L'AVENTURE DE L'ESPOIR
O la nuit en le carrefour de ces chemins
Par où fuir enivré de fièvres et d'extases
Vers les embûches de farouches lendemains
Que de fausses lueurs d'astres en fête embrasent ;
Seul, errant par le carrefour de ces chemins
Si mes yeux n'avaient vu de la nuit des broussailles
La lumière du geste net de tes deux mains,
Par quels labyrinthes de meurtres et de batailles,
Héros à jamais sanglant d'une gloire honnie
Aurais-je souillé l'orgueil de mes espoirs d'amour ?
J'ai bu la clarté de ton geste d'amour
Et le philtre de ton regard me calme.
Fée ou Reine des Lys et Lys plutôt que Femme.
Exalté doucement des hontes qu'il renie
Lys parmi de grands lys plus éclatant et calme
Eclôt vierge selon tes yeux mon songe chaste
Aux jardins où fleurit ton âme, Fleur de faste.
Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.
40 Nuits d'Epiphakies
La ville aux portes de porphyre, Entre les arbres dont s'épandent les feuillages Vers un sol roux gemmé de corolles au rire Du soleil tendre épris de la ville et des plages S'étire jusqu'aux berceuses plages de l'île Du fond de ses jardins le songe de ma ville.
La ville aux pavés de saphyr
Et mon enfance au bord de la mer doucereuse
Et les jeux et les rires et la joie
Et toute l'enfance aventureuse
Sur les dunes de sable où le jour chaud flamboie,
En tes jardins de fleurs revit mon souvenir,
Ville aux pavés de saphir.
En la ville aux palais de topaze
Sous les dais aux franges de brocart
Et toutes les brocatelles,
Mon adolescence a mûri dans l'extase:
En dépit d'un rêve de gloires immortelles
Vers toi je me désole au hazard
O ma ville aux palais de topaze.
Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.
Nuits d'Epiphakies 41
O glorioles,
Voici la mer berceuse et les jardins de l'île
Et la ville où les toits fulgurent de corolles
Mon enfance coureuse et mon âme tranquille :
Quelle foi du triomphe en aventures folles
Incendia mon rêve aux visions subtiles
De triomphes et de glorioles ?
La Mer :
Au loin sont d'autres fleurs fleurissant d'autre villes,
Je devine des plages blondes et des îles
D'un mystère plus doux où plus douce est la mer
Et des villes dans des jardins de soleil clair
Plus clair qu'en les jardins radieux de mon île
Bien loin par delà les mers.
Nul ne saura que Toi mon songe et mes espoirs.
Des ajoncs et des hélichryses La voix sereine des nymphes surprises En rhythmes d'azur au ciel pur du matin Montait frôlemient de saphyrs et de satins.
O toi qui fus le témoin puéril
49 Nuits d'Epipiianies
De nos jeux lumineux et de nos indolences
Souvent lorsqu'aux fleurs des pêchers sourit Avril,
D'un mirage lointain qu'un rêve doux encense
Ton âme aime en l'inconscience du péril
La chanson folie et les berceuses nonchalances.
Ne laisse pas vers la promesse de beaux rivages
Vers les villes sur le flanc des collines bleues
Qui se mirent en l'or limpide des grands fleuves
T'égarer le désir de plus fiers paysages
Et tant d'espoir aventureux.
Ici la fauve ardeur des touffus hélichryses
Et l'ondoiement lascif des vagues sur les sables
Pour enchanter tes prunelles éprises
Fleuriront nos nudités insaisissables,
Et nos cheveux emmêlés d'algues
Rubis et diamants sous les vagues
Frissonneront au souffle chanteur de la brise.
Ici tout t'aime et toutes nous t'aimons
Et nos rires et nos jeux
Dont résonnent joyeux les plages et les monts
Et les antres et les fontaines
Et nos courses au soleil nu des vastes plaines
Ne veulent que charmer ton esprit orageux.
Pourquoi nos rires et nos jeux
Si ton âme languit, si loin de ces fontaines
Et de nos halliers orageux
Tu veux t'enfuirvers des rives incertaines
Loin de nous et loin de nos jeux ?
