‹ Numa PompiliusChapitre 1 sur 131 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ItJttvs, grand-prêtre de ^iérè», élève Niima, qui passe pour son fils. Fôies<îeCérès. ïullus apprend à Nunia qu'il est le fils d>5 Pompilius, priucc du sang des rois Sabins. Il lui rnconte riiisloire de sa mère Pompilia, rcnlùvemetit des Sabines, la mort de ses parens, la guerre des Romains et des Sabins, l'alliance des deux peuples, l'éducation de Numa dans le temple de Cérès , et l'ordre ds cette déesse de l'envoyer à Rome. Numa descend au tombeau de sa mère. Il se prépare à partij^. Conseils du pontife. Adieux de Tullus et de Numa.

JN os loin de la ville clc*Cuves, dans le pays des Sabins, au milieu d'une antique forêt, s'élève un temple consacré à Gérés. Des ormes, des peupliers aussi anciens que la terre, ombragent le faite de l'édilice; le fleuve Curèse, après en avoir baifftié 1rs murs, va serpenter dans les jardins alF pl'.:sieurs maisons isolées bâties autour de ce temple* Dans ces retraites sacrées , chaque prêtre de la déesse , avec sa femme et ses enfans , passe ses jours à in prière,

au travail , ou dans le sein de la tendresse. Protégés par la divinité qu'ils honorent, nourris par la terre qu'ils cultivent , aimés de l'épouse qu'ils rendent heureuse, bénis de leurs eufans, en paix avec eux-mêmes , ils jouissaient doucement de la vie , sans craindre ni souhaiter la mort.

Le vénérable Tullus commandait à ces prêtres. A l'âge de quatre-vingts ans , il exerçait la souveraine sacrificature avec tout le zèle d'un jeune homme et toute l'indulgence d'un vieillard. Adoré de ceux qui vivaient avec lui , respecté de tous les autres , il n'était craint ^^ue des méchans. Favori des dieux, ami des liommes , rarement il priait pour lui ; c'était toujours pour la veuve ou pour l'orphelin. Dès qu'un citojen de Cuies, dès qu'un habitant de la campagne éprouvait quelque infortune, qu'un ménage était désuni , ou que la concorde n'était plus d ans une famille , le père , l'époux,' l'enfant malheureux, prenait le q^emin de la forêt sacrée ; il venait trouver Tullus : pour peu qu'il eût tardé , TuUus^erai^ allé le chercher. Tullus écoutait «^longues plaintes, ne se lassait jamais de les entendre, l'encourageait,le consolait, lui prodiguait des secours, des conseils. L'infortuné s'en retournait ou moins triste , ou moins à plaindre. Tullus , qui

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pensait n'avoir ry{n fait, allait se pro^fernei. , devant lâ,^cléesse , et ï'implorer pour ce malheureux.

TuUus n'avait plus dcpou^^c ; il rassemblait 0* toute sa tendresse sur sou Uls ISuma. Le cifl semblait vouloir récompenser les vertus du vieillard par les dons qu'il avait prodigués au jeune hommc^lNuma touchait à peine à sa s«;izième année , et n'a^'ait de son âge que les grâces et la douceur. Soumis à son père , qu'il respectait presque îuj'égal de Cérès, enflamir,e du désir de lui ressembler,' il étudiait la morale eu régardant les actions de TuUus. Méditant sans cesse les préceptes de sa religion , il voulait s'instruire encore des cérémonies du culte. Les sacrifices, la prière, occupaient tous 'ses loisirs; sa tendresse pourïuUus, son amour pour l'étude , étaient a^ seules passions; son •tâme , pure comme i'szurduciel, ne distinguait pas ses plaisir* de ses devoirs.'

