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Évéque

Gui de CoUemède eut pour compétiteur Gérard de Relenghes et ne jouit paisiblement de ses droits qu'à partir de 1300, quatre ans après la mort de Guillaume de Hainaut. Il fut transféré à Salerne par Clément V^ au commencement de 1306.

Les monnaies de Gui avaient été fort négligées jusqu'à ces derniers temps; Duby n'en mentionne aucun exemplaire , et Tribou n'en parle que d'après l'abbé Mutte. J'en ai rencontré plusieurs variétés dans les collections et d'autres se découvriront sans doute encore.

* Art. de M. Scmire fils. — jRw. ntim. belge, ^ série, l. I , p. 108.

Avant de passer à la description de ces pièces, nous avons quelques mots à dire du système dans lequel elles ont été frappées, et des textes qui nous renseignent sur la législation qui les régissait.

DOCUHENTS HIINÉTAIBBS.

Une charte monétaire de Gui de CoUemède, de Tan 1299 >, stipule que: « Tévéque a le droit de faire dans son comté telles pièces qu'il lui platt ; mais » que ses sujets ayant éprouvé détriment par suite de la dernière fabrication , » il lui platt de l'interrompre et de faire désormais courir, en Gambrésis, sa » monnaie (medallia argentea) pour cinq tournois. »

Cest dans le système tournois qu'était alors prise à Gambrai Tunité de compte. Il en était de même en Hainaut'.

Si l'on remarque que le gros tournois , qui valait 12 deniers sous saint Louis, fut bientôt porté , en France , à 1 5 deniers , on reconnaîtra que les espèces dont il est question dans le titre de 1299, étaient des tiers du gros royal. Le gros pesait 4,09 grammes; elles devaient donc peser 1,36 gramme; c'est justement le poids des esterlings que nous verrous plus loin.

Outre la charte de 1299, nous avons à parler d'un document monétaire contemporain de notre évêque. G' est un bail passé avec Jean Hanon , de Gand , le 25 août 1304, par Jean II d'Avesnes, comte de Hainaut, pour le monnaie de Cambrésis , du jour de saint Jehan décolas jusques au jour dou Noël prochain^ nement suiwant*. Ce contrat n'indique pas les espèces qui seront émises; il stipule seulement les conditions générales auxquelles sera fabriquée la monnaie blanche ou noire , que le comte a l'intention d'exposer au pied et au titre de celle de France.

M. Ghalon^ s'étonne que le comte de Hainaut, qui avait à sa disposition les

* Voir aux preuves, pièce n* 13.

* Chalon , Description des monnaiêt des comtes de Hainaut, p. 3. > Voir aux preuves , pièce n* ii.

* Supplément aux Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut, p. 63.

importants ateliers monétaires de Mons et de Valenciennes , ait usé de celui de Cambrai , pour sa propre monnaie. Ce savant numismatiste veut bien inviter ses lecteurs à attendre, pour avoir le mot de cette énigme, la monographie que je livre aujourd'hui au public. Je remercie M. Chalon de cette preuve de confiance, mais personne, mieux que lui, ne peut résoudre les problèmes de cette nature.

Je ne pense pas que Jean d'Avesnes ait fait fabriquer, à Cambrai, le numéraire hannuien proprement dit. J'aime mieux, m'en tenant à la lettre dii texte, admettre que c'était la monnaie cambrésienne elle-même que Jean Hanon avait à forger. Les évéques de Cambrai , dont les sujets étaient si peu nombreux et les domaines si restreints, avaient grand intérêt à obtenir l'admission dans le- Hainaut d'un numéraire qui n'avait aucun autre débouché, puisqu'il était repoussé en Artois et en Picardie'; aussi faisaient- ils à leurs voisins les plus grandes concessions. C'est ainsi qu'intervint huit ans plus tard, en 1312, un accord entre le comte Guillaume et l'évéque Pierre, par lequel ce dernier, pour obtenir un débouché à ses produits monétaires, consentit à en partager les profits et à recevoir à Cambrai' un agent du comte, chargé de surveiller la fabrication et d'encaisser la part revenant à son maître.

