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savants, c’est le nouvel ordre de classement que nous avons adopté. L’idée de ce classement ne m’appartient pas : c’est à mon père que je la dois. Depuis déjà longtemps il avait été frappé des inconvénients graves que présente la différence des principes de l’ordre adopté généralement par les numismatistes à la suite d’Eckhel, ordre purement géographique pour les monnaies autonomes, et purement historique pour les monnaies des rois. Il avait conçu le plan d’un classement à la fois historique et géographique qui conciliât ces deux principes et se tînt à la hauteur des progrès de la science numismatique dans le sens de l’histoire. C’est ce plan que nous avons suivi sous ses yeux et avec ses conseils, et que nous avons tâché de réaliser dans notre Catalogue. Nous l’avons appliqué en même temps à une des suites où son adoption immédiate était la plus facile, dans un travail encore inédit, mais qui, nous l’espérons, verra bientôt le jour , en décrivant les monnaies macédoniennes du Cabinet de France. On pourra relever des erreurs dans notre travail : un premier essai en contient toujours, et nous ne devons pas nous considérer comme garantis plus qu’un autre contre les écueils. Mais, quelles que puissent être nos fautes de détail, le principe de notre nouveau classement n’en demeurera pas moins, nous en avons confiance, et devra être pris en considération par les archéologues. On nous pardonnera une comparaison, sans doute ambitieuse, que nous empruntons à l’histoire de la botanique, vers laquelle nos goûts et nos études nous portent comme vers celle des médailles. C’est dans un simple catalogue de quelques pages qu’avant l’immortel Antoine- Laurent, Bernard de Jussieu jeta les premières bases du classement des familles naturelles. La numismatique a eu son Tournefort dans V aillant, son Linné dans Eckhel ; nous permettra-t-on d’espérer que nos deux Catalogues pourraient peut-être à un certain degré jouer le rôle du Catalogue du Jardin de Trianon? Mais dans ce cas, ce n’est pas à nous que devrait en revenir l’honneur : il appartiendrait tout entier à celui qui a conçu l’idée et le plan de ce nouveau classement, et dont nousn’avons fait que suivre les indications et les conseils.

Quelques mots maintenant pour signaler les principales richesses de la collection de M. le baron Behr. Nous avons fait graver et join-

dre à ce Catalogue trois planches dues au burin exercé de M. Dardel ; chacune contient la figure de onze médailles inédites et d’une grande importance. Mais ce n’est encore qu’une petite partie des plus précieux monuments numismatiques que renferme le cabinet du savant ministre de Belgique ; nous nous sommes fait une loi de ne reproduire sur ces planches que des monnaies inédites, et par cela même beaucoup de pièces de toute rareté se sont trouvées exclues.

Voici, du reste, l’indication des pièces que nous recommandons le plus à l’attention des amateurs.

Dans l’Europe : Le tétradrachme d’Abdère avec le nom de Démocrite, n° 53 ; la monnaie d’argent de Lysimaque aux types de Philippe II de Macédoine, n° 74; la drachme du même roi frappée à Àcé de Palestine, n° 79; l’Alexandre II, roi de Macédoine, n° 104; l’Archélaüs II, n° 105; les monnaies d’argent de rois inconnus des Orestes, nos 107 et 1099 ; le tétradrachme d’Alexandre le Grand frappé à Ephèse, n° 138; le magnifique décadrachme d’Athènes, n° 201 ; le bronze de Cleones frappé sous Septime-Sévère, n° 252, et enfin la monnaie d’argent de Théra d’ancien style, n° 285.

L’Asie est beaucoup plus riche : c’est là la véritable supériorité de la collection de M. le baron Behr ; c’est ce qui la place tout à fait hors de ligne. Les monnaies orientales, en particulier, qui présentent aujourd’hui tant d’intérêt à mesure qu’on les connaît mieux, forment dans ce cabinet des séries d’une richesse extraordinaire qui devront laisser leur trace dans l’histoire de la science. Il est quelques-unes de ces séries qu’on admirerait dans une collection publique, et que nous signalerons en bloc aux amateurs et aux savants, ne pouvant énumérer ici tout de qu’elles renferment de précieux. Telles sont les monnaies phéniciennes de la Cilicie ; les pièces de Cypre et de la Lycie ; la suite complète de ces curieuses monnaies indiennes de rois qui ont gouverné, à une époque jusqu’ici très-difficile à fixer, la Saurastrène des Grecs, et qui prennent sur leurs monuments le

titre de grand satrape , roi ( maha kshatrapa raja). Telle est

surtout l’incomparable collection des médailles des rois de Perse Achéménides, Arsacides et Sassanides, dont M. de Longpérier disait que, « pour le nombre et l’importance des monuments, elle prend

« place immédiatement après celles des grands cabinets publics. »

En dehors de ces séries nous signalerons encore beaucoup de monnaies curieuses : Le Polémon 1 à la tête d’ Agrippa, n° 302 ; le bronze portant les têtes affrontées de Mithradate et Gépépyris, n° 312 ; le Rhescuporis IX à la date de l’an 621, n° 336; la division de la monnaie archaïque d’argent d’Héraclée de Bithynie, n° 3A7; le statère de Cyzique, n° 412; le tétradrachme de Philétère, n° 425; la monnaie d’argent archaïque de Mytilène aux deux têtes de veau affrontées, n° 548 ; la suite de toutes les divisions de la monnaie de Calymna, nos 622-627 ; la médaille d’argent d’ Aspendus, n° 662, et celle de Selgé avec le nom de Démétrius, n° 668 ; les bronzes de Tarcondimotus, roi de Cilicie, nü 690, et d’Ajax, grand-prêtre d’Olba, n06 691 et 692; le médaillon d’Asia et Smyrne, n° 717; le grand bronze d’Ancyre au type du dieu Lunus, n° 745 ; les petites pièces d’argent phéniciennes à légendes d’une ou deux lettres, n“ 803-810; les monnaies des rois de Pétra, nos 825-827 ; le grand bronze de Singara, n°830; enfin, le magnifique tétradrachme d’Euthydême, n°1049, la monnaie inédite et non encore déchiffrée à légende caboulique, n° 1053, et le médaillon d’or du roi indo-scythe Borooro, n* 1057.

Nous n’avons signalé que les pièces tout à fait hors de ligne. On trouvera dans le cours du Catalogue encore un grand nombre de monnaies inédites, particulièrement dans les bronzes impériaux des villes grecques.

En terminant cette préface, nous exprimerons toute notre reconnaissance pour les personnes qui ont bien voulu nous aider de leurs conseils et de leurs lumières dans ce travail : MM. de Saulcy, de Longpérier, de Witte. Il est enfin une personne à qui nous devons un hommage tout particulier de reconnaissance : c’est à M. le duc de Luynes, qui a bien voulu, avec la noble et bienveillante générosité qui lui est habituelle, mettre à notre disposition et nous permettre d’employer le caractère phénicien qu’il avait fait graver pour son bel ouvrage de la Numismatique de s Satrapies. C’est grâce à cette généreuse complaisance que nous avons pu imprimer en caractères mobiles dans notre Catalogue les légendes mêmes des monnaies phéniciennes.

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