LE PARC SENTIMENTAL
O brises et baisers des brises pour vos lèvres
Palpite en nudités royales la splendeur
Des glayeuls et des lys et s'affine l'odeur
Des verveines sourire en frissons frais et mièvres.
Rubis clairs scintillants montés par nuls orfèvres
S'est offerte vers toi frôleuse la candeur
De quelles tiges ! et tu ris, Enfant Rôdeur
Qui pais en nos jardins le troupeau de tes chèvres.
O pâtre, en la pelouse verte tu t'endors, Un thyrse ondule vers ton rêve ses bras tors D'enthousiaste ardeur pour quelque amour antique,
Tu frémis ! et voici des buissons à tes yeux
Nue et ses cheveux blonds ceints du myrte mystique
Se dresser la Vivante au regard radieux.
Au souffle lent de l'heure
Frémit à l'aube le parc et les feuillées
Encore peu éveillées
S'étirent d'une nuit brumeuse et d'horreur lourde,
Le parc tressaille au souffle lent de l'heure,
La brise s'éparpille aux feuillages qu'effleure
Le propice frisson du soleil en cette aube
Souriante emmi les feuillées
Eveillées
De leur nuit de torpeur et d'horreur lourde.
Dame douce, vraiment ce n'est plus l'heure De dormir en l'éveil si frissonnant des choses. Le parc triste s'éplore et la barrière est close A tous espoirs vers vous par la sente où les roses De la calme lumière de votre chère présence Se sont toutes si bien embaumées
Que d'elles en passant on aspire l'essence
Puisée à l'or de vos sourires
Et qu'elles sont votre sourire
Et votre voix et vos paroles parfumées.
Dame douce, votre clair visage
Ne l'ai-je vu jadis à la barrière close
Et le sourire clair de votre cher visage,
Votre sourire parmi les roses
N'était-ce qu'un mirage
Né du vain songe d'une heure
Qui s'accoudait à la barrière close
Où déçus mes espoirs meurent d'angoisse et pleurent ?
Le parc triste tressaille au souffle lent de l'heure.
Cette voix, ô mon Rêve ! et tant d'autres m'ont dit
Les paroles d'un même mensonge
Que je me suis enfuie aux parcs lointains du Songe
Et j'y suis lasse enfin d'entendre
Cette rumeur d'amour et ces voix toujours tendres
Monter vers Moi parmi les jardins de mon Songe.
O ce ne sont que mensonges
A blêmir l'orgueil pourpre et triste de mes fleurs.
i6 Xl'its u'KririiAXiEs
Vous qui m'êtes si douces, si dociles, ô fleurs,
Fleurs du jardin magique et d'éternelles joies,
De vos splendeurs ineffables décloses
A jamais fermez-moi le souci vieux des voies
Terrestres vers ce parc de mes défuntes roses.
Je ne veux vivre ici qu'une parmi vous toutes
Fleur d'une ardente gloire en le mépris des doutes
Epouse-dieudonnée à l'espoir de qui songe
Vers quel parc radieux de songes et de roses
A ravir ta candeur, ô ma corolle éclose,
Pour l'orgueilleux avril d'un éternel mensonge :
Dans quelle extase au soleil jeune irai-je à Lui,
O roses du clair jardin épanoui,
O roses d'orgueil pourpre en mon rêve ébloui !
Le parc triste tressaille de l'aube,
La brise s'éparpille aux frissons des feuillées
Eveillées
De leur nuit de torpeur brumeuse et d'horreur lourde,
Le parc tressaille au souffle lent de l'heure.
LE RÈVI- S'ÉVEILLE
Je l'ai suivi marchant sous la forêt nocturne
Le Chevaucheur Royal fier ainsi qu'un Printemps,
O fleurs de son visage et parfums de son rire
Quelle équivoque nuit sous le ciel taciturne
Quel orage a flétri vos tiges, Fleurs et rires
Du Royal Chevaucheur fier ainsi qu'un Printemps ?
Nuit froide et de glaçons lunaires, ô Maligne,
Les sentiers faux du bois s'adoucissent de mousses
Et ta clarté blafarde et pallide désigne
Des collines de gazons aux pentes très-douces
Où la terre s'éboule en un lac d'ossuaires.
Des phantômes, on croit de tragiques vieillards
Se lever sur le lac en de blêmes suaires,
Y traversent très-lents le frisson des brouillards.
O Chevaucheur Royal dont j'ai l'âme affolée,
Mes pas et mes regards t'ont suivi par l'allée
Vers l'embûche qu'à ton destin dressait la Mort,
Mais beau de ton dédain tu domptas le péril, Le matin jeune aux fleurs du lac te voit renaître Triste dans le triomphe, oublieux du péril, Et mon rêve s'éveille à te faire connaître La Terre d'allégresse où brille le béryl.