ARCHEVÊQUES
Maximilibn de Bmoiibs. . .
Louis DE Bbelaymoiit
iK70 ~ IB96
En 1562, Cambrai est érigé en archevêché.
Est le dernier prélat qui ait eu le droit de battre monnaie.
Les concessions monétaires, que nous avons rapportées au commencement de ce chapitre, prouvent que Tévêque de Cambrai a eu le droit de battre monnaie au X* siècle , à peu près en même temps que les autres comtes ecclésiastiques du royaume de Lorraine; mais le premier ovêque, dont on connaisse sûrement les monnaies y est Nicolas de Fontaines ou Nicolas III (1248-1272) qui a frappé à Cambrai et au Cateau * Il s*est donc écoulé une période de plus de trois siècles pendant laquelle les évéques de Cambrai paraissent n'avoir pas eu de monnaies, tandis qu'il est prouvé que d*autres prélats, surtout dans la haute Lorraine et vers le Rhin, ont exercé leur droit beaucoup plus tôt*.
te
Ce n'est pas à dire pour cela que l'atelier épiscopal ait chômé pendant tout ce temps': ou les premiers deniers autonomes, qui en sont sortis, ne sont pas encore retrouvés , ou bien on y a frappé , comme dans d'autres villes ^, des pièces, sans nom d'évéque, imitant les types anciens les plus accrédités, tels que le temple ou le monogramme carlovingien. Plus tard, au XII" et au XI1P siècle, lorsque le système monétaire carlovingien eut disparu en Belgique et dans le nord de la France, pour faire place aux petits deniers ou mailles,
* On avait , il y a quelques années , par suite d*une fausse interprétation , cru retrouver une monnaie frappée à Lambres. Il n* existe à ma connaissance aucun monument monétaire sorti de cet atelier.
* Adalbéron 1«% évéque de Metz (962-964) ; Heymon , évéque de Verdun (996-1002) etc....
' Tribou ne doute pas que les évéques de Cambrai aient eu des monnaies autonomes avant Nicolas de Fontaines. 11 pense que ces pièces étaient des bractéates muettes; mais on sait aujourd'hui que les bractéates, fréquentes eu Allemagne et sur les bords du Rbin, n*ont été adoptées qu'exceptionnellement dans les villes impériales de langue française. Je n'en connais même qu'un exemple qui s'est produit h Metz.
* Nous avons fait connaître (Revue numismatique belge, 18S9, 3" série) t. III, une monnaie au temple avec FISTI ANA RELIGIO, que nous croyons frappée ë Vatenciennes , pendant la première moitié du XI^ siècle.
Tatelier épiscopal de Cambrai a dû suivre Texemple général. Néanmoins, aucune maille portant en toutes lettres, le nom d'un évéque antérieur à Nicolas de Fontaines y n'a été retrouvée jusqu'à ce jour, ce qui permettrait de croire qu'elles étaient anonymes.
On voit dans la plupart des collections, en tête de la série épiscopale, des petits deniers que la présence de la lettre M , dans le champ , a fait classer au temps de Manassès (1095-1105); en voici un spécimen:
Personnage à mi-corps, la tête nue , tenant une crosse de la main droite ; dans le champ la lettre M ; quelquefois un croissant sur le front.
H|. Croix pattée, cantonnée des lettres S T S T, ou seulement de deux T et de deux anneaux perlés.
A ces pièces se rattachent les nombreux deniers, dans lesquels la lettre M est remplacée, comme dans la figure suivante, par un croissant, tandis qu'on ne voit plus au revers que deux S et deux petites sphères.
Enfin on classe souvent à lenr suite, mais avec moins de probabilité, les diverses variétés d'une pièce bien connue qui présente, d'un côté, un évêque en buste, la tête nue, entre deux annelets, et de l'autre, une croix cantonnée d'annelels'.
Tribou s'est abstenu de faire graver, dans son excellent mémoire , les petits deniers timbrés d'un M; mais la plupart des autres numismatistes n*ont pas
< Leicwel, iVtimifiiuMigw« du moym-â^a , pi. XX, 6g. 28.
hésité à les croire de Cambrai \ Ces pièces se. rencontrent fréquemment dans le département du Nord; M. Fénelon Farez nous a raconté que, lors de l'écroulement de la flèche de la métropole en 1809, on trouva, au milieu des décombres, une boite de ferblanc qui en renfermait un grand nombre mêlé à des deniers d'un évêque de Meaux, du nom de Burcard (1120-1134). Cette provenance militerait en faveur de leur attribution à Manassès; mais leur style semble les rapporter à une époque un peu moins ancienne. La question demeure douteuse.
