‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 4 sur 8 · LE PARC SENTIMENTAL · texte numérisé non relu

LE PARC SENTIMENTAL

O brises et baisers des brises pour vos lèvres

Palpite en nudités royales la splendeur

Des glayeuls et des lys et s'affine l'odeur

Des verveines sourire en frissons frais et mièvres.

Rubis clairs scintillants montés par nuls orfèvres

S'est offerte vers toi frôleuse la candeur

De quelles tiges ! et tu ris, Enfant Rôdeur

Qui pais en nos jardins le troupeau de tes chèvres.

O pâtre, en la pelouse verte tu t'endors, Un thyrse ondule vers ton rêve ses bras tors D'enthousiaste ardeur pour quelque amour antique,

Tu frémis ! et voici des buissons à tes yeux

Nue et ses cheveux blonds ceints du myrte mystique

Se dresser la Vivante au regard radieux.

Au souffle lent de l'heure

Frémit à l'aube le parc et les feuillées

Encore peu éveillées

S'étirent d'une nuit brumeuse et d'horreur lourde,

Le parc tressaille au souffle lent de l'heure,

La brise s'éparpille aux feuillages qu'effleure

Le propice frisson du soleil en cette aube

Souriante emmi les feuillées

Eveillées

De leur nuit de torpeur et d'horreur lourde.

Dame douce, vraiment ce n'est plus l'heure De dormir en l'éveil si frissonnant des choses. Le parc triste s'éplore et la barrière est close A tous espoirs vers vous par la sente où les roses De la calme lumière de votre chère présence Se sont toutes si bien embaumées

Que d'elles en passant on aspire l'essence

Puisée à l'or de vos sourires

Et qu'elles sont votre sourire

Et votre voix et vos paroles parfumées.

Dame douce, votre clair visage

Ne l'ai-je vu jadis à la barrière close

Et le sourire clair de votre cher visage,

Votre sourire parmi les roses

N'était-ce qu'un mirage

Né du vain songe d'une heure

Qui s'accoudait à la barrière close

Où déçus mes espoirs meurent d'angoisse et pleurent ?

Le parc triste tressaille au souffle lent de l'heure.

Cette voix, ô mon Rêve ! et tant d'autres m'ont dit

Les paroles d'un même mensonge

Que je me suis enfuie aux parcs lointains du Songe

Et j'y suis lasse enfin d'entendre

Cette rumeur d'amour et ces voix toujours tendres

Monter vers Moi parmi les jardins de mon Songe.

O ce ne sont que mensonges

A blêmir l'orgueil pourpre et triste de mes fleurs.

i6 Xl'its u'KririiAXiEs

Vous qui m'êtes si douces, si dociles, ô fleurs,

Fleurs du jardin magique et d'éternelles joies,

De vos splendeurs ineffables décloses

A jamais fermez-moi le souci vieux des voies

Terrestres vers ce parc de mes défuntes roses.

Je ne veux vivre ici qu'une parmi vous toutes

Fleur d'une ardente gloire en le mépris des doutes

Epouse-dieudonnée à l'espoir de qui songe

Vers quel parc radieux de songes et de roses

A ravir ta candeur, ô ma corolle éclose,

Pour l'orgueilleux avril d'un éternel mensonge :

Dans quelle extase au soleil jeune irai-je à Lui,

O roses du clair jardin épanoui,

O roses d'orgueil pourpre en mon rêve ébloui !

Le parc triste tressaille de l'aube,

La brise s'éparpille aux frissons des feuillées

Eveillées

De leur nuit de torpeur brumeuse et d'horreur lourde,

Le parc tressaille au souffle lent de l'heure.

LE RÈVI- S'ÉVEILLE

Je l'ai suivi marchant sous la forêt nocturne

Le Chevaucheur Royal fier ainsi qu'un Printemps,

O fleurs de son visage et parfums de son rire

Quelle équivoque nuit sous le ciel taciturne

Quel orage a flétri vos tiges, Fleurs et rires

Du Royal Chevaucheur fier ainsi qu'un Printemps ?

Nuit froide et de glaçons lunaires, ô Maligne,

Les sentiers faux du bois s'adoucissent de mousses

Et ta clarté blafarde et pallide désigne

Des collines de gazons aux pentes très-douces

Où la terre s'éboule en un lac d'ossuaires.

Des phantômes, on croit de tragiques vieillards

Se lever sur le lac en de blêmes suaires,

Y traversent très-lents le frisson des brouillards.

O Chevaucheur Royal dont j'ai l'âme affolée,

Mes pas et mes regards t'ont suivi par l'allée

Vers l'embûche qu'à ton destin dressait la Mort,

Mais beau de ton dédain tu domptas le péril, Le matin jeune aux fleurs du lac te voit renaître Triste dans le triomphe, oublieux du péril, Et mon rêve s'éveille à te faire connaître La Terre d'allégresse où brille le béryl.

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