Numismatica
Les grands pas qu’a faits la science numismatique depuis quelques années, les nombreuses découvertes qui ont eu lieu depuis le commencement de ce siècle, et surtout depuis vingt ans , rendent de jour en jour plus rares les additions au nombre des médailles déjà connues et décrites. Cependant, si dans le vaste domaine de la numismatique grecque il y a une région où il reste encore des lacunes à combler, des erreurs à rectifier, c’est certes l’Asie-Mincure, et surtout les provinces les plus éloignées du littoral. Un voyage de .neuf mois dans toutes les parties de ce pays, ou du moins dans celles où les arts et la civilisation de la Grèce ont laissé le plus de traces, m’a fourni l'occasion de recueillir quelques faits intéressants pour la science, et de rassembler un assez grand nombre de médailles inédites. Mon intention est de présenter d’abord quelques observations générales, ensuite de publier, par ordre de provinces, les variétés et les types nouveaux qui se trouvent dans ma collection.
Je dirai tout d'abord que la passion des médailles, ou si
l’on veut l’amour de la numismatique, a transformé un voyage commencé dans un but archéologique, en une véritable chasse aux médailles. Souvent leur existence dans un endroit m’a décidé à y passer plusieurs jours, et je n’ai jamais quitté une ville sans avoir à peu près épuisé la source.
Ce n’est guère que dans un voyage, ou lorsqu’on demeure dans un pays, qu’il est possible de constater la provenance exacte d’une classe de médailles, et c’est là néanmoins un des éléments les plus précieux, tant pour l’attribution des monnaies incertaines que pour la connaissance de la géographie et la fixation du nom d’une ville par les médailles qu’on y trouve, à défaut d’inscriptions ou d’autres monuments. Mon attention s’est portée spécialement sur ce point, peut-être un peu négligé jusqu’à présent, et j’ai toujours constaté avec soin le gisement, si l’on peut s’exprimer ainsi, des médailles que j’ai recueillies. Comme règle générale, la découverte d’une monnaie d’or ou d’argent dans les ruines de quelque ville ancienne, ne prouve pas beaucoup pour le nom de celte ville, parce que les métaux précieux servent aux transactions lointaines, au commerce extérieur. Mais lorsqu’on trouve dans ces ruines un grand nombre de médailles de cuivre, et surtout de petit module, c’est une preuve presque certaine que c’est cette ville-là qui les a fait frapper. De plus, j’ai constamment remarqué, chose du reste assez naturelle, que sur les ruines d’une ville ancienne la presque totalité des monnaies locales qu’on m’apportait étaient plus ou moins usées par la circulation, tandis que celles des villes voisines ou éloignées étaient en fort bon ctat. Ainsi, à Myndus de Carie j’ai obtenu huit petits bronzes de celte ville, tous assez frustes, etune médaille à fleur de coin d’Anémurium de Cilicie, ville située à cent lieues de là ; je pourrais citer bien d’autres exemples analogues. On comprend aisément l’importance que cette
remarque, dont j’ai vérifié l’exactitude sur des sites connus, peut avoir, dans les cas où la numismatique fournit à la géographie à peu près les seuls éléments pour rendre à des ruines inconnues leur ancienne dénomination. Dans la suite de ce travail le lecteur aura plus d’une fois l’occasion d’en juger par lui-même.
Souvent l’on se demande pourquoi les médailles de telle ou telle grande ville sont rares, tandis que celles d’une ville de moindre importance sont assez abondantes. Cela tient en général à une cause fort simple. Pour que l’on retrouve les monnaies d’un peuple ancien, il faut que la terre où il a vécu soit fouillée, cultivée ; or il arrive fréquemment que les ruines d’une ville sont entièrement désertes, qu’il n'y a point de villages près de son emplacement, et que par conséquent son sol ne fournit presque rien. Dans d’autres cas au contraire les ruines sont habitées, la terre est cultivée partout où cela est possible ; là on trouve journellement des débris antiques, et même quelquefois la mine commence à s’épuiser.
Mes lecteurs voudront peut-être savoir le prix des médailles dans le pays et l’importance qu’y attachent les habitants actuels. Depuis quelques années, le nombre toujours croissant de voyageurs européens, et les agents envoyés par les amateurs de Smyrne et de Constantinople , ont fini par apprendre aux paysans que ces vieux « sous des infidèles » ont de la valeur. Aussi, en général, demande-t-on assez cher pour les pièces d’or et d’argent, quelquefois plus qu’elles ne y valent à Paris, surtout dans les villes, et lorsqu’elles sont entre les mains de Grecs ou d’ Arméniens. Les médailles de cuivre sont presque partout à très bon compte.