doigts,

Tu es le maître, tu es l'amant, tu es le roi.

Demeure parmi nous.

Voici vers toi venir les Suppliantes à genoux

Qui t'adorent et qui t'implorent

Et qui mourraient sans la lumière de tes yeux.

Ne va pas vers les horizons sourcilleux

Vers une destinée inconnue

Reste parmi nous, jouis de nos jeux joyeux

L'heure n'est pas venue

De périls à chercher pour une gloire futile

Reste et joue avec nous par les jardins de l'ile.

Je suis parti.

Ces nymphes, leurs voix suaves

Bruissent dans l'air comme des brises de caresses,

Et toutes leurs mains suaves

Et leurs sourires clairs me tressent

Des liens de fleurs et des guirlandes de caresses :

O voluptés

Luths d'amour éperdus dans le deuil de la dune

Vers l'éclosion grave et calme de la lune

D'où profluent en perles pâles des clartés

Impérieuses,

Q.ue m'importait encore en les landes d'enfance,

En les cités fallacieuses

Aux pavés de saphyr, aux toits de fleurs ou d'ambre,

Q.UC m'importait les vaines remerabrances

Et les promesses de vos lèvres rieuses ?

Trop longtemps j'ai dans l'opprobre de la paresse

Dans la démence de mes rêves de mollesse

Avili la vigueur de mes membres lassés :

Oui ! la Ville fut belle et les heures étaient douces

Dans vos jardins de fleurs ou dans vos dunes rousses

D'où mes yeux sur la mer voyaient l'envol passer

D'ardents oiseaux vers la lumière.

Et je me suis dépris des indolences coutumières

Et des joyaux et de toutes ces fleurs

De l'île sereine et fortunée

Où tout est volupté triomphale et douceurs.

Ton nom, île stérile des faux loisirs

Et des voluptés mort-nées.

Ton nom, jusqu'à ton nom! est maudit et la voix

De la brise parmi les feuilles de tes bois :

Tu. seras la terre ingrate et désolée

De qui le marin se détourne

Et les marbres jonchant le sol de tes vallées

Seront vestiges seuls des cités d'autrefois,

Des cités de splendeurs et des palais d'extase

Aux clairs soleils riant sur les fleurs des jardins

Jadis offrant leurs seuils aux dalles de topazes

Leurs frontons d'or et leurs portiques smaragdins.

Je suis parti.

Des voix étranges

Des voix de la mer calme pâles de leur lointain

Des voix avec du sang de la chair d'un archange

S'adoucissaient en l'aube, et le matin

S'offrait en fête chaste aux rires blonds du ciel ;

Toute cette nuit

Mon rêve avait rêvé vers vous, ô splendeurs fraîches.

Vers ^•cus clartés mélodieuses du ciel,

Aurore de douceur d'où la ténèbre a fui

Par les furtives brèches

Qu'ouvre à la nuit le sourire d'une aube frêle.

Ces voix comme un léger effleurement des ailes

De lointains et de bienveillants archanges,

Ces voix et la pâleur des lointains de la mer,

Ces voix d'un lys qui saigne

Parmi le triste orgueil d'un profond jardin fier

De son ombre hautaine et de fruits trop étrangeSj

NciTS d'Epiphanies 49

Ces voix d'un lys brisé sous la houle qui baigne

La plage et la détresse déserte de mon âme,

Ces voix sont celles qui proclament

Au loin l'ardeur confuse de meilleurs soirs

De triomphe noble et d'extase

Par delà les houles et la mer

Q.u'un soleil faux de mauvaises lueurs embrase!

Si loin sera la Basilique de mystère

Au porche d'ombre bleue et de candide accueil

Où dès le seuil

Je me prosternerai vers l'autel de mystère

Et vers cette ombre sacerdotale

D'où s'ouvriront mes yeux à la clarté totale

Du symbole définitif et du mystère.

Oh, tous les vains jeux

Toutes les voluptés des orgueils de la terre

Qu'est-ce au prix de ce voyage hazardeux

Où mes guides seront les séraphins et les archanges

De leur sourire pâle et de leurs voix étranges

Sur l'océan sans fin et par les pays de la terre

Jusqu'au seuil de la Basilique dont la gloire s'éblouit

50 Nuits d'Epiphanibs

De rayons où mourra dans le rêve le mystère

Comme est morte à l'aube souriante la nuit?

De toutes les lueurs de mon ivresse ancienne

Et de la vanité de mes rêves,

De ma vie au milieu des jardins et des grèves

En l'île des plaisirs futiles qui fut mienne,

De tout, ô Dieu, je fais déjà l'offrande.

L'hommage véritable et la complète offrande

A la candeur sincère en qui tous nos vœux tendent

Du lys d'amour divin qui nous purifiera.

Et pour moi parvenu des lointains d'une joie

Mauvaise éperduement par l'âpre et longue voie

Le vantail de la Basilique s'ouvrira

Où se doit exalter enfin mon âme entière

Vers l'espoir révélé de la pleine lumière.