On s'est beaucoup occupé des lettres S et T; LelcweP, après avoir constaté qu'elles se rencontrent fréquemment, séparées ou réunies, répétées ou employées deux à deux, ajoute que S signifie Signum, T Terrœ ou Territorii. Cette explication, quoique fort ingénieuse, n'est pas pleinement satisfaisante.
Avant de passer à l'épiscopat de Nicolas de Fontaines, nous ferons encore connaître une petite maille que M. de Robiano a bien voulu nous communiquer.
Argent; bon style; 0,39 gramme.
Cette charmante monnaie , est la première où se rencontre le nom de Cambrai , ; la présence de la mitre la classe à une époque moins reculée que les précédentes; il est probable cependant qu'elle est antérieure à Nicolas III'.
< Leiewel, Num, du moyen-âge , l. 11, p. 271. — Cotai. Ducoi, n"* 186. — Caiàl. Deiaint, n* 641. — M. Poey d*Av8Dl, Description d'une collection de monnaies seigneuriales, n* 1866.
* monnaies des évèques de Tournai, Bruxelles, 1846, p. 6.
' M. de Robiano, remarquant que le poids de celle rare monnaie est relativement assez élevé, pense qu'elle n'appartient pas à la dernière période de la fabrication des mailles.
NICOLAS DE FONTAINES ou NICOLAS III
5^ Évoque (1248-1272).
Nicolas de Fontaines fut élu en 1248; il mourut en 1272. Deux autres évèques du même nom l'avaient précédé sur le siège épiscopal, Nicolas de Chièvres (1137-1167) et Nicolas de Rœux (1197). Le lecteur se demandera donc tout d'abord auquel de ces trois évèques appartiennent les monnaies que nous allons décrire.
Nicolas \" et Nicolas 11 ont pu assurément , comme d'autres comtes ecclésiastiques de l'empire, et en vertu des concessions monétaires renouvelées de leur temps\ frapper monnaie soit à Cambrai, soit au Cateau. Mais il est à remarquer que Nicolas V% malgré l'exemple de son prédécesseur Liétard , se faisait représenter la tête nue , sur ses sceaux*, et que Nicolas II n'a gouverné l'Ëglise que pendant bien peu de temps. Nicolas III, au contraire, nous a laissé des sceaux' oii il porte la mitre, comme dans les monnaies que nous lui attribuons, et où on retrouve le même faire artistique.
ïlnfin, et cette raison eût pu nous dispenser d'en présenter d'autres, la monnaie que nous classons à Nicolas III , ne peut appartenir à ses prédécesseurs, parce qu'elle rentre dans le système de la forte monnaie , qui n'a été introduit , en Cambrésis, comme en Flandre et en Hainaut, que vers 1254, lorsque Saint Louis eut créé le gros tournois.
UNITÉ PBlNClPAIiB.
L'unité monétaire principale de Nicolas III présente, d'un côté, une tète de face très-caractérisée , avec le nom de l'évèque; de l'autre, une croix à branches
* Voir aux preuves, pièce n* 10, les privilèges accordés, en 1146, à Nicolas I*', par Conrad, roi des Romains.
* Tilre de H 40, archives de l'empire, n* SI 83, m. 863, et litre de 1141, archives du Nord.
* Titres de 1248 el de 1280, archives du Nord.
égales et évidées, cantonnée de quatre syllabes formant le nom de la ville et entourée, en Thonneur de la Vierge , protectrice de Cambrai*, d'une légende formée des quatre premiers mots de la salutation angélique. Des monnaies du même type se rencontrent à TouP et dans quelques évèchés allemands. Leur ressemblance avec les pièces anglaises leur a fait donner, par les numismatistes, le nom de double esterling.
La monnaie de Nicolas est généralement en argent assez fin. L'unité principale pèse, en moyenne, 2,43 grammes; c'est à peu près le poids des pièces que Marguerite de Constantinople fit fabriquer, vers le même temps, en Flandre et en Hainaut , pour représenter les deux tiers du gros royal de France.
N** 1. .+ NICHOLAYS ; EPISCHOPVS; dans le champ, une tète de face, sans barbe, portant une mitre écrasée.
H|. -h AVEMARIA « GRATIA « PLENA en légende extérieure, et CA ME RA CV en dedans, entre les branches d'une croix évidée, portant un point au centre et cantonnée de croisettes.
Cette pièce parait plus ancienne que celles qui seront décrites à partir du n"* 6.
Argent; 2,50 grammes; collection Serrure ; pi. iv, fig. 1.
Autre dont les cheveux sont plus développés et le cou moins long; 2,50 grammes ; collection Dancoisne.
N* 2. + NICHOLAVS : EPISCHOPVS; même type que le n» 1. H|. -h AVEMARIA « GRASIA « PLENA et CA ME RA CV.