Demeure parmi celles qui t'aiment
Ne songe plus à d'aussi folles aventures
Pour l'espoir mauvais de glorioles futures
Pour le vain orgueil d'un triomphal diadème
Ne laissent pas celles qui t'aiment
Et qui ne vivent que par toi.
O notre amant, ô notre roi,
Pour toi nous jouons parmi les vagues,
Pour toi nous mêlons nos chevelures d'algues
Et nos yeux épanouis d'algues
Fleurissent vers toi.
O notre roi.
Nos corps souples vont s'enlaçant en guirlandes
Nos mains vers toi se tressent en guirlandes
Nos tempes sont ceintes
De cytise mol et de fraîche liyacinthe.
O notre amant
Si tu pars, nous mourrons toutes en t'aimant,
Ecoute pleurer les vierges
Dont les regards se fleurissent de tes yeux vierges.
Ecoute se lamenter les vierges :
O notre roi,
Nos corps foiigueux, totite notre âme aspire à toi.
Ne brave pas les périls inutiles là-bas
Parmi les hommes durs et les femmes perverses,
Ne t'enfuis pas vers les aventureux combats
Et vers les fortunes adverses.
Notre île parfumée et sonore étincelle
Comme une fleur large en la mer qui l'environne
Parmi le flux qui chante en gerbes d'étincelles
Dont en aigrettes l'écume grêle nous couronne.
Demeure parmi nous,
Toutes les fleurs vers toi, toutes les pierreries
Et les caresses de nos lèvres fleuries
S'épanouissent d'amour et de désirs,
Nos cheveux lourds si tu les veux saisir
D'eux-mêmes s'offriront aux étreintes de tes doigts,
Tu es le maître, tu es l'amant, tu es le roi.
Demeure parmi nous.
Voici vers toi venir les Suppliantes à genoux
Qui t'adorent et qui t'implorent
Et qui mourraient sans la lumière de tes yeux.
Ne va pas vers les horizons sourcilleux
Vers une destinée inconnue
Reste parmi nous, jouis de nos jeux joyeux
L'heure n'est pas venue
De périls à chercher pour une gloire futile
Reste et joue avec nous par les jardins de l'ile.
Je suis parti.
Ces nymphes, leurs voix suaves
Bruissent dans l'air comme des brises de caresses,
Et toutes leurs mains suaves
Et leurs sourires clairs me tressent
Des liens de fleurs et des guirlandes de caresses :
O voluptés
Luths d'amour éperdus dans le deuil de la dune
Vers l'éclosion grave et calme de la lune
D'où profluent en perles pâles des clartés
Impérieuses,
Q.ue m'importait encore en les landes d'enfance,
En les cités fallacieuses
Aux pavés de saphyr, aux toits de fleurs ou d'ambre,
Q.UC m'importait les vaines remerabrances
Et les promesses de vos lèvres rieuses ?
Trop longtemps j'ai dans l'opprobre de la paresse
Dans la démence de mes rêves de mollesse
Avili la vigueur de mes membres lassés :
Oui ! la Ville fut belle et les heures étaient douces
Dans vos jardins de fleurs ou dans vos dunes rousses
D'où mes yeux sur la mer voyaient l'envol passer
D'ardents oiseaux vers la lumière.
Et je me suis dépris des indolences coutumières
Et des joyaux et de toutes ces fleurs
De l'île sereine et fortunée
Où tout est volupté triomphale et douceurs.
Ton nom, île stérile des faux loisirs
Et des voluptés mort-nées.
Ton nom, jusqu'à ton nom! est maudit et la voix
De la brise parmi les feuilles de tes bois :
Tu. seras la terre ingrate et désolée
De qui le marin se détourne
Et les marbres jonchant le sol de tes vallées
Seront vestiges seuls des cités d'autrefois,
Des cités de splendeurs et des palais d'extase
Aux clairs soleils riant sur les fleurs des jardins
Jadis offrant leurs seuils aux dalles de topazes
Leurs frontons d'or et leurs portiques smaragdins.
