PRÉFACE DE L'AUTEUR. V
Le prince d'Isemburg avait rapporté des guerres d'Espagne une belle collection de monnaies , et notamment une série complète des Goths d'Occident. Il ne quittait , pour ainsi dire, pas le cabinet de Becker, parce qu'il trouvait dans ses fréquentes conférences avec ce dernier un agréable passe-temps.
Beoker était d'une taille moyenne , robuste , de manières agréables, mais très-laconique dans son discours. Gomme il se montrait , en revanche , auditeur complaisant et connaisseur passionné, son protecteur lui faisait voir tous ses objets d'art ; tantôt une médaille rare, tantôt quelque pierre gravée , en se vantant de ses achats avantageux oi^de ses heureux échanges.
Becker se rappelait toujours exactement le lieu où il avait trouvé ses médailles , celui où il s'en trouvait un autre bel exemplaire, pour Tacquisition duquel il fallait débourser quelque prix fabuleux.
De grandes lectures et une connaissance approfondie des hommes lui avaient donné un tact parfait pour traiter, dans les réunions , les seuls sujets qui pouvaient intéresser la société présente.
En ce qui concerne les monnaies , il donnait des détails et des aperçus généraux, toujours remplis d'intérêt, qui révélaient ses grandes connaissances en numismatique. Il se répandait souvent en éloges flatteurs sur le mouvement imprimé aux arts , à Manheim , par Charles Théodore, et on peut croire , en effet, que ces dernières circonstances contribuèrent beaucoup à éveiller le talent de Becker et celui de plusieurs autres habitants de cette ville.
Pour débiter, parmi les amateurs, ses monnaies contrefaites, il se servait le plus souvent des Juifs de Francfort.
\l PRËFAGE m L'AUTEUR.
Il mourut le 11 avril 1830'.
Il ne faut pas s*étoiiner de ce que Becker , qui d'ailleurs n'étala jamais , ni sur lui ni dans sa maison , un bien grand luxe, n'a pas laissé une fortime importante. Bien que, suivant les appréciations de Hionnet, un seul exemplaire des médailles contrefaites de Becker ait une valeur de 66,723 livres *. La plus grande partie de son bénéfice restait entre les mains des juifs; car il tenait beaucoup à ne jamais laisser paraître qu'il faisait le com* merce d'antiquités. D'un autre côté, dans Vintentioii d'arriver plus promptement à la richesse , il se livrait à une foule de spéculations , dont plusieurs eurent de fâ-» cbeux résultats , et à tout cela il faut encore ajouter les dépenses folles occasionnées par son goût pour les. femmes.
Ses coins, dont il estimait lui-même la valeur à 2264 du* cats ', sont aujourd'hui la propriété de M. Seidenstricker de Hombourg, qui Uvre aux amateurs une série en plomb de toute la collection pour le prix de 30 florins.
Ce qu'on ne peut comprendre , c'est conunent il fut possible à Becker de fabriquer une série de plus de trois cents monnaies , et par conséquent de plus de six cents coins, portés à une telle perfection, même en admettant que son talent joignit à l'habileté de main la plus preste^ l'application la pliis assidue. Il eût été trop hasardeux pour lui d'avoir un associé , et pour éviter , autant que possible, d'être connu, il devait nécessairement travailler