PRÉFACE DE L'AUTEUR
Après m'êlrc occupé longtemps des médailles conlrefiaites par Becker, je sentis que son talent, aussi admirable que mal employé , faisait naître le désir de savoir quelque chose de plus sur la vie de cet homme et sur ses procédés. Ces deux points sont essentiels , en effet , pour la complète intelligence de ses travaux.
Dans la littérature et dans les arts, jamais l'œuvre n'est tellement séparée de son créateur, que cette copie ne garde quelque chose de roriginal/ Plus on examine de près le caractère de Tartiste, plus on recherche, avec détails , les moyens qu'il employait , et plus le regard acquiert une vue nette et claire des produits artistiques eux-mêmes.
Qui mieux que Becker aurait pu pénétrer dans lés profondeurs de l'art classique pour en faire renaître les produits dans leur perfection même. Qui posséda jamais à un égal degré l'aptitude nécessaire pour comprendre et imiter les styles des différentes époques. La vie de l'homme qui possédait un tel talent mérite l'attention de tous les archéologues et de tous les amis des arts. C'est à ce titre que nous leur offrons les renseignements suivants que nous avons pu réunir à force de recherches.
Charles Guillaume Becker naquit en 1771 à Spire , où son père occupait un office de magistrature municipale. Il se destina d'abord au commerce. II se maria à Man^
lY PRÉFACE DE L'AUTEUR.
heim, où, ses affaires n'ayant pas prospéré , il fit faillite* En 1806 il travailla comme orfèvre dans la même yille, et dans cette position il donna à Creuzer une preuve écla* tante de son savoir-faire dans Timitation des monnaies en or des rois grecs ^ Quelque temps après, Becker s'établit à OtTenbach , où il se fit passer pour- un amateur d'objets d*art , cherchant à augmenter par des échanges sa collection de médailles, peu nombreuse encore, mais très-choisie , et le voisinage de Francfort lui fut , à cet effet, d'un grand secours.
 Offenbach, la police^ peu soucieuse d'épier les occupations des habitants , y laissait volontiers les étrangers vivre à leur guise. Becker n'y était connu que sous le nom de ÏAntiqimire Becker,
Vers Tannée 1814 environ ^ il fit la connaissance du prince d'Isemburg, général au service de la France, qui le fit nommer conseiller de cour. En 1815, il fut visité par Goethe qui, dans ses Tag-und Jahreihefte^ a dit à ce sujet : « Le conseiller de cour, Becker, montrait à Offenbach des tableaux magnifiques, des médailles et des pierres gravées , et ne paraissait pas éloigné de vendre les uns ou les autres aux amateurs, suivant le goût et le désir de ceux-ci '. »»
On lit aussi dans le journal Kunst und Alterthum: « M. Becker, numismatiste fort distingué, a recueilli une très-grande quantité de médailles de tous les temps dans rintention d'en écrire ensuite l'histoire. Il possède , en outre, des tableaux de grand prix, des bronzes antiques et plusieurs objets d'art et d'archéologie '. »