Gui et Jean avaient, sans doute avant le 25 août 1304, passé un contrat analogue : seulement le comte s'était réservé une part plus belle encore et avait obtenu que l'atelier monétaire épiscopal serait non-seulement contrôlé, mais géré en son nom et par un de ses propres agents.

Il résulte du quitus donné, le 27 avril 1305% au même Jean Hanon, par la comtesse Philippine, veuve de Jean d'Avesnes, qui avait renouvelé le bail de 1304 , que les monnaies forgées à Cambrai , sont des oboles à l'aigle éployée , nommées coquibus, et qu'il n'en a pas été livré moins de 29,518 marcs, ce qui fait, à raison de 288 au marc, 8,501,184 pièces. On ne saurait admettre

* IVesterling seul circulait légalemenl en France» e\ si les autres monnaies cambrésiennes y pénélraiciit , ce u*élail que clandcsUnemenl el à Taide de l'imilation du type franeais.

* Voir aux preuves , pièce ii° 15.

qu'une fabrication aussi considérable ne soit pas représentée par quelque spécimen dans nos inédailliers, aujourd'hui qu'on recueille toutes les monnaies du moyen-âge; or le coquibus du comte de Hainaut ne s'y trouve pas à ma connaissance; celui de Tévèque Gui II y abonde au contraire.

DESCBIPTION DES ¥ABIÉTËS.

Outre Testerling, semblable à celui de son prédécesseur et courant pour S deniers tournois, Gui de Collemède a émis une monnaie forte en argent, au type de l'aigle éployée, valant 10 deniers tournois, et des coquibus de billon au même type, valant un demi tournois.

MONNAIE d'argent AU TYPE DE l'aIGLE.

NM. 4- GVIDOEPISCAMERACENSIS, entre deux grènetis; dans le

champ, une aigle éployée , regardant à gauche.

Bj. ~{- ÂVEMARIAGRATIAPLENA, en légende extérieure;

-h DOMINVSÏECVM, en légende intérieure; au centre, une croix fleuronnée.

Tribou , d'après le Glossaire latin de Carpentier.

N"" 2. — Même pièce et même légende; seulement la croisette du droit est remplacée par une mitre.

Argent bas; 2,15 grammes; collection Serrure; pi. vu, fig. 4.

Cette monnaie est copiée sur une pièce de la comtesse Marguerite de Flandre (1246-1280); elle passait, sans doute, comme son prototype', pour les deux tiers du gros ou pour dix deniers tournois.

ESTERLINGS.

N* 1. 4^ GVIDOEPISCOPVS; tête de face, à cheveux ondoyants; chapel de roses.

i^. CAM ERA CEN SIS; triples globes dans les cantons de la croix. Argent; empreinte communiquée par. M. Rousseau.

* Gtillard, Monnaies des comtes de Flandre, p. i23.

N** 2. -h GVIDO • EPIS.COPVS; même lête de face.

i^. CAM ERA CEN SIS; triples globes dans les cantons. Argent; 1,36 gramme' ; cabinet impérial des médailles; pi. vu , Bg. 6.

N** 3. -h GVIDO tEPISCOPVS; même tête qu'au n« 2. b). CAM ERA CEN SIS; même revers qu'au n** 2. Bon argent; 1,36 gramme; collection Dancoisne; pi. vu, fig. 5. Ces esterlings sont sans doute les pièces désignées dans le titre de 1299, comme devant courir pour cinq deniers tournois.

GOQUIBUS.

N^ 1. GVIDO -EPISCOPVS; aigle éployée, regardant à gauche.

H(. -h MONETA CA.. ..; croix paltée.

Billon renfermant une notable quantité d'argent; 0,60 gramme; collection Dancoisne.

N' 2. H- GVIDO EPISCOPVS; aigle éployée, regardant à gauche; une lettre peu visible se trouve entre le mot episcopus et la croiselte. i^. -+- MONETA : CAMERACEN; croix pattée. Billon noir; 0,68 gramme; collection Dancoisne; pi. vu, fig. 1.

N- 3. -h GVIDO : EPISCOPVS; aigle éployée à gauche.

