‹ Numa PompiliusChapitre 2 sur 131 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

et j'ai besoin de pleurer dès que je vois couler vos larmes. Mon cher fils , lui répond Tullus , car je ne renoncerai jamais à ce doux nom , je n'ai que trop de sujets d'en répandre : je vais me séparer de celui que j'aime' plus que ma * vie.Yous voulez m'abandonner? s'écria Numa tout tremblant. — Non, mon fils ; non, mon ^

cher fils : c'est toi, au contraire Il ne put

achever, les sanglots lui coupèrent la voix. Il prit Numa par la main ; il l'entraîna dans " l'endroit le plus retiré de la forêt : là ils s'as- ^ sirent sur le gazon , et le vieillard lui dit ces paroles : '^

jN'uma , vous n'êtes point mon fils A ces W

mots , une pâleur mortelle se répand sur le visage du jeune homme . sa main tremble dans 0 celle de Tullus. Le grand-prêtre s'en aperçoit , et , le serrant contre son sein , il se hâte d'à- • jouter : Va, je serai toujours ton peie ; ce nom m'est aussi cher qu'à toi. Mais apprends # l'histoire de ta naissance , connais à quelles hautes destinées tu es appelé par le ciel.

jNuma l'embrasse , et ne répond rien ; il écoute dans un profond silence , il baisse les yeux; son air semble dire à Tullus : Rien ne ^ pourra remplacer le bonheur d'être votre calant^

Mon fils , reprend le grand-prêtre , vous

lO NUMA POMPILIUS.

devei le jour à Pompilius , prince du sang de nos rois , et que ses rares vertus rendaient cher aux dieux et aux hommes. La belle Pompilia, de l'antique race des Héraclides , était son épouse depuis dix ans. Rien ne manquait à ce couple heureux , que de voir naître un g-îge de leur tendre union : Pompilius le désirait avec ardt-ur : la sensible Pompilia , qui ne formait jamais de vœux dont son époux ne fut l'objet , Pompilia venait tous les jours dans le temple se prosterner devant Cérès , baigner de larmes les marches de son autel , en demandant pour unique grâce le bonheur d'avoir un fils.

Je \§. surpris dans le sanctuaire. Elle priait arec tant de ferveur, qu'elle ne m'aperçut pas ; je l'entendis prononcer ces paroles : Bienfaisante Cérès , si ton père Jupiter m'a destiné une longue vie , obtiens plutôt de lui que je péi-isse à la fleur de mon âge , mais que je laisse à mon époux un fruit de notre chaste amour. Oui , puissante immoi'telle , reprends tous les bienfaits que j'ai reçus, prive-moi de tous ceux que tu me destines , et donne-moi à leur place un enfant. Que j'entende ses vagissemens , que je puisse ie voir, le tenir dans mes bras, le presser contre mon cœur, le couvrir de mes baisers , le présenter à mon époux tout

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