Cet exemplaire se trouve dans ma collection; il ne diffère du précédent que par les deux points qui terminent le nom de Tévêque, au drpil, et par un S, mis au lieu d*un T, dans le mot gratia du revers.
Les trois pièces suivantes ont été également frappées au type du nM, mais elles présentent de notables variétés de dessin et un emploi différent des signes de ponctuation.
1 Les sceaux de Nicolas 111 porteni aussi : A VB MARIA,
* Recherches sur le» monnaies des M^ues de Toul, pi. m, fig. tf.
N*.3. 4- NICHOLAVS 5 EPISCHOPVS; tête sans barbe, coiffée d'une mitre; le haut du vêtement est orné de croisettes.
Hf. -h AVEMÂRIA « GRATIA » PLENA « et CA ME RA CV; même croix que les deux numéros précédents.
Dessin communiqué par M. Ducas, sans indication de provenance, ni de poids; pi. lY, fig. 2.
N» 4. + NICHOLAVS S EPISCHOPVS
+ AVEMARIA : GRATIA « PLENA et CA ME RA CV
Cette description est empruntée à Tribou\
N* 5. + NICHOLAVS 5 EPISCOPVS.
r'. 4^ AVE MARIA « GRATIA « PLENA « et CA ME RA ÇV.
Argent très-fin; 2,50 grammes; collection Dancoisne.
Dans les exemplaires que nous venons de décrire, la tête ne présente aucune trace He barbe. Dans ceux qui suivent, l'artiste a couvert le menton de points , pour figurer une barbe courte ; la mitre est beaucoup plus évasée et plus ornementée; la croix du revers est constamment cantonnée, non plus de croisettes, mais de petits globes disposés trois à trois.
N' 6. + NICHOLAVS * EPISCHOPVS; buste épiscopal , barbu et mitre; la légende commence par un N capital.
i^. + AVEMARIAGRATIAPLENA, en légende extérieure; au centre CA ME RA CV, entre les branches d'une croix, cantonnée de triples points.
Ron argent; 2,60 grammes; collection Serrure; pi. iv, fig. 3.
N° 7. -h NICOLAVS : EPISCHOPVS, écrit avec des S retournés. Mitre ornée à la fois de perles et de croisettes; oreilles très développées; argent; 2,42 grammes; ma collection; pi. iv, fig. 4.
H|. 4- AVEMARIAGRATIAPLENA et CA ME RA CV.
N» 8. — Variété du précédent, oii les S sont régulièrement tracés dans le sens de l'écriture; argent; 2,48 grammes; collection Hermand.
« Mém de la Société d^Émul, de Cambrai, 1823, pi. I, fig. tt.
N* 9. + NICHOLAVSEPISCHOPVS,
Hf. ^ AVEMARIAGRATIAPLENA et CA ME RA CV.
Cette monnaie, dont les légendes sont continues, sans interposition d'aucun signe de ponctuation, présente, au droit, trois S retournés et, au revers, un V barré comme un A.
Argent; 2,55 grammes; collection Serrure; pi. iv, fig. 5.
M. V. Delattre, de Cambrai, en possède un exemplaire auquel la même description s'applique, mais qui ne pèse que 2,30 grammes.
N° 10. — Autre dans laquelle les S et le V ne présentent aucune particularité; argent; 2,43 grammes; collection Dancoisne.
N* 11. -h NICHOLAVSEPISCOPVS.
i^. AVEMARIAGRATIA o PLENA et CA ME RA CV. Argent; 2,51 grammes; collection Mignot.
N* 12. + NICHOLAVSEPISCOPVS:
H|. ^ AVEMARIAGRATIAPLENA et CA ME RA CV
Celte pièce, qui appartenait à M. de Boullongne, fait aujourd'hui partie du Cabinet des médailles à la Bibliothèque impériale; c'est l'exemplaire décrit par Duby*.
N- 13. -h NICOLAVS • EPISCOPVS:
i^. -h AVEMARIAGRATIAPLENA et CA ME RA CV
Argent; Cabinet impérial des médailles.
Cet exemplaire, qui s'écarte peu du n"" 4, quant au style de la tête et au dispositif du revers, est le seul que nous connaissions, avec le nom de l'évêque écrit sans H.
NM4. — Nous terminerons la nomenclature des variétés de l'unité monétaire principale de Nicolas III , par une pièce dont les légendes irrégulières et le faible poids trahissent une contrefaçon du temps.
Argent bas; 1,60 gramme; collection de M. Piet, de Saint-Omer; pi. iv, fig. 6.
* Jfonn. dêi prélatê «f de$ barons, l. I. pi. IV, fig. S.
Le grand nombre des variétés décrites dans cet article , sans compter celles que nous avons dû négliger^ prouve la nécessité où l'on se trouvait , au moyenâge, de remplacer fréquemment les coins monétaires.