‹ Numismatique de CambraiChapitre 104 sur 203 · JETONS DE 1578 ET · texte numérisé non relu

JETONS DE 1578 ET

Le baron de Licques, qui tenait la citadelle de Cambrai au nom du roi d'Espagne, avait refusé de se joindre à la ligue qu'avaient formée , contre son maître, le prince d'Orange et les États de Brabant, de Flandre, de Hainaut et d'Artois. Beaudoin de Gavre, baron d'Inchy, gouverneur de Bouchain, se chargea de le supplanter, et, pendant un banquet auquel il s'était fait convier, il s'empara traîtreusement de tous les postes et resta maître de la place. Plus tard, le mercredi après Pâques 1579, à l'instigation de Marguerite de Navarre, le nouveau gouverneur descendit dans la ville, que l'archevêque avait aban* donnée, et en chassa les magistrats restés fidèles à Philippe IL En 1581, la place fut attaquée par l'armée du duc de Parme, mais le duc d'Alençon se porta en personne à son secours et fit lever le siège. Le prince français, ne trouvant pas le baron d'Inchy assez dévoué à sa politique personnelle, profita, à son tour, du trouble d'un festin pour s'emparer de la citadelle et y mettre garnison française. D'Inchy, .puni de la peine du talion, fut remplacé par

Jean de Monluc, seigneur de Balagny, et la domination française commença à Cambrai. t

Les jetons suivants ont été frappés à Tépoque dont nous venons de rappeler les principaux événements.

NM. + 4CAMBRAY**CITE**DE**PAIX**1578 ; au centre, deux femmes se donnant la main ; entre elles une plante à longue tige.

H|. 4VIVAT**GERMANIA*F0ELIX*1B78* ; dans le champ, l'aigle impériale, timbrée d'une couronne fermée.

Mauvais style; cuivre rouge; poids, 4,49 gramm.; collection Hermand ; pi. XXXIV, fig. 1.

Un exemplaire décrit par Van Loon, présente des variétés dans les signes qui séparent les mots.'

Cette pièce aurait été frappée, suivant cet auteur, à l'occasion de Tassociation des Villes Wallonnes, dans laquelle Cambrai était entré comme cité impériale. Nous pensons que Van Loon donne au jeton qui vient d'être décrit une importance historique qu'il ne comporte pas.

N-2. + P0VR*LES*C0MIS*AVX*F0RTIFICAT10N;danslechamp des emblèmes analogues à ceux du N"" 1, c'est-à-dire deux mains jointes et l'aigle double; au-dessous, la date de 1579.

i^. +• CAMBRAY* CITE* DE* PAIX* 1579€: ; au centre, l'aigle double de la ville impériale, les trois lions du comté de Cambrésis, et enfin l'écu ducal de Louis de Berlaymont qui , si les événements l'avaient contraint à fuir, n'en était pas moins, en droit, le seul souverain légitime.

Cuivre; poids, 4,15 gramm.; ma collection; pi. xxxiv, fig. 2.

* Suivant un mauuscril iiitiiulé: Mémorial de pltuieurs choses rMiarquables arrivées à Cambrai, dTnchy serait resté en fonctions jusqu'à sa mort, lo 7 janvier iK82; mais les Mémoires de Sully sont parfailemeni explicites et racontent, avec de grands détails, et la ruse du duc d'Anjou et le désespoir du pauvre gouverneur.

* Histoire métallique des XVII Provinces- Unies des Pays-Bas, t. J, p. 2tf2.

Van Loon a décrit une variété de ce jeton où les croisettes initiales des légendes sont remplacées par des lys, les trèfles du droit par des points, ceux du revers par de doubles points, et où le fleuron qui suit la date» au revers, a disparu/

Le baron d'Inchy, dès le mois de janvier 1579, avait rasé les approches de la ville et entrepris de nouveaux ouvrages de défense; la pièce qui précède, frappée pour le service des employés de la place, leur servait ou de passe pour franchir les postes, ou de jeton de présence constatant leur droit au paiement. Il ne serait pas impossible non plus qu'elle ait été spécialement destinée à rétablissement du compte journalier des travaux de fortification, car, à la fin du XYP siècle, T usage des chiffres arabes, dans les opérations arithmétiques, n^avail pas encore remplacé partout celui des jetons.

N' 3. Ô • POVR • LE • COMIS • AVX • FORTIFICATION • ; buste tourné à gauche, la poitrine ornée de la Toison d'or.

iV. +• CAMBRAY- CITE -DE -PAIX -1579- ; buste de femme, à gauche, le cou orné d'un collier de perles, soutenant une croix.

Ce jeton, que connaissait Van Loon, n'existe, à ma connaissance, dans aucun médaillier; je l'ai reproduit d'après cet auteur. PI. xxxiv, fig. 3.

Les personnages du droit et du revers sont Philippe llet la reine d'Espagne. On pourrait, au premier abord, s'étonner de rencontrer ces effigies royales sur le jeton destiné aux travaux des fortifications qu'on élevait , en fait , contre l'Espagne. Mais il faut remarquer que les États des Pays-Bas avaient conservé jusque là le buste du roi sur leurs monnaies, et qu'on travaillait encore, en cette même année 1579, à une réconciliation, sous la médiation de Tempereur.

Les trois jetons que nous venons de décrire portent : Cambrai cité de paix*. Les uns expliquent cette légende par la sagesse qu'eurent les Cambrésiens d'échapper aux querelles religieuses qui agitaient les villes voisines; d'autres

* Histoire méiaUiquê de$ Payi-Boi, t. i, p. 27i.

* Les élats de Hainaut, de iS(77 à 1579, mellaîent sur leurs monnaies : Juttitia 9t pace.

ont voulu voir dans la présence de ces mots, sur le jeton des commis aux fortifications, une application de Tadage: Si vis pacem,para beUutn. Il est plus probable que cette légende fait simplement allusion à la neutralité si souvent invoquée par Cambrai pendant les luttes du XYP siècle ; et encore ne faut-il pas trop creuser le sens des inscriptions métalliques de cette époque.

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