Le jour de la fêt^,^ de Çerès était arrivé. Chez les Sabins , cettîb fête ie se célèbre poi'it comme à ÉleulLs : TuUus avait supprimé tous ce^ mvstères cachés avec tant de soin, et si peu utiles au bonh'çur des hommes. La divinité , disait-il , qui se montre partout à nous ; qui se manifeste à chaque instant dans les merveilles éclatantes de la nature , peut-elle exiger

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tant de secrets, tant d'éprMives , pour se communiquer aux mortels? Doit-il être plus diiîicile de la remercier que de recevoir ses présens ? IVon : Cérès aime tous les hommes, puisqu'elle les noui-rit tous. Le champ qu'elle couvre^) d'épis devien} un temple pour le laboureur ; et l'on doit adorer par tout l'univers celle doiit les bienfaits couvrent la tei're^

D'après cette idée, Tullus, de concert avec son roi , a ordonné la féte de Cérès. Chaque année , avant de commencer la moisson , tous les laboureurs , parés-de- leurs plus beaux habits , se rassemblent dans la ville -de Cures. C'est de là qu'ils pî^rtent pour aller au temple. Les joueurs de flûte ouvrent la marche; ensuite viennent de jeunes vierges , portant sur leurs têtes , dans des corbeille^ ornées de fleurs , des ofFrande^pures pour la déesse. Les enfans des laboureurs marchent après elles^ vêtus de robes blanches, couronnés de l>luets, conduisant le vorace animal qui se nourrit des ffuits du chêne.'Cette troupe nombreuse, fîère de garder la victime , veut afFdfcter une gi-avit« toujours dérangée par leur joie bruyante. Leurs pères les suivent/d'un pas tardif, en recommandant le silence, et pardonnant c^^tre mal obéis. Chacun d'eux porte dans ses mains une gerbe jpiémices de sa moisson. Les princes ,

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les gwenicrs, les ni.igistr.its, n'omit pins t'« i-aug dans ce gi-and jour, et cèJeut le pas avec respect à ceux qurles ont nourris.

Tuilus et ses prêti'cs étaient venus les attendre à l'entrée du Lois sacré. Le jeuneNuma, couronné de narcisses , vêtu d'une robe de lin , marche à côté de Tuilus. Il le regarde; il aperçoit des pleurs que le vicrilard voulait caclier.^Plus' affligé du chagrin de son père que s'il l'avait ressenti iui-mème, il n'ose, devant'tant de témoins, et dans une cérémonie si auguste , se jeter dans ses bras pour lui demande^le sujet de ses larmes ; mais son silence , son air tendre et inquiet, expriment assez son agitation^ Numa toujours si attentif ,^i recueilli dans les cérémonies religieuses , Kuma ne voit plus que son père . ne songe q^tfà lui , oublie toutes ses fonctions : ses jeux , qui cherchent à pénétrer la cause des pleurs de Tuilus , sont eux-mêmes olrcurcis de larmes.

On arrive au temple. Tuilus se prosterne devant la déesse, et, lui présentant les prémices , Mère des humains , s'écrie-t-il , c'e5t toi qui fais croître ces gerbes : c'est ton père Jupiter qui nous rend pieux et reconnaissans. Dieux immortels^, nous vous oiTrons vos pi-opres bienfaits. Ne rejetez pas nos offrandes j et que votre bonté suprême donne à nos champs l'a-

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bondance^ à nos corps la force , à nos âmes la vertu.

Après cette prière, Tullus répand l'orge sacrée sur la victime ; il lui tourne la têle vers le ciel , l'immole et la fait consumer toute entière.

Le sacrifice achevé , les laboureurs vont déposer leurs srerbcs. Mes frères , leur dit Tullus , car vous êtes aussi prêtres de Cérès , ces dons appartiennent à la déesse , c'est-g-dire aiyt indigens. Les prêtres des die^x ne s'ontT/^t les trésorier^ des pauvres ; vous en êtes Tes bienfaiteurs. Nommez donc le vieillard d'e»tre vous qui doit veillier avec moi , pendant le cou^ll^de cette année, au soulagement des infortunés : il est juste que je vous rende compte des W^ns que vous me l'cmeîtrez pour eux. Les laboureurs , qui connaissent tous la vertu de Tullus , refu^attî de lui donner un collègue : mais Tullus l'exige, et ce choix finit la cérémonie.

Numa brûlait d'impatience de se voir seul avec son père. A peine Tullus est sorti du temple, que son tendre fils le serre dans ses bras : Mon père, lui dit-il, vous avez des yeines , et je les ignore ! Ahl je sens trop qu'à mon âge je ne puis espérer de les soulager: mais je peux du moins ra'afîliger avec vous,

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