Je suis parti.
Des voix étranges
Des voix de la mer calme pâles de leur lointain
Des voix avec du sang de la chair d'un archange
S'adoucissaient en l'aube, et le matin
S'offrait en fête chaste aux rires blonds du ciel ;
Toute cette nuit
Mon rêve avait rêvé vers vous, ô splendeurs fraîches.
Vers ^•cus clartés mélodieuses du ciel,
Aurore de douceur d'où la ténèbre a fui
Par les furtives brèches
Qu'ouvre à la nuit le sourire d'une aube frêle.
Ces voix comme un léger effleurement des ailes
De lointains et de bienveillants archanges,
Ces voix et la pâleur des lointains de la mer,
Ces voix d'un lys qui saigne
Parmi le triste orgueil d'un profond jardin fier
De son ombre hautaine et de fruits trop étrangeSj
NciTS d'Epiphanies 49
Ces voix d'un lys brisé sous la houle qui baigne
La plage et la détresse déserte de mon âme,
Ces voix sont celles qui proclament
Au loin l'ardeur confuse de meilleurs soirs
De triomphe noble et d'extase
Par delà les houles et la mer
Q.u'un soleil faux de mauvaises lueurs embrase!
Si loin sera la Basilique de mystère
Au porche d'ombre bleue et de candide accueil
Où dès le seuil
Je me prosternerai vers l'autel de mystère
Et vers cette ombre sacerdotale
D'où s'ouvriront mes yeux à la clarté totale
Du symbole définitif et du mystère.
Oh, tous les vains jeux
Toutes les voluptés des orgueils de la terre
Qu'est-ce au prix de ce voyage hazardeux
Où mes guides seront les séraphins et les archanges
De leur sourire pâle et de leurs voix étranges
Sur l'océan sans fin et par les pays de la terre
Jusqu'au seuil de la Basilique dont la gloire s'éblouit
50 Nuits d'Epiphanibs
De rayons où mourra dans le rêve le mystère
Comme est morte à l'aube souriante la nuit?
De toutes les lueurs de mon ivresse ancienne
Et de la vanité de mes rêves,
De ma vie au milieu des jardins et des grèves
En l'île des plaisirs futiles qui fut mienne,
De tout, ô Dieu, je fais déjà l'offrande.
L'hommage véritable et la complète offrande
A la candeur sincère en qui tous nos vœux tendent
Du lys d'amour divin qui nous purifiera.
Et pour moi parvenu des lointains d'une joie
Mauvaise éperduement par l'âpre et longue voie
Le vantail de la Basilique s'ouvrira
Où se doit exalter enfin mon âme entière
Vers l'espoir révélé de la pleine lumière.
Je suis parti,
Je suis parti dans les tempêtes et les houles
Dans les tourbillons fous des vagues et du vent
O navire perdu sous la trombe qui roule
Et broie en paquets d'eau des nuages crevant
De pierres et de sable et de lanières d'algues,
J'ai subi la rumeur furieuse des vagues,
L'assaut lourd des crépuscules d'horizons,
Mais toujours à la proue et debout dans ma foi
Serein je regardais au lointain devant moi
Par delà les noires brumes de l'horizon
En vain épaisses, en vain telles ; mes yeux clos
Voyaient sourire au fond tempétueux des flots
La vallée évangélique
D'où pur je gravirai lent et vêtu de lin
Au porche radieux qu'ouvre au roc sybillin
La merveilleuse Basilique.
VA ce furent tant d'aurore?, de couchants
Tant de jours et de nuits par des vallons tragiques
Et le rire odieux des villes et des champs,
Les leurres des chemins,
Les embûches des fleurs, les traîtrises des mains
Caresseuses et nostalgiques;
Et je vous ai tant vus hommes enfin dans vos villes
Que j'ai su que les bêtes qui rôdent
Mufle en terre ou qui rampent sont moins viles
Que vous dresseurs au ciel des dieux de vos cités,
Idoles qui sont vous-mêmes, hâves, cruelles,
Tortueuses déités sur d'obscènes ruelles.