Je suis parti,

Je suis parti dans les tempêtes et les houles

Dans les tourbillons fous des vagues et du vent

O navire perdu sous la trombe qui roule

Et broie en paquets d'eau des nuages crevant

De pierres et de sable et de lanières d'algues,

J'ai subi la rumeur furieuse des vagues,

L'assaut lourd des crépuscules d'horizons,

Mais toujours à la proue et debout dans ma foi

Serein je regardais au lointain devant moi

Par delà les noires brumes de l'horizon

En vain épaisses, en vain telles ; mes yeux clos

Voyaient sourire au fond tempétueux des flots

La vallée évangélique

D'où pur je gravirai lent et vêtu de lin

Au porche radieux qu'ouvre au roc sybillin

La merveilleuse Basilique.

VA ce furent tant d'aurore?, de couchants

Tant de jours et de nuits par des vallons tragiques

Et le rire odieux des villes et des champs,

Les leurres des chemins,

Les embûches des fleurs, les traîtrises des mains

Caresseuses et nostalgiques;

Et je vous ai tant vus hommes enfin dans vos villes

Que j'ai su que les bêtes qui rôdent

Mufle en terre ou qui rampent sont moins viles

Que vous dresseurs au ciel des dieux de vos cités,

Idoles qui sont vous-mêmes, hâves, cruelles,

Tortueuses déités sur d'obscènes ruelles.

Longtemps j'ai mieux aimé

Les glaciers froids et clairs où j'ai pensé périr

A peine respirant encore, inanimé,

Ou ces déserts avec leurs rafales de sable

Qui m'aveuglaient et dont le fouet me faisait fuir

Tout droit toujours et vers le rêve insaisissable

De la Basilique de mon rêve.

O vous qui vîntes me saluer au bord des grèves,

Rois chevaucheurs qui eûtes foi

En mes songes, en mes espérances, en moi ;

Par moi vous avez connu la misère d'errer

Sans trêve au milieu d'hommes pervers et des destins

Cruels, crépuscules de soufTrances et matins

De souffrances toujours, et plus dures, plus dures

Encor plus dures les souffrances waines d'errer

Parles menaces d'hommes pervers en aventures

Insidieuses et louches

Par les mornes cités qui se lèvent farouches

En armes tout à coup et voraces,

Ou par les bois d'horreur où dort l'onde vorace

Gouffre de mort que tant de fleurs parent d'un rire

Que l'âme forte et lasse s'y laisse séduire,

Et tous deu.v, rois que mon destin triste asservit.

Le gouffre ouvert parmi des fleurs vous a surpris.

Par les bois

Hélas j'ouïs le soir pleurer vos voix Qui montaient parmi la voix lente des roseaux Dans la brise qui rit sous la torpeur des eaux Où sur vous pèse la brume crépusculaire Spectres errant la nuit quand la lune l'éclairé.

En la forêt nocturne encore ce fut Toi Toi seule enfin qui fus cette LumièrCj Dans la nuit des taillis, Toi la présence fière De quelqu'un de meilleur et du destin : "Et j'ai vu la lumière du geste de ta main Vers moi,

O Toi qui m'as souri je suis venu vers Toi Et j'ai cueilli le lys pour Toi sous la nuit calme Et maintenant mon âme interroge ton âme.

Je t'ai dit mon passé, mon songe, mes espoirs

Mes rêves du matin expirés dans le soir

Mon héroïque ardeur vers des gloires candides

Que tant les jours vécus étouffent de sanglots,

Vivrai-je encore ? à quoi bon vivre ?

Mon Rêve meurt que mon rêve éperdu de suivre

A partout pourchassé, plaine, montagne ou flots

Nuits d'Epiphaniks 55

En furie ou plus doucement captieux,

Si bien enfin que vieux, chargé de rides

Et las des mers, des champs, des villes et des dieux,

Mon rêve a blasphémé tous ses rêves candides

Et sanglotant expirerait de ses sanglots.

Mais voici que l'appelle encor ton rire, ô Leurre,

Et vers ton rire d'or ingénu il accourt :

Parle, que lui veux-tu ? Son front est las et lourd,

Et comment voudrait-il encore (ô Rêve, pleure)

Comment encore pourrait-il vouloir l'amour ?

L'espoir a trop déçu son effort et sa force

Et tant montré ta face à ses vœux qu'elle leurre.

Quel astre encor ton doigt montre-t-il à ce Rêve Qui se blottit en Toi loin des chocs et des rêves : Il ne peut guère aimer ni craindre âme sans force Sinon pour expirer tout l'espoir et le rêve En l'oubli de ces bras que tu lui tends, ô Leurre.

La nuit meurt et tes yeux s'illuminent de l'aube, C'est le jour et l'espoir encore et tout l'orgueil, La gloire du Songe s'attendrit dans ton œil

0 XfiTS u'EriniANMEs

D'où le nocturne ennui de souffrir se dérobe :

Je veux tenter la même aventure pour Toi

De qui le geste clair a dissipé l'effroi

De mon âme, nuit close où fraîche a souri l'aube.

Et me voici surgi vers Toi vêtu d'espoir, Quelle gloire plus grande est celle que tu rêves? Quels frissons de lauriers, de buccins et de glaives T'offVirai-je en trophée à mon retour ce soir?

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