1^. + CAMERACENSIS; croix pattée; la forme des lettres est assez régulière, mais les grènetis, mal tracés, ne sont pas circulaires. Billon noir; 0,98 gramme; ma collection; pi. vu, fig. 2.

N"" 4. — M. Dancoisne possède un exemplaire de cette pièce en billon rouge , du poids de 0,93 gramme , où le dernier S de la légende du droit est , faute de place, écrit en haut entre le V et la croisette, à la manière d'une apostrophe.

N* 5. -h GVIDOEPISCOPVS; croix pattée dans le champ. !^. -h CAMERACENSIS; aigle éployée.

' C'esl Teiemplaire publié en 1843 dans la Hmme nwn4êmatiqu9 framçain , par M. L. Deachamp» de Pas.

Billon; 0,93 gramme; ma collection; autre; cuivre rouge; 0,90 gramme; collection Hermand; pi. vu, fig. 3.

N« 6. + GVIDOEPISCOPV.

Hf. + CAMERAGENSIS.

Mêmes types; billon rouge; 0,93 gramme; collection Dancoisne.

N' 7. + GVIDO EPISCOPVS CA.

W. GAMERACENSIS.

Mêmes types; pièce d'un joii style, dont l'empreinte m'a été communiquée par M. de Koehne, l'un des directeurs du musée de l'Hermitage, à Saint- Pétersbourg.

Nous n'avons pas indiqué toutes les variétés de ces petits billons ou coquibus de Gui de CoUemède.

Le coquibus* reproduisait un type déjà connu V II fut spécialement usité dans le pays de Cambrai. Il en fut en effet frappé, à Elincourt, par Gui IV, de Saint-Pol (1292-1317), et à Wallincourt, autre pairie du Gambrésis, par Guillaume I**, de Hainaut (1304-1337). Les coquibus épiscopaux que fabriqua Jean Hanon, en 1304 et au commencement de 1305, devaient peser 0,86 gramme et contenir 0,041 gramme d'argent , ce qui ne donnerait aujourd'hui à la fonte que les 7737 d'un centime*. Le poids moyen des exemplaires que j'ai placés sur la balance est de 0,89 gramme. Cette faible augmentation de poids, qui portait sans doute sur le cuivre, ne dépasse guère la tolérance de

apprend d'ailleurs que la ipenue monnaie était sujette à de grandes variations \

accordée à Wallincourt pour une fabrication analogue; M. Chalon nous

* Coqwihui, cokibus, kokibus , suivaiU les diverses orthographes des manuscrits du temps. Ainsi que M. Chalon Ta admis dans sa monogriphiv de Wuliincourt, cette désignation doit venir du type de la pièce où le public, qui ne connaissait pas les aigles, voyait simplement un oiseau. Le mot coq est d* origine celtique et a toujours été usité. — Cf. Le Pelletier, col. i82.

* Numismata medii oevi inedita. Theophilus Friediacnder, p. 24. ' Preuves, pièce n* 14 et pièce n* IS.

* Chalon, Supplément aux Reckerchei iur lêt monnaiêt dêi comtes de Aiai'nauf » p. 21.

Le coquibus de Wallincoiirt , copié en 1306 sur celui de Cambrai , devait , aux termes des contrats qui sont venus jusqu'à nous, passer pour une maille tournoyé; c'était évidemment le cours qu'il avait à Cambrai, cours forcé par rapport à Testerling dont il était loin de représenter, en valeur intrinsèque, la dixième partie.

Notre planche renferme aussi une maille anonyme, d'une jolie exécution, que nous avons fait graver à la suite des monnaies de Gui II , parce qu'elle a la plus grande analogie avec la pièce rapportée par M. Cbalon ' à Jean d'Avesnes (1284-1384), prince contemporain de cet évêque. Nous avouons cependant que le bon titre de cette maille , son aspect et ses dimensions nous porteraient à la croire plus ancienne.

En voici la description :

• CA MK RA CE, entre les branches d'une croix.

i^. Main qui bénit; deux trèfles dans le champ; le tout entouré d'une épicycloïde à quatre lobes.

Argent; collection Chalon; pi. vu, fig. 7.

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