Longtemps j'ai mieux aimé
Les glaciers froids et clairs où j'ai pensé périr
A peine respirant encore, inanimé,
Ou ces déserts avec leurs rafales de sable
Qui m'aveuglaient et dont le fouet me faisait fuir
Tout droit toujours et vers le rêve insaisissable
De la Basilique de mon rêve.
O vous qui vîntes me saluer au bord des grèves,
Rois chevaucheurs qui eûtes foi
En mes songes, en mes espérances, en moi ;
Par moi vous avez connu la misère d'errer
Sans trêve au milieu d'hommes pervers et des destins
Cruels, crépuscules de soufTrances et matins
De souffrances toujours, et plus dures, plus dures
Encor plus dures les souffrances waines d'errer
Parles menaces d'hommes pervers en aventures
Insidieuses et louches
Par les mornes cités qui se lèvent farouches
En armes tout à coup et voraces,
Ou par les bois d'horreur où dort l'onde vorace
Gouffre de mort que tant de fleurs parent d'un rire
Que l'âme forte et lasse s'y laisse séduire,
Et tous deu.v, rois que mon destin triste asservit.
Le gouffre ouvert parmi des fleurs vous a surpris.
Par les bois
Hélas j'ouïs le soir pleurer vos voix Qui montaient parmi la voix lente des roseaux Dans la brise qui rit sous la torpeur des eaux Où sur vous pèse la brume crépusculaire Spectres errant la nuit quand la lune l'éclairé.
En la forêt nocturne encore ce fut Toi Toi seule enfin qui fus cette LumièrCj Dans la nuit des taillis, Toi la présence fière De quelqu'un de meilleur et du destin : "Et j'ai vu la lumière du geste de ta main Vers moi,
O Toi qui m'as souri je suis venu vers Toi Et j'ai cueilli le lys pour Toi sous la nuit calme Et maintenant mon âme interroge ton âme.
Je t'ai dit mon passé, mon songe, mes espoirs
Mes rêves du matin expirés dans le soir
Mon héroïque ardeur vers des gloires candides
Que tant les jours vécus étouffent de sanglots,
Vivrai-je encore ? à quoi bon vivre ?
Mon Rêve meurt que mon rêve éperdu de suivre
A partout pourchassé, plaine, montagne ou flots
Nuits d'Epiphaniks 55
En furie ou plus doucement captieux,
Si bien enfin que vieux, chargé de rides
Et las des mers, des champs, des villes et des dieux,
Mon rêve a blasphémé tous ses rêves candides
Et sanglotant expirerait de ses sanglots.
Mais voici que l'appelle encor ton rire, ô Leurre,
Et vers ton rire d'or ingénu il accourt :
Parle, que lui veux-tu ? Son front est las et lourd,
Et comment voudrait-il encore (ô Rêve, pleure)
Comment encore pourrait-il vouloir l'amour ?
L'espoir a trop déçu son effort et sa force
Et tant montré ta face à ses vœux qu'elle leurre.
Quel astre encor ton doigt montre-t-il à ce Rêve Qui se blottit en Toi loin des chocs et des rêves : Il ne peut guère aimer ni craindre âme sans force Sinon pour expirer tout l'espoir et le rêve En l'oubli de ces bras que tu lui tends, ô Leurre.
La nuit meurt et tes yeux s'illuminent de l'aube, C'est le jour et l'espoir encore et tout l'orgueil, La gloire du Songe s'attendrit dans ton œil
0 XfiTS u'EriniANMEs
D'où le nocturne ennui de souffrir se dérobe :
Je veux tenter la même aventure pour Toi
De qui le geste clair a dissipé l'effroi
De mon âme, nuit close où fraîche a souri l'aube.
Et me voici surgi vers Toi vêtu d'espoir, Quelle gloire plus grande est celle que tu rêves? Quels frissons de lauriers, de buccins et de glaives T'offVirai-je en trophée à mon retour ce soir?